Printemps 2012
Volume 1, numéro 2
[ PDF (1,5 Mo) ] Un projet financé par les IRSC aide les pays à comparer et à améliorer leurs politiques de lutte antitabac
Un professeur de l'Université de Waterloo dirige un projet auquel participent 23 pays
En bref
Qui : Dr Geoffrey Fong, Université de Waterloo.
Question : L'usage du tabac est un des principaux facteurs de risque associés aux maladies non transmissibles (MNT). À l'échelle mondiale, 63 % des décès sont attribuables aux MNT. L'exposition à la fumée indirecte du tabac tue 600 000 personnes chaque année1.
Projet : Avec l'appui financier des IRSC, le Dr Fong a fondé le projet ITC en 2002 pour entreprendre des études de cohorte internationales sur l'usage du tabac et mesurer les effets de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLA). Le projet ITC a produit huit rapports nationaux depuis 2008, de même que deux rapports stratégiques et treize résumés dans neuf pays. Actuellement, 23 pays participent au projet2.
Les faits : Le projet ITC a prouvé l'inefficacité des politiques dans certains pays. Par exemple, en Chine, le projet a démontré que trois politiques cruciales – les mises en garde, les lois antitabac et les taxes – n'avaient pratiquement aucun effet parce qu'elles n'étaient pas bien mises en oeuvre.
Les faits à l'oeuvre : Les rapports nationaux du projet ITC jouent un rôle déterminant en présentant et en évaluant le rôle d'un pays donné dans la réglementation du tabac. Les responsables des politiques utilisent ces rapports pour façonner les mesures de lutte antitabac.
Source : The impact of pictures on the effectiveness of tobacco warnings, Bulletin de l'Organisation mondiale de la santé, vol. 87, no 8 (août 2009), p. 640-643.
N'importe quel chercheur aimerait être à la place de l'un des principaux experts de la lutte contre le tabagisme au monde, le Dr Geoffrey Fong, de l'Université de Waterloo : quand il parle, les élus écoutent.
Dans l'avant-propos du Rapport national ITC France par le Projet international d'évaluation de la lutte antitabac (projet ITC) du Dr Fong, Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé de la France, exprime sa gratitude pour l'« aide précieuse [que constituent les données recueillies] pour orienter nos efforts dans la lutte contre la première cause de mortalité et de morbidité évitables au monde ».
Les propos du ministre Bertrand, publiés à la fin de 2011, font écho à ceux du Dr A. F. M. Ruhal Haque, ministre de la Santé et du Bien-être de la famille du Bangladesh, qui écrivait que selon le rapport national ITC pour son pays : « Il reste encore beaucoup à faire pour réduire l'usage du tabac et prévenir ses conséquences sanitaires, sociales et économiques futures ». Il ajoutait que les conclusions du projet ITC pousseraient son pays à en faire plus.
Les rapports nationaux ITC, produits en partie avec l'aide financière des IRSC, sont l'idée originale du Dr Fong, qui a fondé le projet ITC avec des collègues dans quatre pays en 2002 et en a fait une puissante initiative à laquelle participent 23 pays. Les rapports représentent une importante façon dont le projet ITC s'acquitte de sa mission qui consiste à mesurer les effets psychosociaux et comportementaux de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLA) de 2003 de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
En menant des enquêtes parallèles dans des pays comptant 60 % de tous les fumeurs dans le monde, le projet ITC tient les pays participants au courant des effets de l'adoption de mesures de lutte contre le tabagisme, comme les mises en garde illustrées et les lois antitabac. Et ce qui est tout aussi d'intérêt, les rapports et les résumés apprennent aux dirigeants et aux responsables des politiques comment leur pays se compare aux autres dans cette lutte.
« C'est très important que nos conclusions soient communiquées de façon compréhensible et claire », dit le Dr Fong, professeur de psychologie et chercheur principal à l'Institut ontarien de recherche sur le cancer. « Les rapports sont axés sur les conclusions du projet ITC qui indiquent où se situe un pays face à la menace que représente l'usage du tabac et si ses politiques antitabac donnent des résultats. Dans les pays où les résultats des politiques ne sont pas satisfaisants, nous espérons que les conclusions du projet inciteront les responsables des politiques à agir. »
Il est souvent difficile d'intervenir adéquatement pour lutter contre le tabagisme. Bien que le tabac soit à blâmer pour plus de cinq millions de décès par année3, et qu'il pourrait tuer un milliard de personnes au cours du siècle actuel4, le lobby du tabac est généreusement financé et les économies de nombreux pays sont renforcées par les taxes sur le tabac et les emplois que crée l'industrie.
Pour contrebalancer ces forces, le projet ITC procure aux groupes antitabac des données dont ils se servent pour presser leurs gouvernements d'agir, dit Deborah Arnott, première dirigeante d'Action on Smoking & Health (ASH) au Royaume-Uni. Encore une fois, le caractère international de ces données leur donne plus de poids.
