Faire face au suicide d'une perspective parentale


L'honorable Michael H. Wilson

Michael Wilson a été ministre des Finances du Canada et ambassadeur aux États-Unis, président du conseil de Barclays Capital Canada Inc. et vice-président du conseil d'administration des IRSC.

M. Wilson est aussi un promoteur de la santé mentale, la dépression et le suicide lui ayant ravi un fils. Il a dirigé la création de la chaire d'études sur la dépression Cameron Parker Holcombe Wilson à l'Université de Toronto.

Pouvez-vous nous parler de ce qui est arrivé à votre fils et de l'impact que cela a eu sur votre famille?

Notre fils, Cameron, était parfois colérique. Il aimait le hockey, mais se battait souvent. Il avait également de la difficulté à nouer des relations. Nous pensions que ces problèmes faisaient en quelque sorte partie du développement. Il a ensuite subi quelques épisodes psychotiques, et nous avons alors réalisé qu'il s'agissait de quelque chose de beaucoup plus sérieux. Il a été hospitalisé plusieurs fois et, à la fin, c'était devenu trop difficile pour lui et il s'est enlevé la vie.

La maladie mentale semble être un problème qui prend de l'ampleur au Canada. À quelles difficultés se heurtent les personnes qui souffrent de dépression dans notre pays?

La stigmatisation et la discrimination empêchent les gens d'obtenir le traitement dont ils ont besoin. Dans une enquête réalisée au Canada en 2008, la moitié des répondants ont dit qu'ils cacheraient la maladie mentale de l'un des leurs à leurs amis et collègues. Je peux certes personnellement attester la vérité de la stigmatisation – je me rappelle Cameron nous implorant de ne dire à personne qu'il avait été hospitalisé pour une maladie mentale. La dépression est une importante cause d'invalidité, et pourtant seulement un tiers des Canadiens qui ont effectivement besoin de soins sont traités. C'est une question de santé, de justice sociale et d'économie. La dépression peut conduire à l'isolement, à l'éclatement de relations, à la perte d'emploi, à la détérioration de la qualité de vie et à la mort.

Quelles sont les ressources disponibles pour les personnes qui vivent avec une maladie mentale ou pour leurs familles?

Il existe de nombreuses ressources pour les personnes qui vivent avec une maladie mentale et pour leurs familles. Les centres de santé mentale, comme le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), offrent des soins cliniques et des services de soutien, des ressources en ligne et des groupes d'entraide. Pour les enfants, il existe des ressources didactiques sous forme de livres de contes et des services d'intervention en cas de crise, par exemple des initiatives comme Jeunesse, J'écoute. Les écoles publiques secondaires et postsecondaires accroissent leur soutien aux étudiants par des services de counseling et de soutien par les pairs améliorés.

Comment la recherche contribue-t-elle à résoudre le problème de la santé mentale?

La contribution de la recherche est utile à deux niveaux : elle vise, premièrement, à comprendre les causes complexes du suicide et, deuxièmement, à améliorer les méthodes de prévention et de traitement grâce aux connaissances acquises. Le suicide a une composante génétique, mais les expériences de vie d'une personne, comme le stress ou les traumatismes, peuvent interagir avec les gènes pour accroître le risque. Le risque est aussi plus grand chez les personnes atteintes de maladie mentale. Les IRSC financent des recherches fascinantes en cours au CAMH sur l'interaction gène environnement, c'est à dire l'épigénétique. Si nous pouvons comprendre les causes à ce niveau, nous serons beaucoup mieux placés pour concevoir des méthodes de prévention et de traitement plus ciblées. En fait de traitement, il existe des méthodes thérapeutiques efficaces, comme la thérapie comportementale dialectique et la thérapie cognitivo-comportementale. Néanmoins, un investissement continu dans la recherche est essentiel pour découvrir les causes et mettre au point de meilleurs traitements.

Pouvez-vous nous dire ce que nous pouvons faire pour améliorer la vie des personnes aux prises avec des troubles comme la dépression?

Je me suis senti obligé de faire quelque chose en raison de mon expérience personnelle, mais nous serons tous touchés d'une manière ou d'une autre. Nous devons éliminer la stigmatisation et la discrimination qui empêchent les gens d'obtenir le traitement et le soutien dont ils ont besoin et qu'ils méritent. Cela demandera l'intervention de chacun d'entre nous. Nous devons avoir des discussions avec nos responsables des politiques, dans nos salles de conseil, à nos tables de cuisine et dans nos classes. Et afin d'améliorer les soins et les traitements pour les patients de demain, nous devons continuer d'investir dans la recherche et l'innovation. Le cerveau est l'organe le moins bien connu du corps humain. Par contre, je pense que nous sommes parvenus à un tournant en neurologie. Nous devons établir des partenariats entre les secteurs public et privé afin d'être en mesure de percer les mystères du cerveau. Nous devons aussi nous assurer que nos facultés de médecine procurent à la prochaine génération de cliniciens dans le système de soins de santé les connaissances et la formation nécessaires pour traiter la maladie mentale en plus de la maladie physique.

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