Profil de recherche – Photographier la démence
Une étude du cerveau en « situation réelle » débouche sur une nouvelle compréhension et un meilleur diagnostic de la démence.[ Retour à l'article principal ]

Dre Sandra Black
En bref
Qui – La Dre Sandra Black, directrice du Programme de recherche en neurosciences à l'Institut de recherche Sunnybrook.
Question – Les causes et la progression de la démence sont encore mal comprises.
Approche – La Dre Black et son équipe obtiennent une scintigraphie de haute qualité du cerveau de personnes atteintes de démence pour voir comment la maladie touche différentes régions du cerveau avec le temps.
Impact – Le projet a déjà livré d'importantes informations sur le lien entre la santé cardiovasculaire et la démence. Il a aussi montré que la démence est souvent le résultat de troubles multiples.
Un projet de longue durée en imagerie médicale cérébrale aide les cliniciens à prendre des décisions de traitement dans les cas de démence tout en modifiant notre compréhension des troubles cérébraux.
Depuis 1995, dans le cadre de l'étude de Sunnybrook sur la démence, des images de haute qualité du cerveau de plus de 1 000 patients ont été obtenues, ainsi que de celui de 150 témoins en bonne santé à des fins de comparaison. Les patients présentaient diverses formes de démence, dont la maladie d'Alzheimer, la démence vasculaire, la démence frontotemporale, la maladie de Parkinson, et d'autres encore.
La population de Sunnybrook diffère de celle d'autres études en ce sens qu'elle comprend des personnes atteintes d'un mélange de démences différentes, par opposition à seulement des personnes qui ont une maladie « pure », comme cela est souvent requis pour les essais de médicaments, selon la Dre Sandra Black, directrice du Programme de recherche en neurosciences à l'Institut de recherche Sunnybrook.
« L'approche suivie dans l'étude permet de jeter un regard sur le monde réel de la démence », dit-elle.
Lorsque les gens se présentent pour une évaluation initiale, ils subissent un examen de tomodensitométrie pour faciliter le diagnostic et la prise en charge de la maladie. Les images cliniques sont alors sauvegardées, analysées par ordinateur, et utilisées ultérieurement pour voir dans quelle mesure le cerveau du patient a changé avec le temps. Des images additionnelles peuvent être obtenues à d'autres moments.
« Étudier comment le cerveau se modifie avec le temps, en combinaison avec une évaluation cognitive annuelle, aide grandement à mieux comprendre comment différents types de démences progressent. Nous pouvons décrire ces troubles avec beaucoup plus de précision », dit la Dre Black.
Deux types d'examens du cerveau sont effectués : par IRM et par tomographie monophotonique d'émission (TME). L'IRM fournit des détails en 3D qui sont utilisés pour mesurer la matière grise et la substance blanche, les vaisseaux sanguins ainsi que l'évolution caractéristique du rétrécissement du cerveau.
De plus, l'équipe de la Dre Black a mis au point de nouvelles façons de mesurer par TME l'irrigation sanguine de régions précises du cerveau. L'équipe de recherche procède aussi à des autopsies du cerveau (sur 150 patients jusqu'ici) et collecte des données génétiques.
L'équipe de la Dre Black s'intéresse notamment à la substance blanche, le tissu qui assure une communication rapide et efficiente entre les différentes parties du cerveau. Les petits vaisseaux sanguins dans toute la substance blanche jouent un rôle plus important dans la démence qu'on ne le pensait avant.
Lorsqu'ils ont étudié le rôle que de minuscules artères et veines jouent dans l'élimination de l'amyloïde – une protéine toxique qui s'accumule dans le cerveau des personnes atteintes d'Alzheimer –, les chercheurs ont découvert que la maladie des petits vaisseaux, qui s'intensifie avec l'âge, est en réalité courante dans la démence. Il semble que la cicatrisation des parois des vaisseaux puisse entraîner des blocages partiels ou complets, empêcher l'élimination de l'amyloïde et causer la fuite de liquides des veines profondes du cerveau, ce qui provoque d'autres lésions.
« Prendre en charge les facteurs de risque vasculaires comme l'hypertension artérielle pendant toute la vie et faire les bons choix de vie, comme ne pas fumer, avoir une alimentation bonne pour le cœur et faire de l'exercice, sont d'importantes stratégies qui permettent de retarder et de réduire l'impact de ces maladies invalidantes », dit la Dre Black.
L'épaississement des parois des vaisseaux peut en fait sous-tendre la maladie de la substance blanche et « nuire à la capacité d'éliminer l'amyloïde du cerveau. Que cette insuffisance veineuse puisse être la cause de la maladie de la substance blanche représente une importante découverte : ce pourrait être une raison qui explique que le vieillissement soit si étroitement lié à la démence », dit-elle.
L'étude, qui a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, a aussi révélé qu'une grande variété de symptômes incite les personnes atteintes d'Alzheimer à consulter un médecin. Ces personnes peuvent avoir de la difficulté à se retrouver ou à trouver les mots; ce n'est pas seulement une perte de mémoire. La recherche montre également que nombre de patients peuvent présenter plus d'un trouble qui cause leur démence.
« La démence est souvent le résultat d'une combinaison de maladies, et non d'une seule », dit la Dre Black.
« Étudier comment le cerveau se modifie avec le temps, en combinaison avec une évaluation cognitive annuelle, aide grandement à mieux comprendre comment différents types de démences progressent. Nous pouvons décrire ces troubles avec beaucoup plus de précision. »
– Dre Sandra Black, Institut de recherche Sunnybrook
Stratégie internationale de recherche concertée sur la maladie d'Alzheimer