Rapport sommaire – Consultation des IRSC
Initiative sur le remède contre le VIH
15 juin 2012
Contexte
Dans le cadre de l’Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC, il a été établi que la découverte d’un remède contre le VIH constitue une priorité élevée pour les investissements en recherche et que cette priorité sera au cœur des nouveaux programmes de financement. On constate aussi que la possibilité de découvrir un remède contre le VIH suscite un enthousiasme renouvelé au sein de la communauté scientifique internationale.
Les antirétroviraux actuels permettent généralement de bien prendre en charge le cas des patients infectés par le VIH, à la condition que ces derniers aient accès aux traitements. Toutefois, les traitements actuels ne guérissent pas l’infection; il est donc nécessaire pour les personnes infectées de se conformer strictement à un traitement quotidien afin de maîtriser le virus et de rester en santé. Les traitements actuels ne permettent pas d’éliminer le VIH de l’organisme, et le virus persiste dans des réservoirs latents, prêt à se répliquer advenant l’arrêt du traitement ou son inefficacité. De l’avis de certains, un traitement devant durer toute la vie et une infection chronique ont des répercussions négatives sur la santé et contribuent à la stigmatisation des personnes séropositives. De plus, cela accroît les difficultés et les coûts pour le système de santé, qui s’efforce d’offrir des soins et des traitements efficaces aux personnes qui en ont besoin. C’est pourquoi, un remède sûr, efficace et évolutif apporterait des avantages énormes aux personnes touchées et aux systèmes de santé publique du monde entier.
En juillet 2012, la Société internationale sur le sida (International AIDS Society) a lancé une stratégie scientifique mondiale, Towards an HIV Cure (à la recherche d’un remède contre le VIH), qui a été élaborée par un groupe de travail scientifique international. La stratégie vise à établir un consensus mondial sur l’état actuel de la recherche sur un remède et à définir les priorités qui devront être abordées dans les futurs travaux de recherche afin de s’attaquer à la persistance du VIH chez les patients recevant un traitement antirétroviral. Le but de cette stratégie est de favoriser de meilleurs investissements dans la recherche sur un remède contre le VIH et, finalement, de trouver un moyen de guérir l’infection.
Le Canada a une vaste expertise en recherche clinique et biomédicale sur le VIH, et certains groupes de recherche étudient déjà les questions entourant la persistance du VIH. Selon les responsables de l’Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC, grâce à des investissements améliorés et ciblés, le milieu de la recherche canadien dans le domaine du VIH pourrait contribuer grandement à relever cet important défi scientifique, soit trouver un traitement qui apporterait une guérison fonctionnelle ou qui éliminerait complètement le VIH. Le 15 juin 2012, les IRSC ont tenu une réunion de consultation avec leur comité consultatif de la recherche sur le VIH/sida (CCRVSI) et d’autres experts canadiens sur la façon dont le Canada peut mieux contribuer à ces efforts et sur les aspects importants des futures possibilités de financement de la recherche (la liste des participants se trouve à l’annexe 1).
À la recherche d’un remède contre le VIH
La stratégie1 scientifique internationale cible sept priorités pour la recherche sur le remède contre le VIH :
- Déterminer les mécanismes cellulaires et viraux qui maintiennent la persistance du VIH durant un traitement antiviral prolongé et chez les rares « contrôleurs du VIH ».
- Déterminer les sources tissulaires et cellulaires du virus de l’immunodéficience simienne (SIV) ou du VIH persistant chez des modèles animaux et chez les sujets traités à long terme aux antirétroviraux.
- Déterminer les origines de l’activation immunitaire et de l’inflammation en présence d’un traitement antirétroviral et de leurs conséquences sur la persistance du VIH ou du SIV.
- Déterminer les mécanismes hôtes qui régulent la réplication du VIH en l’absence de traitement.
- Étudier, comparer et valider des essais pour mesurer une infection à VIH persistante et détecter les cellules infectées à l’état latent.
- Mettre au point et tester des agents thérapeutiques ou des stratégies immunologiques pour éliminer en toute sécurité une infection latente chez des modèles animaux et des personnes recevant un traitement antirétroviral. Cela comprend des stratégies visant à supprimer la latence, ainsi que des stratégies visant à éliminer les cellules infectées à l’état latent.
