POP Nouvelles - Printemps 2013, volume 2, numéro 5

Table des matières


Message du directeur scientifique

Plus tôt cette année, l'un des meilleurs chercheurs en santé des populations du Canada nous a quitté. Au nom de l'ISPP des IRSC et de notre conseil consultatif, j'aimerais rendre hommage au regretté Clyde Hertzman. Les IRSC ont grandement apprécié les nombreuses contributions du Dr Hertzman, notamment à titre de membre du premier conseil consultatif de l'ISPP. Son apport à la réflexion sur le développement des jeunes enfants et la santé des populations au Canada et dans le monde laissera une empreinte durable. Il nous manquera énormément. Le Clyde Hertzman Legacy Fund (en anglais seulement) a été créé en sa mémoire pour appuyer l'amélioration du Heart-Mind Index, nouvel indicateur du développement de la petite enfance et outil de développement communautaire novateur.

Ce numéro du bulletin POP Nouvelles contient plusieurs articles au sujet de notre priorité de recherche stratégique en recherche interventionnelle en santé des populations (RISP). Selon une définition pratique, la RISP « nécessite le recours à des méthodes scientifiques pour produire des connaissances sur les interventions en matière de politiques, de programmes et d'approches de répartition des ressources qui sont effectuées à l'intérieur ou à l'extérieur du secteur de la santé et qui peuvent avoir un impact sur la santé des populations ». Depuis 2006, notre institut sert de secrétariat à l'Initiative de recherche interventionnelle en santé des populations pour le Canada (IRISPC).

Andrea Hill et Erica Di Ruggiero ont corédigé un article de réflexion sur l'IRISPC d'après une entrevue avec ses coprésidents, Stephen Samis et Jeannie Shoveller. Prenez le temps de visiter le site Web de l'IRISPC, qui a récemment été mis à jour. D'autres articles du présent numéro mettent l'accent sur des RISP cofinancées par notre institut et des partenaires par l'entremise du Programme de chaires en santé publique appliquée et des subventions programmatiques pour la santé et l'équité en santé. Ces articles décrivent des aspects cruciaux des interventions en santé des populations, y compris la reproduction à grande échelle de programmes, les systèmes d'exécution alternatifs et la collaboration intersectorielle. Enfin, nous avons inclus un article sur l'évaluation d'une intervention en milieu scolaire qui visait à encourager les élèves provenant de milieux modestes à fréquenter un établissement d'enseignement postsecondaire.

Le coin des étudiants comporte deux articles. Maxwell Smith se penche sur les assises de la planification de mesures d'urgence en santé publique. Rodrigue Deuboué Tchialeu fait part de ses réflexions sur l'atelier Promouvoir l'économie de la santé publique et des populations, organisé par notre institut en collaboration avec des partenaires en janvier dernier.

Le présent numéro traite aussi de certains événements récents en santé mondiale. En décembre dernier, les IRSC ont organisé la première rencontre scientifique annuelle (en anglais seulement) des équipes de recherche internationales sur l'hypertension, soutenue par l'Alliance mondiale contre les maladies chroniques (AMMC). Un banquet d'honneur a été organisé pour souligner la participation des 15 pays qui contribuent à cette initiative internationale. En mars, notre institut et l'Institut des services et des politiques de la santé ont tenu une séance d'échanges « Meilleurs cerveaux » à Pékin, en Chine, sur l'élaboration de politiques relatives aux ressources humaines en soins de santé de première ligne en collaboration avec Felix Li, ministre-conseiller de la santé à l'ambassade canadienne. Il s'agissait de la première séance internationale d'échanges « Meilleurs cerveaux ».

Certains de nos chercheurs en début de carrière pourraient souhaiter participer au prochain Forum des jeunes chercheurs (en anglais seulement) organisé dans le cadre de la Conférence européenne sur la santé publique et coparrainé par l'ISPP et l'Association des écoles de santé publique de la région européenne (ASPHER).

J'aimerais conclure en rappelant aux lecteurs que les questions et les observations du milieu de la recherche sont toujours les bienvenues. Nous attendons impatiemment vos commentaires.

Article sur les chaires en santé publique appliquée
Science et partenariat, orienter les services de santé sexuelle en ligne de la Colombie-Britannique

Article de Jeannie Shoveller (titulaire d'une chaire en santé publique appliquée des Instituts de recherche en santé du Canada et de l'Agence de la santé publique du Canada et professeure à l'École de santé publique et des populations de l'Université de la Colombie-Britannique) et de Mark Gilbert (médecin épidémiologiste à la Division des services de prévention clinique du Centre de lutte contre les maladies de la Colombie-Britannique et professeur adjoint d'enseignement clinique à l'École de santé publique et des populations de l'Université de la Colombie-Britannique). En tant que titulaire d'une chaire de recherche en santé publique appliquée de l'ISPP des IRSC, la Dre Shoveller aide à favoriser des approches novatrices en recherche interventionnelle, en mentorat, en formation et en application des connaissances.

