POP Nouvelles - Oct / nov 2011, volume 2, numéro 1

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À l'intérieur de ce bulletin :

Message de la directrice scientifique

Nancy EdwardsIl y a un an, l'examen international retenait une bonne part de notre attention. Les rapports du Comité d'examen international, publiés au milieu de l'été, peuvent être consultés dans le site Web des IRSC. Je vous invite à prendre connaissance des recommandations visant les différents instituts et l'ensemble des IRSC. La réponse de la direction des IRSC aux recommandations générales sera bientôt diffusée.

Les IRSC se préparent à apporter d'importants changements au programme ouvert de subventions de fonctionnement. Nous amorçons une autre phase de consultation avec les membres du conseil consultatif et les délégués universitaires, qui sera suivie d'une consultation plus vaste avec le milieu de recherche. Un document de travail décrivant les réformes proposées sera publié au début de 2012. J'encourage fortement tous les chercheurs en santé publique et des populations à prendre le temps de lire ce document et de transmettre leurs commentaires aux IRSC. Il s'agit d'une série de réformes extrêmement importantes, et il est essentiel que nous sachions ce qu'en pensent les chercheurs actifs dans tous les types de recherche du thème 4. N'hésitez pas à me contacter directement à ce sujet si vous le désirez.

Le personnel de l'ISPP continue de diriger un certain nombre d'initiatives d'application des connaissances, qui sont toutes réalisées en partenariat afin d'en étendre la portée. L'atelier sur l'éthique en santé des populations, que nous avons co-organisé à la conférence de l'ACSP avec le Bureau de l'éthique des IRSC, le Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé, le Bureau de la pratique en santé publique de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et Santé publique Ontario, a attiré de nombreux participants. Le compte rendu de cet atelier est maintenant disponible. Nous avons poursuivi cette collaboration avec le lancement d'un « appel de cas » sur l'éthique en santé publique et des populations, qui a généré de nombreuses réponses soumises à une évaluation par les pairs. Le recueil sera publié en 2012.

Notre institut a tenu un atelier d'échange de connaissances en recherche sur les systèmes de santé dans le contexte du pH1N1, les 19 et 20 septembre, à Ottawa. Cette activité, co-financée par les IRSC, l'ASPC et le Centre de collaboration nationale sur les maladies infectieuses, a attiré des chercheurs, des décideurs, des praticiens et des étudiants oeuvrant aux niveaux local, provincial/territorial et national au Canada. Pour plus d'information, veuillez contacter l'ISPP.

Depuis un an et demi, on a travaillé à la production d'un supplément sur la recherche en santé mondiale en collaboration avec l'Initiative de recherche en santé mondiale. Erica Di Ruggiero est responsable de cette initiative pour l'ISPP. Le supplément, qui était publié dans le BMC International Health and Human Rights Journal, illustre comment les partenariats de recherche entre le Canada et les pays à revenu faible ou intermédiaire ont permis de concrétiser les efforts pour réduire les disparités sur le plan de la santé dans le contexte de diverses questions de santé mondiale.

De nombreuses équipes ont répondu à notre appel de demandes en recherche programmatique dans le domaine de l'équité en santé, ce qui démontre la forte capacité de recherche qui existe dans ce secteur. Nous félicitions les onze équipes dont les demandes ont été retenues dans le cadre de cette initiative stratégique et qui se livreront à des recherches de pointe au Canada et à l'étranger. Ces équipes s'attaqueront à des questions de santé publique cruciales, dont la sécurité alimentaire, la santé au travail et les maladies infectieuses, et travailleront avec diverses populations dans différents contextes. Nous avons hâte de connaître les membres des équipes choisies. Leurs travaux seront dorénavant présentés dans notre bulletin, à commencer par un article sur la recherche programmatique de Daniel Weinstock et son équipe.