- Élaborer et vérifier des stratégies pour que la réponse immunitaire de l’hôte soit davantage capable de réfréner la réplication virale active.
Recommandations découlant de la réunion de consultation
Au début de la réunion, les participants ont passé en revue la stratégie Towards an HIV Cure (à la recherche d’un remède contre le VIH), l’état actuel de la recherche sur un remède au Canada et les principaux travaux menés à l’échelle internationale dans le domaine. Ensuite, les participants ont été invités à discuter des aspects clés des prochaines possibilités de financement des IRSC pour ce domaine de recherche prioritaire, soit la découverte d’un remède contre le VIH. Voici un sommaire des principaux points discutés et les recommandations découlant de la réunion.
Priorité scientifique pour les possibilités de financement des IRSC
Forces du Canada en recherche pour trouver un remède contre le VIH et capacités
- Régulation de l’activation immunitaire (IL-7, TIM-3)
- Génome Canada – découverte de nouveaux facteurs cellulaires chez l’hôte qui déterminent la persistance (approches génomiques et protéinomiques)
- Modèles murins humanisés pour étudier la latence du VIH et le développement des cellules T
- Caractérisation phénotypique des sous-ensembles de cellules T
- Diversité de l’expertise en sciences fondamentales dans le domaine du VIH, notamment en immunologie, en virologie et en biologie cellulaire et moléculaire
- Réseau canadien pour les essais cliniques (CTN) qui peut mettre au point des procédures de fonctionnement normalisées
- Études pilotes; capacité de passer rapidement du laboratoire aux humains (appuyées par le CTN)
- Appui ferme du milieu de la recherche pour les études translationnelles et les applications cliniques des nouveaux traitements; milieu bien organisé et coordonné
- Approche concertée pour la recherche – bonnes relations avec les pays à revenu faible ou intermédiaire
- Solides compétences dans des domaines connexes (autres que celui du VIH), tels que l’épigénétique, la transcription et l’inflammation en général
- Capacité de générer de petites molécules, expertise dans les premières phases de la mise au point de médicaments et ressources qui jettent un pont entre le milieu universitaire et les sociétés pharmaceutiques (p. ex. Centre pour la recherche et le développement des médicaments, qui teste de petites molécules pour supprimer la latence, et d’autres centres à l’Université McMaster et à Montréal)
- Interactions fructueuses entre les sociétés pharmaceutiques et les industries de biotechnologie
- Accès rapide à un vaste échantillonnage de patients, cohortes bien caractérisées et banques de cellules dans différentes parties du pays
- Capacité d’effectuer la leucophérèse et de congeler de grandes quantités de cellules de sang périphérique
- Expertise dans les biopsies de l’intestin
Défi
- Modèles animaux – il existe cependant des établissements où on utilise des primates à Montréal et à Winnipeg (on se prépare à en ouvrir un autre à Québec) et des modèles murins humanisés sont disponibles.
Aspects de la stratégie de la Société internationale sur le sida où le Canada pourrait contribuer le mieux :
- Il pourrait contribuer à chacune des sept priorités; il est difficile de restreindre la contribution à des domaines particuliers.
- Il pourrait se concentrer principalement sur les approches immunologiques et la guérison fonctionnelle qui n’occupent pas une place importante dans les travaux menés actuellement aux États-Unis. La guérison fonctionnelle pourrait être la première étape dans l’atteinte du but final, soit l’éradication totale du virus.
- Les possibilités de financement ne devraient exclure aucun des domaines de la stratégie de la Société internationale sur le sida puisqu’ils sont interreliés.
Mécanismes de financement convenant le mieux à la recherche d’un remède
- On s’entend pour affirmer que les intervenants du milieu de la recherche doivent travailler ensemble (chercheurs en recherche fondamentale et cliniciens). Il faut un modèle de subvention d’équipe ou un autre mécanisme pour amener les gens à travailler ensemble.
- Certains sont en faveur des subventions Catalyseur, avec une attention particulière sur l’innovation ou les projets à risques élevés. On appuie aussi les annonces de priorités pour les subventions de fonctionnement.
- En ce qui concerne un mécanisme de subventions d’équipe, certains appuient le financement d’un grand centre ou d’un consortium. Si du financement devait être accordé à deux ou trois petites équipes, on insiste sur l’importance que ces dernières soient en relation, échangent de l’information et ne travaillent pas sur les mêmes aspects.