Grâce à Internet, les interventions ciblant les populations à risque pour les infections transmissibles sexuellement (ITS) et le VIH permettent d'atteindre un nombre sans précédent de personnes. Généralement, les programmes pilotes pour offrir des services de santé sexuelle sur Internet, tels que les tests et la notification des partenaires en ligne, donnent des résultats prometteurs, particulièrement chez les jeunes de 15 à 24 ans, les homosexuels, les bisexuels et les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HARSAH). Ces services en ligne peuvent mener à une utilisation plus appropriée des cliniques de santé sexuelle et peuvent réduire la charge de travail actuelle dans les cliniques en permettant, par exemple, aux clients asymptomatiques d'obtenir des services en ligne plutôt que de se présenter à une clinique.

Le Centre de lutte contre les maladies de la Colombie-Britannique a récemment mis sur pied un programme de services de santé sexuelle en ligne qui offre de tels services à différentes étapes de l'élaboration et de la mise en œuvre du programme. Voici un exemple des services offerts :

  • services de dépistage, comme des questionnaires d'évaluation des risques et des formulaires de demande d'examens de laboratoire téléchargeables;
  • counseling et éducation, comme l'aiguillage vers d'autres services et des conseillers en santé sexuelle qui communiquent en ligne au moyen de clavardage, de forums et de courriel;
  • notification des partenaires, comme l'envoi de cartes virtuelles anonymes ou accompagnées de messages personnels.

Un programme de recherche dirigé conjointement par Jeannie Shoveller et Mark Gilbert est à la base des services de santé sexuelle en ligne. Ces deux chercheurs dirigent et soutiennent un partenariat productif pour la pratique et la recherche interdisciplinaire qui a recours à de nombreuses conceptions et méthodes d'études afin d'orienter l'élaboration, la mise en œuvre et l'évaluation des services de santé sexuelle en ligne. Les Drs Shoveller et Gilbert travaillent en collaboration depuis 2010; ils ont obtenu plusieurs subventions des IRSC pour des services de santé sexuelle en ligne, ont supervisé quatre stagiaires diplômés travaillant directement à cette initiative, et conjointement, ils ont publié des articles et présenté leurs travaux lors d'événements nationaux et internationaux.

Plus récemment, les Drs Shoveller et Gilbert ont obtenu du financement des IRSC pour étudier l'éventuelle expansion, à la grandeur de la Colombie-Britannique, des services de dépistage en ligne. Les buts de cette étude sont les suivants :

  1. Examiner l'acceptabilité des services de santé sexuelle en ligne chez les jeunes clients (âgés de 15 à 24 ans) qui utilisent actuellement le service, les jeunes clients potentiels et les fournisseurs de services dans les cinq régies de la santé en Colombie-Britannique;
  2. Déterminer comment les facteurs sociaux, structurels et relationnels influent sur l'utilisation des services de santé sexuelle en ligne, et décrire la portée potentielle, la capacité et les limites de tels services afin de compléter les services existants pour les ITS ou le VIH dans un grand nombre de secteurs sociaux et géographiques de la Colombie-Britannique;
  3. Décrire les caractéristiques de la clientèle jeunesse des services de santé sexuelle en ligne et voir comment de tels services peuvent être offerts à des jeunes appartenant à des sous-groupes vulnérables de la population, tels que les jeunes qui se définissent comme gais, lesbiennes, bisexuels ou transgenres (GLBT); les jeunes racialisés; les jeunes immigrants et les jeunes de la rue.

Les résultats de cette étude permettront d'orienter la mise en œuvre des services de santé sexuelle en ligne, à l'échelle de la province. Bien que le programme soit une intervention sur Internet, il existe des interfaces importantes entre les clients et les centres de prestation de services « dans la vraie vie ». Par exemple, les clients des services de santé sexuelle en ligne qui ont besoin d'un test de dépistage doivent entrer en contact avec un centre de prélèvement d'échantillons tels que des laboratoires privés. Si le résultat est positif, les clients sont invités à consulter un fournisseur de soins, une clinique ou un bureau de médecin, pour recevoir un traitement et du counseling. Les travaux des Drs Shoveller et Gilbert mettront en évidence la meilleure façon de mettre en œuvre les services de santé sexuelle en ligne pour qu'ils soient adaptés aux réalités des clients et des fournisseurs de services, tout en fournissant de nouvelles données sur les façons dont ces services peuvent compléter les services de santé sexuelle offerts actuellement dans toute la Colombie-Britannique.

Les Drs Gilbert et Shoveller, ainsi que des collègues, des étudiants et des membres des populations cibles (jeunes et HARSAH), participeront à toutes les étapes du processus de recherche et utiliseront des techniques d'application des connaissances intégrée. Cela comprend les activités suivantes : définir les questions de recherche et la méthodologie; recueillir des données et concevoir des outils; interpréter les résultats de l'étude; concevoir les messages pour l'AC; communiquer les résultats de la recherche et les mettre en application. Le but est d'établir et de reproduire une réciprocité véritable et d'éviter le caractère artificiel qui accompagne parfois les ententes de partenariat. Il y a caractère artificiel lorsque les chercheurs présument qu'ils fournissent des connaissances aux décideurs sans tenir compte du fait que les connaissances sont générées en collaboration. Même si l'application des connaissances intégrée n'implique pas que les décideurs deviennent chercheurs (ou vice-versa), l'expérience des Drs Shoveller et Gilbert montre qu'en élaborant et en réalisant conjointement des partenariats communautaires efficaces de recherche et de pratique, on obtient des résultats pertinents et crédibles. Offrir du mentorat à la prochaine génération de chercheurs pour les amener à s'engager de façon productive à l'AC intégrée occupe une place importante dans l'initiative sur les services de santé sexuelle en ligne. En effet, pour les Drs Shoveller et Gilbert, montrer aux étudiants comment travailler efficacement au sein d'une équipe véritable constitue l'un des grands accomplissements de leur travail.

