Profil de recherche - Qu’est-ce qui fonctionne pour vous? Traiter la dépression sans essais et erreurs
Dr Gustavo Turecki
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Comme psychiatre à l'Institut de santé mentale Douglas de Montréal, le Dr Gustavo Turecki se spécialise dans l'aide aux personnes dont la dépression est persistante et difficile à traiter. Souvent, ses patients sont si désespérés qu'ils ne réussissent pas à se sortir du lit, ne peuvent pas travailler, et s'isolent de leur famille.
« Ce sont des patients qui sont handicapés par leur dépression, incapables de fonctionner… Ils ont perdu contact avec tout, et ils se sentent coupables parce que leur maladie fausse leur façon de penser », dit le Dr Turecki.
Un des aspects les plus frustrants de la dépression est que même si les antidépresseurs fonctionnent bien pour certaines personnes, jusqu'à 50 % à 70 % des patients ne trouvent à peu près aucun réconfort avec le premier et même le deuxième médicament qu'ils essaient. Il faut souvent de multiples essais avec différents antidépresseurs avant de trouver quelque chose qui fonctionne.
En bref
Qui : Dr Gustavo Turecki, vice-président, Recherche et Affaires académiques, Département de psychiatrie, Université McGill; directeur, Groupe McGill d'études sur le suicide; chef, Programme des troubles dépressifs, Institut de santé mentale Douglas.
Question : La dépression touche 8 % des Canadiens à un moment ou l'autre de leur vie, selon Statistique Canada et Santé Canada. Bien que la maladie soit traitable, seules 30 à 50 % des personnes atteintes répondent aux antidépresseurs. Par conséquent, les médecins de famille et les psychiatres utilisent la « méthode des essais et des erreurs » pour prescrire ces médicaments, ce qui veut dire qu'il faut parfois des années avant que des patients trouvent le médicament qui les aide à aller mieux.
Approche : À Montréal, le Dr Turecki et son équipe étudieront les modes d'expression de gènes et de micro-ARN chez 200 patients avant et après la prise d'antidépresseurs afin de trouver des biomarqueurs moléculaires qui permettront de prédire qui répondra à quel médicament.
Impact : À la fin, le Dr Turecki espère que les patients pourront subir un test sanguin qui permettra aux médecins de prescrire l'antidépresseur le plus efficace le plus rapidement possible, ou de déterminer quels patients ont peu de chances de répondre à ces médicaments et devraient rechercher d'autres traitements.
C'est pourquoi le Dr Turecki et son équipe entreprennent une étude pour trouver des indicateurs biochimiques – appelés biomarqueurs – pouvant aider à prédire quels patients répondront à des antidépresseurs particuliers, et lesquels ne seront probablement pas aidés du tout.
Chaque fois que quelqu'un doit essayer un nouveau médicament, il doit aussi composer avec ses effets secondaires, qui peuvent comprendre la dysfonction sexuelle, la prise de poids excessive, les étourdissements, les nausées, les maux de tête, la constipation ou la diarrhée. Comme il peut falloir des semaines pour déterminer si un médicament est efficace, tout le processus qui consiste à essayer un médicament après un autre peut prendre des mois, sinon des années. Parfois, des patients suicidaires meurent avant que les médecins trouvent un médicament qui fonctionne.
« C'est la méthode des essais et des erreurs », dit le Dr Turecki. « Nous avons besoin d'outils qui peuvent nous aider à mieux décider quel traitement offrir aux patients. »
En examinant les gènes de deux groupes de 100 patients avant et après leur traitement avec différents antidépresseurs, le Dr Turecki essaiera de déceler l'activité au niveau moléculaire (l'ARN messager et le micro‑ARN), qui indique une réponse.
« Essentiellement, nous pouvons voir un peu ce qui change avec le traitement dans l'activité des gènes, changements qui sont mis en corrélation avec les effets secondaires », dit-il.
Le but du Dr Turecki est de trouver le fondement biologique de tests aussi efficaces pour prédire la réponse aux antidépresseurs que le sont les tests de biomarqueurs pour prédire si les femmes atteintes de cancer du sein répondront à certains types de chimiothérapie. Dans le cancer du sein, les tests de dépistage permettent de détecter les changements dans les niveaux de protéines à l'intérieur des cellules qui ont été mises en cause dans le cancer du sein hormonal. Le dépistage peut aider à déterminer si les personnes atteintes répondront à l'agent de chimiothérapie tamoxifène, ce qui leur épargnera la prise d'un médicament toxique s'il a peu de chances d'être bénéfique pour elles.
À terme, le Dr Turecki espère que sa recherche aboutira à un test sanguin qui aidera les patients dépressifs à trouver le bon médicament, ou du moins les empêchera d'avoir à prendre un médicament inutile et d'en subir les effets secondaires.
« Si les gens savaient que les antidépresseurs ne sont pas une bonne option pour eux, ils pourraient considérer d'autres traitements, comme la psychothérapie, la stimulation magnétique intracrânienne ou les électrochocs », dit le Dr Turecki.
Avoir un test sanguin reposant sur des biomarqueurs « minimiserait la souffrance en indiquant un traitement plus efficace immédiatement. »
« On peut sauver des vies, épargner de l'argent, et les personnes traitées peuvent réintégrer plus rapidement la population active », dit le Dr Turecki.
Dans le cas des déprimés chroniques, l'utilisation de biomarqueurs pour prédire leur réponse aux antidépresseurs est une évolution qui sera source d'espoir, selon le chercheur. Elle lui permettra d'aiguiller les patients vers le bon traitement, afin qu'un plus grand nombre d'entre eux retournent à des vies productives.
« C'est très gratifiant pour un clinicien de voir des patients qui arrivent (ici) très malades prendre du mieux et être en mesure de poursuivre leur vie ensuite. Ça me réjouit vraiment », dit-il.
« C'est la méthode des essais et des erreurs. Nous avons besoin d'outils qui peuvent nous aider à mieux décider quel traitement offrir aux patients. »
- Dr Gustavo Turecki, Institut de santé mentale Douglas