Profil de recherche - Des services de santé mentale plus accessibles aux populations rurales
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Dr Patrick McGrath
Les familles des régions rurales ou éloignées dont les enfants souffrent d'anxiété, du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) ou du trouble oppositionnel avec provocation font face aux mêmes difficultés que les familles urbaines, mais dans leur cas s'ajoute la difficulté de se déplacer pour trouver une aide spécialisée.
Le problème se pose aussi pour les adultes qui cherchent à se faire traiter pour l'anxiété ou la dépression, et il est amplifié par la stigmatisation qui accompagne les problèmes de santé mentale. Dans une petite localité, il est facile de repérer le camion d'un résidant à une clinique de santé mentale, ce qui suscite rapidement des questions indiscrètes à l'épicerie. À cela s'ajoutent les coûts et la difficulté de s'absenter du travail et de parcourir de longues distances, surtout pour les personnes qui n'ont pas de moyen de transport efficace, pour se rendre dans une grande ville et y obtenir les services dont elles ont besoin.
En bref
Qui : Le Dr Patrick McGrath, vice-président à la recherche, Centre de soins de santé IWK; professeur de psychologie, de pédiatrie et de psychiatrie, titulaire d’une chaire de recherche du Canada, Université Dalhousie.
Lindsay Friesen, étudiante à la maîtrise, Université de Regina.
Question : Les habitants des milieux ruraux qui souffrent de dépression, d’anxiété ou de trouble panique, ou dont les enfants présentent un trouble anxieux, un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité ou un trouble oppositionnel avec provocation ont souvent beaucoup de difficulté à obtenir les traitements qui conviennent. La difficulté des déplacements et la stigmatisation qui résulte de la recherche d’aide créent des obstacles au traitement.
Approche : À Halifax, le Dr McGrath et son équipe ont créé le programme Strongest Families, qui fait appel à des mentors formés, supervisés par des thérapeutes, pour offrir aux familles rurales une thérapie comportementale cognitive par téléphone. À Regina, Lindsay Friesen étudie comment des travailleurs sociaux, étudiants en psychologie et thérapeutes formés offrent cette thérapie aux habitants de régions rurales par des séances de courriels hebdomadaires.
Impact : La recherche indique que la thérapie par téléphone ou Internet est aussi efficace que le counselling de face à face. Le programme Strongest Families a permis de réduire de 76 % les symptômes d’anxiété, de trouble oppositionnel avec provocation et de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité chez les enfants des familles participantes, et les effets duraient encore après un an.
C'est pourquoi un chercheur financé par les IRSC, le Dr Patrick McGrath, et son équipe à l'Université Dalhousie et au Centre de soins de santé IWK, à Halifax, ont mis au point un programme de thérapie comportementale cognitive par téléphone qui abat ces obstacles et change la vie des familles rurales.
Le programme, baptisé Strongest Families (Les familles les plus fortes), permet de jumeler des familles dont des enfants souffrent d'une forme légère à modérée d'anxiété ou d'un problème de comportement avec un mentor formé qui offre aux parents (parfois avec les enfants et les adolescents) un programme de 10 semaines visant à renforcer leurs habiletés de gestion du comportement. Les mentors, qui ne sont pas des professionnels des soins de santé, sont payés, et supervisés par le Dr McGrath et d'autres thérapeutes.
Le programme prévoit l'utilisation d'un guide, de DVD ou de vidéos, et des séances hebdomadaires de conseils par téléphone, la fin de semaine ou en soirée, selon ce qui convient aux familles.
« Nous reconnaissons que faire partie d'une famille chaotique est une partie du problème », dit le Dr McGrath. « Parce que nous traitons les enfants (et les familles) dans l'intimité et le confort de leur domicile, c'est beaucoup plus facile pour eux. »
Les familles où les enfants présentent des problèmes de santé mentale plus graves, ou dont l'état empire, sont adressées à d'autres professionnels de la santé, tels qu'aux Services de santé mentale pour enfants et adolescents de la régie régionale de la santé du cap Breton. Le nombre de patients traités par cet organisme a augmenté de 20 % l'année du lancement du programme Strongest Families, et de 20 % encore l'année suivante, selon la Dre Julie MacDonald, psychologue qui gère les services de santé mentale pour enfants et adolescents du district.
L'augmentation du nombre de patients adressés à l'organisme donne à penser que le processus de dépistage – comme les services de la régie régionale – répond à un besoin.
« Le dépistage par téléphone semble avoir éliminé un obstacle », dit la Dre MacDonald.
Dans l'ensemble, le programme à distance donne de si bons résultats que le Dr McGrath et son équipe sont en train de former une société sans but lucratif pour élargir le programme Strongest Families. Après un an, 76 % des enfants dont les familles ont adhéré au programme présentaient moins de symptômes d'anxiété, du trouble oppositionnel avec provocation et du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité, selon la recherche du Dr McGrath.