La production et l'utilisation de données crédibles dans le cadre d'une conception de programme efficace et la mise en œuvre d'interventions en santé de la population constituent une possibilité importante, principalement pour ceux qui désirent faire de la recherche interventionnelle en santé des populations. Le partenariat de recherche établi par les Drs Shoveller et Gilbert dans le domaine des services de santé sexuelle en ligne offre de précieuses données empiriques pour concevoir des interventions en santé sexuelle en ligne et fait ressortir les promesses liées à l'utilisation des techniques de l'AC intégrée.

Les membres de l'équipe des Drs Shoveller et Gilbert, œuvrant en Colombie-Britannique, reconnaissent qu'ils travaillent à une époque où les technologies et les préférences des consommateurs en ligne changent rapidement – époque où le système de santé du Canada évolue et où Internet est devenu, pour de nombreuses personnes, le moyen d'entrer en contact avec le système de santé pour trouver réponse à leurs problèmes de santé. L'équipe de recherche espère continuer à travailler avec ces réalités afin de promouvoir et de protéger la santé sexuelle et le mieux-être des populations de la Colombie-Britannique.

Publications choisies :

Davis, W. M., J. A. Shoveller, J. L. Oliffe, M. Gilbert. « ‘It's not a good message to send': Examining young people's perspectives on the use of reverse discourse in web-based sexual health interventions », Culture, Health & Sexuality, 2012; doi : 10.1080/13691058.2012.714800.

Hottes, T.S., J. Farrell, M. Bondyra, D. Haag, J. Shoveller, M. Gilbert. « Internet-based HIV and sexually transmitted infection testing in British Columbia, Canada: Opinions and expectations of prospective clients », Journal of Medical Internet Research, 2012; 14(2) : e41.

Shoveller, J. A., R. Knight, W. Davis, M. Gilbert, G. Ogilvie. « Online sexual health services: Examining youth's perspectives », Revue canadienne de santé publique, 2012; 103(1) : 14-8 (résumé en français).

Falasinnu, T., T. S. Hottes, M. Gilbert, J. Shoveller. A critical review of risk factors predictive of sexually transmitted infection outcomes: gender differences, selective screening criteria, and the “high-risk” population approach. Présentation par affiches lors de la conférence Pour l'excellence dans la recherche sur le genre, le sexe et la santé, qui a eu lieu du 29 au 31 octobre 2012, à Montréal, au Canada.

Davis, W., J. Shoveller, J. Oliffe, M. Gilbert. Interrogating gendered stereotypes: Young people's descriptions of online sexual health approaches. Conférence Pour l'excellence dans la recherche sur le genre, le sexe et la santé, qui a eu lieu du 29 au 31 octobre 2012, à Montréal, au Canada.

Article sur les subventions programmatiques : Une optique d'équité en santé publique

Article de Bernadette Pauly (professeure agrégée à l'École des sciences infirmières de l'Université de Victoria et scientifique au Centre de recherche sur les toxicomanies de la Colombie-Britannique).

Au Canada et partout dans le monde, les gens qui ont un faible revenu sont beaucoup moins en santé que les personnes ayant un revenu élevé. Moins le statut social et le revenu des gens sont élevés, plus ces personnes risquent d'être désavantagées sur le plan de la santé. Par exemple, les personnes victimes de discrimination en raison de leur genre ou de leur ethnicité sont confrontées à des difficultés additionnelles qui affectent leur santé. Ces écarts, qui proviennent de différences injustes dans l'organisation de la société, sont appelés inégalités en matière de santé.

Le programme de recherche Optique d'équité en santé publique (Equity Lens in Public Health [ELPH]) vise à générer de nouvelles connaissances sur le rôle de la santé publique dans la réduction des inégalités en matière de santé. Dans le programme ELPH, les chercheurs examinent l'intégration d'une optique d'équité en santé publique durant une période de changement au sein du système de santé de la Colombie-Britannique, et tirent des leçons de cet examen.

À l'échelle nationale, plusieurs demandent un renouvellement de la santé publique au Canada. Une nouvelle phase du renouvellement de la santé publique en Colombie-Britannique a commencé en 2005 avec l'introduction d'un cadre de travail sur les fonctions essentielles en santé publique afin de renforcer le lien entre la santé publique, les soins primaires et la prise en charge des maladies chroniques. L'introduction de ce cadre et d'autres processus de renouvellement en santé publique constituait une excellente possibilité d'étudier une série d'expériences naturelles et a mené à la création d'une initiative de recherche sur les fonctions essentielles en santé publique (Core Public Health Functions Research Initiative [CPHFRI]) en Colombie-Britannique. Le programme ELPH s'inscrit dans cette initiative.

