Rapport sur l'atelier d'établissement de priorités en matière d'innovations en cybersanté

15 et 16 octobre 2013
Montréal, Québec

Table des matières

  1. Introduction
  2. Priorités en matière d'innovation et d'évaluation dans les trois domaines ciblés
  3. Détermination des priorités en matière d'innovation et d'évaluation dans les domaines de l'initiative
  4. Discussion et recommandations : priorités en ce qui concerne l'innovation, la mise en œuvre et l'évaluation
  5. Établissement de partenariats solides entre l'industrie, les cliniciens, les patients et les chercheurs pour l'innovation, la mise en œuvre et l'évaluation
  6. Discussion et recommandations : conditions de réussite
  7. Détermination des mécanismes pour faciliter la mise en œuvre d'applications et de Partenariats mondiaux
  8. Discussion et recommandations : élaborer la nouvelle génération d'innovations en cybersanté, notamment des mécanismes de financement
  9. Prochaines étapes et mot de la fin : le rôle des irsc dans la mobilisation des meilleurs acteurs et la progression de l'innovation

I. Introduction

Contexte entourant les innovations en cybersanté

Les systèmes de prestation de soins de santé doivent s'adapter à l'augmentation du coût des soins de santé, au vieillissement de la population et à la prévalence accrue des maladies chroniques, et des changements transformateurs s'imposent à ce chapitre. L'une des solutions clés pour favoriser ces changements est le recours à des technologies de l'information appropriées sur la santé. Compte tenu des bases déjà établies pour l'échange d'informations grâce à des investissements du Canada dans les dossiers médicaux électroniques (DME), le climat actuel pourrait s'avérer des plus propices à la mise au point d'innovations en cybersanté qui permettront aux patients de participer à leur traitement, de soutenir des soins individualisés fondés sur des données probantes, ainsi que de surveiller le rendement du système de santé et la santé des populations. En outre, les innovations en cybersanté permettront d'appuyer de nouvelles recherches sur les facteurs influant sur les soins dans tout le continuum, notamment pour les principaux usagers du système ayant des besoins de santé complexes, y compris en santé mentale.

Il existe dans le domaine de la cybersanté une variété de petites et de moyennes entreprises qui travaillent à l'élaboration d'outils « intelligents », dont l'objectif est d'améliorer la santé des Canadiens. Or, notre capacité à intégrer ces outils au système de soins de santé est limitée. Une communauté grandissante de chercheurs, au Canada et ailleurs dans le monde, possèdent l'expertise nécessaire pour élaborer et mettre en œuvre des innovations en cybersanté, et à en analyser les impacts sur la santé et les résultats du système de santé.

Les innovations en santé peuvent être définies comme de « nouvelles et de meilleures façons de faire des choses importantes pour améliorer la santé d'une population et la prestation de soins de santé » (Ivey School of Business [École de commerce Ivey]). Par son initiative Innovations en cybersanté, l'Institut des services et des politiques de la santé (ISPS) des IRSC vise la création de partenariats importants entre le monde universitaire et l'industrie, afin d'assurer que les innovations sont élaborées en collaboration, sont mises à l'essai dans différents milieux de santé (santé communautaire, clinique, populations), sont analysées en fonction de leur rentabilité, connaissent une commercialisation réussie et sont adoptées pour générer l'impact attendu sur la santé.

Deux domaines de recherche importants ont été ciblés comme priorités initiales. On s'attend à ce que les changements apportés aux programmes sociaux, éducationnels et relatifs à la santé dans les environnements urbains, ruraux et éloignés rendus possibles grâce à la cybersanté aient une incidence importante sur l'accès aux soins, leur qualité, leur coût et leurs résultats pour ces populations. Ces éléments représentant 50 % des dépenses dans le système de santé, le fait de mettre l'accent sur l'efficacité et l'efficience dans les approches de prestation et les méthodes de résolution des lacunes des soins de santé permettra de diminuer grandement les dépenses en santé pouvant être évitées. Ces principaux domaines de recherche sont :

  • la santé mentale;
  • la prévention et la prise en charge des maladies chroniques, en particulier chez les patients ayant des besoins complexes et plusieurs maladies.

De plus, les quatre domaines suivants ont été désignés comme prioritaires en matière d'innovation, de mise en œuvre et d'évaluation en cybersanté par les IRSC :

  • cybersanté axée sur le patient : autonomisation et auto-prise en charge des patients, conjointement avec les soignants et l'équipe soignante;
  • nouvelle génération d'outils d'aide à la décision pour de meilleurs soins individualisés;
  • données sur les systèmes de santé et la santé des populations pour assurer une surveillance en matière de rendement et de responsabilisation, ainsi que de dépistage en temps utile des maladies;
  • soutien des soins à toutes les étapes du continuum.

Objectifs de l'atelier

Les 15 et 16 octobre 2013, l'ISPS a réuni des chercheurs de renom, des représentants de l'industrie et d'associations ainsi que des intervenants clés pour leur demander leurs recommandations sur les prochaines étapes de l'initiative Innovations en cybersanté des IRSC.

La rencontre avait quatre objectifs principaux :

  1. Cibler les domaines de recherche prioritaires en cybersanté en lien avec la santé mentale, les patients ayant des besoins complexes ou des comorbidités et les populations rurales ou éloignées (y compris des analyses supplémentaires de l'étape de l'innovation, de sa mise en œuvre et de son évaluation);
  2. Cerner les conditions nécessaires pour faciliter la réussite des innovations et des partenariats entre l'industrie, les chercheurs et les utilisateurs finaux (patients, familles, cliniciens, gestionnaires de systèmes de santé et responsables des politiques);
  3. Déterminer les mécanismes nécessaires pour faciliter l'élaboration d'applications et de partenariats mondiaux;
  4. Définir les conditions et les mécanismes de financement qui faciliteront l'établissement de partenariats et l'élaboration, la mise en œuvre et l'évaluation d'innovations réussies.

Pendant cet atelier de deux jours, des présentations formelles ainsi que des séances en groupes mixtes ont eu lieu pour permettre aux participants de discuter de leurs idées à propos de ces objectifs et de leur atteinte.

