Célébrons les retombées de la recherche en santé

Histoire de réussite dans le domaine de la santé buccodentaire - La santé bucco–dentaire : permettre à des voix influentes de guider la recherche

Mary McNally
Faculté de dentisterie et Centre de recherche sur la promotion de la santé de l'Atlantique, Université Dalhousie

Debora Matthews
Faculté de dentisterie et Centre de recherche sur la promotion de la santé de l'Atlantique, Université Dalhousie

Joanne Clovis
Faculté de dentisterie, Université Dalhousie

Mark Filiaggi
Faculté de dentisterie, Université Dalhousie

Sandra Crowell
Centre de recherche sur la promotion de la santé de l'Atlantique, Université Dalhousie

Martha Brillant
Faculté de dentisterie, Université Dalhousie

Karen McNeil
Centre de recherche sur la promotion de la santé de l'Atlantique, Université Dalhousie

Introduction

Le fait de réunir les utilisateurs des connaissances avec les créateurs des connaissances contribue à éclairer les priorités et l'orientation de la recherche et à assurer l'applicabilité de ses résultats. L'établissement de tels contacts, dans le cadre d'une approche d'application/échange des connaissances, conduit nos recherches vers des progrès importants qui aideront les gens à maintenir une bonne santé buccodentaire à mesure qu'ils vieillissent.

Répondre efficacement à l'évolution des besoins de santé buccodentaire des Canadiens

Les Canadiens vivent plus longtemps et conservent davantage leurs dents naturelles. Ces tendances, bien que positives, ont engendré une évolution des problèmes buccodentaires et des défis importants pour les soins de la bouche. Il y a dix ans, nous avons commencé à observer ces tendances en Nouvelle–Écosse. Dans cette province comme dans le reste du Canada, les soins buccodentaires sont généralement exclus des soins de santé généraux, ce qui isole la santé buccodentaire sur le plan de la recherche, des soins cliniques et des services/politiques de santé. Une bonne santé buccodentaire est un élément clé d'une santé et d'une qualité de vie optimales. Manger, parler et échanger socialement avec aisance et assurance sont d'importants objectifs de santé buccodentaire à tout âge. Cependant, nous avons reconnu la nécessité de trouver des façons de cerner et de combler certaines lacunes : absence de base de données sur la santé buccodentaire, compréhension limitée des besoins en soins, et manque de normes ou de politiques pour guider les soins et promouvoir la santé buccodentaire à un âge avancé.

Les utilisateurs des connaissances – y compris les personnes âgées, les cliniciens, les responsables des politiques, les fournisseurs de soins personnels, les soignants professionnels, les administrateurs, les éducateurs, les promoteurs de la santé et les bailleurs de fonds des services de santé – ont profondément influencé notre recherche et ont contribué à la conscience commune de son importance. Les trois histoires suivantes illustrent les orientations surprenantes que peut prendre la recherche lorsque nous écoutons ceux qui sont les plus touchés par la recherche.

Ce qui est fait est fait

Il s'est avéré que nous avions une conception trop limitée du public à cibler pour nos travaux – ce que nous n'aurions pas pu savoir sans la participation de membres de la communauté.

À l'époque, il y a presque dix ans, nous savions que les progrès des cinquante dernières années en dentisterie moderne permettaient à plus de gens de conserver leurs dents à un âge avancé. En même temps, nous ne savions pas vraiment comment cette tendance se répercutait sur la santé buccodentaire et les besoins en matière de traitement, et encore moins comment des objectifs axés sur l'optimisation de la santé buccodentaire allaient guider l'organisation, la prestation et le soutien de la formation et des services en santé buccodentaire. Ainsi, une de nos priorités de recherche a été de combler le manque de données épidémiologiques sur la santé buccodentaire des Canadiens âgés.

Nous avons tenu des ateliers interdisciplinaires où nous avons fait appel à des personnes âgées et à des organismes qui les représentent, pour commencer à développer les capacités nécessaires à notre recherche en vue d'éclairer les services et les politiques de santé. Notre attention était clairement centrée sur les personnes de plus de 65 ans, jusqu'à ce que nous soyons interpellés par une voix issue de la communauté : « Ce qui est fait est fait. Il faut regarder du côté des futures personnes âgées afin que la planification soit faite à leur intention. »

Résultats : Nous avons reformulé notre question de recherche de façon à inclure les personnes de 45 ans et plus, avec les plus âgées. Cela a généré des connaissances qui renseignent sur les besoins actuels et futurs des personnes âgées de la Nouvelle–Écosse en ce qui touche les services de santé. Étant donné que cette province compte la population la plus âgée du Canada, les tendances que nous observons aujourd'hui sont d'intérêt pour l'ensemble de la population canadienne et fournissent une information essentielle à l'établissement des priorités de recherche.