Les faits à l'oeuvre : les conclusions jouent un rôle clé dans les décisions relatives aux politiques antitabac
Les rapports nationaux du projet ITC jouent un rôle crucial en présentant et en évaluant le rôle d'un pays donné dans la réglementation du tabac. Jusqu'ici, le projet a produit neuf rapports nationaux, suscitant les éloges des responsables des politiques, qui les considèrent comme indispensables pour leurs efforts de lutte contre le tabagisme. Dans l'avant-propos du Rapport national ITC France par le Projet international d'évaluation de la lutte antitabac (projet ITC) du Dr Fong, Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé de la France, exprime sa gratitude pour l'« aide précieuse [que constituent les données recueillies] pour orienter nos efforts dans la lutte contre la première cause de mortalité et de morbidité évitables au monde ».
« De nombreuses recherches de grande qualité sont menées au Royaume-Uni pour connaître la situation au pays, dit Mme Arnott, mais grâce au projet ITC, nous pouvons savoir comment le Royaume-Uni se compare à d'autres pays. Nous savons, par exemple, que le Canada nous devance pour plusieurs aspects de la lutte antitabac, dont les mises en garde contre les dangers pour la santé. Ces mises en garde (sur les paquets de cigarettes) existent au Canada depuis plus longtemps que chez nous, et il y a en plus des mises en garde illustrées. Cela apporte de l'eau au moulin pour réclamer des mises en garde illustrées ici. »
En outre, le projet ITC a prouvé l'inefficacité des politiques dans certains pays. Par exemple, en Chine, le projet a démontré que trois politiques cruciales – les mises en garde, les lois antitabac et les taxes – n'avaient pratiquement aucun effet parce qu'elles n'étaient pas bien mises en oeuvre. En mai 2009, le gouvernement de la Chine a majoré les taxes sur le tabac, conformément à ses obligations en vertu de la CCLA. Toutefois, les prix n'ont pas encore augmenté, si bien que cette mesure n'a aucunement contribué à réduire l'usage du tabac. De plus, le gouvernement a imposé des mises en garde occupant plus d'espace sur les deux faces des paquets de cigarettes en 2008, mais le message sur la face arrière est en anglais.
Le projet ITC a également attiré l'attention sur des politiques inefficaces aux Pays-Bas. « Nous nous pensions très avancés dans la lutte antitabac, dit le professeur Marc Willemsen, de l'École de santé publique et de soins primaires de l'Université de Maastricht, parce que nous avons consacré passablement d'euros à des campagnes de renoncement. Cela a été un choc d'apprendre que les fumeurs néerlandais étaient moins conscients des risques pour la santé que les fumeurs de la plupart des autres pays du projet ITC. »
Le professeur Willemsen ajoute que les conclusions du projet ITC « nous ont aidés à considérer autrement tout le problème de la lutte antitabac aux Pays-Bas. Elles ont contribué à mettre la question à l'ordre du jour de la Fondation néerlandaise de lutte contre le cancer, qui planifie maintenant une campagne médiatique pour sensibiliser la population aux conséquences de l'usage du tabac pour la santé. Toutes ces mesures découlent des données du projet ITC. »
Le grand voyageur qu'est le Dr Fong présente aussi les résultats de recherche du projet ITC directement aux responsables des politiques et aux élus. Récemment, il s'est adressé aux parlementaires britanniques qui rédigeaient un rapport sur la question de l'interdiction de fumer dans les voitures en présence d'enfants.
« Il a pu leur parler de l'appui des fumeurs au Canada et leur dire comment cet appui se comparait à celui des fumeurs britanniques », dit Mme Arnott. L'information a été incluse dans le rapport bipartisan qui a été envoyé au ministre de la Santé et au premier ministre. « Sa présentation a été absolument essentielle pour convaincre les parlementaires que nous devions donner suite à l'idée. »
L'Organisation mondiale de la santé considère que le projet ITC est essentiel pour ses efforts
« La recherche du projet ITC est indispensable pour l'initiative de l'Organisation mondiale de la santé visant à réduire le tabagisme partout dans le monde », affirme depuis Genève le Dr Douglas Bettcher, directeur de l'Initiative pour un monde sans tabac de l'Organisation. « Le projet ITC, mis en route par le Dr Fong, est une source opportune de données et d'inspiration pour les pays résolus à mettre en oeuvre efficacement la CCLA de l'Organisation mondiale de la santé. Je compte sur sa contribution continue à un monde sans tabac. »
Les IRSC ont été parmi les premiers à appuyer l'ambitieux projet du Dr Fong lorsqu'il a été entrepris en 2002. « Leur appui à cet effort international a été extraordinaire », dit le Dr Fong. « Grâce aux IRSC, nous avons des fonds depuis 2009 pour produire nos rapports nationaux ». Plus récemment, l'équipe du Dr Fong a reçu 7,4 millions de dollars – la plus importante subvention de recherche jamais accordée par les IRSC – pour la suite de l'évaluation de l'impact de la CCLA dans le cadre du projet ITC, principalement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
Ressources complémentaires
- Initiative pour un monde sans tabac
- Correspondance par courriel avec la Dre Lorraine V. Craig, gestionnaire de projet et gestionnaire de la dissémination pour ITC Europe, 17 novembre 2011.
- Organisation mondiale de la santé. Rapport de l'OMS sur l'épidémie mondiale de tabagisme, 2009 : mise en place d'espaces non-fumeurs, Genève, 2010.
- Organisation mondiale de la santé. Rapport de l'OMS sur l'épidémie mondiale de tabagisme, 2008 : le programme MPOWER, Genève, 2008.