Profil de recherche - Repenser la cancérologie

Dr Peter Keating
Dr Peter Keating

En plus de changer les méthodes diagnostiques et le traitement des maladies, la génomique révolutionne les modèles d’interaction entre le monde de la recherche publique et celui des biotechnologies, ainsi que les applications qui en découlent pour le système de soins de santé, selon le Dr Peter Keating de l’Université du Québec à Montréal.

Retour à l'article principal ]

Si vous voulez savoir où mène une nouvelle technologie ou un nouveau champ de recherche, parlez‑en au Dr Peter Keating, de l’Université du Québec à Montréal.

Selon lui, l’essor récent de la génomique non seulement change les méthodes diagnostiques et le traitement des maladies comme le cancer, mais révolutionne aussi la recherche en mettant le banc de laboratoire à côté du lit d’hôpital.

En bref

Qui – Dr Peter Keating, professeur, Département d’histoire, Université du Québec à Montréal.

Question – Les avancées en génomique et en protéomique changent les méthodes diagnostiques et le traitement du cancer. Elles révolutionnent la manière dont la recherche sur le cancer est menée.

Approche – Avec le Dr Alberto Cambrosio, de l’Université McGill, le Dr Keating codirige une analyse sociohistorique de quatre ans de la recherche translationnelle sur le cancer, qui va de la découverte initiale des oncogènes au développement de la médecine génomique au 21e siècle.

Impact - La perspective que procurera une analyse rigoureuse de la manière dont les connaissances et les technologies nouvelles sont créées et appliquées en clinique sera d’une importance clé tant pour les chercheurs que pour les décideurs.

« On discerne une intention maintenant de créer une voie qui ne repose pas sur les anciennes distinctions “ceci est le laboratoire, ceci est la clinique” », dit le Dr Keating, historien médical. « Nous assistons à un raccordement des deux, la clinique incorporant directement les plus récentes découvertes de la recherche génomique. Et vice versa : les faits émanant de la clinique sont directement pris en compte et, dans un certain sens, orientent les axes de recherche. »

« Pensons aux tests sur des animaux », dit‑il. « Grâce à la génomique, les chercheurs peuvent maintenant faire beaucoup plus avec les échantillons de tissus des patients. Ils lisent le génome directement dans ces échantillons. Avant, l’information provenait de modèles animaux. En fait, très peu de gènes étaient étudiés directement dans la recherche sur le cancer jusqu’en 1984. »

Parce qu’elle réduit le besoin d’études préliminaires sur des animaux, la génomique accélère le processus même de l’examen des sources génétiques du cancer. Tout arrive si rapidement en fait que les chercheurs et les cliniciens peuvent avoir du mal à suivre. Pour montrer comment les données nouvelles sont ajoutées à la base de connaissances en temps réel, le Dr Keating attire l’attention sur des initiatives comme le Cancer Genome Project du Royaume-Uni, qui publie les nouvelles découvertes au sujet des gènes et des mutations génétiques en cause dans le cancer à mesure qu’elles sont réalisées.

« Chaque publication peut avoir une importance directe sur le plan clinique », dit le Dr Keating. « Comment mobilisons‑nous l’information qui paraît chaque jour pour éclairer la prise de décision? »

Le fait que les technologies évoluent si rapidement présente aussi des défis. Jusqu’à tout récemment, la technologie de choix était la puce à ADN – un ensemble de molécules d’ADN fixées à des surfaces solides ou « puces » – pour suivre l’expression des gènes dans le cancer. Toutefois, le « séquençage de prochaine génération » emploie une technologie commandée par ordinateur pour un examen quasi instantané de millions de séquences de gènes. Cette approche « numérique » permet aux chercheurs de déterminer la séquence de gènes plus rapidement et exactement qu’avec la technologie « analogue » de la puce à ADN.

Selon le Dr Keating, ces bonds spectaculaires placent les établissements qui se consacrent à la recherche de nouvelles façons de traiter le cancer devant des choix difficiles quand vient le temps de bâtir, d’équiper et de doter en personnel leurs laboratoires. C’est l’équivalent de la question à plusieurs millions de dollars : opter pour Blu‑ray ou rester avec la technologie du DVD. « Le défi est le suivant : comment arranger les structures pour que cette information fasse partie intégrante du processus décisionnel? »

Malgré les difficultés, ces progrès laissent entrevoir une approche personnalisée de la médecine. Quant à lui, le Dr Keating fait remarquer que ce que nous avons réussi jusqu’ici correspond plus exactement à ce que les chercheurs appellent « médecine stratifiée » ou « médecine de précision ».

« Notre travail est comme un miroir : c’est un niveau de réflexion qui est important pour le processus de recherche clinique parce qu’il permet aux gens de soulever des questions. Pour le grand public, c’est une fenêtre. »

« La plupart des hôpitaux qui traitent le cancer ont un institut de recherche. Et aujourd’hui, ils cherchent tous de nouvelles façons de réorganiser et de restructurer leur travail. »
– Dr Peter Keating, Université du Québec à Montréal