Rapport annuel 2010-2011

Vers l'avenir

[ Table des matières ]

Profiter plus rapidement des avantages de la recherche pour la santé et l'économie

Rendement des investissements dans la recherche en santé

La responsabilité des IRSC envers les Canadiens ne se limite pas à financer l'excellente recherche en santé. Après avoir fait en sorte que des chercheurs exceptionnels aient la possibilité de générer de nouvelles connaissances, il faut s'assurer que ces connaissances améliorent la santé et les soins de santé des Canadiens.

L'application des connaissances procure des avantages en facilitant l'utilisation des résultats de la recherche dans la création de meilleurs produits et services de santé, de politiques de santé plus intelligentes et de systèmes de soins de santé plus efficaces. Faire passer les connaissances dans la pratique, c'est la façon de permettre aux Canadiens de tirer profit de leur investissement dans la recherche en santé.

La forme que prend l'application des connaissances varie. Ce peut être voir à ce que les praticiens et leurs patients connaissent les nouveaux traitements fructueux, ou s'assurer que les responsables des politiques sont au fait des meilleures façons d'utiliser les ressources pour obtenir un rendement optimal, et que les chercheurs sont au courant des besoins d'information des décideurs et des questions stratégiques quand ils entreprennent leurs recherches.

L'application des connaissances, c'est aussi aider les chercheurs à surmonter les obstacles à la commercialisation de leurs découvertes afin qu'elles puissent profiter au plus grand nombre de personnes et à l'économie canadienne. Peu importe la forme qu'elle prend, l'application des connaissances est essentielle pour faire fructifier la recherche.

PubMed Central Canada - Accès opportun à des articles évalués par les pairs

La révolution numérique permet désormais de livrer l'information instantanément à ceux qui peuvent l'utiliser rapidement.

Autrefois considéré comme le privilège d'un groupe restreint d'utilisateurs, l'accès aux connaissances constitue maintenant un droit revendiqué par tous. Cette transition est particulièrement importante pour la recherche en santé plus que tout autre secteur.

En avril 2010, le système de présentation de manuscrits en ligne de PubMed Central (PMC) Canada a commencé à simplifier le processus par lequel les chercheurs financés par les IRSC peuvent contribuer à un dépôt gratuit et croissant de recherche en santé. PMC Canada a été créé en 2009, en partenariat avec l'Institut canadien de l'information scientifique et technique du Conseil national de recherches du Canada et la National Library of Medicine des États-Unis, comme archives numériques gratuites pour la littérature en sciences biomédicales et en sciences de la vie.

Les IRSC ont été un promoteur de la première heure du libre accès pour la mise en commun des résultats de recherche. Depuis 2008, les chercheurs subventionnés par les IRSC sont tenus de rendre leurs articles soumis à l'examen de pairs librement accessibles dans des revues en libre accès ou des archives en ligne dans les six mois suivant leur publication. De cette manière, les fruits de leurs travaux financés par les contribuables sont facilement accessibles aux autres chercheurs, aux cliniciens, aux responsables des politiques et au secteur privé.

« Du point de vue de la recherche, les personnes que vous essayez d'atteindre, ce ne sont pas seulement les autres chercheurs, mais ceux qui utiliseront les résultats de la recherche, c'est-à-dire les patients, les étudiants et les enseignants, et les entrepreneurs », a dit le Dr James Till, codécouvreur canadien des cellules souches avec le Dr Ernest McCulloch. « Ils n'ont peut-être pas accès à une grande bibliothèque universitaire. Ils vont sur le Web et voient toute une série de résumés intéressants et se disent : « C'est peut-être intéressant, mais il faut débourser 35 $ ou 40 $ pour voir l'article en entier. » Faire un tour complet de la littérature peut finir par coûter cher. »

Le Dr Till, promoteur de longue date du libre accès, a présidé le groupe de travail national qui a été à l'origine de la création de la politique de libre accès des IRSC. Il considère PMC Canada comme un important progrès pour faire passer les connaissances dans le domaine public.