Je suis ravie d'annoncer l'arrivée de trois nouveaux membres au sein de notre conseil consultatif d'institut (CCI) : Ted Bruce, directeur exécutif, Santé des populations, Vancouver Coastal Health; Louise Potvin, professeure, Université de Montréal; et Jeff Masuda, professeur adjoint, Université du Manitoba. Leurs domaines d'expertise complètent ceux des autres membres de notre conseil, et nous avons pu apprécier leur formidable contribution aux récents débats du CCI. L'arrivée de nouveaux membres coïncide avec le départ de Jim Dunn, qui a terminé son deuxième mandat. Jim, détenteur d'une chaire de recherche appliquée en santé publique et membre de l'Université Harvard en année sabbatique, a été un véritable champion de la recherche en sciences humaines au sein de notre CCI. Nous le remercions pour ses nombreuses et importantes contributions aux discussions du conseil.

Marina Irick, Claire O'Brien et Chardé Morgan, qui ont travaillé avec nous cet été comme étudiantes, ont soutenu avec brio un certain nombre d'activités, dont l'atelier sur l'éthique à la conférence de l'ACSP et l'atelier sur le pH1N1 tenu en septembre. Je remercie ces étudiantes pour leur enthousiasme et leur ardeur au travail.

Bâtir un solide système de recherche interventionnelle en santé des populations au Canada

Heather Greenwood, analyste principale des politiques, et Dre Beth Jackson, gestionnaire, Direction des initiatives stratégiques et des innovations (DISI), Agence de la santé publique du Canada (ASPC)

On dispose maintenant de suffisamment de données scientifiques pour appuyer des mesures visant à améliorer la santé des populations et à réduire les iniquités en matière de santé. Il est donc essentiel de renforcer la capacité de recherche interventionnelle en santé des populations (RISP). C'est pourquoi, lors de la conférence de 2011 de l'Association canadienne de santé publique, l'ASPC a tenu une séance intitulée Bâtir un robuste système de recherche sur les interventions en santé publique au Canada : infrastructure, processus et méthodes, qui se situait dans le prolongement d'un colloque et d'un atelier sur la RISP qui ont eu lieu en novembre 2010.

La RISP tente d'évaluer les effets des interventions en santé des populations et de comprendre les mécanismes et les processus porteurs de changement. Lors de la séance interactive présentée dans le cadre de la conférence de l'ACSP, les conférenciers invités ont échangé leurs opinions sur les composantes et les mesures nécessaires pour renforcer et intégrer un système solide de RISP au Canada. Chacun des conférenciers a fait part de son expertise en ce qui a trait à la recherche, au financement, à l'évaluation, à la politique et/ou aux pratiques. Les experts invités étaient les personnes suivantes :

  • Nancy Edwards, directrice scientifique, ISPP des IRSC (modératrice)
  • François Benoit, responsable, Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé
  • Ivy Bourgeault, directrice scientifique, Réseau de recherche sur l'amélioration de la santé des populations (RRASP)
  • Marie Chia, gestionnaire, Stratégies en innovation, DISI, ASPC
  • Cory Neudorf, médecin-chef, région sanitaire de Saskatoon
  • Jeannie Shoveller, co-présidente de l'Initiative de recherche interventionnelle en santé des populations du Canada et titulaire d'une chaire de recherche en santé publique appliquée, Université de la Columbie-Britannique

Les conférenciers ont mis l'accent sur la nécessité d'agir sur les déterminants structuraux de la santé communs à diverses maladies. Une infrastructure qui permet de profiter des expériences naturelles, et des structures de financement qui appuient la recherche programmatique et la collaboration interdisciplinaire sont les éléments clés pour établir une telle capacité. Les contributions des sciences sociales et des sciences humaines, en particulier, sont essentielles à l'avancement de la RISP, puisque nous étudions comment des facteurs comme le contexte historique et les relations sociales contribuent aux iniquités en matière de santé. L'interdisciplinarité et la collaboration entre les secteurs contribuent aussi sur les plans de la théorie et de la méthodologie à faire avancer la RISP et devraient être intégrées aux processus d'évaluation par les pairs pour ce type de recherche. C'est en conjuguant les innovations et les investissements dans l'infrastructure, les processus, les théories, les méthodes et les pratiques que nous pourrons bâtir un système renforcé et solide pour la RISP au Canada.

