Printemps 2013
Volume 1, numéro 4
[ PDF (1.4 Mo) ] Rétablissement post-AVC : un programme à portée de la main
Recourir à l’exercice aérobique et à l’entraînement musculaire pour rétablir la mobilité et la fonctionnalité des muscles
En bref
Qui : Dre Janice Eng, Université de la Colombie-Britannique
Question : Toutes les dix minutes, une personne au Canada subit un AVC. Plus de 300 000 Canadiens sont des survivants d’un AVC, et bon nombre d’entre eux ont de la difficulté à accomplir des fonctions de base comme s’habiller et préparer un repas. Comme notre population se fait vieillissante et qu’elle court un risque accru de subir un AVC, le rétablissement et la réadaptation après un AVC deviennent des préoccupations de plus en plus urgentes en matière de soins de santé.
Projets : Grâce à l’aide financière des IRSC ainsi que de la Fondation des maladies du cœur de la Colombie-Britannique et du Yukon, la Dre Eng a passé une grande partie des dix dernières années à étudier l’effet de l’exercice aérobique et de l’entraînement musculaire sur le rétablissement à la suite d’un AVC. Ses travaux ont remis en question la croyance classique selon laquelle les personnes qui ont subi un AVC sont incapables de s’adonner à un exercice vigoureux, car cela exacerberait la spasticité – contractions musculaires involontaires causées par la lésion cérébrale.
Les faits : Le programme graduel d’activités répétitives supplémentaires pour stimuler les bras (GRASP – Graded Repetitive Arm Supplementary Program) de la Dre Eng, que les patients peuvent suivre par eux-mêmes en plus de la physiothérapie standard, s’est révélé efficace pour améliorer sensiblement la fonction des bras et des mains. De plus, son programme d'exercices de mise en forme et de mobilité (FAME – Fitness and Mobility Exercise) aide les survivants d’un AVC à améliorer leur mobilité, la force de leurs jambes et leur santé cardiorespiratoire.
Les faits à l'œuvre : Téléchargeable gratuitement sur le site Web du Programme de recherche en neuroréadaptation de l’Université de la Colombie-Britannique, GRASP est utilisé partout au Canada et aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Chine, en Suède, en Grèce, et dans plusieurs autres pays. Plus de 2000 internautes de 223 villes dans 35 pays ont consulté la page du programme FAME sur le même site.
Sources : « A self-administered Graded Repetitive Arm Supplementary Program (GRASP) improves arm function during inpatient stroke rehabilitation: a multi-site randomized controlled trial », Stroke, vol. 40, no 6 (2009), p. 2123-2128. « A community-based fitness and mobility exercise program for older adults with chronic stroke: a randomized, controlled trial », Journal of the American Geriatrics Society, vol. 53, no 10 (2005), p. 1667-1674.
Lorsque la Dre Janice Eng a commencé à étudier l’effet d’un exercice vigoureux sur le rétablissement après un AVC, on lui a conseillé de laisser tomber.
Vidéo avec la Dre Eng
« Quand j’ai publié un de mes premiers articles, une des sommités de la réadaptation après un AVC a dit : “Vous ne devriez pas inciter ces personnes à se fatiguer, cela exacerbera la spasticité.” La croyance à l’époque préconisait l’inactivité de peur d’empirer l’état du patient. La façon de penser a radicalement changé. »
La Dre Eng, de l’Université de la Colombie-Britannique, a joué un rôle dominant dans cette nouvelle façon de penser et le changement de paradigme qui en a découlé en matière de traitement de l’AVC. Au cours des dix dernières années, elle a montré que les exercices aérobiques et de renforcement musculaire permettent non seulement d’améliorer la mobilité des survivants d’un AVC, mais également de favoriser la santé cardiovasculaire, d’augmenter la densité osseuse et de rehausser la qualité de vie.
Misant à fond sur la technologie de l’information, elle a aussi fait passer ses conclusions dans la pratique clinique : elle a créé deux programmes d’exercices pour aider les survivants d’un AVC à retrouver la force et la fonction musculaire, programmes qui sont aujourd’hui utilisés partout dans le monde.
Avec plus de 50 000 AVC survenant au Canada chaque année – un toutes les dix minutes –, améliorer tous les aspects de la vie après un AVC devient une préoccupation de plus en plus urgente. À l’heure actuelle, plus de 300 000 Canadiens ont déjà subi un AVC1, et ce nombre risque d’augmenter vu le vieillissement de la population et le doublement de l’incidence de l’AVC tous les dix ans après l’âge de 55 ans2.
Après un AVC, les gens évitent généralement d’utiliser leur bras plus faible, ce qui entraîne une plus grande diminution de la force, de l’ampleur du mouvement et de la motricité fine de la main. C’est pour corriger ce problème que la Dre Eng a créé GRASP, programme graduel d’activités répétitives supplémentaires pour stimuler les bras.