« C'est une façon de favoriser le libre accès à la littérature scientifique, en particulier pour donner de la visibilité aux publications qui découlent de travaux financés par les IRSC. Il est prouvé que plus de gens consultent les articles et les lisent s'ils sont en libre accès que s'il faut payer pour les lire. Plus de gens consultent ces articles maintenant parce qu'ils peuvent le faire » , résume le Dr Till.

PubMed Central Canada en chiffres (du 28 avril 2010 au 15 février 2011)

Collaboration Cochrane - Favoriser les décisions fondées sur des données probantes

Les IRSC aident à faire en sorte que les fournisseurs de soins de santé et les patients au Canada obtiennent la meilleure information fondée sur des données probantes.

La recherche sur Google de « cardiopathie », par exemple, produit des centaines de milliers de résultats. Extraire la documentation crédible et de haute qualité de l'avalanche de résultats présente un défi de taille. La Collaboration Cochrane produit, actualise, fait connaître et publie en ligne les revues Cochrane pour favoriser la prise de décisions éclairées au sujet des soins de santé.

Avec le soutien continu du Centre canadien Cochrane, y compris un engagement de 9,6 millions de dollars pour cinq ans en 2010, les IRSC aident à faire en sorte que les fournisseurs de soins de santé et les patients au Canada et partout dans le monde obtiennent la meilleure information fondée sur des données probantes.

Selon BBC News, la Collaboration Cochrane est « le plus important organisme indépendant au monde d'évaluation des interventions et de la recherche médicales ». L'organisme compte sur 28 000 collaborateurs à l'échelle mondiale. Ils évaluent et synthétisent la recherche dans tous les domaines de soins de santé et présentent les résultats en ligne dans les revues systématiques Cochrane, que le Dr Jeremy Grimshaw, directeur du Centre canadien Cochrane, appelle « l'étalon de la recherche en santé » .

Pour assurer une meilleure pénétration de ces connaissances dans les milieux francophones au Canada et ailleurs dans le monde, les IRSC ont annoncé en 2011 qu'ils cofinanceraient, avec des partenaires financiers au Québec et en France, la traduction des revues Cochrane. Cette aide permettra de traduire les résumés existants et les résumés vulgarisés de quelque 3 000 revues systématiques. Des fonds seront aussi mis de côté pour des traductions futures.

« Nous sommes ravis que les IRSC reconnaissent la valeur de Cochrane Canada et de l'ensemble de la Collaboration Cochrane », a dit le Dr Grimshaw, chercheur principal du Programme d'épidémiologie clinique à l'Institut de recherche en santé d'Ottawa et titulaire d'une chaire de recherche du Canada sur le transfert et l'assimilation des connaissances dans le domaine de la santé. « Nous sommes déterminés à utiliser ce financement de la meilleure façon possible et à produire encore plus de revues Cochrane pour aider à influer sur la manière dont la médecine est pratiquée au Canada et à guider la politique en matière de santé. »

Le Centre canadien Cochrane en chiffres

Un outil en ligne aide les médecins à décider si un patient épileptique est un bon candidat pour la chirurgie

Non contrôlée, l'épilepsie peut conduire à des troubles de mémoire progressifs, à des blessures, voire au décès. Même si la chirurgie peut améliorer les crises et la qualité de vie d'une personne, de nombreux patients ne sont pas traités avant des années. Or, grâce à une étude que les IRSC ont aidé à financer, un outil en ligne convivial peut maintenant aider les médecins à identifier les candidats potentiels à la chirurgie. La Dre Nathalie Jetté, de l'Université de Calgary, et ses collègues ont procédé à un vaste examen de la littérature, résumant plus de 700 articles traitant d'épilepsie partielle ou de chirurgie de l'épilepsie. Des spécialistes de la neurologie ont lu la recension et coté plus de 2 500 scénarios possibles de patients pour déterminer lesquels bénéficieraient d'une évaluation en vue d'une éventuelle intervention chirurgicale. Le résultat est un outil qui permet d'attribuer une cote de 1 à 9 en fonction de caractéristiques comme l'âge, la durée de l'épilepsie, le type de crise, la sévérité des crises, le nombre d'antiépileptiques essayés, les effets secondaires du traitement courant et les résultats de tests, y compris de tests d'imagerie par résonnance magnétique (IRM). L'outil est accessible sur le site http://www.epilepsycases.com/. Les patients qui obtiennent les cotes les plus élevées sont les meilleurs candidats à l'intervention chirurgicale.