Dans le cadre du programme ELPH, l'équipe de chercheurs a défini deux principaux sujets d'étude en santé publique : la prévention des méfaits liés à la consommation de substances, la promotion de la santé mentale et la prévention des maladies mentales. Ces deux importants sujets du programme en santé publique sont décrits dans un document stratégique publié par la province et intitulé Healthy Minds, Healthy People: A Ten Year Plan to Address Mental Health and Substance Use in B.C. (Un esprit sain dans un corps sain : plan décennal pour étudier la santé mentale et la consommation de substances en Colombie-Britannique). Ce document et le cadre de travail sur les fonctions essentielles en santé publique représentent des interventions stratégiques majeures en santé de la population et constituent le point central pour explorer le potentiel des services et politiques en santé publique afin de réduire les inégalités en matière de santé en Colombie-Britannique.

Le programme ELPH regroupe des partenaires des six régies provinciales de la santé, du ministère de la Santé de la Colombie-Britannique, de l'Association de santé publique de la Colombie-Britannique, de l'Agence de la santé publique du Canada, de l'Université de Victoria, de l'Université de la Colombie-Britannique et du Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé. Bernie Pauly, Marjorie MacDonald et Trevor Hancock de l'Université de Victoria sont les chercheurs principaux alors que Warren O'Briain du ministère de la Santé de la Colombie-Britannique est le principal utilisateur des connaissances.

D'une durée de cinq ans, le programme de recherche englobe quatre études interreliées :

  1. Évaluation des priorités en ce qui concerne l'équité en matière de santé et des stratégies des régies de la santé, au fil du temps
    Cette étude examine les initiatives d'équité en matière de santé dans les six régies de la santé de la Colombie-Britannique. Des analyses de base de chaque régie de la santé effectuées au début de l'étude seront comparées aux analyses de suivi réalisées à la fin. L'examen de la documentation et l'analyse de la situation constituent les principales méthodes de recherche pour cette étude.
  2. Collaboration intersectorielle pour la réduction des inégalités en matière de santé
    Cette étude vise à établir un profil des relations professionnelles entre les intervenants en santé publique travaillant à la promotion de la santé mentale et ceux qui travaillent à la prévention des méfaits liés à la consommation de substances. Cela permettra de voir où les intervenants et les organismes travaillent ensemble pour assurer l'équité en matière de santé dans les domaines choisis. La principale méthode de recherche pour cette étude est l'analyse des réseaux sociaux.
  3. Évaluation de la pertinence théorique et de l'utilité pratique des outils d'équité en matière de santé
    Cette étude a pour but de découvrir et d'analyser les outils d'équité en matière de santé qui existent actuellement et de déterminer s'ils sont utiles sur le plan pratique et s'ils correspondent aux idées actuelles sur l'équité en matière de santé. L'équipe de recherche travaille systématiquement pour établir l'inventaire des outils d'équité en matière de santé qui seront évalués afin d'en déterminer la pertinence théorique et l'utilité pratique. L'équipe passe en revue les théories de l'équité en matière de santé afin d'établir les critères qui permettront d'évaluer la pertinence théorique des outils. Pour définir les critères d'évaluation de la pertinence pratique, on a recours à la schématisation conceptuelle, ce qui comprend des séances de remue-méninges suivies du tri et du classement des idées soulevées. Le processus sera utilisé pour établir un schéma de la compréhension d'un concept particulier par les participants.
  4. Pouvoir et éthique en santé publique
    Puisqu'elle travaille avec des partenaires utilisateurs de connaissances, l'équipe de recherche est consciente qu'elle aura à faire face à des préoccupations d'ordre éthique au moment de la conception de programmes et de services en santé publique visant à réduire les inégalités en matière de santé. Dans le cadre de cette quatrième étude, l'équipe examinera les préoccupations d'ordre éthique particulières des infirmières en santé publique et des autres praticiens travaillant à la promotion de la santé mentale et à la prévention des méfaits liés à la consommation de substances. Pour ce faire, les chercheurs définissent les questions d'ordre éthique en tenant compte du point de vue des intervenants jouant un rôle dans la mise en œuvre du programme. Cela permettra de décrire le processus et les moyens auxquels les praticiens en santé publique ont recours pour gérer les questions d'ordre éthique, dans leur pratique quotidienne. Cela permettra de mettre au point des ressources en éthique dans le domaine de la santé publique et probablement d'établir un cadre d'éthique pour la santé publique.

Tout au long de cette initiative, l'équipe de recherche utilise un modèle intégré pour l'échange de connaissances au moyen duquel les chercheurs et les utilisateurs des connaissances génèrent et utilisent des connaissances. Les questions de recherche ont été formulées avec la collaboration des partenaires utilisateurs des connaissances et des chercheurs. En tant qu'équipe, les chercheurs ont défini les rôles et responsabilités au sujet de la production et de la diffusion des résultats de recherche et cela concerne tous les partenaires, tout au long du processus de recherche. L'équipe met au point des activités et des produits particuliers pour l'échange de connaissances, notamment des webinaires, un site Web, des bulletins, des conférences et un atelier de formation sur l'équité. Il y aura aussi un forum sur la politique à la fin de la subvention.

Faciliter la recherche interventionnelle en santé des populations

Article d'Andrea Hill (étudiante, Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada) et d'Erica Di Ruggiero (directrice associée à l'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada).