Les participants à l'atelier étaient tous d'accord : il est essentiel de cibler les principaux usagers du système ayant des besoins de santé complexes ainsi que les outils d'identification et d'intervention rapides chez les populations aux prises avec des problèmes de santé mentale pour obtenir de bons résultats pour les patients, les soignants, les fournisseurs de soins de santé et les changements transformateurs dans le système de santé. De plus, les participants ont mentionné la nécessité de garder les patients au cœur des innovations en cybersanté en leur fournissant des outils pour qu'ils prennent en charge leurs propres soins de santé, ainsi que l'importance pour les partenaires de l'industrie d'avoir accès à des laboratoires « en direct » pour évaluer et comparer le rapport coût-rentabilité et l'avantage clinique des innovations, ainsi que des mécanismes pour travailler avec les chercheurs afin d'évaluer les innovations produites en collaboration.

Le présent rapport offre un résumé des principales idées soulevées durant ces discussions.

II. Priorités en matière d'innovation et d'évaluation dans les trois domaines ciblés

Santé mentale

Michael Krausz, Université de la Colombie-Britannique

Il faut une « compétence visionnaire » pour bien comprendre l'orientation de la cybersanté mentale ainsi que la façon dont elle peut changer les systèmes et aborder les éventuels enjeux.

Les troubles de santé mentale représentent 25 % du fardeau des maladies qui touchent le groupe des 10 à 45 ans, considéré comme difficile à rejoindre. Ils peuvent être définis comme les « maladies chroniques des jeunes ». Actuellement, les deux tiers des patients atteints de troubles de santé mentale n'ont pas accès à des soins de santé de qualité. Seulement 10 % des patients qui reçoivent un traitement sont pris en charge par des spécialistes du domaine.

L'autonomisation des patients est au cœur d'une prestation efficace de soins en santé mentale. De nos jours, le recours à des jeux électroniques et à de nouvelles technologies rendues accessibles grâce à Internet offrent de multiples possibilités pour rejoindre les patients.

Les domaines suivants représentent d'innombrables possibilités en cybersanté mentale :

  • Des outils de dépistage et d'évaluation sont en cours d'élaboration, et certains sont même déjà offerts. C'est le cas de l'outil « Mind Check » (dépistage de la souffrance psychologique chez les jeunes), mis au point par l'organisme BC Mental Health and Addiction [Santé mentale et toxicomanies – Colombie-Britannique], ou encore, l'outil de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) « Mood Gym » [entraînement émotionnel], créé à l'Université de Canberra. Des ressources comme celles-ci peuvent être reliées et intégrées à la pratique afin de créer une interface pour orienter les consultations et les soins.
  • Les outils de cybersanté mentale pourraient intégrer de l'information présentée de façon interactive à des approches d'intervention pour aider les patients à prendre des décisions éclairées.
  • Les outils de cybersanté mentale pourraient accélérer les processus de détection et d'intervention précoces grâce à leur accès facile et à la protection qu'ils offrent contre les préjugés sans oublier leur utilisation amusante. À titre d'exemple, certains projets sont déjà en place dans des salles d'urgence et visent à évaluer les problèmes d'abus de substances des patients pendant qu'ils attendent d'être soignés.
  • La cybersanté mentale offre de nouvelles possibilités de recherche pour intégrer de la recherche et des interventions dans certains contextes comme les systèmes scolaires.

Le graphique ci-dessous est un résumé des recommandations concernant les endroits où mettre en œuvre la cybersanté mentale, ainsi que les moyens à employer pour y arriver. La complexité technique et psychologique croît de bas en haut et de gauche à droite.


Figure 1 : description détaillée

En conclusion, le docteur Krausz a formulé les recommandations suivantes :

  • les principes au cœur du développement devraient viser l'autonomisation des patients;
  • il faudrait mettre en place des solutions déjà existantes, comme les évaluations et les traitements en ligne, par exemple la TCC;
  • il faudrait intégrer des modules fondés sur les besoins des clients;
  • Il faudrait étendre la portée de la cybersanté en intégrant de nouvelles technologies, comme les jeux vidéo ou la réalité virtuelle.

Prévention et prise en charge des maladies chroniques des patients ayant des besoins complexes

Helen Angus, ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario
Marc Overhage, Siemens Solutions médicales

Selon des estimations récentes, dans certaines provinces canadiennes, les soins de santé compteront pour plus de 70 % du budget d'ici 12 ans si celles-ci ne ralentissent pas leur taux de dépenses actuelles. Il est devenu « normal » pour de nombreuses provinces de composer avec un budget de santé chroniquement réduit. Cette diminution des dépenses survient en parallèle à des défis sans précédent dans le système de soins de santé, qui nécessitent que des ressources considérables soient investies. À titre d'exemple, 33 % des ressources en soins de santé de l'Ontario sont consacrées à 1 % de la population. Ce groupe est largement composé de patients vieillissants qui ont des besoins complexes et élevés et qui doivent tous avoir accès à différents secteurs de soins de santé (p. ex. une « équipe » de fournisseurs de soins de santé).

Il existe trois éléments clés contribuant à la réussite de l'élaboration d'innovations en cybersanté destinées aux patients ayant des besoins complexes et plusieurs maladies :

  • communication et collaboration entre les fournisseurs de soins de santé; motivation des patients à prendre part à leurs soins;
  • amélioration de l'analyse des données – obtenir des données structurées des fournisseurs est difficile, et ces derniers passent souvent plus de temps à recueillir des données et moins de temps avec les patients;
  • amélioration des modèles de prévision pour aborder les risques et les avantages propres à chaque patient.

Cible transversale de la prestation de services dans les régions rurales et éloignées

Ed Brown, Réseau Télémédecine Ontario

Les technologies de la cybersanté, y compris la télémédecine, ont le pouvoir de transformer l'avenir des soins de santé grâce à la prestation de soins à distance. Des organismes, notamment le Réseau Télémédecine Ontario, regroupent des membres, incluant 1 110 professionnels de la santé, plusieurs organismes éducatifs et plus de 1 600 sites offrant des services aux patients tels que :

  • des cliniques par vidéoconférence;
  • des consultations en ligne avec des spécialistes en dermatologie, en ophtalmologie, en soins des plaies, en maladies infectieuses et en psychiatrie;
  • des soins actifs, de la télépsychiatrie en cas de crise et des soins virtuels pour les malades en phase critique;
  • des apprentissages sur la santé;
  • des télésoins à domicile.