Critique de livre -The Crisis of Chronic Disease among Aboriginal Peoples: A Challenge for Public Health, Population Health and Social Policy

Critique de livre par Jennifer O'Neill, M.Sc., Recherchiste, Organisation nationale de la santé autochtone
Cet article a d'abord été publié en anglais dans le Journal of Aboriginal Health. Il est réimprimé ici avec l'autorisation.

The Crisis of Chronic Disease among Aboriginal Peoples: A Challenge for Public Health, Population Health and Social Policy, par J. Reading, Ph.D., Centre de recherche sur la santé des Autochtones, Université de Victoria, 2009. ISBN 978-1-55058-407-3, 185 pages.

Les Autochtones du Canada se heurtent à nombreuses difficultés en ce qui a trait à leur santé et à leur bien-être. Le taux de maladies comme le diabète, la cardiopathie, le VIH/sida et la tuberculose est beaucoup plus élevé chez les Autochtones que dans le reste de la population canadienne.

The Crisis of Chronic Disease among Aboriginal Peoples: A Challenge for Public Health, Population Health and Social Policy (La crise des maladies chroniques chez les peuples autochtones : un enjeu de santé publique, de santé des populations et de politique sociale) est un ouvrage traitant de la santé des Autochtones et des maladies chroniques dont ils souffrent selon une approche englobant toutes les étapes de la vie, depuis le stade prénatal jusqu'à un âge avancé. En plus d'examiner les facteurs de risque des diverses maladies chroniques à chacune des étapes de la vie, ce livre fait état du fardeau des maladies chroniques chez les peuples autochtones du Canada.

Les déterminants de la santé sont multiples et interreliés. Dans la section sur les facteurs de risque de maladies chroniques, le Dr Reading traite d'abord des facteurs de risque dans la collectivité, comme la pauvreté, les problèmes de logement et les difficultés d'accès aux services de santé, et parle de leurs répercussions sur la santé des personnes. Le Dr Reading procède ensuite à une analyse documentaire exhaustive afin de décrire en détail l'incidence des facteurs de risque à chacune des étapes de la vie. Il affirme que le fait de suivre une approche axée sur l'ensemble de la vie nous permet d'intégrer de façon concrète les connaissances scientifiques aux connaissances sociologiques et culturelles.

L'approche axée sur l'ensemble de la vie complète les conceptions autochtones de la santé et du bien-être parce qu'elle conçoit la santé dans une perspective holistique. Cette approche nous permet de vérifier de façon logique les facteurs de risque tout au long de la vie, depuis le stade prénatal jusqu'à un âge avancé.

Dans la section du livre sur le fardeau des maladies chroniques, le Dr Reading étudie l'impact des maladies comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et les troubles musculosquelettiques dans la population autochtone. Il examine aussi les conséquences des maladies chroniques sur la santé mentale. Il traite notamment de la dépression et de l'anxiété attribuables au diabète, et des conséquences de cette comorbidité sur les personnes atteintes. Le Dr Reading constate qu'il y a des lacunes à ce chapitre dans la recherche.

Dans chaque section du livre, on utilise des indicateurs bien précis pour décrire les facteurs de risque et le fardeau de la maladie. Dans la mesure du possible, les statistiques sur la population autochtone au Canada sont comparées aux statistiques sur la population canadienne en général. Par ailleurs, on se réfère, chaque fois que possible, à des statistiques propres aux Premières Nations, aux Inuits et aux Métis.

Cet ouvrage s'avère une ressource utile pour les étudiants, les chercheurs et les responsables des politiques, et contribue sensiblement à l'enrichissement des sources documentaires sur les maladies chroniques chez les peuples autochtones. Il cerne des lacunes dans la recherche et révèle la nécessité de certaines interventions qui permettraient de les corriger.

