Printemps 2012
Volume 1, numéro 2
[ PDF (1,5 Mo) ] Des soins de santé mentale par téléphone permettent de venir en aide rapidement aux enfants et aux familles
Un programme de soins à domicile se révèle plus efficace que les soins habituels
En bref
Qui : Dr Patrick J. McGrath, Centre de santé IWK de l'Université Dalhousie.
Question : On estime que 18 % des enfants présentent des problèmes de santé mentale, mais que seulement 15 à 30 % d'entre eux reçoivent un traitement opportun du fait de ressources limitées pour les soins de santé. Chez les familles qui réussissent à obtenir des soins, les taux d'abandon en cours de traitement sont élevés.
Projet : Le Dr McGrath a conçu le programme Strongest Families comme solution de rechange pour offrir un service d'intervention aux familles avec des enfants chez qui un trouble du comportement perturbateur, un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité ou des problèmes d'anxiété ont été diagnostiqués. L'intervention de 11 à 12 semaines prévoit l'utilisation de vidéos, de guides et de séances hebdomadaires de conseils par téléphone avec des accompagnateurs formés.
Les faits : Trois essais cliniques financés par les IRSC de 2003 à 2007 ont conclu que le programme Strongest Families permettait efficacement de traiter les troubles de santé mentale légers à modérés chez les enfants. Strongest Families a été jugé plus efficace que les soins habituels et procure des bienfaits durables.
Les faits à l'oeuvre : Strongest Families est opérationnel dans quatre des neuf districts de santé de la Nouvelle-Écosse. Près de 300 enfants ont été traités en 2010, et 1 000 enfants et familles en ont bénéficié jusqu'ici. Le programme est également offert à Calgary, par l'entremise des Services de santé de l'Alberta, et il existe à Thunder Bay (Ontario) depuis plusieurs années. Enfin, grâce à un partenariat avec l'Association canadienne pour la santé mentale, 100 enfants auront accès à Strongest Families en Colombie-Britannique.
Source : Telephone-Based Mental Health Interventions for Child Disruptive Behaviour and Anxiety Disorders: Randomized Trials and Overall Analysis. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, vol. 50, no 11 (novembre 2011), p. 1162-1172.
Émile, neuf ans, a de la difficulté à rester assis sans bouger en classe, ce qui nuit à sa concentration. Par terre sur le tapis avec les amis pour une leçon de groupe, il pense que c'est le temps de lutter avec ses camarades. Il est impulsif, interrompt souvent son professeur ou fait simplement des pitreries pour attirer l'attention. Pour son éducatrice du service de garde, il a de l'énergie pour deux. Avec son comportement imprévisible, il a de la difficulté à se faire des amis et à les garder. À la maison, il rouspète et fait des crises quand il n'a pas ce qu'il veut. Ses enseignants et ses parents ont de la difficulté à le maîtriser. Ils sont inquiets, frustrés et se demandent quoi faire encore.
Vidéo avec les Drs McGrath et Lingley-Pottie
Cette histoire d'Émile est fictive, mais il s'agit d'une réalité bien concrète pour beaucoup d'enfants. À tout moment, un enfant ou un adolescent canadien sur cinq est aux prises avec un problème quelconque de santé mentale1. Toutefois, le nombre de professionnels qui peuvent fournir des soins de santé mentale à cette population est limité, alors que la demande est énorme. Il s'ensuit que de nombreux enfants aux prises avec des problèmes languissent sur les listes d'attente. En Ontario, par exemple, 90 % des enfants et des adolescents ayant un trouble de santé mentale connu attendent six mois en moyenne avant d'être traités2.
Le Dr Patrick J. McGrath a lui-même constaté le problème. « Cela me dérangeait quand j'étais clinicien à Ottawa, au Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario. De trop nombreux parents se faisaient dire : “Si l'état de votre enfant se détériore, on pourra le traiter.” J'entendais cette phrase si souvent que c'en était décourageant. »
Quand il a vu que le système ne fonctionnait pas pour les familles avec des enfants comme Émile, le Dr McGrath, aujourd'hui clinicien-chercheur et titulaire d'une chaire de recherche du Canada à l'Université Dalhousie et au Centre de santé IWK, à Halifax, a commencé à mettre au point un programme entièrement différent. Appelé Strongest Families, le programme d'intervention par téléphone aide les familles à s'attaquer aux problèmes de santé mentale légers ou modérés de leur enfant avant qu'ils ne deviennent graves.
« Dans presque chaque région sanitaire avec laquelle nous travaillons, on nous donne les enfants sur la liste d'attente qui ont un comportement perturbateur ou un problème d'anxiété, mais ne représentent pas un danger immédiat pour eux-mêmes ou les autres, dit le Dr McGrath. Nous avons les enfants qui n'avanceront probablement pas sur la liste d'attente parce qu'ils ne menacent pas de s'égorger ou d'égorger quelqu'un d'autre. »
D'une durée normale de 11 à 12 semaines, le programme incorpore des thérapies cognitives et comportementales, comme la « respiration par le ventre » pour calmer l'anxiété. Des techniques de résolution de problème y sont également enseignées. Les familles reçoivent des guides et des vidéos éducatives, et participent à des séances hebdomadaires de conseils par téléphone avec des accompagnateurs formés. Elles peuvent aussi communiquer par courriel avec leur accompagnateur pour obtenir des conseils ou lui faire part de leurs préoccupations en dehors de leurs entretiens hebdomadaires.