Médias sociaux - Tirer parti du phénomène de l'échange d'information

Les médias sociaux ont révolutionné le monde de l'application des connaissances. Comme l'illustre la vidéo Social Media Revolution (anglais seulement) sur YouTube, il a fallu à la radio 38 ans pour avoir 50 millions d'utilisateurs. Il a fallu 13 ans à la télévision. Internet a eu besoin de quatre ans, et l'iPod, trois ans. Facebook, en comparaison, avait 200 millions d'utilisateurs après moins d'un an.

Aujourd'hui, des millions de Canadiens cherchent et échangent des informations dans des formats qui n'existaient même pas quand les IRSC ont été créés il n'y a que dix ans. C'est pourquoi les IRSC utilisent YouTube pour tirer parti des médias sociaux aux fins de l'application des connaissances. Les IRSC ont mis en ligne plus de 20 vidéos au cours de la dernière année pour attirer l'attention sur les résultats de la recherche. Plus de contenu - des profils de chercheurs et des alertes d'experts - apparaîtra régulièrement à mesure que les IRSC aideront plus de chercheurs à se familiariser avec la vidéo pour présenter les résultats de leurs travaux.

Les IRSC sont également sur Facebook où, au début de 2011, la page Recherche en santé au Canada avait attiré plus de 125 000 adeptes (anglais et français confondus). De plus, presque 12 000 personnes de partout dans le monde sont devenus adeptes de la page Bourses postdoctorales Banting sur Facebook. Facebook est non seulement un forum où faire connaître les faits nouveaux en recherche dans le domaine de la santé, mais aussi une façon d'encourager l'interaction avec les personnes qui désirent en savoir plus.

Twitter est aussi devenu un excellent véhicule pour faire parvenir l'information rapidement à un public plus vaste et plus jeune. Les IRSC utilisent Twitter pour publier les plus récentes informations sur les cafés scientifiques et faire part d'autres événements à venir ou de recherches pertinentes. Enfin, Flickr sert de plateforme pour des galeries en ligne d'images relatives à la recherche en santé.

Les médias sociaux, à l'évidence, sont là pour rester. Les IRSC surfent sur la popularité de ce phénomène d'échange d'information pour poursuivre leurs efforts et étendre la portée de l'application des connaissances.

Le trafic sur Twitter pourrait aider à suivre la maladie

Qu'obtient-on quand on associe technologie de l'information, médias sociaux et épidémiologie? Le Dr Gunther Eysenbach, du Centre for Global eHealth Innovation au Réseau universitaire de santé, a inventé le terme infodémiologie. L'infodémiologie est la science consistant à saisir et à analyser des données sur l'utilisation d'Internet pour obtenir et échanger des informations sur la propagation d'une maladie, et pour surveiller la santé et guider la politique publique. En 2007, le Dr Eysenbach a démontré la corrélation entre les recherches dans Google avec les mots ou expressions « grippe »et « influenza » et les éclosions de grippe. Il a aussi utilisé le trafic sur Twitter au cours de l'épidémie de grippe H1N1 en 2010 pour recueillir quelque deux millions de microbillets et les analyser afin d'obtenir un tableau de ce que les gens lisaient et pensaient, et de ce qu'ils avaient l'intention de faire durant la pandémie. Bien que l'étude sur Twitter soit rétrospective, les leçons à tirer de la façon dont les gens ont utilisé la technologie durant la pandémie pourraient aider à créer des rapports « en temps réel » au cours de la prochaine crise de santé publique pour tenir les autorités de la santé au courant et leur permettre de répondre rapidement aux préoccupations du public.