Selon une étude menée en 2008 à partir des résultats d'auto-évaluations de 813 patients aux prises avec une insuffisance cardiaque congestive ou une bronchopneumopathie chronique obstructive et bénéficiant de télésoins à domicile, ces innovations auraient engendré une diminution des admissions à l'hôpital de l'ordre de 64 à 66 %; des visites à l'urgence, de 72 à 74 %; du nombre de visites effectuées par les médecins de première ligne, de 16 à 33 %; et des visites aux cliniques sans rendez-vous, de 95 à 97 %.

Le graphique ci-dessous illustre la relation qui existe entre les communautés rurales et urbaines, la qualité et l'efficience des soins et l'accès aux services.


Figure 2 : description détaillée

Le Dr Brown a mentionné que les besoins des communautés rurales sont semblables à ceux des communautés urbaines, mais qu'ils sont plus marqués. Les grandes lacunes ciblées incluent le besoin de resserrer la collaboration entre les fournisseurs et les différents professionnels, ainsi que de favoriser la participation et l'autogestion des patients en tant qu'éléments fondamentaux de la prestation de soins de santé. De plus, la mise en place de mécanismes fondés sur des données probantes et d'éléments de qualité sera nécessaire à l'élaboration de modèles de consultation électroniques, d'applications et de systèmes de soins pour les maladies chroniques, de même qu'un changement dans la culture des soins de santé, catalysé par la synthèse et l'analyse d'un grand nombre de données. Ces changements seront impossibles à réaliser sans un leadership solide – et bien de la patience.

III. Détermination des priorités en matière d'innovation et d'évaluation dans les domaines de l'initiative

Cybersanté axée sur le patient : autonomisation des patients pour la prise en charge de leurs maladies chroniques et l'amélioration de leur santé

Sara Ahmed, Université McGill
Ken Mandl, Hôpital de Boston pour enfants, École de médecine de l'Université Havard

Les technologies d'information sur la santé doivent tenir compte des besoins et des préoccupations de chaque patient afin de leur donner une plus grande autonomie et de les aider à acquérir les compétences d'autogestion nécessaires pour effectuer les tâches leur permettant de mieux vivre avec une ou plusieurs maladies chroniques. Pour y arriver, il faut :

  • appliquer des stratégies d'autogestion fondées sur des données probantes afin d'orienter l'élaboration de technologies d'information sur la santé;
    • Le Patient Health Portal [Portail sur la santé des patients], par exemple, est une application Web personnalisée qui comprend des renseignements personnels sur la santé des patients et qui leur offre la possibilité de faire eux-mêmes leur suivi et de recevoir de la rétroaction de la part d'une équipe soignante.
  • créer des applications d'autogestion par modules comprenant des modules de base pour chaque maladie chronique qui peuvent être adaptés aux besoins individuels des patients;
  • favoriser l'accès à des technologies d'information sur la santé et leur utilisation par ceux qui sont le moins susceptibles d'adopter ces systèmes;
  • normaliser la mise au point et l'évaluation des technologies d'information sur la santé, ainsi que la production de rapport à cet effet.

Les usagers se tournent davantage vers les technologies des soins de santé par l'intermédiaire de portails web, habituellement axés davantage sur le médecin, et les médias sociaux, plutôt orientés vers le client, mais habituellement déconnectés du système de soins de santé. Les futures innovations majeures dans le domaine des technologies de l'information sur la santé destinées aux usagers pourraient inclure des boutiques d'applications offrant des renseignements sur la santé conçues pour le patient plutôt que des DME conçus seulement pour le médecin.

Il est actuellement difficile d'échanger les renseignements sur la santé des usagers entre différentes sources. Notre système de soins de santé doit être appuyé par une infrastructure de l'information souple permettant une innovation dans les domaines du mieux-être, des soins de santé et de la santé publique1. Des leçons devraient être tirées du succès des technologies de l'information déployées à grande échelle dans d'autres domaines. Celui-ci démontre que les composantes d'un système doivent être non seulement interopérables, mais aussi remplaçables. À titre d'exemple, un iPhone d'Apple utilise une plate-forme logicielle dont l'interface est publiée, ce qui permet à des développeurs qui ne travaillent pas pour l'entreprise de mettre au point des applications. D'autres éléments à améliorer comprennent la réglementation des applications en lien avec les soins de santé (entre autres, sur des questions de pertinence et de sécurité) et les exigences en matière de licences.

Nouvelle génération d'outils d'aide à la décision pour favoriser les soins individualisés

James Cimino, National Institutes of Health des États-Unis
Anne Holbrook, Université McMaster

Les médecins considèrent que l'amélioration de l'accès aux renseignements de leurs patients est essentielle. Les renseignements dont ils ont besoin touchent les patients environ une fois sur trois. Les DME sont reconnus comme étant difficiles à consulter en raison des différents systèmes de collecte de données utilisés, de même que la manière dont ces données sont consignées (p. ex. en fonction des visites du patient). Une analyse des raccourcis que prennent les cliniciens pour réduire leur charge de travail grâce aux DME pourrait servir à élaborer et à mettre en place de nouveaux systèmes alliant efficacité et efficience.

La personnalisation du savoir, c'est-à-dire l'intégration de données et de connaissances, est une forme d'aide à la décision. Historiquement, celle-ci prenait la forme d'avis et de rappels. Les « boutons d'information » sont un autre exemple d'outil pouvant servir à intégrer des connaissances et des ressources en données aux DME. Ces boutons apparaissent dans les dossiers à côté des médicaments ou des analyses en laboratoire. Lorsqu'on clique sur ces boutons, le gestionnaire s'ouvre et présente un résumé des renseignements offerts sur ce médicament ou cette analyse.

La nouvelle génération d'outils informatiques d'aide à la décision devra allier intelligence, rapidité et solidité. Les pratiques actuelles de soins de santé sont chaotiques et se traduisent par un dédoublement important des processus. Néanmoins, notre capacité à mettre au point des outils électroniques d'aide à la décision est maintenant améliorée grâce aux développements suivants :

  • la présentation du bouton d'information normalisé d'Health Level 7 (HL7)2 visant à éliminer les obstacles entre les DME et les ressources commerciales en matière de connaissances;
  • de nouvelles dispositions législatives américaines sur l'utilisation judicieuse, en vigueur depuis mars 2014, qui poussent les fabricants à améliorer leurs produits de diagnostic pour favoriser la sécurité, l'efficience et la qualité des soins;
  • l'avènement des technologies d'information sur la santé hors des cliniques, en particulier dans les foyers.