Jeff Reading est le directeur du Centre de recherche sur la santé des Autochtones à l'Université de Victoria et l’ancien Directeur scientifique de l’Institut de la santé des Autochtones.

Article sur les chaires de recherche appliquée en santé publique : Dre Kim Raine

Kim RaineDre Kim Raine
Titulaire d'une chaire en santé publique appliquée, Instituts de recherche en santé du Canada et Fondation des maladies du coeur du Canada
Professeure, Centre des études pour la promotion de la santé, École de santé publique, Université de l'Alberta
Présidente, Association pour la santé publique de l'Alberta (2009-2012)

La chaire porte sur les interventions communautaires et environnementales en santé des populations visant à promouvoir un poids santé et à prévenir les maladies chroniques. À titre de diététiste-nutritionniste, la Dre Raine a toujours vu dans une saine alimentation la pierre angulaire de la prévention. Aussi a-t-elle entrepris, devant l'épidémie d'obésité, des recherches sur le rôle de l'environnement (facteurs économiques, aménagement urbain, normes sociales et politiques) dans les choix alimentaires des gens. Elle étudie en collaboration avec une équipe interdisciplinaire les environnements changeants, et plus particulièrement les communautés et les politiques publiques, pour que « le choix santé soit un choix aisé ». La Dre Raine est, en son for intérieur, une militante qui cherche à rendre le monde plus sain. Forte de ses compétences en recherche et d'un solide réseau de collègues dans le domaine de la recherche, de la pratique et des politiques, elle s'appuie sur des données pour préconiser des interventions visant le changement, puis utilise de nouveau ses compétences en recherche pour évaluer ces interventions.

Le projet Healthy Alberta Communities (HAC) sert d'exemple d'élaboration et d'évaluation des interventions communautaires. Dans le cadre de ce projet, quatre communautés de démonstration aux quatre coins de l'Alberta ont conçu des stratégies de prévention uniques. L'équipe a recueilli les connaissances et l'expérience de citoyens, d'organismes communautaires et de dirigeants par des partenariats communautaires en montant des projets influant sur les citoyens (p. ex. jardins communautaires) et les communautés entières (p. ex. coalitions pour le transport actif). Elle a par la suite créé une ressource en ligne (en anglais seulement) destinée à aider les autres communautés à mettre au point leurs propres interventions. À partir des données concluantes obtenues à la suite de l'évaluation du projet HAC, la Dr Raine a travaillé de près avec les Services de santé de l'Alberta qui ont adopté le modèle HAC pour intégrer la promotion de la santé à l'échelle de la communauté dans la pratique courante. Tandis que l'initiative THR!VE on Community Wellness prend de l'essor, l'équipe de la Dre Raine s'emploie à élaborer un cadre d'évaluation permettant de connaître l'impact de la mise en oeuvre des projets de démonstration à l'échelle de la province.

Les communautés ne peuvent pas tout faire. Les politiques peuvent favoriser ou entraver les efforts de prévention de la communauté. En s'inspirant du succès de la lutte contre le tabac et en cherchant à élargir la portée des interventions stratégiques pour s'attaquer aux régimes malsains, à l'inactivité physique et à l'obésité, l'équipe a créé l'Alberta Policy Coalition for Chronic Disease Prevention (Coalition stratégique de l'Alberta pour la prévention des maladies chroniques). Sa recherche sur la propension du public et des décideurs au changement en matière de politiques a mené à donner priorité à l'avancement des politiques de manière à limiter la publicité de boissons et d'aliments malsains ciblant les enfants et à maintenir les taxes sur les boissons additionnées de sucre. Tandis que se poursuivent les efforts de sensibilisation avec la collaboration d'un solide réseau de partenaires d'organisations non gouvernementales, l'équipe de recherche tentera de déterminer si les interventions ont été efficaces, dans quel contexte et de quelle manière elles l'ont été.

