Profil de recherche – La loterie de l’asthme

Dre Denise Daley
Une chercheuse de l'UBC examine comment la génétique et des facteurs environnementaux déterminent qui sera asthmatique.
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L'asthme est une maladie commune, quoique complexe, dont les causes sont à la fois génétiques et environnementales. La maladie touche quelque 300 millions de personnes dans le monde, et sa prévalence augmente partout sur la planète. Elle peut survenir à n'importe quel âge, et ses aspects caractéristiques peuvent changer tout au long de la vie.
La Dre Denise Daley essaie de découvrir les causes de l'asthme. Elle est professeure adjointe de médecine à l'Université de la Colombie‑Britannique et titulaire d'une chaire de recherche du Canada en épidémiologie génétique des maladies complexes.
En bref
Qui – Dre Denise Daley, Université de la Colombie-Britannique.
Question – L'asthme est une maladie complexe dont la prévalence augmente.
Approche – La Dre Daley utilise des études d'association à l'échelle du génome et des études de cohorte pour examiner les facteurs génétiques et environnementaux qui contribuent à l'asthme.
Impact – Si nous déterminons les causes de l'asthme, nous pourrons établir des stratégies plus ciblées de prévention et de traitement.
Ses collaborateurs et elle travaillent non seulement à identifier les gènes particuliers en cause dans l'asthme, mais examinent comment l'exposition à des allergènes, à des polluants ou à des virus dans l'environnement, par exemple, interagit avec les gènes pour déclencher l'asthme.
« Ce que nous voulons faire, c'est comprendre pourquoi l'asthme augmente, et quelle est l'incidence du genre, des gènes et de l'environnement sur son développement », dit‑elle. « Bien qu'un certain nombre de gènes aient été incriminés dans l'asthme, tous n'ont pas la même constellation de gènes les prédisposant à la maladie. »
La Dre Daley a participé à des études d'association à l'échelle du génome. Dans ces études, les chercheurs se concentrent sur des variantes génétiques communes chez différentes personnes qui sont associées à un trait – comme une maladie particulière. En général, ces études comparent l'ADN de deux groupes de personnes (des personnes atteintes d'une maladie et des personnes n'en souffrant pas) pour déterminer les segments de gènes qui sont « suspects » et qui peuvent être associés à la maladie. Ce travail aide à isoler les gènes de susceptibilité à l'asthme.
Même si une personne est porteuse de gènes qui la rendent vulnérable à la maladie, elle ne devient pas forcément asthmatique, car la maladie n'est pas causée par les gènes seulement. « Dans une maladie comme l'asthme, l'incidence de l'environnement par les interactions gènes‑environnement doit être prise en compte aussi », affirme la Dre Daley.
En fait, une récente étude de l'équipe de la Dre Daley a révélé que des interventions visant à réduire la prévalence de l'asthme et de l'allergie étaient efficaces pour prévenir le développement d'une allergie chez certains enfants, mais non chez d'autres – selon la variante d'un gène en cause dans l'allergie appelé CD14 qui était présente chez chaque enfant. Un jour, il sera peut‑être possible d'utiliser des tests génétiques pour déterminer quelles stratégies de traitement et de prévention fonctionneront pour telle ou telle personne.
Alors, comment détermine‑t‑on quels gènes et quelles expositions environnementales font augmenter le risque d'asthme? Certains chercheurs laissent entendre que l'exposition à des allergènes ou à la fumée de cigarette peut modifier l'expression de certains gènes chez le foetus, et que cette modification peut modifier le développement du poumon. En conséquence, l'enfant risque davantage de souffrir d'asthme.
Selon la Dre Daley, la meilleure façon d'étudier les facteurs environnementaux qui font croître le risque d'asthme infantile est de suivre des cohortes de naissance pendant de longues périodes, à partir de la grossesse. C'est exactement ce que son équipe et elle font. Elles se servent des données de deux cohortes de naissance canadiennes : la cohorte de l'Étude canadienne de prévention primaire de l'asthme (CAPPS) et celle de l'Étude des gènes de l'asthme et de l'environnement (SAGE) du Manitoba.
Dans le cadre de l'étude CAPPS, entreprise en 1995, on a évalué une stratégie interventionnelle à multiples facettes pour les enfants ayant des antécédents familiaux d'asthme ou de maladie allergique. L'intervention a été efficace, bien qu'il faille plus de recherche pour déterminer quelle facette de l'intervention a aidé à prévenir l'asthme.
Dans le projet SAGE, la Dre Daley et son équipe ont envoyé des questionnaires aux familles de 16 320 enfants nés en 1995. Sept cent vingt‑trois enfants et leurs parents ont été recrutés pour des études génétiques. Les chercheurs ont évalué les enfants pour voir s'ils étaient asthmatiques ou avaient des allergies, et ont recueilli des échantillons environnementaux. Les données de l'étude aideront à déterminer pourquoi les taux d'asthme sont plus élevés en milieu urbain qu'en milieu rural.
« On ne peut pas changer ses gènes, mais on peut modifier son environnement pour tenter de prévenir l'asthme », déclare la Dre Daley.
Les origines de l'asthme semblent remonter à la période prénatale et au début de la période postnatale. Des recherches à long terme, des études génétiques et la prise en compte de multiples facteurs environnementaux jetteront de la lumière sur la façon dont l'asthme se développe chez certaines personnes, et pourquoi d'autres personnes sont épargnées.
« C'est seulement une fois que nous aurons compris ces effets que nous pourrons espérer concevoir des études d'intervention et de prévention pour l'asthme qui peuvent être efficaces à l'échelle de toute une population », dit‑elle.
« On ne peut pas changer ses gènes, mais on peut modifier son environnement pour tenter de prévenir l'asthme »
– Dre Denise Daley, Université de la Colombie‑Britannique