Profil de recherche – Traiter à la source la dysfonction sexuelle
Les problèmes d'ordre sexuel qui débutent à l'adolescence peuvent avoir des répercussions sur les relations à l'âge adulte[ Retour à l'article principal ]

Dre Lucia O’Sullivan
En bref
Qui – Dre Lucia O’Sullivan, professeure de psychologie, Université du Nouveau-Brunswick.
Question – La dysfonction sexuelle qui a son origine à l’adolescence peut persister à l’âge adulte et perturber les relations.
Approche – La Dre O’Sullivan sonde 407 jeunes hommes et femmes de 16 à 21 ans pour déterminer les paramètres de la fonction sexuelle chez les adolescents et leur évolution au fil du temps.
Impact – Connaître les paramètres et la prévalence de la dysfonction sexuelle chez les jeunes pourra aider ces derniers à surmonter les difficultés d’ordre sexuel avant qu’elles ne deviennent permanentes.
Les problèmes liés à la fonction sexuelle, comme l’anxiété, la douleur durant les rapports sexuels ou d’autres troubles médicaux connexes, sont fréquents dans la population adulte. Et la recherche donne à penser que ces problèmes peuvent se manifester au cours des premières années d’activité sexuelle d’une personne, soit au cours de l’adolescence.
Une vie sexuelle heureuse contribue grandement à assurer des relations intimes harmonieuses. Toutefois, environ la moitié des femmes adultes et un tiers des hommes font état d’un type quelconque de dysfonction sexuelle récente, selon la Dre Lucia O’Sullivan, professeure de psychologie à l’Université du Nouveau-Brunswick.
« La dysfonction sexuelle peut causer énormément de détresse dans les relations. Nous savons qu’elle est étroitement liée à la satisfaction du couple », dit-elle.
Très peu de recherche a porté sur la fonction sexuelle chez les adolescents – le moment de la vie où les humains commencent à explorer les relations intimes et la sexualité. Si des problèmes surviennent au cours de ces années, ils ont de fortes chances d’être encore présents à l’âge adulte et d’influer sur les relations futures.
Pour remédier à ce manque de connaissances, la Dre O’Sullivan et son équipe procèdent à une étude longitudinale pour évaluer les paramètres de la fonction sexuelle chez les adolescents, et leur évolution au fil du temps.
L’étude n’a pas pour objet la prévention et la contraception, des concepts de base déjà enseignés dans les écoles.
« Les cours d’éducation sexuelle sont passablement complets, mais leur objet n’est pas la maximisation du plaisir ou des aspects du genre, dit la Dre O’Sullivan. On y traite de contraception, de grossesse, de différentes maladies – et non de la façon de forger une solide relation sur le plan sexuel, de la façon de reconnaître l’excitation, ou des choses à apprendre pour être une personne sexuelle avec un partenaire. »
Le projet de la Dre O’Sullivan porte sur les différents aspects physiques et mécaniques de l’activité sexuelle. Le but est de savoir si l’expérience a été douloureuse, plaisante, ou source d’anxiété. Ce sont des facteurs qui peuvent avoir une incidence sur le fonctionnement d’une personne sur le plan sexuel des années plus tard, et il est important de savoir ce qui est normal pour les adolescents.
Un total de 407 participants, de 16 à 21 ans, ont été recrutés pour l’étude. Tous sont des volontaires d’écoles et de lieux communautaires, et ils répondront à cinq questionnaires sur une période de deux ans.
Jusqu’ici, trois des cinq questionnaires ont été remplis. Selon les premières conclusions, la majorité des répondants aurait une vie sexuelle satisfaisante, agréable, et exempte de douleur. Toutefois, une importante minorité, soit environ 25 % des adolescents, dit avoir éprouvé des ennuis récents dans son fonctionnement sexuel. Chez les deux sexes, les principaux problèmes sont la douleur durant les rapports, la difficulté à atteindre l’orgasme, et un désir et une satisfaction inférieurs aux attentes.
L’étude comprend aussi des entrevues avec un échantillon de 24 jeunes personnes. Les premiers résultats de ces entrevues indiquent que les participants sentent beaucoup de pression pour répondre aux attentes d’un partenaire sur le plan sexuel. Bon nombre ont des attentes irréalistes au sujet de ce que doit leur procurer l’activité sexuelle, et leur performance ou la manière dont ils répondent à leurs partenaires leur semblent problématiques.
Bien que la plupart aient une vie sexuelle positive et fonctionnelle, « pour une minorité, les premières expériences sont difficiles ou douloureuses, dit la Dre O’Sullivan. Par exemple, beaucoup doivent apprendre comment retarder leur éjaculation, dans le cas des hommes, ou comment reconnaître l’excitation ou avoir un orgasme, dans le cas des femmes ». Ce sont des aspects qui pourront un jour être inclus dans les programmes d’éducation sexuelle.
Les chercheurs interrogeront aussi des prestataires de soins de santé pour leur demander s’ils parlent aux jeunes de leur vie sexuelle au-delà de la contraception, de la grossesse et de la maladie.
« Nous voulons savoir si les adolescents obtiennent de l’aide pour leurs difficultés sur le plan sexuel, avant qu’elles ne deviennent une dysfonction à l’âge adulte », dit-elle.
« La dysfonction sexuelle peut causer énormément de détresse dans les relations. Nous savons qu’elle est étroitement liée à la satisfaction du couple. »
– Dre Lucia O’Sullivan, Université du Nouveau-Brunswick.