Au bout du compte, le but des interventions consiste à modifier les environnements et à réduire le risque d'obésité et de maladie chronique que font peser les moyens sociaux. Une recherche de ce genre exige du courage et un engagement à long terme pour mettre le statu quo en cause. Comme l'a fait remarquer le Dr William Dietz, directeur de la nutrition, de l'activité physique et de l'obésité aux Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, « il est déjà évident que des approches à volets et à secteurs multiples comme celle qu'a conçue la Dre Raine seront requises pour venir à bout de l'obésité. »

Article sur la recherche programmatique : Éthique, déterminants sociaux de la santé et équité en santé : Intégrer la théorie et la pratique

Les Drs Daniel Weinstock, Nicholas King, Ryoa Chung, Samuel Harper, Iwao Hirose, Matthew Hunt, Bryn Williams-Jones, et Meredith Young sont récipiendaires d'une des onze subventions programmatiques pour la santé et l'équité en santé financées par l'ISPP des IRSC et d'autres partenaires.

Programme de recherche

Les déterminants sociaux de la santé (DSS) constituent un élément central du débat sur l'équité en santé dans divers domaines allant de la philosophie et de la politique de santé jusqu'à la médecine et à l'épidémiologie. À titre de directeur d'un comité d'éthique en santé publique chargé d'examiner des protocoles d'intervention en santé des populations de 2004 à 2008, le Dr Weinstock a pris conscience de l'omniprésence du discours en éthique de la santé publique, tout en remarquant son manque de clarté. Cette subvention programmatique permettra à une équipe interdisciplinaire d'étudier cette question et d'autres questions de recherche connexes.

La recherche comporte deux volets : 1) examiner le concept des DSS et son interprétation; 2) favoriser la collaboration entre la médecine et les sciences humaines afin de développer les capacités de recherche interdisciplinaire requises pour éclairer le débat sur l'équité en santé. La recherche vise à étudier plus à fond les conditions de l'équité en santé au Canada.

Méthodes

L'équipe regroupe divers chercheurs. Certains ont une orientation plus pratique et mènent des entrevues et des expériences visant à déterminer comment les Canadiens perçoivent la notion d'équité en santé, par exemple dans le contexte de la répartition des ressources. D'autres réaliseront des projets à l'aide de méthodes théoriques comme l'argumentation philosophique, l'examen de la littérature et l'analyse conceptuelle. Une des innovations de ce programme consiste à concilier des études empiriques avec des recherches philosophiques.

Éthique en santé des populations

Ce programme de recherche examinera les fondements éthiques des interventions en santé des populations visant à s'attaquer aux DSS et à promouvoir la santé et l'équité en santé. Les chercheurs de cette équipe se sont d'abord regroupés en raison de leur intérêt commun pour l'émergence de la question de la santé publique et du discours connexe sur l'éthique dans le débat public sur l'équité en santé au Canada et ailleurs dans le monde. Ils étaient intrigués par l'émergence des DSS comme concept clé en santé publique, mais craignaient aussi que ce concept devienne pratiquement vide de sens en raison de sa surutilisation. Ainsi, les études combinant les volets conceptuel et empirique résultent de l'importance du concept de DSS dans le débat sur l'équité en matière de santé.

Santé mondiale

L'équipe de recherche ne désire pas limiter son exploration de l'équité en santé aux systèmes de santé canadiens seulement. Le programme de recherche comprend une étude de cas sur les approches liées aux DSS dans le contexte du séisme de 2010 en Haïti, qui vise à établir si la gestion internationale de cette catastrophe a tenu compte des déterminants sociaux de la vulnérabilité, et de quelle manière. Cette équipe se compose surtout de chercheurs travaillant au Québec, à l'Université McGill et à l'Université de Montréal, mais elle souhaite créer des collaborations nationales et internationales.

