Profil de recherche - Ratisser plus large

Dr Luigi Bouchard and Dre Diane Brisso
Dr Luigi Bouchard
and Dre Diane Brisson

La plupart des chercheurs essaient de restreindre le nombre de suspects lorsqu'ils veulent découvrir les sources d'une maladie. Deux chercheurs financés par les IRSC ont adopté la démarche inverse dans leur étude d'une complication courante de la grossesse qui semble prédisposer les nouveau‑nés à l'obésité et au diabète.

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En 2010, les Drs Luigi Bouchard et Diane Brisson ont publié dans Diabetes Care des conclusions selon lesquelles l'exposition au diabète gestationnel serait liée à des changements épigénétiques dans le gène de la leptine, qui joue un rôle dans la manière dont l'organisme consomme et dépense l'énergie.

« À ma connaissance, nous avons été les premiers à publier l'histoire de la leptine, à trouver des différences épigénétiques chez les nouveau‑nés exposés au diabète gestationnel, mais nous soupçonnons que de nombreux autres gènes sont touchés par cette exposition » , dit le Dr Bouchard, de l'Université de Sherbrooke.

En bref

Les chercheurs responsables – Le Dr Luigi Bouchard, de l'Université de Sherbrooke et du laboratoire ÉCOGENE-21 de l'Hôpital de Chicoutimi; la Dre Diane Brisson, de l'Université de Montréal et du laboratoire ÉCOGÈNE-21 de l'Hôpital de Chicoutimi.

L'approche – Après avoir établi que le diabète gestationnel entraîne des modifications de l'ADN chez le foetus, les chercheurs veulent étudier un grand nombre de tissus placentaires (environ 250 échantillons ont été recueillis jusqu'ici) pour mieux comprendre les changements épigénétiques en cause. Environ 20 % des échantillons proviennent de femmes présentant un dérèglement du métabolisme du glucose pendant la grossesse.

La suite – Les chercheurs ont l'intention de suivre l'évolution des nouveau-nés pendant toute leur enfance afin de surveiller la stabilité des changements épigénétiques liés au diabète gestationnel avec le temps.

L'impact – Les conclusions permettront d'en savoir plus sur la façon dont le diabète gestationnel influe sur le risque à long terme d'obésité et de diabète chez les enfants.

Les deux chercheurs ratissent maintenant plus large pour essayer de repérer tous les gènes touchés par le diabète gestationnel. Leur but est de mesurer les changements épigénétiques – les modifications de brins d'ADN causées par un processus appelé méthylation – qui se produisent à la suite de l'exposition à ce dérèglement.

« Nous examinons tous les gènes dans le génome, dit le Dr Bouchard. À la fin de l'expérience, nous pourrions avoir trouvé jusqu'à des centaines de gènes qui sont touchés. Nous nous attendons à en trouver de nouveaux en plus de ceux qui ont déjà été mis en corrélation avec des caractères liés à l'obésité et au développement du diabète. »

Il est important d'arriver à mieux comprendre les conséquences épigénétiques du diabète gestationnel, qui survient chez 6 à 18 % des Canadiennes durant leur grossesse (un excès de poids augmente aussi le risque).

« La prévalence du diabète gestationnel varie grandement selon la population, dit la Dre Brisson, de l'Université de Montréal et de l'Hôpital de Chicoutimi. Elle est plus élevée chez les Autochtones, mais la prévalence de l'obésité étant en hausse partout dans le monde, nous pouvons nous attendre à ce que le diabète gestationnel augmente au sein d'autres populations au cours des prochaines années. »

Les conclusions des chercheurs donnent à penser que n'importe quel niveau d'hyperglycémie (niveau élevé de sucre dans le sang causé par le manque d'insuline) durant la grossesse a des conséquences pour l'épigénome du bébé et son développement prénatal.

« Selon de nouvelles données de recherche que nous avons présentées en 2011 à la réunion annuelle du Réseau canadien en obésité, il n'est pas nécessaire de franchir le seuil caractérisant le diabète gestationnel pour que le génome du bébé s'en ressente, dit le Dr Bouchard. C'est une bonne contribution au domaine parce que des organismes comme l'Association internationale des groupes d'études sur le diabète gestationnel (IADPSG) proposent maintenant des révisions aux critères de diagnostic du diabète gestationnel afin d'abaisser les seuils. »

Tout en travaillant à un projet d'un an financé par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), les chercheurs recueillent depuis cinq ans environ des échantillons de placenta avec l'aide financière du Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ). Leur plan à long terme est de suivre les progrès des nouveau‑nés aux cinq ans pour surveiller la stabilité des changements d'ordre épigénétique qu'aurait fait apparaître le diabète gestationnel.

Le but, dit le Dr Bouchard, est de mieux comprendre les mécanismes moléculaires qui déterminent comment le diabète gestationnel de la mère influe sur la santé du bébé en développement. Au bout du compte, le but est d'aider à trouver des moyens de briser le cycle selon lequel des mères qui ont un excès de poids ou qui sont obèses deviennent diabétiques au cours de la grossesse et transmettent à leurs enfants une prédisposition à l'obésité et au diabète.

Comme le mentionne le Dr Bouchard : « Reste à savoir ce qui explique ce lien. Ce que nous espérons montrer, c'est que l'épigénétique fait partie de l'explication. Évidemment, il y aura d'autres processus, mais nous pensons que l'épigénétique joue un rôle important ici. »

Le Dr Ravi Retnakaran, clinicien‑chercheur qui se spécialise en endocrinologie à l'Hôpital Mount Sinai de Toronto, estime que la recherche des Drs Bouchard et Brisson aide à comprendre ce qui se produit quand un foetus est exposé au diabète gestationnel.

« La poursuite de ces travaux par les Drs Bouchard et Brisson et d'autres aidera à déterminer les gènes qui sont touchés, et il en résultera deux importantes applications : nous aurons peut‑être les moyens trouver les nouveau‑nés à risque et nous aurons peut‑être aussi la possibilité de considérer des traitements rationnels », dit le Dr Retnakaran.

« Nous voulons montrer que des facteurs environnementaux défavorables pour le foetus, comme le diabète gestationnel, ont des conséquences pour un nouveau‑né sur le plan épigénétique. Nous croyons que certaines de ces différences seront constantes au cours du développement de l'enfant et seront associées à un risque accru d'obésité et de diabète pendant toute sa vie. »
-- Dr Luigi Bouchard