Profil de recherche – On n'est jamais aussi bien (et en santé) que chez soi

Une recherche financée par les IRSC établit un lien entre un foyer sûr et stable et un meilleur sort pour les personnes vivant avec le VIH.

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Dr Sean B. Rourke

Le Dr Sean B. Rourke croit qu'une bonne santé commence au pas de la porte.

« Tout le monde a besoin d'un chez-soi », affirme le Dr Rourke, directeur scientifique et général du Réseau ontarien de traitement du VIH. « Quand on pense aux déterminants sociaux de la santé, on tient souvent le logement pour acquis. On suppose que l'on doit prendre en compte l'éducation, le revenu, les soins de santé et les problèmes de santé mentale, mais sans un toit au-dessus de la tête, il n'est pas vraiment possible de se pencher sur ces autres éléments. »

C'est notamment le cas des personnes qui vivent avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) ou le syndrome d'immunodéficience acquise (sida).

En bref

Qui – Dr Sean B. Rourke, professeur de psychiatrie, Université de Toronto; directeur scientifique et général, Réseau ontarien de traitement du VIH; chercheur, Hôpital St. Michael.

Question – Sans un logement stable et abordable, les personnes vivant avec le VIH ont de la difficulté à gérer leur médication et à prendre soin de leur santé.

Approche – Le Dr Rourke est codirecteur de Positive Spaces Healthy Places, un projet de recherche communautaire financé par les IRSC pour examiner le logement et la santé dans le but d'évaluer les besoins de logement actuels et prévus des personnes qui vivent avec le VIH en Ontario.

Impact – La recherche, entreprise par des personnes vivant avec le VIH, procure aux organismes de services de première ligne les données dont ils ont besoin pour obtenir des fonds destinés à assurer un logement convenable aux personnes qui vivent avec le VIH.

« Pensez à la gestion des médicaments – certains patients en comptent jusqu'à dix. Comment peuvent-ils s'organiser sans un endroit où le faire? Qui plus est, le VIH produit un impact incroyable sur l'organisme. Que fait-on sans un endroit où prendre soin de sa santé? »

Le Dr Rourke est codirecteur du projet « Positive Spaces Healthy Places » (PSHP), une initiative de recherche communautaire financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour étudier la relation entre la santé et le logement chez les personnes qui vivent avec le VIH et le sida. Le projet s'inscrit dans le sillage d'une déclaration des dirigeants des organismes de services en matière de VIH/sida de l'Ontario, il y a une dizaine d'années, selon laquelle le logement représentait un problème de taille pour leurs clients. Cette préoccupation a été réitérée par le Comité consultatif ontarien de lutte contre le VIH et le sida, pour qui un « logement abordable » était en tête de liste des « besoins urgents non satisfaits » des personnes aux prises avec le VIH.

« À cette époque, il ne se faisait pas de recherche au Canada sur le VIH, le logement et la santé, relate le Dr Rourke. Nous avons regardé du côté des États-Unis et avons vu qu'il se passait des choses intéressantes là-bas, mais pour faire avancer les choses et réellement faire valoir le besoin de meilleurs services et d'aide au logement, il fallait des données locales. C'est ainsi que PSHP a débuté. »

Une équipe multidisciplinaire de chercheurs universitaires, de dirigeants d'organismes de première ligne dans le domaine du VIH/sida et de personnes vivant avec le VIH gère le projet PSHP, qui consiste en une enquête permanente auprès de plus de 600 personnes partout en Ontario. Des « pairs adjoints de recherche » (c'est-à-dire des personnes qui vivent avec le VIH) recueillent une bonne partie des données et apportent une « expérience vécue » au projet.

La recherche a abouti à la publication d'articles sur plusieurs aspects de la question du logement et du VIH, par exemple :

  • les expériences de logement des parents infectés par le VIH qui ont à prendre soin de leurs enfants;
  • les conditions de logement et les résultats pour la santé des Autochtones vivant avec le VIH/sida;
  • l'impact des caractéristiques de logement, comme l'endroit, l'abordabilité et la stabilité, sur la qualité de vie relativement à la santé;
  • l'impact du logement sur les adultes vivant avec le VIH et infectés par l'hépatite C.

La publication d'articles ne suffit pas, estime par ailleurs le Dr Rourke.

« Nous travaillons à l'échelle locale avec les principaux dirigeants de première ligne, leur procurant l'information et les données qu'il leur faut pour mobiliser les décideurs et obtenir les fonds dont ils ont besoin. »

Keith Hambly, directeur général de la Fife House Foundation à Toronto, indique que le projet PSHP « a aidé à justifier un certain nombre des programmes de logement actuels ». Il cite un changement à la politique ministérielle qui a rendu les personnes vivant avec le VIH admissibles au logement supervisé dans le cadre de son programme de traitement des toxicomanies. Le financement permanent de 500 000 $ ainsi obtenu a été un des coups d'éclat que PSHP a aidé son organisme à réaliser. AIDS Niagara a aussi reçu 200 000 $ de plus par année d'un réseau local d'intégration des services de santé pour son programme de logement supervisé.

Pour le Dr Rourke, faire de la recherche en santé dont l'impact est si immédiat est une expérience « exaltante ».

« Quand on y pense, comme façon d'utiliser les résultats de la recherche pour infléchir la politique et influer sur la santé des Canadiens, il est difficile de faire mieux. La recherche d'un remède est un moyen d'action, mais on peut changer les choses dès aujourd'hui. »

« Pensez seulement à la gestion des médicaments – certains patients en comptent jusqu'à dix. Comment peuvent-ils s'organiser sans un endroit où le faire? Qui plus est, le VIH produit un impact incroyable sur l'organisme. Que fait-on sans un endroit où prendre soin de sa santé? »
– Dr Sean B. Rourke, Université de Toronto