Évaluation

Une mesure du succès de cette recherche sera son degré d'application par les intervenants principaux (chercheurs et praticiens) et son utilité pour ceux-ci dans la conception de meilleurs outils pour faire leur travail, dont une partie consiste à mesurer la distance qui nous sépare de l'idéal de l'équité en santé au Canada.

Le coin des étudiants

Chardé MorganChardé Morgan, Étudiante à la maîtrise (M.Sc.PH)
Département d'épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail
Faculté de médecine
Université McGill—Une ressource menacée
Étudiante du projet d'emploi d'été 2011 de l'ISPP des IRSC

Lorsque je suis montée dans l'avion à destination de l'Ouganda, j'étais prête pour l'aventure. Ne sachant vraiment pas à quoi m'attendre, j'étais à la fois craintive et ravie. Étudiante en sciences de l'environnement à l'université McGill et me spécialisant dans les déterminants écologiques de la santé, j'étais sur le point de vivre une expérience extraordinaire, un internat d'été à l'institut de recherche national sur la pêche de l'Ouganda.

Dans le cadre de mon internat, j'ai parcouru le pays pour aller dans des villages construits au bord des lacs afin de prélever des échantillons de poisson et d'évaluer la qualité de l'eau. J'ai pu admirer des paysages à couper le souffle et j'ai reçu un accueil des plus chaleureux des habitants. Toutefois, je me suis vite rendu compte d'un danger potentiel. La pêche, essentielle au bien-être de la population et à la santé socioéconomique du pays, était menacée. Contribuant à plus de 50 % de l'apport en protéines des Ougandais, représentant 2,2 % du PIB et employant plus de 700 000 travailleurs, la pêche en Ouganda constitue une importante ressource qui est très menacée par la surpêche. J'ai décidé d'approfondir le sujet pour ma thèse, tout en examinant les répercussions possibles du déclin de la pêche sur la santé de la population et l'équité en matière de santé.

Travaillant avec la Dre Lauren Chapman de l'Université McGill, nous avons orienté la recherche sur le lac Nabugabo, un petit lac satellite situé près des rives du lac Victoria, le plus grand lac tropical au monde et la plus importante ressource de pêche continentale en Afrique. En comparant les évaluations des prises de 1962, de 1991, et de la période s'étendant entre 2006 et 2010, nous avons observé une augmentation globale dans les quantités de poissons pêchés et une diminution correspondante dans la taille des poissons pris. La taille des poissons est un facteur important parce que lorsque l'on pêche de jeunes poissons, il y a moins de temps pour la reproduction et cela a des conséquences graves sur la population totale de poissons. Ces résultats corroborent des recherches antérieures qui ont révélé que les capacités technologiques avancées se sont améliorées au fil du temps et ont ainsi permis de pêcher plus efficacement des poissons de petite taille, et qu'à cela s'ajoute une demande accrue des marchés locaux et étrangers.

D'ici 2015, on prévoit que la demande dépassera les réserves renouvelables. Une telle situation mènera à l'effondrement de la pêche, et cela aura de graves conséquences pour la santé, l'équité sociale et l'économie des Ougandais. Une augmentation soutenue de la demande et un déclin progressif des stocks de poissons continueront de faire monter les prix. Les Ougandais les plus pauvres auront moins accès aux aliments en raison de la hausse des prix; cela affectera particulièrement les femmes et les enfants, augmentera les iniquités de genre ainsi que les injustices sociales, et mènera à la malnutrition des enfants et aux maladies connexes. Le déclin de la pêche provoquera le chômage, ce qui amplifiera les effets susmentionnés.

Mon intérêt pour cet enjeu important et mes inquiétudes m'amènent à poursuivre des études supérieures en santé publique et en environnement; je pourrai continuer de concentrer mes efforts sur les déterminants environnementaux et socioéconomiques de la santé et sur l'équité en matière de santé. J'espère que la viabilité de la pêche en Ouganda pourra être assurée grâce à une saine gestion holistique, à l'élaboration de politiques et à la participation des intervenants. Il faut aussi des stratégies d'atténuation et/ou d'adaptation pour faire face aux futures fluctuations inévitables. De telles décisions stratégiques sont essentielles pour prévenir une crise biologique et socioéconomique potentielle.