À l'heure actuelle, Strongest Families a des contrats en Nouvelle-Écosse, en Alberta et dans le Nord de l'Ontario pour offrir le programme aux familles des collectivités rurales et éloignées. Le programme est aussi à la recherche d'autres organismes auxquels s'associer.
« Le programme a fait une énorme différence », dit Brenda Williams.
Son conjoint et elle ont adhéré au programme après que l'anxiété de leur fillette de huit ans et ses problèmes de concentration et d'attention eurent entraîné chez elle des problèmes de comportement. Il lui est déjà arrivé de refuser de manger pendant presque toute une semaine. Quand elle a contacté un organisme de santé mentale, la famille s'est fait dire qu'elle devrait attendre de six mois à un an, et qu'elle devrait se déplacer pour les rendez-vous. Après 11 semaines au programme Strongest Families, la fillette des Williams ne présente aucun signe de ses problèmes d'anxiété initiaux.
« Le programme change les parents, qui en retour changent l'enfant », explique Mme Williams. « Strongest Families nous a montré que nous n'avons jamais fini d'apprendre. »
L'accès aux services de santé mentale – même dans les grandes villes – est un des principaux problèmes signalés par des familles dans le désespoir, comme la constaté le commissaire de la santé mentale, Michael Kirby, lorsqu'il a présidé un groupe d'experts en santé mentale au Canada.
« La santé mentale est en chaos », constate le Dr McGrath. « Des dizaines et des dizaines d'essais ont montré l'efficacité de la formation des parents pour (réduire) les problèmes de comportement des enfants, mais le système de prestation doit être amélioré. »
« Parce que nous traitons les enfants (et les familles) dans l'intimité et le confort de leur domicile, c'est beaucoup plus facile pour eux. »
– Dr Patrick McGrath, Université Dalhousie
Une aide en ligne
Dans le Sud de la Saskatchewan, un clic suffit pour obtenir de l’aide en cas de problèmes de dépression ou d’anxiété.
Des chercheurs à l’Université de Regina adaptent des programmes en ligne de thérapie comportementale cognitive de l’Australie et de la Suède pour traiter les personnes de collectivités rurales qui souffrent d’anxiété, de trouble panique et de dépression. Les thérapeutes en santé mentale sont rares dans ces régions, et les omnipraticiens surchargés ne possèdent souvent pas les connaissances spécialisées nécessaires pour aider ces patients.
Bon an, mal an, environ 5 % des Canadiens souffrent de dépression, mais seulement 32 % de ceux qui présentent les symptômes d’un problème de santé mentale parlent réellement à un professionnel de la santé.
Ainsi, la Dre Heather Hadjistavropopoulos et son équipe, y compris la chercheuse à la maîtrise Lindsay Friesen, qui bénéficie de l’aide financière des IRSC, ont formé quelque 37 étudiants dans les domaines du travail social, de la psychologie clinique et de la médecine pour qu’ils puissent offrir des programmes normalisés de thérapie comportementale cognitive par Internet.
« De cette manière, une personne à Regina peut en aider une autre en milieu rural », explique Lindsay Friesen. « Tant qu’une personne répond aux critères de dépistage, dispose d’un accès Internet et d’un ordinateur, et sait l’utiliser, nous pouvons la prendre comme cliente. »
Après un dépistage initial par téléphone, les clients complètent des exercices et peuvent écrire des courriels à leurs thérapeutes aussi souvent qu’ils le souhaitent pendant un module de 12 semaines. Les thérapeutes (tous supervisés par des psychologues cliniciens) surveillent les progrès de leurs patients. Ils apprennent à leurs clients des techniques pour gérer l’anxiété, comme l’utilisation de compétences cognitives et comportementales qui leur sont enseignées au moyen de textes, d’enregistrements audio et de vidéos en ligne.
Des études antérieures ont montré que la thérapie comportementale cognitive sur Internet est efficace pour réduire la dépression et l’anxiété, dit Mme Friesen. L’équipe canadienne essaie maintenant de reproduire des études internationales, dans le monde réel, avec des étudiants et des thérapeutes communautaires.
« La recherche a montré que ce service est avantageux parce qu’il est accessible, peu coûteux et également privé », indique Mme Friesen.
Jusqu’ici, quatre régions sanitaires différentes en Saskatchewan participent au projet, accessible depuis onlinetherapyuser.ca (en anglais seulement), et l’équipe de l’Université de Regina a formé quelque 70 « cyberthérapeutes ». Les premiers clients viennent tout juste de finir le programme.
Mme Friesen croit que le projet est un excellent moyen de fournir des services de qualité, fondés sur des faits, à des personnes qui ne recevraient pas d’aide autrement.
« Tout le monde devrait avoir un accès égal aux services de santé mentale », déclare Mme Friesen.