Les données sur la génétique faciliteront bientôt la prise de décisions en lien avec le dosage des médicaments. Lorsque toute l'information sur le séquençage du génome sera accessible pour une masse critique de patients, les cliniciens pourront analyser les DME d'autres patients présentant une constitution génétique semblable afin d'orienter leurs décisions.

Il importe cependant de noter que les systèmes informatisés d'aide à la décision actuels (systèmes d'aide aux décisions cliniques; SADC) ne sont pas encore aussi efficaces qu'ils devraient l'être. L'expertise est décentralisée et ne peut être transférée. L'élaboration, le maintien et l'évaluation des SADC sont des tâches complexes et dispendieuses. De plus, les méthodes de recherche de grande qualité sont rares. Une évaluation et une responsabilisation de grande qualité sont continuellement nécessaires afin d'imposer des améliorations.

Dépistage et intervention précoces : nouveaux outils de surveillance de la santé des populations

Scott Evans, InterMountain Health Care
David Buckeridge, Université McGill
John Brownstein, HealthMap, Hôpital de Boston pour enfants

L'accès rapide des décideurs aux données relatives à la santé des populations constitue l'un des défis importants de l'utilisation efficace de ces données. C'est pourquoi la mise en place d'outils technologiques comme des systèmes de surveillance syndromique sont de plus en plus importants.

Voici des exemples d'outils de surveillance de la santé des populations actuellement en place :

  • HealthMap – détecte les éclosions de maladies en se basant sur des sources d'information numériques (p. ex. sites de réseautage social, messagerie texte, blogues, nouvelles en lignes, etc.) pour obtenir des données sur les maladies infectieuses; permet de réduire le délai entre l'apparition de l'éclosion et sa découverte, passant de 167 jours en 1996 à 20 jours en 2010.
  • Outbreaks Near Me – permet aux personnes qui possèdent un téléphone intelligent d'être au fait des éclosions de maladies infectieuses à proximité; fondée sur le principe d'« externalisation ouverte », l'appli permet aux citoyens de rapporter des occurrences de maladies infectieuses.
  • Flu Near You – système de surveillance de l'influenza en ligne fondée sur une externalisation ouverte.


Figure 3 : description détaillée

Voici quelques autres projets de surveillance novateurs dans le domaine de la santé :

  • suivi de l'obésité sur Facebook (en collaboration avec les CDC);
  • Street Rx – suivi des prix de rue actuels des médicaments sur ordonnance;
  • MedWatcher – des particuliers décrivent les effets secondaires ressentis lors de la prise de médicaments sur ordonnance, participant ainsi à la sécurité des médicaments.


Figure 4 : description détaillée

De récentes innovations sont utilisées pour automatiser le transfert de données des hôpitaux vers les ministères de santé publique par l'intermédiaire d'une saisie, d'une transmission, d'une détection de cas et d'une analyse de routine automatiques. Dans les circonstances, la génération de données d'ensembles pertinentes à partir des grandes quantités de données fournies par les études longitudinales dans la population constitue un défi de taille. Une approche intégrative doit être mise au point pour permettre de rassembler des données et ainsi présenter des stratégies utiles pour améliorer la santé. La précision des diagnostics pourrait être améliorée grâce à la transmission réciproque de données entre les cliniciens et les agences de santé publique à partir d'alertes appliquées aux DME.

Ces innovations démontrent toute la valeur de la fusion et de la visualisation des ressources électroniques partagées. Les nouveaux systèmes de collaboration sur Internet jouent un rôle complémentaire important qui permet de recueillir des renseignements rapidement et d'améliorer la couverture et l'accessibilité. Toutefois, la validité, la spécificité et la confidentialité représentent toujours des enjeux. Ces premiers efforts d'exploitation du potentiel des outils numériques sont des étapes importantes vers une amélioration des systèmes de santé et une participation du public aux processus de santé publique.

IV. Discussion et recommandations : priorités en ce qui concerne l'innovation, la mise en œuvre et l'évaluation

Les participants à l'atelier ont été divisés en six groupes de discussion. Chaque groupe s'est vu attribuer un domaine de recherche (cybersanté axée sur le patient; nouvelle génération d'outils d'aide à la décision; nouveaux outils de surveillance de la santé des populations) ainsi qu'une sous-population (santé mentale; prévention et prise en charge des maladies chroniques). On a demandé aux groupes d'énumérer trois priorités en matière d'innovation en fonction de leur domaine et de leur sous-population, ainsi que de tenir compte du contexte de prestation de services dans les régions rurales et éloignées et de l'intégrer au continuum, qu'on s'intéresse aux soins de santé personnels ou à la santé des populations. Les priorités ciblées par chacun des groupes sont énumérées ci-dessous.

Domaine de recherche Sous-population
Santé mentale Patients ayant des besoins complexes
Cybersanté axée sur le patient
  • Utiliser les sources de données existantes pour cibler les lacunes et les besoins dans le domaine de la santé mentale.
  • Intégrer et étudier différentes solutions en cybersanté – DME, dossiers médicaux personnels, applications, télé-médecine, etc. – pour les cliniciens et les patients, et évaluer la façon dont elles améliorent et complètent les soins actuels dans tout le continuum.
  • Évaluation flexible – mettre en œuvre les systèmes et les applications existants et évaluer leur impact.
  • Besoin d'une plate-forme pour des travaux continus dans les technologies et l'industrie.
  • Normalisation des paramètres – résultats, mise en œuvre et processus.