Kristy BuccieriKristy Buccieri, candidate au doctorat
Université York
Associée du service virtuel Homeless Hub – Atelier pH1N1

Quel lien peut-on établir entre l'itinérance et la planification en cas de pandémie? Voilà une question qu'on me pose souvent quand je mentionne que je travaille sur une étude financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, intitulée « Responding to H1N1 in the context of homelessness in Canada » (Faire face au H1N1 dans le contexte de l'itinérance au Canada). Il s'agit d'une question valide. La façon la plus simple d'y répondre : les pandémies touchent tout le monde, y compris les sans-abris. Toutefois, au-delà de cette simple réponse, il faut noter que, dans bien des cas, les sans-abris sont parmi les personnes les plus vulnérables lors d'une éclosion. En effet, non seulement souffrent-ils souvent de graves maladies chroniques sous‑jacentes telles que le diabète ou une maladie pulmonaire ou cardiaque, mais aussi bon nombre d'entre eux passent du temps dans des locaux d'hébergement en commun mal ventilés comme les refuges et les centres de jour, sont vulnérables sur le plan nutritionnel, et manquent d'endroits privés où s'isoler des autres et se rétablir en cas d'infection. En outre, notre réponse au problème de l'itinérance au Canada repose actuellement sur un système d'intervention d'urgence qui, de bien des façons, augmente les risques de contracter des maladies.

En tant que chercheurs et décideurs, nous devons toujours garder à l'esprit que la meilleure voie vers l'équité en santé est l'adoption d'une approche inclusive, où nous tenons compte des défis et des besoins uniques de nos citoyens les plus vulnérables. J'ai récemment eu le privilège de rencontrer quelques-uns des esprits les plus innovateurs et révolutionnaires du domaine de la santé publique en assistant à l'atelier d'échange de connaissances concernant la recherche sur les systèmes de santé du H1N1, qui se tenait à Ottawa, en Ontario. L'un des principaux messages véhiculés au cours de cette réunion était que nous ne devons pas attendre la pandémie pour planifier : nous devons le faire immédiatement. C'est là une importante leçon pour tous les ordres de gouvernance responsables de la santé publique et pour tous ceux qui travaillent dans le secteur de l'itinérance. Nous devons élaborer un plan d'action dès maintenant. Mais par-dessus tout, ce plan ne doit exclure personne.

Chatura PrematungeChatura Prematunge, B.Sc., M.Sc., candidate en épidémiologie
Coordonnatrice de la recherche
Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa, Campus général
Département de psychologie et Division des maladies infectieuses – Atelier pH1N1

Il faut sensibiliser davantage la population canadienne à l'immunisation contre la grippe, voilà l'un des principaux messages que j'ai retenus de l'atelier. Ce message a été clairement véhiculé dans le discours-programme de M. André Picard et dans nombre de discussions entre les personnes présentes. Par exemple, nous avons convenu qu'il faut se pencher sur « ce qui occupe le coeur et l'esprit » des gens, mais les données existantes laissent croire que de nombreux Canadiens demeurent incertains ou mal renseignés sur la vaccination contre la grippe en raison d'un manque d'uniformité dans l'information transmise. Le message clé pourrait alors ne pas être « faites-vous vacciner chaque automne », mais plutôt « pourquoi tout le monde devrait se faire vacciner chaque automne ».

