Automne 2012
Volume 1, numéro 3
[ PDF (1.4 Mo) ] Collaboration spéciale : la santé et la sécurité au travail
Suffit-il d'établir des lignes directrices? Exemple éloquent de lignes directrices factuelles pour la protection de la santé des travailleurs de la santé
Dre Nancy Edwards, directrice scientifique, Institut de la santé publique et des populations des IRSC
Les lignes directrices factuelles constituent des outils courants d’application des connaissances, par exemple en milieu de travail. Toutefois, les questions à cet égard abondent. Pourquoi les lignes directrices factuelles sont-elles parfois difficiles à appliquer dans les politiques ou la pratique? Les lignes directrices d’un pays sont-elles pertinentes ailleurs? Sur quels systèmes de surveillance se fondent la mise en œuvre et l’utilisation des lignes directrices? Existe-t-il des façons d’augmenter la probabilité d’extension de lignes directrices dans d’autres contextes que celui prévu au départ?
Voilà autant de questions auxquelles la Dre Annalee Yassi s’attaque pour réduire la transmission de maladies infectieuses parmi les travailleurs de la santé, pour ainsi créer des milieux de travail sains et sûrs. Son succès repose sur trois facteurs déterminants. D’abord, elle a adopté une approche systémique de collaboration en faisant intervenir des organismes internationaux comme l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation internationale du travail et l’ONUSIDA, ainsi que des partenaires locaux comme le ministère de la Santé des pays concernés. Cette approche a permis de créer de multiples niveaux d’engagement des partenaires et de soutien des systèmes dans ce domaine, en plus de fournir des secteurs d’intervention pour étendre la portée des travaux. Ensuite, les conclusions de la recherche ont été appliquées et adaptées au contexte local. Elles tiennent compte des nuances contextuelles des lieux où la Dre Yassi travaille, par exemple à Quito et en Amazonie en Équateur, à Bloemfontein dans la province de l’État libre, en Afrique du Sud, et en Colombie-Britannique, au Canada. Ces adaptations sont essentielles, bien que difficiles à réaliser sans une compréhension approfondie du contexte et de l’interface avec les interventions. Cette compréhension est le fruit de programmes de formation interactifs fondés sur la collaboration et exploitant les capacités locales. Enfin, l’approche de la Dre Yassi a tenu compte de la viabilité dès le début. Les lignes directrices ont été intégrées aux milieux de travail par l’établissement d’un système de surveillance qui permet non seulement de déterminer les secteurs problématiques à l’aide d’un système sentinelle, mais aussi de rappeler régulièrement aux employés les comportements protecteurs. Ces travaux soulignent la complexité des stratégies d’application des connaissances et les niveaux d’intervention nécessaires pour réussir.
Un autre facteur confère de l’importance aux travaux de la Dre Yassi. En effet, malgré de nombreux appels au renforcement des systèmes de soins de santé, la littérature scientifique néglige souvent le personnel des soins de santé. Même au Canada, les études à grande échelle visant à documenter les risques encourus par les travailleurs de la santé sont plutôt récentes. Ce n’est que dans les années 1980 que les premières études canadiennes ont été entreprises pour examiner la prévalence des maux de dos chez les infirmières (Abenhaim, Suissa et Rossignol, 1988); et les études sur l’exposition des travailleurs de la santé à la violence en milieu de travail sont encore plus récentes (Lemelin, Bonin et Duquette, 2009). Le débat entourant des questions litigieuses comme la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé contre la grippe chaque année témoigne des lacunes dans les connaissances dans ce domaine. La recherche rigoureuse sur des stratégies généralisables d’application des connaissances constitue une priorité, particulièrement en ce qui touche l’amélioration durable de la santé et l’extension des mesures découlant de normes factuelles de santé au travail.
Nous pouvons tirer de grandes leçons de milieux démunis d’où proviennent de nouvelles stratégies rentables d’amélioration de la santé au travail. Les travaux de la Dre Yassi et d’autres chercheurs du domaine de la santé des travailleurs de la santé mettent en lumière des approches novatrices et poussent à l’action. La force du système de soins de santé se fonde sur la santé de ses travailleurs; personne ne doit être laissé pour compte.
Abenhaim, L., Suissa, S., Rossignol, M. (1988). Risk of recurrence of occupational back pain over three year follow up. Br J Ind Med;45:829-833.
Lemelin, L., Bonin, J.-P., Duquette, A. (2009). Workplace Violence Reported by Canadian Nurses. CJNR;41(3):152-167.
Yassi, A., Bryce, E.A., Breilh, J., Lavoie, M.-C., Ndelu, L., Lockhart, K., Spiegel, J. (2011). Collaboration between infection control and occupational health in three continents: a success story with international impact. BMC International Health and Human Rights;11(Suppl 2):S8.