Profil de recherche - Réduire le coût de la survie au cancer infantile
Dr Paul Nathan
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L'acteur et chanteur Michael Cuccione a vaincu le cancer deux fois, avant de rendre l'âme à 16 ans parce qu'il souffrait d'insuffisance respiratoire, résultat de l'accumulation de tissus cicatriciels dans ses poumons par suite de traitements pour son lymphome de Hodgkin.
L'adolescent de Vancouver n'est qu'une des nombreuses victimes du cancer infantile qui survivent à la maladie, mais qui meurent des effets secondaires de leur traitement.
Selon le traitement anticancéreux, les effets secondaires peuvent prendre diverses formes : lésions cardiaques, pulmonaires ou rénales, perte auditive, prédisposition aux caillots de sang, déficience cognitive, problèmes de fertilité ou troubles hormonaux, maladie du greffon contre l'hôte, insuffisance multisystémique chronique pouvant suivre la greffe de moelle osseuse.
En bref
Qui : Dr Kirk Schultz, directeur, Programme de recherche sur le cancer infantile et le sang, Hôpital pour enfants de la C.-B. et Institut de recherche sur l'enfant et la famille; professeur de pédiatrie, Université de la Colombie-Britannique.
Dr Paul Nathan, hématologue-oncologue, Hôpital pour enfants; chercheur associé, Institut de recherche de l'Hôpital pour enfants; professeur adjoint de pédiatrie et de politique, de gestion et d'évaluation de la santé, Université de Toronto.
Question : Bien que 80 % environ des enfants qui ont le cancer survivent maintenant à la maladie, bon nombre d'entre eux ont des complications à la suite du traitement. Les survivants du cancer infantile ont environ 10 fois plus de risques de mourir de maladie du coeur, par exemple, que les personnes du même âge qui n'ont jamais eu le cancer.
Approche : À Vancouver, le Dr Schultz et son équipe utilisent des biomarqueurs associés à diverses complications (la perte auditive, par exemple) pour vérifier s'ils permettent de prédire qui est plus à risque pour ces problèmes. À Toronto, le Dr Nathan et une autre équipe se concentrent sur les biomarqueurs pour prédire quels patients sont le plus à risque pour les complications cardiaques.
Impact : L'utilisation de biomarqueurs pour déterminer les patients les plus à risque pour des complications particulières permettra aux médecins de réduire ce risque en modifiant les plans de traitement, ou de prévenir ces complications ou de les traiter plus tôt.
Des chercheurs financés par les IRSC essaient maintenant de trouver des façons de déterminer quels enfants sont le plus à risque pour ces complications. Ils espèrent utiliser des biomarqueurs (des indicateurs biologiques, comme des gènes ou des protéines, qui peuvent être mesurés pour détecter ou suivre les changements dans la santé d'une personne) pour aider à prévenir les complications en question, ou à les diagnostiquer et à les traiter plus tôt.
« Nous aimons mieux avoir un enfant qui est vivant à l'âge de 25 ans, malgré les complications, qu'un enfant qui ne l'est pas », dit le Dr Kirk Schultz, directeur du Programme de recherche sur le cancer infantile et le sang à l'Hôpital pour enfants de la C.‑B., à Vancouver. « L'idéal, toutefois, c'est d'avoir un enfant vivant à 25 ans qui échappe à ces complications. »
Le Dr Schultz et ses collègues se concentrent sur des biomarqueurs qui ont déjà été mis en évidence, comme ceux qui révèlent la perte auditive ou la maladie du greffon contre l'hôte. Ils utiliseront ensuite ces biomarqueurs pour déterminer quels enfants bénéficieraient de traitements préventifs, ou prophylactiques. Par exemple, s'ils pouvaient prédire quels enfants sont le plus à risque pour la maladie du greffon contre l'hôte, ils pourraient planifier leur traitement avec un médicament appelé rituximab pour prévenir le développement de la maladie. Un autre médicament peut réduire le risque de perte auditive associée à un médicament de chimiothérapie particulier s'il est administré aux patients à risque, dit le Dr Schulz.
« L'idée est que si nous pouvons trouver un groupe qui a 80 % de risques de souffrir de cette complication et que, par une approche prophylactique quelconque, nous réduisons ces risques à 40 %, c'est un pas dans la bonne direction », ajoute‑t‑il.
À Toronto, le Dr Paul Nathan, oncologue pédiatrique, travaille avec des cardiologues et d'autres chercheurs pour essayer de trouver des biomarqueurs qui révéleront des cardiopathies chez les personnes traitées pour le cancer lorsqu'elles étaient enfants. Les survivants du cancer infantile sont à peu près dix fois plus susceptibles de mourir de maladie cardiaque que les personnes qui n'ont jamais été traitées pour le cancer, dit‑il. Les complications surviennent parce que les médicaments de la classe anthracycline utilisés pour traiter certains cancers détruisent le muscle cardiaque, qui est remplacé par du tissu cicatriciel à mesure que les enfants grandissent. La radiothérapie peut aussi accroître le risque d'insuffisance cardiaque.
« À l'heure actuelle, les cardiologues utilisent des échocardiogrammes – une échographie du coeur – pour détecter les lésions chez les survivants du cancer infantile. Avec le temps, ils finissent par trouver des anomalies chez la moitié des patients qui ont été exposés à ces médicaments », dit le Dr Nathan. Par contre, ce ne sont pas tous ces patients qui viennent à souffrir d'insuffisance cardiaque congestive ou à présenter d'autres manifestations cardiaques cliniques, et jusqu'ici, les médecins n'ont pas de façon exacte de savoir quels patients sont les plus à risque.
Le problème est d'autant plus complexe que ces complications peuvent ne survenir que 20 à 40 ans après le traitement initial contre le cancer. Si les médecins attendent que les patients présentent des symptômes cliniques de maladie cardiaque, les médicaments courants pour l'insuffisance cardiaque sont souvent inefficaces, dit le Dr Nathan. La mise au point de tests plus sensibles qui reposent sur des biomarqueurs chimiques ou des biomarqueurs d'imagerie pour diagnostiquer le problème pourrait sauver des vies.
« Si nous pouvions apprendre à prédire qui court un risque particulier, nous pourrions ensuite y aller d'interventions ciblées, comme recommander des modes de vie différents ou prescrire des médicaments particuliers », dit le Dr Nathan.
Actuellement, les parents dont les enfants reçoivent un diagnostic de cancer font face à des choix difficiles.
« Ces agents de chimiothérapie sont des toxines – des poisons, essentiellement », dit le Dr Nathan. « Les familles doivent savoir que si la combinaison utilisée – quelle qu'elle soit – donne à leur enfant la meilleure chance de survie, elle finit par toucher les tissus normaux aussi. »
Les médecins laissent savoir aux familles que l'enjeu le plus immédiat est de vaincre la maladie. Néanmoins, pour les enfants qui ont la chance d'être guéris, les répercussions peuvent durer toute leur vie.
La grande promesse des biomarqueurs est leur capacité d'aider les médecins et les familles à prendre des décisions moins déchirantes, parce que les nouveaux tests peuvent améliorer les résultats à long terme. Les experts espèrent que la survie à des complications secondaires évoluera de la même manière que les taux de survie pour la plupart des types de cancer infantile, dont l'amélioration a été spectaculaire.
« Ce que nous espérons, c'est de manquer de travail », dit le Dr Schultz.
« Si nous pouvions apprendre à prédire qui court un risque particulier, nous pourrions ensuite y aller d'interventions ciblées, comme recommander des modes de vie différents ou prescrire des médicaments particuliers. »
– Dr Paul Nathan, Université de Toronto