Les efforts entrepris par les chercheurs en santé et les organismes subventionnaires du Canada pour constituer un milieu de recherche où la recherche interventionnelle en santé des populations est bien comprise et bien financée ont donné des résultats impressionnants au cours des six dernières années et ont permis de préciser les secteurs clés nécessitant du travail.

La recherche interventionnelle sur la santé des populations nécessite le recours à des méthodes scientifiques pour produire des connaissances sur les interventions en matière de politiques et de programmes qui sont effectuées à l'intérieur ou à l'extérieur du secteur de la santé et qui peuvent avoir un impact sur la santé des populations. Par exemple, des études examinant les effets sur la santé des programmes d'activité physique obligatoires dans les écoles ou des nouveaux programmes de vaccination seraient classées en tant que recherche interventionnelle en santé des populations.

Toutefois, le terme « recherche interventionnelle en santé des populations » n'est pas mentionné dans les médias, et le concept n'est pas souvent enseigné dans les universités. Jusqu'à tout récemment, le terme n'était même pas utilisé par les chercheurs qui faisaient ce type d'études.

Les choses ont commencé à changer en 2006, moment où des employés de l'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada ont uni leurs forces avec des représentants d'autres instituts des IRSC, de l'Agence de la santé publique du Canada, de l'Institut national de santé publique du Québec, de la Société de recherche sociale appliquée et avec des chercheurs. Ces personnes et organismes ont créé l'Initiative de recherche interventionnelle en santé des populations du Canada (IRISPC), qui était vue comme une initiative de 10 ans pour augmenter la quantité, la qualité et l'utilisation de la recherche interventionnelle en santé des populations dans tout le pays.

Maintenant que plus de la moitié du temps prévu pour l'initiative est écoulé, les codirecteurs actuels de l'IRISPC font le point sur les nombreuses réalisations et le travail qui reste à faire.

« Dans le cadre de l'IRISPC, nous avons établi un vocabulaire et un lexique à l'intention des chercheurs et des décideurs, et nous pouvons maintenant communiquer plus efficacement entre nous », a déclaré Jean Shoveller, professeure à l'École de santé publique et des populations de l'Université de la Colombie-Britannique, membre du conseil consultatif de l'Institut de la santé publique et des populations et codirectrice et de l'IRISPC. « Il existe maintenant, pour la recherche interventionnelle en santé des populations, une boîte à outils méthodologiques munie de son propre lexique ».

Parmi les réalisations, mentionnons la création de nouveaux outils de financement pour appuyer la recherche interventionnelle en santé des populations et des publications comme la Foire aux questions concernant la recherche interventionnelle en santé des populations parue dans le numéro de l'hiver 2012 de la Revue canadienne de santé publique. L'IRISPC a aussi permis de décrire les compétences en recherche interventionnelle sur la santé des populations et de mettre au point des lignes directrices pour l'évaluation par les pairs de ce type de recherche (publications à venir sur l'évaluation par les pairs). Ces ressources aident à mieux faire connaître la recherche interventionnelle sur la santé des populations et fournissent aux chercheurs et aux organismes subventionnaires les outils nécessaires pour entreprendre et financer ce type de recherche.

« Je crois aussi qu'une de nos réussites a été de reconsidérer les interventions dans des secteurs autres que celui de la santé, d'en reconnaître les effets sur la santé et d'en tenir compte », ajoute la Dre Shoveller.

Par exemple, les IRSC, en collaboration avec l'ASPC et d'autres partenaires ont financé 15 chaires en santé publique appliquée pour appuyer et faire progresser la recherche interventionnelle de très grande qualité sur la santé des populations. Le Dr James Dunn, titulaire d'une de ces chaires, étudie principalement comment les interventions dans le domaine de l'habitation et des politiques, qui ne sont pas généralement considérées comme des interventions dans le domaine de la santé, ont une incidence sur la santé des populations. Le Dr Dunn, qui est aussi professeur agrégé à l'Université McMaster et scientifique à l'hôpital St. Michael's de Toronto, étudie actuellement comment le réaménagement du quartier Regent Park de Toronto influe sur la santé de ses résidents.

De plus, depuis 2006, l'Institut de la santé publique et des populations cautionne un mécanisme de financement rapide permettant aux chercheurs d'entreprendre promptement de la recherche interventionnelle en santé des populations pour examiner des programmes, des politiques et des méthodes d'affectation des ressources qui évoluent rapidement, sont mis en œuvre par d'autres et peuvent avoir une incidence sur la santé et l'équité en matière de santé, à l'échelle de la population. Dans le cadre de cette initiative, 34 études ont été financées pour une somme de 12,5 millions de dollars. Grâce à l'une de ces subventions, le Dr Robert Hogg, professeur en sciences de la santé à l'Université Simon Fraser, et son équipe peuvent évaluer les effets sur la santé d'une intervention menée en Colombie-Britannique dans le domaine du logement avec services de soutien pour les gens qui vivent avec le VIH et risquent de devenir sans-abri. Cette subvention a été financée conjointement par l'Institut de la santé publique et des populations et par l'Agence de la santé publique du Canada.

« Nous devons faire en sorte que les chercheurs aient accès à des possibilités de financement qui conviennent bien à la recherche interventionnelle en santé des populations et qui sont structurées de façon à fournir la souplesse nécessaire et des perspectives de soutien aux chercheurs talentueux travaillant dans ce domaine », affirme la Dre Shoveller. « Par exemple, les questions d'ordre politique, réglementaire ou juridique ne sont pas statiques et la portée du travail exige un soutien suffisant ».