Accent mis sur 5 % des patients – ceux qui ont les besoins les plus complexes :

  • réduire le nombre d'admissions après des incidents aigus;
  • garder les patients à la maison (y compris pour les soins de fin de vie);
  • intégrer l'utilisation des réseaux sociaux;
  • coordonner les soins entre différents fournisseurs;
  • envisager la surveillance à distance;
  • expérimenter, entre autres avec la ludification;
  • appuyer les principes fondamentaux concernant le droit de propriété et la gérance des données – le DME est la propriété du patient, c'est avec lui qu'il se déplace.
Nouvelle génération d'outils d'aide à décision
  • Mettre au point des outils d'évaluation et de surveillance pour appuyer l'éducation intégrée (explications de ce que vous faites, de ce que vous cherchez, ainsi que des conséquences).
  • Favoriser le renforcement des capacités au moyen du mentorat, des consultations en ligne et de la télé-médecine.
  • Sensibiliser les fournisseurs en ce qui a trait aux préjugés (modules qui abordent des composantes des processus de prise de décisions) et à l'élaboration de lignes directrices.
  • Déterminer quels sont la meilleure interface et le meilleur contenu pour les consultations en ligne entre les fournisseurs de soins de première ligne et les spécialistes, et en évaluer l'efficacité.
  • Enquêter sur les besoins des cliniciens en matière de renseignements et d'interface utilisateur (au-delà du matériel et des logiciels) pour optimiser le flux de travail.
  • Élaborer des outils pour effectuer des bilans comparatifs des médicaments et des laboratoires, et les évaluer en fonction de l'évolution de l'état de santé et de l'efficacité.
Nouveaux outils de surveillance de la santé des populations
  • Mettre au point des outils en cybersanté visant à réduire les préjugés entourant les maladies mentales.
  • Mettre au point des mesures indirectes et des outils de surveillance, en particulier pour les enfants et les jeunes afin de conduire à des interventions précoces.
  • Favoriser les interventions et la mise au point d'outils de suivi et de surveillance de la santé des populations.
  • Intégrer l'accès aux données sur la santé des populations grâce à des modèles novateurs de collaboration public-privé et à une synergie avec les unités de soutien de la SRAP.
  • Procéder à une validation croisée, fusionner ou lier les flux de données traditionnels et non traditionnels.
  • Appliquer des méthodes d'analyse aux outils d'aide à la décision dans des contextes « pratiques ».
  • Évaluer l'impact des outils et démontrer leur valeur.
  • Bâtir les capacités des systèmes et des personnes à utiliser les outils.

V. Établissement de partenariats solides entre l'industrie, les cliniciens, les patients et les chercheurs pour l'innovation, la mise en œuvre et l'évaluation

Ce que l'informatique peut nous offrir

Lucila Ohno-Machado, Université de la Californie à San Diego

Si les données d'un patient, à commencer par celles entourant sa première visite dans le système de soins de santé, sont intégrées à des « données massives », celui-ci peut s'en trouver avantagé grâce à la médecine personnalisée, qui prendra la forme d'outils d'aide à la décision, de lignes directrices, de formation médicale, etc. Une analyse prévisionnelle est appliquée là où l'informatique appliquée au domaine pharmaceutique (exemple les génotypes influençant le métabolisme des médicaments), l'informatique appliquée au domaine biomédical et la bio-informatique se rejoignent pour permettre la personnalisation de la médecine.

Les domaines les plus importants de la médecine personnalisée sont : 1) la prévention et l'évaluation des risques en fonction des prévisions propres à un patient; et 2) le diagnostic et la thérapie à partir d'outils conçus pour appuyer la prise de décisions cliniques en lien avec la thérapie, le suivi et la rétroaction.

Un exemple de médecine personnalisée déjà en place est l'analyse du génotype d'un patient pour pouvoir adapter le dosage d'un médicament à son profil de métabolisation. Prenons l'exemple de l'enzyme CYP2C19 : les patients métaboliseurs lents ne peuvent activer adéquatement le clopidrogrel. Son efficacité est donc réduite, ce qui contribue à l'augmentation de la fréquence d'événements cardiovasculaires à la suite d'un syndrome coronarien aigu (SCA) ou d'une intervention coronarienne percutanée (ICP). De façon similaire, il est nécessaire d'ajuster la dose de warfarine chez les patients présentant des variantes génétiques de CYP2C9 et de VKORC1. L'accès à ce type de renseignements est utile lors de la prise de décisions cliniques.

La mondialisation de l'informatique (p. ex. le partage des données et des échantillons) permet d'accélérer le rythme des découvertes et leur application dans un contexte de pratique clinique. Les outils informatiques sont utiles dans le cadre de plusieurs processus importants :

  • systèmes de gestion des échantillons biologiques;
  • systèmes de gestion des essais cliniques;
  • bases de données d'études d'observation;
  • systèmes d'aide aux décisions cliniques;
  • modèles de prévision;
  • systèmes de simulation.

La Dre Ohno-Machado a présenté deux modèles mis au point par son groupe de recherche :

  • iDASH – un modèle d'accès partagé à des données dans lequel c'est le patient, et non l'établissement de soins de santé, qui contrôle l'accès aux données (voir modèle ci-dessous).
  • iCONCUR (informed CONsent for Clinical data Use for Research [consentement éclairé pour l'utilisation de données cliniques pour la recherche]) – un modèle qui permet aux patients de consentir à l'utilisation de leurs données dans le cadre de recherches.

La figure ci-dessous illustre le modèle iDash :


Figure 5 : description détaillée

Anonymizing data can be helpful as it removes the need for individual patient consent for the use of the data. However, if the data is completely anonymized then it also becomes less useful. It is important to earn the patients' trust and ensure they understand how their data will be used. Providing this information is often an incentive for patients to share their data for research purposes.

Conditions gagnantes pour des innovations et des partenariats réussis

Anne Snowdon, Centre international Ivey pour l'innovation en santé, Université Western

Au Canada, 50 % des recettes fiscales servent à financer les soins de santé. Il s'agit de l'un des plus hauts coûts par personne recensés parmi les pays de l'OCDE. En ce qui concerne l'utilisation d'innovations, le Canada arrive au 13e rang sur un total de 17, alors qu'il s'inscrit dans les quatre premiers rangs au palmarès de la création de nouvelles connaissances. Selon l'École de commerce Ivey, l'innovation consiste en « de nouvelles et de meilleures façons de faire des choses importantes ».

Dans les pays de l'OCDE, une transition tend à s'effectuer vers des modèles communautaires de soins et de prise en charge des maladies chroniques, une responsabilisation en tout temps des communautés en ce qui a trait aux soins de santé, des modèles financiers qui incitent les fournisseurs à atteindre des résultats de qualité et la participation des patients à la prise en charge de leur propre santé et de leur mieux-être, ce qui crée par le fait même de la concurrence entre les organismes de soins de santé.

Au Canada, une stratégie concertée devra être élaborée par les différents intervenants afin de favoriser une collaboration efficace et un échange des connaissances. Multiplier les partenariats est devenu un aspect très important du programme pour favoriser la progression des innovations en santé. Les conseils subventionnaires doivent travailler ensemble pour rendre possibles ces collaborations interdisciplinaires et en harmoniser les intérêts de façon à ce que tous les intervenants y trouvent leur compte.