« La croyance à l’époque préconisait l’inactivité de peur d’empirer l’état du patient. La façon de penser a radicalement changé. » – Dre Janice Eng
Idéalement entrepris dans les quatre semaines après l’AVC comme supplément d’une heure par jour à la physiothérapie habituelle, le programme GRASP consiste en une série d’exercices simples qui, répétés des dizaines ou peut-être des centaines de fois par jour, peuvent sensiblement améliorer la fonction du bras et de la main pour des tâches élémentaires comme attacher des boutons de chemise, ouvrir un pot ou se brosser les dents3. Les survivants d’un AVC peuvent faire leurs exercices GRASP à la maison à l’aide d’objets et d’articles ordinaires qui peuvent être achetés à un magasin à un dollar.
Les faits à l’œuvre : une réadaptation pratique et abordable après un AVC
Le programme GRASP consiste en une série d’exercices simples que les patients peuvent accomplir par eux-mêmes à l’aide d’objets et d’articles ordinaires qui peuvent être achetés à un magasin à un dollar. Le programme est utilisé dans les soins cliniques à au moins une centaine d’établissements dans dix pays.
« En ergothérapie et en physiothérapie, le nombre de répétitions peut demeurer faible, de 30 à 50 répétitions peut-être, parce qu’il y a beaucoup à faire dans une séance, explique la Dre Eng. Mais le nombre de répétitions doit être très élevé pour que le changement s’inscrive dans le cerveau. Avec GRASP, un exercice effectué pendant une heure procure plus de 900 répétitions de mouvements de la main et du bras. »
Le programme GRASP s’est révélé remarquablement populaire, ayant été adopté par des cliniques, depuis l’Hôpital régional d’Abbotsford en Colombie-Britannique jusqu’à l’Hôpital général Western d’Édimbourg, en Écosse.
« Je ne connais pas le nombre exact d’utilisateurs, mais je crois que le programme est en usage dans au moins 10 pays et 100 établissements, mentionne la Dre Eng. J’ai pris la parole à l’American Congress of Rehabilitation Medicine, à Vancouver, en octobre 2012, et quand j’ai demandé combien de cliniciens avaient utilisé GRASP, la majorité des gens a levé la main – au moins 40 dans cette salle seulement. J’ai obtenu un peu la même réponse lors d’une conférence à Melbourne. »
Des internautes de 488 villes dans 49 pays ont accédé à la page du programme GRASP à plus de 17 000 reprises depuis qu’elle a été mise sur le site Web du Programme de recherche en neuroréadaptation de l’Université de la Colombie-Britannique au printemps 2012. Les brochures destinées aux patients du GRASP ont été traduites en chinois, en hindi, en pendjabi, en persan et en vietnamien.
Ce que disent les thérapeutes dans le monde au sujet du GRASP
« C’est une technique merveilleuse, parfois magique… nous l’utilisons à notre hôpital. » Bangalore, Inde
« J’ai déjà utilisé ce programme et je pense qu’il est très utile. J’ai obtenu de bons résultats avec des patients. » Melbourne, Australie
« J’aime les manuels; je les ai utilisés en milieu de soins actifs et en milieu communautaire et j’ai suivi des séances de formation sur le sujet. » Londres, Angleterre
« Le programme GRASP offre la structure si essentielle d’exercice des membres supérieurs que les patients et les membres de la famille peuvent utiliser. » Medicine Hat, Alberta
Selon Sarah Rowe, coordonnatrice de la pratique physiothérapeutique au G.F. Strong Rehabilitation Centre et à l’Hôpital général de Vancouver, le programme GRASP devrait être la norme de soins pour les survivants d’un AVC qui répondent aux critères, c'est-à-dire ceux qui présentent une certaine activation musculaire des extenseurs du poignet, parce qu’il donne des résultats. « C’est ce que nous essayons de promouvoir. Nous constatons une amélioration chez ceux qui répondent à ces critères. »
Mme Rowe dit que le programme GRASP est particulièrement utile pour les patients motivés et leurs familles. « Il existe un certain groupe de patients qui ont beaucoup de motivation et qui sont capables d’utiliser le programme. Il répond réellement à leurs besoins. Il donne aussi aux membres de la famille une idée très claire de ce qu’ils peuvent faire pour aider les patients et se sentir moins impuissants. »
En fait, les survivants d’un AVC qui peuvent compter sur des membres de la famille ou des aidants naturels pour les aider avec le programme GRASP en tirent un bien meilleur parti que ceux qui n’ont pas le même soutien4.
À la lumière des résultats de GRASP, les Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l’AVC, une initiative conjointe du Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires et de la Fondation des maladies du cœur du Canada, conseillent maintenant que les patients qui ont subi un AVC subaigu bénéficient d’un programme supplémentaire d’exercices des membres supérieurs.