Stephen Samis, coprésident de l'IRISPC, fait remarquer que la pression est de plus en plus grande pour les organismes subventionnaires de montrer que la recherche qu'ils appuient permet d'améliorer la santé des populations et est rentable.

« La recherche interventionnelle en santé des populations doit relever ce type de défis », ajoute-t-il.

Selon M. Samis, une des prochaines étapes de l'IRISPC pourrait être de cibler les principaux décideurs, de découvrir comment ils utilisent actuellement la recherche interventionnelle en santé des populations et de leur demander comment ils voudraient utiliser davantage cette recherche. La connaissance des besoins, des compétences et des délais d'exécution des uns et des autres aiderait les chercheurs à faire de la recherche pertinente sur les interventions en santé des populations et les décideurs à utiliser les résultats de cette recherche. Jusqu'à maintenant, les chercheurs de l'IRISPC ont participé à un grand nombre de conférences et de symposiums pour faire connaître la recherche interventionnelle en santé des populations. Mentionnons notamment, le Colloque international pour l'avancement d'un programme de recherche interventionnelle en santé des populations, qui a eu lieu à Montréal au printemps 2012 et l'atelier intitulé Stimuler l'innovation méthodologique et théorique dans la recherche interventionnelle en santé des populations, qui s'est déroulé à Toronto, à la fin de 2010.

Au cours des quatre prochaines années, les responsables de l'IRISPC devront promouvoir la recherche interventionnelle en santé des populations auprès d'organismes subventionnaires qui, actuellement, ne se perçoivent pas comme des champions de la recherche dans ce domaine. Des outils comme les lignes directrices pour l'évaluation par les pairs aideront les nouveaux bailleurs de fonds et les organismes qui financent déjà la recherche à évaluer correctement les demandes soumises dans le cadre de concours pour le financement de la recherche interventionnelle en santé des populations.

Selon les codirecteurs de l'initiative, l'équipe est capable de relever tous ces défis d'ici à 2016, et elle est prête à commencer.

Un avenir à découvrir : Aperçu du rapport de la SRSA

Article d'Emma Cohen (agente d'application des connaissances et de communication à l'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada).

Tout comme il est difficile de convaincre des personnes de 25 ans d'économiser en vue de leur retraite, il peut être difficile de motiver certains jeunes à penser à leur formation postsecondaire, et on ne sait pas quel est le meilleur moment d'aborder le sujet.

« Même si de nombreux Canadiens poursuivent des études supérieures, les jeunes venant de familles à faible revenu et les jeunes dont les parents sont peu instruits sont généralement sous-représentés dans les établissements d'études postsecondaires », explique Jean-Pierre Voyer, président et chef de la direction de la Société de recherche sociale appliquée (SRSA) et membre du comité de planification de l'Initiative de recherche interventionnelle en santé des populations du Canada (IRISPC).

Pour combattre cette inégalité, la Fondation canadienne des bourses d'études du millénaire a procédé à deux interventions dans des écoles du Manitoba et du Nouveau-Brunswick afin de cibler ces sous-groupes, du milieu à la fin des années 2000. Au Nouveau-Brunswick, le « Fonds du savoir » a permis d'offrir des bourses d'études postsecondaires d'un montant maximal de 8000 $ à des élèves, à partir de la dixième année. Le programme « Explorez vos horizons », qui a été mis en œuvre dans les deux provinces, offrait aux élèves de la dixième, de la onzième et de la douzième année, 40 heures d'atelier éducatif sur les choix de carrière, après les heures de cours.

La SRSA a été chargée de mener une étude afin de savoir si ces interventions étaient efficaces pour promouvoir les études postsecondaires. L'étude appelée Un avenir à découvrir, a mesuré les résultats en fonction de la poursuite d'études postsecondaires, ce qui est considéré comme un déterminant clé de la santé par l'Agence de la santé publique du Canada.

En tout, 5429 élèves ont été assignés de façon aléatoire à l'un des trois groupes expérimentaux (« Fonds du savoir » uniquement, « Explorez vos horizons » uniquement ou aux deux programmes) ou à un groupe témoin (aucune intervention), ce qui a permis aux chercheurs de mesurer les effets de chacun des programmes, l'effet relatif d'un programme par rapport à l'autre et l'effet additionnel lorsque les deux programmes sont offerts simultanément.

En général, les données indiquent que les deux interventions ont eu des effets positifs sur l'inscription à des programmes d'études postsecondaires, mais certains résultats ont étonné.

Premièrement, l'évaluation a fait ressortir l'importance de la langue. Au Nouveau-Brunswick, les interventions combinées ont fait réduire de façon significative les taux de décrochage scolaire et augmenter le taux de diplomation dans les écoles de langue anglaise, qui ont été choisies pour l'étude en raison de leurs fortes concentrations de familles à faible revenu. Toutes les écoles francophones du Nouveau-Brunswick, indépendamment de la concentration de familles à faible revenu, étaient incluses dans l'étude. Les deux interventions combinées n'ont eu aucune incidence sur le décrochage scolaire et l'obtention du diplôme dans ces écoles.