Les groupes d'intervenants suivants sont essentiels au progrès des innovations en cybersanté :


Figure 6 : description détaillée

  • L'industrie vient mettre l'accent sur le « rendement du capital investi », en se concentrant sur la manière dont le système va fonctionner et sur ce dont il aura besoin pour réussir.
  • Les équipes de recherche universitaire mettent de l'avant diverses perspectives, accumulent des données probantes sur leur valeur, leur impact et leur expansion éventuelle, et veillent au maintien de la neutralité scientifique.
  • Les responsables des politiques créent un environnement propice à la mise en œuvre des innovations et des politiques fondées sur des données probantes.
  • Les dirigeants des systèmes de santé instaurent une culture d'innovation.
  • Les cliniciens repensent les modèles de soins de santé.
  • Les patients utilisent les outils issus de ces innovations pour communiquer avec leurs fournisseurs de soins de santé et pour prendre en charge leur santé.

La réussite d'une innovation dépend de son impact à l'échelle du système, à l'étape où la planification de son expansion est bien définie. Le leadership et la participation des fournisseurs de soins de santé sont essentiels à une refonte efficace et durable du système de soins de santé au moyen de technologies en cybersanté et d'une expansion réussie. Finalement, des réseaux de collaboration, y compris des « laboratoires vivants », sont nécessaires pour élaborer ou mettre à l'essai des technologies, nouvelles ou existantes, dans le secteur de la santé.


Figure 7 : description détaillée

Conditions essentielles pour mettre en œuvre des innovations et des partenariats efficaces entre l'industrie, les chercheurs et les utilisateurs

Elaine Heusing, ACTI
Susanne Flett, Health Tech Consultants
David Chan, Université McMaster
William Ghali, Université de Calgary
Bill Pascal, Richard Warren et associés
Susan Anderson, ministère de la Santé de l'Alberta
Shelagh Maloney, Inforoute Santé du Canada

Les enjeux

De nombreuses innovations déjà existantes feraient grandement progresser les systèmes de santé si elles étaient déployées à grande échelle, en plus des innovations en cours de conception et d'élaboration. Ce sont les politiques d'approvisionnement gouvernementales qui nuisent à l'adoption de nouvelles innovations et technologies. Il devient essentiel de clarifier les lois entourant la propriété intellectuelle et les licences. Du point de vue des politiques et des programmes publics, une collaboration rapprochée entre le secteur de la santé et celui de l'industrie et des technologies est nécessaire afin de mieux rapprocher les objectifs profitables pour les deux parties.

Solutions recommandées

Une des solutions aux enjeux susmentionnés consiste à envisager d'appuyer l'innovation par plusieurs petits investissements ciblés visant à favoriser des innovations à l'échelle régionale, conçues pour répondre à des problèmes précis. Pour y arriver, des relations de travail positives et constructives doivent être bâties avec des entrepreneurs. Il importe aussi qu'il y ait une volonté de voir les échecs comme des occasions d'acquérir des connaissances sur ce qui fonctionne, et sur ce qui ne fonctionne pas. Les gouvernements doivent cibler les problèmes prioritaires.

De fermes recommandations ont déjà été formulées à propos des réseaux de collaboration regroupant des chercheurs, des intervenants des systèmes de santé, des utilisateurs finaux et l'industrie dans des contextes alliant risque faible et rendement du capital investi élevé. L'industrie a particulièrement besoin d'obtenir des résultats de recherche rapidement, ainsi que d'avoir accès à des laboratoires vivants pour démontrer les avantages cliniques.

Dans le cas de certaines innovations en cybersanté, les partenaires universitaires se sont concentrés sur l'évaluation, les PME, sur l'innovation, et tous deux ont travaillé de concert avec l'administrateur du système de santé. Les éléments essentiels d'un laboratoire vivant incluent : l'identification de points faibles nécessitant des changements; un cadre interdisciplinaire englobant des partenaires de différents secteurs; et des mécanismes de financement conçus pour catalyser les activités.

Les IRSC devraient participer à l'établissement des paramètres et des indicateurs de rendement clés utilisés pour mesurer l'impact des nouvelles technologies, de même que fournir un accès à des sources d'évaluation crédibles en collaboration avec d'autres organismes subventionnaires partenaires. Il faudrait faire attention de ne pas créer de demande de propositions trop normatives, puisque cela pourrait restreindre l'innovation.

Pour terminer, il est essentiel de comprendre le point de vue des utilisateurs finaux et de les intégrer au processus d'élaboration d'innovations en cybersanté afin que ces dernières soient conviviales et pertinentes.

De nombreux mécanismes de financement pouvant catalyser les activités en cybersanté au Canada sont déjà en place :

  • Programme de subventions « Partenariats pour l'amélioration du système de santé » (PASS) des IRSC
  • Programme « Subvention catalyseur : Innovations en cybersanté » des IRSC
  • Programme d'aide à l'innovation d'Alberta Innovates – Health Solutions [L'Alberta innove – solutions santé] (AIHS);
  • Programme d'aide à la recherche industrielle (PARI) du Conseil national de recherches du Canada.

Toutefois, le domaine aura besoin de la participation soutenue d'une plus grande variété de partenaires financiers en provenance de différents secteurs. Il pourrait s'inspirer d'initiatives telles que le Réseau sur l'innocuité et l'efficacité des médicaments (RIEM), la Stratégie de recherche axée sur le patient (SRAP) ou les Réseaux de centres d'excellence (RCE). Les partenaires pourraient tous contribuer au financement d'une plate-forme en cybersanté.

Le succès de l'initiative Innovations en cybersanté dépendra de l'établissement de partenariats de financement avec les groupes ci-dessous :

  • Inforoute Santé du Canada (ISC)
  • Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)
  • Compagnies pharmaceutiques
  • Groupes industriels
  • Commanditaires provinciaux de la recherche en santé
  • Organismes internationaux de financement de la santé et de l'innovation

VI. Discussion et recommandations : conditions de réussite

Les petits groupes de discussion ont ciblé les conditions essentielles à la réussite des innovations et des partenariats entre l'industrie, les chercheurs et les utilisateurs finaux.