Entrepris en 2006, Strongest Families est offert dans quatre des neuf districts de santé de la Nouvelle-Écosse. Près de 300 enfants ont été traités en 2010, et 1 000 enfants et familles en ont bénéficié jusqu'ici, selon la collaboratrice du Dr McGrath, la Dre Patricia Lingley-Pottie, présidente et directrice de l'exploitation à l'institut sans but lucratif Strongest Families. Nous visons ultimement à étendre le programme à toute la Nouvelle-Écosse.
L'examen de trois essais cliniques randomisés a révélé que comparativement aux soins habituels, l'intervention Strongest Families « avait réduit d'importante façon le nombre de diagnostics chez les enfants ayant un comportement perturbateur ou des problèmes d'anxiété » [traduction]3. Les résultats montrent que Strongest Families est généralement plus efficace que les soins habituels et que ses bienfaits se maintiennent un an après le traitement.
Au Cap-Breton, 146 enfants ont bénéficié du programme Strongest Families en 2010, et le taux de « résolution des problèmes » a été de 87 %, indique la Dre Julie MacDonald, directrice des Services de santé mentale pour enfants et adolescents de l'autorité sanitaire. Selon elle, Strongest Families peut réduire de façon significative le temps que les familles doivent attendre, ce que d'autres autorités de la santé soulignent aussi. « Pour les candidats, le traitement de Strongest Families débute dans un délai de deux semaines, plutôt que quatre mois pour une consultation en personne. »
Les faits à l'oeuvre : accès rapide aux soins
Le programme permet de traiter les cas moins lourds, qui peuvent demeurer sur des listes d'attente pendant des mois ou encore plus avant d'être confiés à un thérapeute. L'accès aux services de l'équipe de Strongest Families est une affaire de semaines seulement.
De plus, le taux d'abandon pour le programme Strongest Families se maintient au-dessous de 10 %, alors qu'il est, selon le Dr McGrath, d'au moins 40 % pour les services de santé mentale habituels en pédiatrie4.
Pour la Dre Lingley-Pottie, la « non-stigmatisation » est une des principales raisons pour laquelle les parents et les enfants continuent de participer au programme. Les enfants et les parents n'ont pas à trouver des moyens de s'absenter de l'école ou du travail pour se rendre au bureau d'un thérapeute5. « Si un enfant peut de chez lui parler à un accompagnateur, il peut se confier sans avoir peur d'être jugé. Il se sent à l'aise. Ce n'est pas un milieu étrange. »
Le programme est également offert à Calgary, par l'entremise des Services de santé de l'Alberta, et il existe à Thunder Bay (Ontario) depuis plusieurs années. « Nous y avons vu un bon complément pour maximiser le recours à nos professionnels, dit Tom Walters, directeur général du Children's Centre à Thunder Bay. L'accent a été mis d'abord sur les zones rurales du district, parce que cela ne fait pas vraiment de différence si l'accompagnateur, qui est en Nouvelle-Écosse, parle à quelqu'un dans le nord de l'Ontario. Ça fonctionne quand même. »
Grâce à un partenariat avec l'Association canadienne pour la santé mentale, 100 enfants auront accès à Strongest Families en Colombie-Britannique, dit Lynn Spence, directrice des programmes provinciaux pour la Division de la Colombie-Britannique de l'ACSM.
Mme Spence souligne que « beaucoup d'enfants et de familles n'obtiennent pas l'aide dont ils ont besoin pour des problèmes de santé relativement mineurs, ce qui ne fait que reporter et aggraver les difficultés. Le programme nous permet d'intervenir assez tôt pour changer les choses afin que les familles et les enfants n'aient pas à recevoir des services de santé mentale ou, à tout le moins, qu'ils soient identifiés rapidement et dirigés vers les services appropriés. »
Le programme fait une « énorme différence » pour les familles
Nicole Lemieux (nom fictif) et son conjoint se sont inscrits au programme Strongest Families après que l'anxiété et les problèmes de concentration de leur fille de huit ans eurent commencé à lui causer des problèmes de comportement. À un certain moment, leur fille a refusé de manger pendant presque une semaine. Quand elle a contacté un service de santé mentale, la famille s'est fait dire qu'elle devrait attendre de six mois à un an avant de voir un thérapeute, et il lui aurait fallu en plus voyager pour se rendre aux rendez-vous. Après 11 semaines de participation au programme, la jeune fille ne présente plus de signes de ses problèmes d'anxiété initiaux. « Le programme change les parents, qui en retour changent l'enfant, dit la mère. Cela a fait une énorme différence. »
Ressources complémentaires
- Telephone-Based Mental Health Interventions for Child Disruptive Behaviour and Anxiety Disorders: Randomized Trials and Overall Analysis (en anglais seulement). Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry.
- Integrated Knowledge Translation in Mental Health: Family Help as an Example (en anglais seulement). Journal de l'Académie canadienne de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent.
- Site Web de Strongest Families (en anglais seulement).
- Rapport annuel 2010-2011 de la Commission de la santé mentale du Canada.
- Mémoire prébudgétaire 2011 de Santé mentale pour enfants Ontario.
- Telephone-Based Mental Health Interventions for Child Disruptive Behaviour and Anxiety Disorders: Randomized Trials and Overall Analysis. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, vol. 50, no 11 (novembre 2011), p. 1162-1172.
- Attrition in the Treatment of Childhood Anxiety Disorders. Journal of Consulting and Clinical Psychology, vol. 65, no 5 (octobre 1997), p. 883-888.
- Distance Therapeutic Alliance: the Participant's Experience. Advances in Nursing Science, vol. 30, no 4 (octobre/décembre 2007), p. 353-366.