Lésions cérébrales traumatiques : à l’écoute des symptômes

Deux personnes ont subi une lésion cérébrale traumatique (LCT) d’intensité semblable. Pourtant, leur rétablissement est nettement différent. Pourquoi?

Une LCT peut survenir quand une personne subit un traumatisme cérébral soudain. Bien qu’un coup à la tête soit une cause commune, le traumatisme crânien n’est pas le facteur déterminant de la LCT. Au fil des ans, des chercheurs ont étudié les facteurs qui jouent un rôle dans le rétablissement après une LCT. Le Dr Donald Stuss et ses collègues, initialement de l’Université d’Ottawa et ensuite de l’Université de Toronto, se sont surtout concentrés sur les effets de la LCT sur le comportement.

Le Dr Stuss a entrepris son parcours il y a une trentaine d’années dans sa pratique clinique. Il a constaté que les patients qui semblaient avoir recouvré leurs habiletés normales d’après des tests psychologiques normalisés continuaient de se plaindre de problèmes.

Il a examiné les données sur les régions du cerveau qui risquaient le plus d’être endommagées après une LCT. Il a constaté que les régions fronto temporales du cerveau étaient les plus susceptibles d’être atteintes, peu importe comment les dommages cérébraux étaient survenus. Lorsqu’il a commencé à se concentrer sur des tests particulièrement sensibles pour ces régions, les problèmes persistants que décrivaient les patients sont devenus évidents.

Les lobes frontaux, qui représentent de 23 à 33 % de tout le cerveau, étaient auparavant considérés comme une seule entité fonctionnelle. Avec l’aide financière des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Dr Stuss a toutefois identifié au moins quatre régions fonctionnelles à l’intérieur des lobes frontaux.

Une région est importante pour la motivation et l’activation. Des dommages à cet endroit causent un important ralentissement du comportement. Si les dommages touchent une autre zone des lobes frontaux, des changements de personnalité notables sont possibles. Dans une autre région encore, la prise de décision, la planification et le contrôle du comportement peuvent être touchés. Des dommages directement en avant, juste au dessus des yeux, peuvent rendre difficiles l’intégration des comportements et l’autoréflexion.

Les implications sont évidentes. Si les LCT endommagent généralement les lobes frontaux, et si les lobes frontaux sont aussi complexes que le suggère la recherche du Dr Stuss, alors différents patients qui ont subi des LCT éprouveront différents syndromes selon le siège des lésions dans leur cerveau.

Katherin Krpan, alors étudiante au doctorat, a poursuivi dans cette voie de recherche en étudiant, avec le Dr Stuss et les Dres Nicole Anderson et Deirdre Dawson, les mécanismes d’adaptation après une LCT.

Ces chercheurs ont pu démontrer qu’indépendamment de la gravité de la lésion, certains patients s’adaptaient à la vie en « planifiant », et d’autres, en « évitant ». Les planificateurs possèdent de meilleures fonctions exécutives (prise de décision et contrôle) et une meilleure capacité de réaction émotionnelle. La performance des autres, par contre, est liée à une fonction exécutive déficiente.

Selon le Dr Stuss, les meilleurs diagnostic et soins cliniques doivent reposer sur les meilleures connaissances scientifiques, et à mesure que nous en savons plus sur les LCT, les soins devraient évoluer. Sa recherche a montré que les patients fournissent souvent les meilleures indications des prochaines études à entreprendre, et que le fait de comprendre le patient permet au clinicien de mieux adapter le traitement.

Quoi qu’il en soit, il reste, selon le Dr Stuss, beaucoup à découvrir au sujet des LCT.

« Nous sommes en train d’apprendre que la constitution génétique de chacun joue un rôle dans son rétablissement. Le milieu social d’une personne peut radicalement modifier le soutien fourni pour maximiser le recouvrement. Ce qu’il reste à déterminer, c’est la façon dont ces différents facteurs interagissent réellement et dont cette information est utilisée pour la réadaptation et l’optimisation du rétablissement et de l’intégration sociale. »