Deuxièmement, l'évaluation a montré l'importance du genre pour les interventions. Même si les chercheurs n'ont pas tenu compte du genre en assignant les élèves aux groupes expérimentaux, le genre a été pris en considération dans l'analyse subséquente des sous-groupes. On a découvert que les garçons étaient plus réceptifs aux interventions, particulièrement au programme « Fonds du savoir ». Selon Jean-Pierre Voyer, cela pourrait être attribuable au marché du travail au Nouveau-Brunswick où il est courant pour les garçons de choisir des occupations « à prédominance masculine » qui nécessitent une formation, comme le domaine des mines, de la construction, de la foresterie et même dans le secteur manufacturier où, c'est bien connu, les salaires sont plus élevés pour ceux qui ont un diplôme d'études collégiales.

Troisièmement, l'évaluation a révélé que les bourses d'études du « Fonds du savoir » étaient plus souvent utilisées pour payer les frais de scolarité au collège qu'à l'université ou à tout autre établissement d'études postsecondaires. M. Voyer croit que cela est attribuable à des considérations économiques : il est plus logique d'investir 8000 $ pour un programme collégial de deux ans que dans un programme universitaire de quatre ans.

« Le but était d'informer les jeunes de la possibilité d'obtenir du financement pour faire des études postsecondaires et de les amener à réorienter leurs projets, à choisir les cours appropriés et à rester motivés », a déclaré M. Voyer.

Même si les interventions semblent avoir eu un effet sur l'inscription à des établissements d'études postsecondaires, M. Voyer fait une mise en garde contre la généralisation des résultats. Il est d'avis que les interventions auraient pu avoir des résultats différents dans des milieux différents en raison d'autres facteurs sociaux et politiques.

Les deux interventions étudiées se sont déroulées entre 2004 et 2008 et les bourses du « Fonds du savoir » ont été versées jusqu'en 2011. Le document intitulé Un avenir à découvrir - Rapport des impacts du projet pilote sur les études postsecondaires a été publié en ligne en novembre 2012.

Le coin des étudiants : Étude des fondements moraux des mesures et des interventions d'urgence en santé publique

Article de Maxwell J. Smith (candidat au doctorat à l'École de santé publique Dalla Lana et au Centre conjoint de bioéthique de l'Université de Toronto et boursier des IRSC en politique de santé publique). M. Smith est actuellement chercheur invité à la Fondation Brocher (à Hermance en Suisse) et est titulaire d'une bourse d'études supérieures du Canada Frederick Banting et Charles Best des IRSC et de la Bourse de recherche au doctorat en bioéthique des IRSC Douglas Kinsella.

En termes simples, le but de la santé publique est de promouvoir et de protéger la santé des populations et de réduire les menaces à la santé des populations. Intuitivement, il semble que ce but soit de maximiser la plus grande quantité de bien (c.-à-d. la santé) pour le plus grand nombre de personnes (c.-à-d. la population). Toutefois, de nombreux chercheurs en santé publique sont d'avis que les considérations et les idéaux en harmonie avec la justice sociale, comme les droits de la personne, la liberté, l'équité et la défense des plus démunis, sont essentiels à la vision de la santé publique et peuvent entrer en conflit avec le but de maximiser le plus grand bien pour le plus grand nombre de personnes. C'est ce qui m'a amené à explorer plus à fond les buts éthiques et les fondements moraux de la santé publique.

Faisant de la recherche en bioéthique, j'étudie les considérations éthiques qui entrent en ligne de compte dans les mesures et interventions en cas de pandémie et je m'intéresse particulièrement aux fondements moraux des mesures et interventions d'urgence en santé publique. L'intérêt pour ce domaine s'est considérablement accru au cours de la dernière décennie, principalement en raison de l'éclosion du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), de l'ouragan Katrina, des tremblements de terre dévastateurs en Haïti et au Japon ainsi que de la présence et de la menace persistante de souches de grippe pandémique et d'autres maladies infectieuses.

On a élaboré des lignes directrices sur les aspects logistiques et éthiques pour orienter les interventions en santé des populations qui peuvent être utilisées durant les urgences en santé publique. Par exemple, de nombreux documents scientifiques et documents de planification traitent de la façon d'établir les priorités concernant les mesures prophylactiques comme les vaccins, en fonction de groupes particuliers, des paramètres entourant le recours à des mesures restrictives comme la quarantaine et l'isolement, et des critères pour le triage des patients dans les services d'urgence et les unités de soins intensifs des hôpitaux. Toutefois, je ne sais pas si ces documents d'information mis au point pour la planification de mesures et les interventions d'urgence en santé publique reflètent, ou devraient refléter, les valeurs traditionnelles et les objectifs de la santé publique.

Ma recherche de doctorat explore les valeurs éthiques et les buts présentés dans la planification des mesures d'urgence et les interventions en santé publique afin de les comparer et de les opposer aux valeurs et aux buts de la santé publique au quotidien, soit la pratique de la santé publique dans des situations non urgentes.

En tant que chercheur invité à la Fondation Brocher sur le lac Léman en Suisse, j'analyse des documents sur les mesures et les interventions d'urgence en santé publique, y compris des plans, des lignes directrices et des cadres de travail en matière d'éthique. Après, j'interrogerai des décideurs et des planificateurs clés, notamment des travailleurs en soins de première ligne et des responsables des politiques concernés par les mesures et interventions d'urgence en santé publique.

