Profil de recherche – Respiration risquée

Dr Donald Sin
Dr Donald Sin

Des chercheurs à Vancouver étudient pourquoi le risque de maladie pulmonaire obstructive chronique et de cancer du poumon est plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

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Les poumons des femmes ont quelque chose de particulier qui augmente le risque de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) et de cancer du poumon chez elles. Des chercheurs à Vancouver font des progrès dans leurs efforts pour découvrir ce mystérieux facteur de risque.

La MPOC est la troisième cause de décès en importance chez les femmes au Canada, après les maladies du coeur et le cancer. Une femme court 30 % plus de risques qu'un homme de souffrir d'une MPOC, même si leurs facteurs de risque sont identiques, selon le Dr Donald Sin, chef de la médecine respiratoire à l'Hôpital St. Paul. Le Dr Sin est aussi titulaire d'une chaire de recherche du Canada sur la maladie pulmonaire obstructive chronique et professeur de médecine à l'Université de la Colombie‑Britannique.

En bref

Qui – Dr Donald Sin, Université de la Colombie-Britannique.

Question – Le risque de MPOC et de cancer est 30 % plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Approche – L'équipe du Dr Sin étudie le rôle que les hormones sexuelles féminines jouent dans la promotion de la MPOC et du cancer du poumon.

Impact – Comprendre le risque de MPOC et de cancer du poumon chez les femmes peut conduire à de nouvelles stratégies de traitement et de prévention.

On prévoit que d'ici à 30 ans, le nombre de femmes atteintes de MPOC sera beaucoup plus important que le nombre d'hommes, notamment en raison du plus grand nombre de fumeuses. Néanmoins, même si la proportion de fumeurs et de fumeuses était la même, un plus fort pourcentage de femmes souffre de MPOC et de cancer du poumon.

« Nous pensons que chez les femmes, l'inflammation des voies aériennes et l'inflammation systémique en réaction à l'exposition à la fumée du tabac sont plus marquées que chez les hommes », dit‑il. En fait, son laboratoire fournit des preuves incontournables en ce sens.

Quand les gens fument, ou sont exposés à la pollution atmosphérique, des cellules immunitaires spécialisées dans les poumons causent de l'inflammation pour essayer de maîtriser ou d'éliminer les irritants. La toux et l'excès de mucosités sont deux signes que ces cellules inflammatoires sont en action. Les cellules inflammatoires finissent par endommager le tissu pulmonaire si l'exposition est constante ou fréquente.

« Les voies aériennes sont « remodelées », pour ainsi dire. Elles rétrécissent progressivement en raison de ces dommages collatéraux », explique le Dr Sin.

Le rétrécissement a plusieurs causes possibles. Par exemple, le tissu qui tapisse les voies aériennes devient enflammé ou enflé de façon chronique, ce qui cause des obstructions et réduit le passage de l'air. Une cicatrisation progressive des voies aériennes peut se produire, créant des couches de tissu cicatriciel. Cela rend le tissu pulmonaire raide et moins élastique lorsqu'on respire. Il se produit aussi une accumulation chronique de mucus « tenace » à l'intérieur des voies aériennes.

La présence d'hormones sexuelles féminines comme la progestérone dans les poumons peut être un des facteurs qui accroissent le risque de MPOC et de cancer du poumon chez la femme.

« Dans notre travail, nous avons découvert que lorsque les cellules pulmonaires sont exposées à la progestérone, elles se déchaînent en quelque sorte et produisent un mucus tenace très épais », dit le Dr Sin. Dans des circonstances normales, ce mucus épais aide à capter les irritants, que la toux permet ensuite d'éliminer. Par contre, quand l'exposition aux irritants est constante (par exemple, chez le fumeur habituel), le mucus reste là, capturant virus et bactéries qui ne peuvent être éliminés comme il faut.

« Les bactéries peuvent rester là et se multiplier pour causer toutes sortes de dommages », dit‑il. Un des rôles normaux de la progestérone est d'empêcher les cellules de mourir, ce qui est normalement une bonne chose. « En revanche, si la personne fume et la progestérone prolonge la vie de cellules endommagées, celles‑ci peuvent muter et devenir cancéreuses », affirme-t‑il.

Le problème se pose avec une acuité particulière chez les femmes. On soupçonne que parce que certaines tumeurs cancéreuses ont des récepteurs d'oestrogènes, elles peuvent être capables de se « servir des hormones sexuelles féminines pour proliférer et ne pas être détruites par les cellules immunitaires de l'hôte », dit le Dr Sin. Voilà ce sur quoi les chercheurs se penchent actuellement, avec l'appui des Instituts de recherche en santé du Canada.

Le but est de trouver des traitements pour les patients atteints de ces maladies. « Nous pensons qu'en essayant de comprendre la mécanique du lien entre les femmes – en particulier les fumeuses – et la MPOC et le cancer du poumon, nous pourrons trouver de nouvelles cibles de traitement », déclare le Dr Sin.

« Une fois qu'on a activé, avec la cigarette, le mauvais gène pour la MPOC, c'est très difficile de faire marche arrière. »
-Dr Donald Sin, Université de la Colombie‑Britannique