Profil de recherche - Un effort communautaire
Une recherche participative améliore la sensibilisation au diabète de type 2 et sa prévention à Kahnawake (Québec).[ Retour à l'article principal ]

De gauche à droite : Judi Jacobs, Eva Johnson, Elaine Delaronde, Kaiatitakhe Jacobs, Alex McComber, Cindy Diabo Mike Diabo, Kakaiostha Deer, Rhonda Kirby, Treena Delormier, Beverly Delormier, Chris Bush, Edward J Cross.
La Dre Treena Delormier a reçu une invitation qui allait changer sa vie après avoir obtenu son diplôme comme nutritionniste. On lui a demandé de participer à un nouveau projet de lutte contre le haut taux de diabète à Kahnawake, une communauté mohawk au sud‑ouest de Montréal. « Tous ceux dans la collectivité qui possédaient les compétences nécessaires et qui étaient prêts à contribuer au succès du projet ont été invités », dit la Dre Delormier.
En bref
Qui – La Dre Treena Delormier, membre de l'équipe du Projet de prévention du diabète dans les écoles de Kahnawake et membre du conseil consultatif communautaire.
Question – Le taux de diabète de type 2 au sein de la population de Kahnawake est élevé.
Approche – La communauté a mis sur pied un programme scolaire pour encourager l'activité physique et des habitudes alimentaires plus saines. Elle a aussi formé une équipe de recherche et un conseil consultatif communautaire pour évaluer l'impact du programme et l'adapter au besoin.
Impact – La sensibilisation au diabète et l'accès à des choix de modes de vie sains se sont accrus à Kahnawake. La capacité de recherche de la communauté a également augmenté.
Dix‑sept ans plus tard, soit en 2010, le Projet de prévention du diabète dans les écoles de Kahnawake (PPDEK), devenu un programme de recherche internationalement reconnu, recevait le Prix du partenariat des IRSC. La Dre Delormier a vu ce projet transformer la façon de prévenir et de traiter le diabète dans sa communauté.
Au début des années 1990, l'hôpital communautaire et le travail préliminaire du regretté Dr Louis T. Montour et de la Dre Ann C. Macaulay ont révélé que les taux de diabète de type 2 étaient élevés à Kahnawake, comme chez de nombreuses Premières Nations. Des membres de la communauté ont réclamé un changement pour la santé de la septième génération, la génération à naître.
S'inspirant de la philosophie mohawk de participation communautaire, les chercheurs et les membres de la communauté ont uni leurs forces pour créer un programme de sensibilisation en milieu scolaire. Le PPDEK a fait participer les élèves des écoles primaires à des activités pratiques, allant de l'exploration de choix alimentaires plus sains à l'incorporation d'activité physique dans l'enseignement quotidien.
« Le programme éducatif a été élaboré par des personnes qui étaient de la communauté ou qui avaient travaillé au sein de cette dernière dans les écoles, si bien qu'elles comprenaient le contexte », explique la Dre Delormier. « Il a donc été conçu en fonction de la communauté et de manière à refléter l'expérience des gens; des interventions à la grandeur de la communauté ont aussi renforcé les messages communiqués dans les écoles. »
Pour évaluer l'impact du programme, l'équipe de recherche communautaire a fait appel à des chercheurs de plusieurs universités, dont McGill, Queen's et l'Université de Montréal. Au cours du projet, les participants ont pris en compte les commentaires et suggestions de la communauté et des chercheurs pour adapter le PPDEK. Par exemple, on est en train de réviser une politique nutritionnelle à l'école pour privilégier les messages positifs plutôt que négatifs. De son côté, la communauté songe à adopter une politique semblable pour l'activité physique.
Selon la Dre Delormier, l'effet le plus spectaculaire et le plus durable du PPDEK a été la prise de conscience qu'il a suscitée au sein de la communauté.
« Tout le monde savait que le diabète était un problème », dit la Dre Delormier. « Mais ce n'était pas tout le monde qui le comprenait. Les études initiales ont montré la proportion de gens atteints de diabète et ont été une incitation à mettre l'accent sur la prévention plutôt que sur le traitement ou la prise en charge. »
En plus d'accroître la sensibilisation au diabète de type 2, le projet a aidé à créer une capacité de recherche non négligeable à Kahnawake, des membres de la communauté menant à terme des études de maîtrise et de doctorat. Cette capacité est encore renforcée par le Programme de formation en prévention du diabète du PPDEK, que dirige Alex McComber. Celui‑ci relaie le message à d'autres communautés autochtones dans tout le Canada.
« Je pense que c'est ce qui distingue vraiment le PPDEK », dit la Dre Delormier. « Il est, en soi, un riche milieu d'apprentissage parce qu'on voit comment les questions de recherche se présentent et comment on y répond de façon participative. Personnellement, cela a conduit à ma décision de faire mon doctorat, ce que je n'aurais probablement pas fait si j'étais restée seulement à l'université. »
Toutefois, le travail communautaire n'est pas terminé. On cherche constamment des façons de garder le message du PPDEK vivant et de maintenir la communauté sur la voie de la santé. Il faudra donc étendre le projet au‑delà des écoles primaires et essayer de trouver des collaborateurs qui peuvent apporter leur aide de façon plus générale.
« Nous devons réellement examiner des façons de créer une communauté entière pour qui les choix santé sont les plus naturels et faciles à faire. »
L'insuline, 90 ans plus tard
La découverte de l'insuline a permis de sauver un nombre incalculable de vies. Grâce à elle, les personnes atteintes du diabète de type 1 ont réussi à vivre avec la maladie. Néanmoins, 90 ans plus tard, il reste des défis à surmonter. Selon la Dre Delormier, l'inégalité sociale représente un des principaux obstacles dans la lutte contre le diabète de type 2.
« Le diabète de type 2 est un indicateur de conditions et d'inégalités sociales plus globales », dit la Dre Delormier. « Nous devons donner aux gens une chance égale de vivre en santé. »