Par cette recherche, je vais tenter de déterminer si les valeurs et les buts des mesures et des interventions d'urgence en santé publique cherchent plus explicitement à maximiser les résultats en matière de santé pour la population que les buts de la santé publique au quotidien – une situation qui pourrait tempérer les buts en santé publique, lesquels visent à atteindre l'équité en matière de santé et à protéger ceux qui sont le plus systématiquement démunis. Si c'est le cas, je vais poursuivre la recherche pour déterminer si cela est justifiable ou non sur le plan éthique.

Le coin des étudiants : Réflexions sur l'atelier Promouvoir l'économie de la santé publique et des populations

Article de Rodrigue Deuboué Tchialeu, candidat au doctorat à l'Institut de santé publique de l'Université d'Ottawa. Rodrigue a reçu une bourse de voyage de l'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada pour participer à l'atelier Promouvoir l'économie de la santé publique et des populations les 15 et 16 janvier 2013 à Toronto. Étaient présents à l'atelier des chercheurs ayant une expertise dans le domaine de l'économie de la santé publique et des populations venus discuter de grands thèmes de la recherche et du renforcement des capacités, y compris les moyens d'augmenter la production, le financement, la dissémination et l'utilisation de données économiques factuelles, dans l'élaboration et l'évaluation de politiques et de programmes touchant la santé publique et des populations. La bibliographie annotée utilisée pour orienter l'atelier peut être consultée en ligne, et un compte rendu de l'atelier sera diffusé sous peu.

L'atelier Promouvoir l'économie de la santé publique et des populations qui a été offert par l'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada et des partenaires en janvier 2013, a permis d'explorer des moyens d'améliorer l'intégration significative des analyses et des données en économie à la recherche sur la santé publique et des populations.

Les participants s'entendent pour affirmer que l'ajout de composantes économiques à la recherche sur la santé publique et des populations peut rendre celle-ci plus pertinente et plus utile pour les décideurs. À l'heure actuelle, certains membres du milieu de la recherche ont l'impression que les décideurs ne comprennent pas bien l'importance des données montrant l'efficacité des interventions en santé publique et des populations à l'échelle communautaire, municipale, provinciale/territoriale et fédérale. La participation de décideurs et d'économistes tout au long du processus de recherche pourrait améliorer les retombées de la recherche en santé publique et des populations.

Les participants s'entendent sur le fait que des économistes devraient prendre part à la recherche sur la santé publique et des populations, et ce, dès le début, pour que la perspective économique de la santé puisse être intégrée plus efficacement au processus de recherche. En d'autres mots, les économistes devraient être inclus à la phase de conception d'une étude et non seulement à la phase d'analyse. Toutefois, cela n'est pas toujours facile, et les participants ont cerné certains des facteurs qui font obstacle à plus une grande intégration des économistes à la recherche sur la santé publique et des populations. Parmi ces facteurs, mentionnons le soutien inégal apporté à la recherche interdisciplinaire entre les départements d'université et à la copaternité des articles publiés dans les revues traitant de recherche en santé publique et des populations en comparaison avec les publications dans des revues économiques prestigieuses où des économistes sont les auteurs principaux. Il faut lever ces obstacles afin d'intégrer davantage d'économistes du secteur de la santé aux équipes de recherche en santé publique. La Dre Nancy Edwards, directrice scientifique de l'Institut de la santé publique et des populations des Instituts de recherche en santé du Canada, a attiré l'attention sur le fait qu'il y a une lacune dans la formation des économistes du secteur de la santé au sein des programmes de santé publique et des populations au Canada.

Pour que des composantes économiques soient incorporées à la recherche sur la santé publique et des populations, il faut, selon les participants, que les chercheurs puissent parler le même langage d'une discipline à l'autre et qu'ils utilisent des définitions communes pour les principaux termes comme équité, équité en matière de santé, justice et inégalités. Cela pourrait aider à mettre au point des outils d'analyse économique qui conviendrait mieux à la santé de la population.

Les participants sont aussi d'avis qu'il faut plus de modélisation pouvant représenter la complexité de multiples interventions interdisciplinaires en santé des populations. Pour répondre à ce besoin, il faudrait offrir aux économistes de la formation dans une perspective de santé publique afin que ces derniers soient mieux préparés pour participer à la recherche en santé publique et des populations. Une telle formation est actuellement offerte au Royaume-Uni.

Avant l'atelier, je m'intéressais déjà aux questions économiques relatives à la santé, principalement le financement des systèmes de santé à l'échelle mondiale. Ma participation à l'atelier a renforcé mon intérêt pour ce domaine et m'encourage à parfaire mes connaissances des techniques d'analyse économique dans le secteur de la santé, en particulier la modélisation et les microsimulations. Ces concepts et outils seront très utiles à ma recherche qui examine les besoins du système de santé pour intensifier les interventions visant à combattre l'épidémie d'hypertension dans les pays en développement. La modélisation des besoins du système de santé et d'une chaîne logistique nous permettant de déterminer l'approvisionnement en médicaments et les ressources humaines nécessaires constituera l'un des principaux résultats de ma recherche.

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