En réalité, le vaccin contre la grippe est plus efficace chez les personnes les moins vulnérables aux complications de la grippe (c'est-à-dire les adultes en santé) et moins efficace chez les personnes les plus vulnérables (c'est-à-dire les personnes âgées et les sujets immunodéprimés). Ainsi, il faudrait accorder plus d'attention aux questions comme « Pourquoi les personnes en santé devraient-elles se faire vacciner contre la grippe? », « Qu'est-ce que l'immunité collective? », « Comment un vaccin est-il mis au point et comment agit-il? », « À quel moment les effets indésirables peuvent-ils se produire? », et « Où puis-je obtenir des renseignements exacts sur le sujet? ». De plus, cette information ne devrait pas être diffusée seulement par des moyens habituels comme les prospectus, les affiches et les recommandations, mais également par des plateformes plus récentes et plus interactives comme les médias sociaux.

Enfin, sans enlever l'importance accordée aux initiatives liées à une pandémie, l'atelier a permis de mettre en évidence les inégalités en matière de santé au Canada. Nous avons constaté que les populations défavorisées comme les sans-abri et certaines communautés des Premières Nations ont été plus durement touchées par la pandémie de H1N1 en comparaison d'autres Canadiens. Par conséquent, notre principal objectif devrait consister à assurer un accès équitable aux ressources en santé dans l'ensemble de la population canadienne, tant en situation pandémique que non pandémique.

Lyanne FosterLyanne Foster, candidate à la maîtrise (sciences)
Centre des études pour la promotion de la santé
École de santé publique
Université de l'Alberta– Atelier pH1N1

Selon moi, l'atelier sur le pH1N1 a mis l'accent sur l'importance et la nécessité de la communication et de l'application efficaces des connaissances liées à la pandémie de grippe. L'atelier m'a permis de préciser certaines des opinions que j'exprime ci-dessous.

Pour aider les personnes qui seront touchées par la prochaine pandémie, nous devons nous pencher sur les leçons tirées des quarante dernières années et favoriser l'innovation tout en rationalisant notre capacité d'intervention actuelle et potentielle au pays.

Il faut poursuivre les efforts visant à nous assurer que les découvertes importantes issues de la recherche sont mises en oeuvre de façon à améliorer la planification en cas de pandémie. La recherche à long terme et en temps réel fournit les données nécessaires pour aider à éclairer la prise de décisions, tout en reconnaissant que les données ne constituent qu'un des facteurs pris en considération actuellement. Dans un monde idéal, une meilleure synthèse de la recherche, dans une optique d'application des découvertes en vue d'améliorer la santé de la population, nous conduirait à une application éthique des connaissances et à une amélioration de la société.

Les citoyens doivent savoir sur quoi s'appuient les décisions qui touchent leur santé et celles-ci devraient être prises dans un esprit de transparence et de confiance même lorsque des interrogations subsistent. Il faut donner aux gens l'information dont ils ont besoin pour choisir des modes de vie sains, faire passer des messages cohérents et éviter la confusion en communiquant de l'information contradictoire à la population. Parfois, cela veut dire répondre activement aux rumeurs que font circuler les cyniques.

Je dirais que la façon dont on a présenté l'information sur le pH1N1 à la population posait problème. Nous devons avoir recours à des moyens de communication modernes pour obtenir la participation et la confiance de la population. La population doit se fier au système pour que celui-ci fonctionne bien, c'est-à-dire qu'il faut améliorer l'utilisation que fait la population des recommandations en matière de santé publique.

Il faut utiliser Internet et les médias sociaux pour que l'information circule et soit interprétée en temps réel et qu'elle atteigne les populations. Le recours aux nouveaux médias n'est profitable que s'il offre rapidement et en tout temps de l'information précise. Toutefois, il faut aussi mettre en place un système de communication efficace pour les populations qui n'utilisent ni Internet ni les technologies nouvelles et pour celles qui utilisent des moyens traditionnels et d'autres sources pour s'informer.

Nous savons qu'une autre pandémie frappera; nous ignorons simplement quand. Notre façon de nous préparer aux pandémies doit changer pour devenir davantage proactive et tenir compte des données que nous accumulons et accumuleront. En terminant, j'aimerais remercier les commanditaires de l'atelier, à savoir les IRSC, l'ASPC et le CNCMI, pour cette excellente occasion d'apprentissage.