Je veux qu'on m'arrache toutes les dents

Des témoignages nous ont parfois sidérés. Parallèlement à la recherche épidémiologique décrite ci–dessus, nous avons procédé à une analyse du contexte provincial incluant une évaluation des services de santé (dans la perspective des personnes âgées et de plusieurs niveaux de fournisseurs de soins) et à des analyses des pratiques exemplaires et des politiques (dans le secteur public et les secteurs de l'éducation et des soins continus), dans le but d'éclairer la planification de mesures dans les services de santé buccodentaires. Dans l'établissement des priorités de recherche, nous avons été décontenancés par l'émouvant témoignage d'une infirmière en chef dans le secteur des soins continus : « [...] au point où j'en suis, je pense que je vais donner pour préconsigne de m'arracher toutes les dents avant mon admission dans une maison de soins infirmiers. Au moins, je sais que c'est peut–être plus facile avec un dentier, car on n'a qu'à l'enlever pour le nettoyer. »

Compte tenu des progrès réalisés en santé dentaire depuis un demi–siècle, ce commentaire était troublant venant de quelqu'un possédant une connaissance intime du système. On ne peut pas dire avec certitude si l'infirmière citée était principalement préoccupée par la difficulté de recevoir des soins ou par les conséquences des maladies dentaires. Dans un cas comme dans l'autre, elle a soulevé un problème troublant qui est devenu un thème central de notre recherche.

Résultats : Nous nous sommes associés à trois établissements de soins de longue durée pour créer Brushing up on Mouth Care, un programme détaillé et pratique d'éducation et de ressources sur les soins quotidiens de la bouche pour les personnes âgées non autonomes. Les utilisateurs finaux et les administrateurs ont été directement engagés dans le processus qui a mené à la création de cette ressource Web à accès libre, qui contient des trousses de santé buccodentaire, des ressources et des vidéos éducatives ainsi que des lignes directrices en matière d'évaluation et de planification des soins.

Les soins de la bouche apparemment négligés

Pendant que tout ce travail avait lieu, une question compliquée revenait sans cesse : pourquoi les soins de la bouche sont apparemment négligés, alors que les fournisseurs de soins personnels semblent bien équipés pour accomplir de nombreuses tâches difficiles et même désagréables liées à l'hygiène personnelle?

Selon des éducateurs dans le domaine de la prestation des soins personnels, la réponse est le manque de ressources adéquates pour former les étudiants. Contrairement à d'autres aspects des soins personnels, il n'existe pas de modèles de laboratoire ou de ressources pratiques pour permettre aux étudiants de s'exercer. Les mêmes éducateurs ont ajouté que les nouveaux diplômés offrent une possibilité exceptionnelle de conscientiser les praticiens plus expérimentés aux nouvelles normes de pratique dans le domaine.

Résultats : Nous avons mis sur pied un partenariat unique collège–université qui a abouti à la distribution des ressources de Brushing up on Mouth Care à plus de la moitié des fournisseurs de soins personnels et à toutes les infirmières auxiliaires formées en Nouvelle–Écosse chaque année. Onze collèges communautaires ont aussi introduit des mannequins dans leurs laboratoires de soins personnels pour permettre aux étudiants de pratiquer les techniques.

Ces trois histoires illustrent de façon frappante comment la recherche et l'échange des connaissances peuvent être guidés par la voix des intervenants et offrent des exemples concrets d'impacts profonds. Ils ne démontrent qu'une infime partie de la valeur de ces voix et révèlent comment les bénéficiaires et les utilisateurs finaux de la recherche peuvent éclairer un domaine traditionnellement en marge des soins de santé généraux.

Remerciements

Principaux intervenants collaborateurs : Régie régionale de la santé Capital de la Nouvelle–Écosse, Centres de soins de longue durée d'Eastern Shore Tri–Facilities; Collège communautaire de la Nouvelle–Écosse, École de services de santé et de services à la personne; Northwoodcare Incorporated; Health Association of Nova Scotia; ministère de la Santé et du Bien–être de la –Nouvelle–Écosse, Direction des soins continus; ministère des Aînés de la Nouvelle–Écosse; Nova Scotia Group of IX Seniors' Organizations; Nova Scotia Dental Association

Financement : Nova Scotia Health Research Foundation, Instituts de recherche en santé du Canada

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