Besoins et points faibles ciblés

  • Comprendre les besoins des patients et de leur famille, sans mettre de côté les critiques des fournisseurs et des systèmes de soins de santé.

Partenaires

  • Occasions de rassembler divers acteurs (p. ex. un réseau en cybersanté d'une structure semblable à celle du RIEM pour évaluer les technologies de la santé des innovations en cybersanté) et de garantir des collaborations profitables de part et d'autre entre les partenaires et les organismes de financement.
  • Discussions entre les différents organismes de financement pour établir une vision commune et déterminer les stratégies essentielles à l'atteinte des objectifs par l'intermédiaire d'un processus de collaboration.
  • Participation des utilisateurs finaux au processus d'évaluation des subventions et aux projets.
  • Confiance partagée entre l'industrie et l'équipe de cliniciens et de chercheurs, pouvant être atteinte grâce à des collaborations réussies dans le cadre de projets de plus petite échelle, comme les subventions Catalyseurs.

Mécanismes de financement

  • Mécanismes de financement allant au-delà des critères d'évaluation et des mécanismes d'examen habituels.
  • Petites subventions pour évaluer les innovations.
  • Accroissement des capacités des chercheurs.
  • Processus d'approvisionnement axés sur la valeur plutôt que sur des demandes de propositions excessivement rigoureuses.

Laboratoires vivants

  • Fournisseurs de soins de santé prêts à mettre les innovations à l'essai.
  • Environnements d'essai sans propriétaire, où les acteurs du secteur privé, les chercheurs et les décideurs peuvent se rassembler (comme des laboratoires virtuels, des hôpitaux et des collectivités) afin de simuler ou d'appliquer des résultats de recherche pour améliorer les modèles.

Évaluation

  • Élaboration d'une stratégie d'évaluation permettant de quantifier la valeur d'une innovation.
  • Évaluation de l'impact par les chercheurs et les utilisateurs finaux pour démontrer la valeur des innovations.

Application des connaissances et expansion

  • Échange de connaissances sur ce qui se passe dans le domaine de la cybersanté, y compris les leçons apprises, et dissémination de celles-ci au moyen d'une plate-forme commune accessible par tous les intervenants.
  • Dirigeants des organismes procédant à l'expansion des innovations efficaces et efficientes.
  • Ensemble de données ou système soutenant les innovations (p. ex. concept dans la même veine que le financement d'infrastructure par la FCI, laboratoire avec des données ou une base de données provinciale, etc.).

Les groupes ont ensuite réfléchi aux exigences et aux défis ci-dessous se présentant aux innovateurs et aux chercheurs qui souhaitent travailler en partenariat.

Exigences

  • Éclaircissement des droits de propriété intellectuelle, qui déterminent si les innovations passeront du laboratoire aux utilisateurs.
  • Mesures pour inciter les utilisateurs finaux à participer aux projets (p. ex. mesures financières).
  • Possibilité d'expansion menant à un impact national sur plusieurs environnements différents (urbain/éloigné).
  • Compréhension des modèles d'affaires d'éventuels partenaires : que recherchent les petites et les moyennes entreprises, quels sont leurs échéanciers, et dans quoi s'inscrirait la recherche?
  • Connaissances des intervenants (temps, confiance, familiarité) et attentes réalistes des partenaires quant à la sécurité, au risque et aux profits générés.
  • Nouvelles approches à l'égard des données non traditionnelles, et rassemblement des acteurs devant être présents pour gérer ces approches (recherches Google).
  • Augmentation des capacités académiques du conseil grâce au soutien des IRSC et de ses équipes multidisciplinaires et d'horizons variés.

Défis

  • Risques assumés par les organismes de financement qui subventionnent des projets créatifs.
  • Délai de développement souvent trop long pour l'industrie (p. ex. entre la soumission d'une demande, le financement, la réception des fonds et l'achèvement du projet).

Exigences relatives à la collaboration

  • Compréhension du but et du mandat de l'équipe et des rôles précis de chacun de ses membres.
  • Capacité avérée d'élaborer des innovations en santé qui obtiennent un succès garanti.
  • Multidisciplinarité démontrée dans les modèles d'affaires et les éléments cliniques et techniques de la cybersanté.
  • Participation des chercheurs, des responsables des politiques, de l'industrie, des utilisateurs finaux (champions cliniciens et patients) et des citoyens, unis par un intérêt commun et un plan d'application. Partenariats avec des intervenants régionaux pour garantir que des détails régionaux soient pris en considération.
  • Potentiel d'impact, de valeur ajoutée et d'expansion.
  • Innovation mise à l'essai dans un contexte réel auprès d'utilisateurs finaux.
  • Points à améliorer et plan d'évaluation clairement définis et approuvés.

VII. Détermination des mécanismes pour faciliter la mise en œuvre d'applications et de Partenariats mondiaux

Points de vue de l'industrie et du soutien à l'industrie

Mark Burbidge, CNRC-EUREKA
Bill Dobson, CNRC-PARI
Mike Guerriere, TELUS Solutions en santé
Marc Overhage, Siemens Solutions médicales

Habituellement, ce qui intéresse les chercheurs et qui est publié n'est pas ce qui intéresse les entreprises. En pratique, il existe un vaste écart entre la recherche et le développement de produits. Pour obtenir l'approbation d'une entreprise, on doit fournir des prévisions très précises concernant la date d'achèvement, le coût et la qualité d'un produit. Les États-Unis possèdent 80 % du marché des technologies en santé. Les soins de santé sont une multinationale, et non une affaire mondiale.

En tant que collectivité, nous devons apprendre à expliquer le concept de cybersanté. Celui-ci n'est pas bien compris en raison de sa nature unique et complexe, et du bagage qui lui est associé en raison des retombées politiques découlant de la mise en œuvre des DME. Au sein même de la communauté de la cybersanté, les opinions divergent à propos de ce qui devrait être considéré comme une utilisation correcte et appropriée des technologies de télécommunications dans les domaines de la santé et de la santé publique.

Il devient de plus en plus important de mettre en œuvre un programme national sur la culture numérique. De plus, les travailleurs du domaine de la santé doivent posséder les compétences appropriées pour œuvrer dans une économie reposant sur la technologie afin d'éviter qu'un écart des connaissances ne se creuse.

