Profil de recherche – Un moyen « raffiné » de découvrir un vaccin contre le VIH?

Des molécules de sucre sur une bactérie inoffensive pourraient former la clé d'un vaccin contre le VIH.

Retour à l'article principal ]


Dr Ralph Pantophlet

Un chercheur de la Colombie-Britannique pourrait avoir trouvé un moyen de contourner l'obstacle à un vaccin contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH).

Le Dr Ralph Pantophlet, de l'Université Simon-Fraser, a découvert qu'une souche de Rhizobium radiobacter, bactérie végétale inoffensive, possédait en surface des molécules de sucre très semblables à celles qui se trouvent sur le VIH-1, la souche la plus commune du virus.

Un jumeau du sucre?

« Pas tout à fait un jumeau », répond le Dr Pantophlet, titulaire d'une bourse de nouveau chercheur des IRSC en 2009 et lauréat d'une prestigieuse bourse de recherche de la Fondation Michael-Smith pour la recherche en santé. « Peut-être un frère ou une sœur. C'est la forme la plus proche qu'on pourrait probablement trouver dans la nature. »

En bref

Qui – Dr Ralph Pantophlet, professeur adjoint, Faculté des sciences de la santé, Université Simon-Fraser.

Question – Les chercheurs partout dans le monde n'ont pas réussi à mettre au point un vaccin contre le VIH.

Approche – Le Dr Pantophlet a découvert une bactérie inoffensive possédant à sa surface des molécules de sucre qui ressemblent beaucoup à celles qui se trouvent sur le VIH.

Impact – L'équipe du Dr Pantophlet essaie maintenant de trouver un moyen d'utiliser les molécules de sucre en question comme point de départ d'une formule qui déclencherait la réaction d'anticorps au VIH. Ses travaux pourraient déboucher sur un vaccin contre le VIH.

Un des principaux buts de la recherche sur le VIH est la conception d'un composant vaccinal qui déclencherait la production par le système immunitaire d'anticorps dirigés contre une vaste gamme de souches du VIH. Toutefois, les chercheurs partout dans le monde ont buté sur des difficultés. Si l'étude thaïlandaise RV144 promettait de solides résultats, le taux d'infection au VIH s'est révélé seulement 31 % moins élevé chez les participants ayant reçu le vaccin expérimental comparativement à ceux ayant reçu un placebo.

Virus sournois, le VIH a généralement une longueur d'avance sur le système immunitaire. L'anticorps ne réagit habituellement à la protéine de surface du virus – ou protéine de « spicule » du VIH – que plusieurs semaines après l'infection. Le système immunitaire n'enregistre tout simplement pas sa présence.

Jusqu'à récemment, les chercheurs croyaient que les molécules de sucre du VIH lui conféraient une sorte de cape d'invisibilité lui permettant de s'introduire et de se déplacer sans être décelé avant que la personne soit infectée. Or, cette spéculation est maintenant remise en question.

« La technologie moderne a permis aux chercheurs de récupérer de grandes quantités d'anticorps chez des personnes infectées par le VIH, certaines montrant qu'il est possible d'avoir de bons anticorps contre ces molécules de sucre, explique le Dr Pantophlet. L'objectif consiste maintenant à trouver une façon de faire la même chose avec une formule vaccinale. »

Le Dr Pantophlet et ses collègues formulent l'hypothèse que les molécules de sucre de Rhizobium peuvent être conçues de manière à ce qu'une fois qu'elles sont injectées dans l'organisme, le système immunitaire produise des anticorps. Comme les molécules de sucre ressemblent tellement à leurs équivalents du VIH, la « mémoire » du système immunitaire passerait rapidement à l'action lorsque se présenterait le véritable envahisseur, ce qui aurait pour effet de repousser le virus avant qu'il s'installe.

D'après le Dr Pantophlet, les premiers essais, dont les résultats ont été publiés cette année dans Chemistry & Biology, s'avèrent prometteurs.

« Nous avons préparé une suspension bactérienne que nous avons administrée à de petits animaux en nous posant la question suivante : "Les animaux réagiront-ils à cette molécule bactérienne?" Nous avons prélevé du sang de ces animaux pour voir s'il contenait des anticorps qui reconnaissaient le sucre bactérien et nous avons constaté que non seulement c'était le cas, mais que nous pouvions aussi obtenir une certaine réaction croisée à la molécule du VIH. C'est signe que nous sommes sur la bonne voie. »

Deux sociétés pharmaceutiques se sont montrées intéressées à procurer des « protéines porteuses », couramment utilisées pour fabriquer des vaccins à base de sucre, à l'équipe du Dr Pantophlet afin qu'elle puisse élargir son travail sur des animaux et déterminer s'il y aurait lieu de l'appliquer aux humains.

Le Dr Dennis Burton, du Scripps Research Institute en Californie, est un éminent chercheur et expert de la mise au point d'anticorps neutralisants à large spectre pour lutter contre des agents pathogènes variables comme le virus du sida. Selon lui, les découvertes du Dr Pantophlet liées à Rhizobium aident à montrer la voie à suivre dans la recherche d'un vaccin.

« C'est une magnifique recherche et de l'information très précieuse pour le domaine. Le travail de Ralph est important, car il pourrait servir d'indice dans la recherche d'un vaccin. Il propose avec audace des stratégies novatrices pour la conception d'un vaccin. »

« J'ai fait mes études de premier cycle et mes études supérieures en microbiologie médicale et biochimique. Je me demandais ce qui arriverait s'il existait une bactérie produisant à peu près la même molécule de sucre que celle sur le VIH. »
– Dr Ralph Pantophlet, Université Simon-Fraser