Ce que les experts en disent
« Les programmes comme GRASP représentent l’avenir; ils permettent aux patients de poursuivre leur convalescence chez eux et dans la collectivité, à l’aide d’approches thérapeutiques éprouvées scientifiquement et peu coûteuses pour le système de santé. Le matériel exigé ne coûte pas cher, et la grande efficacité du programme a été démontrée. Il est donc adopté rapidement partout au pays, et de plus en plus ailleurs dans le monde, où l’intérêt qu’il suscite est également grandissant. » Dr Robert Teasell, directeur médical, Programme de réadaptation post-AVC, Hôpital Parkwood, Centre de santé St. Joseph, London
« GRASP est un moyen réalisable et rentable de favoriser le rétablissement après un AVC. Dans un système de soins de santé à court d’argent, GRASP démontre qu’un supplément d’exercices peut faciliter le rétablissement sans imposer un fardeau excessif aux ergothérapeutes déjà fort occupés. » Dr Mark Bayley, directeur médical, Programme de neuroréadaptation, Institut de réadaptation de Toronto
Le programme GRASP découle d’une recherche initiale de la Dre Eng pour aider les gens à recommencer à bouger après un AVC.
« Nous voulions examiner des façons d’améliorer la capacité de marcher. La majorité des survivants d’un AVC recommencent à marcher (90 % y parviennent dans une certaine mesure), mais pas très bien. Nous voulions créer un programme qui améliorerait la capacité de marcher des gens. »
Son programme FAME d’exercices de mise en forme et de mobilité, semblable à un entraînement en circuit, exige que les participants exécutent une série de tâches pour améliorer leur équilibre, marcher plus vite et renforcer leurs muscles. Contrairement à la plupart des plans de réadaptation post-AVC, qui consistent en des séances individuelles avec un physiothérapeute ou un ergothérapeute dans un hôpital au cours des jours et des semaines qui suivent un AVC, le programme FAME peut être donné par des instructeurs de conditionnement physique qui travaillent avec de petits groupes de survivants d’un AVC dans un cadre communautaire.
La Dre Eng a montré que le programme FAME permettait d’améliorer la santé cardiorespiratoire et la mobilité, de renforcer les muscles des jambes et de prévenir les affections secondaires comme d’autres AVC, les crises cardiaques et les blessures consécutives à des chutes5.
Téléchargeable gratuitement sur le site Web de l’Université de la Colombie-Britannique, il a été consulté par plus de 2000 internautes de 223 villes dans 35 pays. Des collectivités dans tout le Canada et dans le monde ont depuis adopté le programme FAME, à raison de trois séances par semaine offertes par un instructeur.
Malgré son succès, l’adoption de FAME au Canada a été limitée par la façon dont la réadaptation après un AVC est financée, dit la Dre Eng. « Une des principales contraintes est la façon dont notre système de santé est structuré. Les soins individuels aux patients sont couverts – une mesure efficace et personnalisée, mais non durable –, alors que l’assurance-maladie ne couvre pas les exercices en groupe dans un établissement communautaire. »
Entre-temps, la Dre Eng continue d’innover. Elle se concentre actuellement sur le programme supplémentaire d’activité répétitive de la jambe (SPIRAL – Supplementary Program in Repetitive Activity of the Leg), une série d’exercices pour les membres inférieurs que les patients qui ont subi un AVC peuvent faire à la maison pour développer leur force et leur mobilité. Il est à espérer que SPIRAL permettra de faire pour les jambes ce que GRASP a montré qu’il peut faire pour les bras.
« Le projet suit son cours, dit la Dre Eng. Nous aurons les résultats de l’essai clinique l’année prochaine. »
Ressources complémentaires :
- Documentation sur le programme GRASP sur le site Web du Programme de recherche neurologique de l’Université de la Colombie-Britannique (anglais seulement).
- Guides d’utilisation du programme FAME sur le site Web du Programme de recherche neurologique de l’Université de la Colombie-Britannique (anglais seulement).
- Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l’AVC.
- L’abc de l’ACV, Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires.
- Vidéo avec la Dre Eng.
- Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires. « Le Centre pour la récupération de l’AVC amorce une expansion nationale d’envergure », communiqué (29 octobre 2012).
- « Stroke epidemiology: a review of population-based studies of incidence, prevalence, and case-fatality in the late 20th century », Lancet Neurology, vol. 2, no 1 (2003), p. 43-53.
- « A self-administered Graded Repetitive Arm Supplementary Program (GRASP) improves arm function during inpatient stroke rehabilitation: a multi-site randomized controlled trial », Stroke,vol. 40, no 6 (2009), p. 2123-2128. doi: 10.1161/STROKEAHA.108.544585.
- « The role of caregiver involvement in upper-limb treatment in individuals with subacute stroke », Physical Therapy, vol. 90, no 9 (2010), p. 1302-1310. doi: 10.2522/ptj.20090349.
- « A community-based fitness and mobility exercise program for older adults with chronic stroke: a randomized, controlled trial », Journal of the American Geriatrics Society, vol. 53, no 10 (2005), p. 1667-1674.