Autres suggestions
- Chercher des possibilités d’encourager et d’appuyer des jeunes chercheurs
- La participation de l’industrie sera essentielle pour l’application des résultats de la recherche et pour donner aux chercheurs l’accès à des essais et à des technologies. La participation de l’industrie devrait être grandement encouragée sans toutefois être obligatoire puisque certains secteurs importants de la recherche n’en sont pas encore à cette étape.
- Il sera avantageux pour les équipes de créer des liens avec la communauté scientifique internationale, et cela devrait être encouragé.
- L’innovation devrait être un aspect important, voire obligatoire de toutes les possibilités de financement.
- Tenir compte des exigences en ce qui a trait aux comités consultatifs scientifiques, à la participation du milieu de la recherche et aux rapports d’avancement (au CCRVSI).
Prochaines étapes
Les IRSC et leur comité consultatif de la recherche sur le VIH/sida participeront aux prochains événements concernant la stratégie Towards an HIV Cure (à la recherche d’un remède contre le VIH), notamment un symposium scientifique, les 19 et 20 juillet 2012, et la réunion connexe du comité consultatif des intervenants, qui aura lieu le 22 juillet 2012, et à laquelle prendra part le directeur scientifique. Les IRSC tireront parti de ces possibilités pour renforcer les collaborations et raffiner la planification des futures possibilités de financement. Un rapport sommaire de la réunion de consultation sera rédigé et affiché sur le site Web des IRSC. Dans le cadre de l’Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC, on prévoit lancer des possibilités de financement sur le remède contre le VIH d’ici la fin de 2012.
Participants à la réunion
Membres du CCRVSI
-
Jonathan Angel
Scientifique principal
Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa
Président du CCRVSI
Membre du groupe de travail sur le remède -
Louise Nadeau
Professeure, Département de psychologie
Université de Montréal
Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies des IRSC -
Chris Archibald
Directeur, Division de la surveillance et de l’évaluation des risques, VIH/sida
Agence de la santé publique du Canada -
Marc Ouellette
Directeur scientifique, Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC
Membre du groupe de travail sur le remède -
Eric Cohen
Professeur
Institut de recherches cliniques de Montréal
Président du groupe de travail sur le remède -
Anita Rachlis
Scientifique, Institut de recherche Sunnybrook
Conseil consultatif ministériel pour l’Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida au Canada
Membre du groupe de travail sur le remède -
Marina Klein
Professeur agrégé en médecine
Université McGill -
Ron Rosenes
Représentant de la communauté
Membre du groupe de travail sur le remède -
Dale McMurchy
Institut des services et des politiques de la santé des IRSC -
Sean Rourke
Scientifique, Centre for Research on Inner City Health
Hôpital St. Michael -
Judy Mill
Professeure, Santé mondiale
Université de l’Alberta -
Shari Margolese
Représentante de la communauté
Participants à la réunion sur le remède
-
Petronela Ancuta
Professeure agrégée, Université de Montréal
Département de microbiologie et immunologie -
Mario Ostrowski
Professeure agrégée, Département de médecine
Université de Toronto -
Alan Cochrane
Professeur, Génétique moléculaire
Université de Toronto -
Michel Roger
Professeur
Département de microbiologie et immunologie
Université de Montréal -
Keith Fowke
Professeur, Département de microbiologie médicale
Université du Manitoba -
Ivan Sadowski
Professeur, Département de biochimie et de biologie moléculaire
Université de la Colombie-Britannique -
Anne Gatignol
Professeure agrégée, Département de médecine
Université McGill
Personnel des IRSC
-
Jennifer Gunning
Directrice associée
Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC -
Paula Kirton
Directrice associée
Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC -
Jane Hutchison
Associée
Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC -
Simone Marcantonio
Agente de projets
Initiative de recherche sur le VIH/sida des IRSC -
Jaime Flamenbaum
Conseiller principal
Bureau de l'éthique des IRSC -
Nancy Mason Maclellan
Directrice adjointe
Direction des initiatives ciblées
- The International AIDS Society Scientific Working Group on HIV Cure, Nature Reviews Immunology, vol. 12, no 8, août 2012, p. 607-614.