Programme Meilleurs cerveaux - Réunir chercheurs et décideurs

Pendant toute l'année 2010-2011, les IRSC ont coordonné une série de réunions à huis clos d'une journée entre des chercheurs subventionnés par les IRSC et des représentants des ministères de la Santé pour discuter des défis prioritaires.

Les séances, baptisées échanges « Meilleurs cerveaux », avaient pour but d'aider les décideurs à formuler des politiques et à améliorer les soins de santé. Les échanges s'inscrivent dans le prolongement du programme « Des preuves à volonté » que les IRSC ont mis sur pied pour partager des données probantes de haute qualité et opportunes avec les responsables des soins de santé dans les provinces et les territoires. Au départ un projet pilote, les échanges ont connu un tel succès qu'ils commencent à avoir lieu dans d'autres provinces et comprennent maintenant un volet fédéral.

Les IRSC ont organisé trois échanges pilotes « Meilleurs cerveaux » avec le ministère de la Santé de la Saskatchewan, qui se mettait à la tâche pour adopter une approche des soins de santé centrée sur le patient et la famille. Les séances ont été un franc succès, selon Pauline Rousseau, directrice générale de la Direction des politiques et de la planification du ministère de la Santé de Saskatchewan. « Elles ont été à l'origine de décisions au sujet d'orientations stratégiques pour le système de santé et de mesures que nous avons prises, a ajouté madame Rousseau. Elles ont été le point de départ de contacts, de réseaux et de collaborations continues. »

La Dre Annette O'Connor, de l'Université d'Ottawa, sommité mondiale dans les aides à la décision pour les patients, a pris part à un des premiers échanges « Meilleurs cerveaux » en Saskatchewan. Par ailleurs, comme le mentionne la Dre O'Connor, la Dre Dawn Stacey et elle fournissent maintenant « un soutien fondé sur la recherche, à caractère très pratique, pour la suite des choses dans la province. Par exemple, la Saskatchewan avait besoin d'examiner les outils d'aide à la décision existants dans des domaines cliniques prioritaires. Notre équipe d'application des connaissances a donc utilisé notre base de données en ligne afin de produire un rapport sur les outils offerts et la mesure dans laquelle ils répondaient aux normes internationales de l'heure. Cette information personnalisée « juste-à-temps » aidera les intéressés à arrêter leur choix quant aux outils les mieux adaptés à leurs besoins. »

Selon Mme Rousseau, la Saskatchewan prévoit d'autres échanges. « Cela fera partie de notre façon de faire. J'espère que nous pourrons les régulariser pour en avoir deux ou trois par année. C'est la plus importante initiative de recherche visant à réunir le milieu de la recherche et celui de la politique que j'ai vue depuis des décennies. »

Du point de vue des chercheurs, les échanges représentent « une occasion en or de voir les fruits de leur travail faire une différence dans la santé des gens », a dit la Dre O'Connor.

Sujets des échanges « Meilleurs cerveaux » en 2010-2011

Les conclusions d'une étude utilisées pour enrayer la propagation de C. difficile

Les conclusions d'une recherche financée par les IRSC sur l'efficacité des désinfectants à base d'alcool pour les mains versus le lavage des mains avec de l'eau et du savon ont été incorporées dans la mise à jour de 2010 des recommandations pour la pratique clinique sur l'infection à Clostridium difficile chez les adultes. Le Dr Michael Libman, de l'Université McGill, a réalisé l'étude auprès de travailleurs de la santé volontaires dont les mains ont été exposées à une forme sans danger de C. difficile. Il a constaté que parce que les produits d'hygiène à base d'alcool sont inefficaces pour éliminer les spores de C. difficile, le lavage des mains avec du savon et de l'eau est la meilleure façon de prévenir l'infection par la bactérie diarrhéique. « Les désinfectants à base d'alcool pour les mains sont excellents pour à peu près n'importe quoi d'autre, a dit le Dr Libman, mais parce qu'il faut débarrasser la peau des spores, le lavage des mains est nécessaire. » Les recommandations sont publiées par la Society for Healthcare Epidemiology of America et la Infectious Diseases Society of America.

Date de modification :