Leçons des subventionnaires

Pamela Moss, CRSNG
Ian Boeckh, Fondation Graham Boeckh
Michael Clarke, CRDI
Marcel D'Agostino, OPS
Ken Simiyu, Grands Défis Canada

Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) s'est donné pour vision d'aider le Canada à devenir un pays de découvertes et d'innovations profitables pour tous les Canadiens. Environ 16 % de son financement pour l'année 2011-2012 ont été consacrés aux technologies de la santé et des sciences de la vie connexes.

Le Programme de recherche concertée sur la santé (PRCS), parrainé conjointement par le CRSNG et les IRSC, appuie la recherche interdisciplinaire, menée entre des équipes de spécialistes des sciences naturelles ou d'ingénieurs et des chercheurs en santé, qui se traduit par des connaissances et des technologies utiles pour améliorer la santé des Canadiens. Une des exigences de base du PRCS est la participation significative d'un utilisateur des connaissances ou de la technologie à titre de partenaire, afin que celui-ci valide l'orientation de la recherche. Grâce au PRCS, le CRSNG et les IRSC financent les coûts directs de projets triennaux (y compris les coûts associés aux étudiants, aux postdoctorants, aux produits consommables et à l'équipement).

La Fondation Graham Boeckh est d'avis que la cybersanté possède un grand potentiel de transformation, mais que les progrès réalisés jusqu'à maintenant sont décevants. Bien que l'intérêt, les activités, les initiatives et le financement soient au rendez-vous, les efforts de communication, de coordination et de collaboration sont trop peu nombreux pour générer une conjoncture favorable. Afin d'entraîner des transformations, un projet en cybersanté doit être flexible et durable. La recherche en cybersanté au Canada a besoin d'une initiative spéciale, semblable à la SRAP, ce qui permettrait de coordonner les sources de financement existantes au fédéral et au provincial et d'obtenir des subventions du secteur privé pour appuyer les technologies essentielles et transformationnelles. Le financement doit être flexible pour permettre le partage, la coordination et la collaboration entre les partenaires financiers, tout en faisant participer les patients, les familles, les organismes sans but lucratif et le public. Il importe d'abattre les cloisons qui existent au sein de la recherche en cybersanté et de rassembler les données, les méthodes et les chercheurs pour gagner en efficacité.

Dans la foulée du succès du Mental Health Engagement Network [Réseau de mobilisation en santé mentale] (MHEN), un réseau semblable ainsi qu'une application destinée aux adultes atteints de maladies mentales a été présentée par l'Institut de recherche en santé Lawson, en partenariat avec Inforoute Santé du Canada et TELUS Santé. Cette application a été conçue pour que les jeunes, avec l'aide de leur famille, puissent prendre en charge leur maladie mentale de façon proactive. Avec cette application, les utilisateurs peuvent accéder à leurs renseignements personnels sur la santé et communiquer avec leur réseau de fournisseurs de soins grâce à la messagerie instantanée. L'appli, qu'environ 150 jeunes patients mettront à l'essai, propose aussi des sondages fréquents pour évaluer leurs humeurs, et il sera possible d'effectuer un suivi d'une panoplie d'activités (allant de la prise de médicaments jusqu'aux visites chez le médecin). On estime à 1,2 million le nombre d'enfants et de jeunes canadiens aux prises avec une maladie mentale. Or, moins de 20 % d'entre eux reçoivent un traitement adéquat. Plus des deux tiers des adultes atteints de maladies mentales ont indiqué avoir ressenti leurs premiers symptômes durant leur jeunesse, d'où l'importance de jeter les bases d'un développement émotionnel et social sain le plus tôt possible.

Financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada et récompensé par le Conseil de recherches médicales sud-africain en 2007, Jembi Health Systems [Systèmes de santé Jembi] est une entreprise sans but lucratif d'Afrique du Sud vouée à l'élaboration de systèmes d'information sur la santé et sur la cybersanté dans les pays en voie de développement. Le Dr Clarke a présenté les travaux novateurs effectués par Jembi, qui utilise un système de DME libre et modulaire, dont les normes sont ouvertes pour permettre une interopérabilité en français, en anglais, en espagnol ainsi qu'en d'autres langues. Jembi est un OSBL privé mis sur pied par des chercheurs qui utilisent un modèle de revenu durable. Il s'agit d'un parfait exemple d'esprit d'équipe ayant porté ses fruits dans un environnement complexe.

Le Dr Clarke a partagé le modèle de Michael Quinn Patton concernant le travail complexe :

  • Réseautage – échanger des renseignements et des idées.
  • Coopération – aider certains membres à atteindre leur objectif personnel.
  • Coordination – travailler individuellement pour atteindre des buts communs.
  • Collaboration – travailler ensemble pour atteindre un but commun, mais en maintenant des ressources et des responsabilités distinctes.
  • Partenariat – partage des objectifs, des décisions et des ressources au sein d'une même entité.

Grands Défis Canada (GDC) appuie les idées audacieuses ayant un grand impact en santé mondiale en offrant du financement à des innovateurs au Canada et dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Les projets audacieux qui sont financés visent la mise au point d'innovations scientifiques ou technologiques, sociales ou commerciales. L'objectif de ces projets est de déployer les innovations fructueuses à grande échelle et d'en catalyser la durabilité et l'impact.

Le but de GDC est de stimuler les innovations ayant un grand impact en ciblant et en abattant les barrières entre « l'endroit où nous sommes » et « l'endroit où nous voulons être ». Les titulaires de subvention de GDC sont invités à adopter une approche d'« innovation intégrée » dans leur formulaire, que l'on définit comme une innovation scientifique, technologique, sociale et commerciale coordonnée visant à relever de grands défis de santé mondiale.

GDC finance des validations de principe, grâce à des subventions de 100 000 $ offertes dans le cadre de leur programme ouvert. La durée d'une subvention varie entre 12 et 18 mois, durant lesquels le titulaire doit démontrer le concept de son projet. Ceux qui réussissent peuvent présenter une demande pour le deuxième volet de la subvention et se voir offrir 50 % du financement (sous forme d'un prêt si le projet génère des revenus). On s'attend à ce qu'un partenaire du secteur privé soit mobilisé. Les titulaires ayant reçu une subvention dans le cadre du deuxième volet peuvent présenter une demande pour recevoir du financement de démarrage du fonds global de la santé. Tout au long du processus, GDC formule des commentaires aux titulaires pour maximiser les chances de succès de leur projet.

Des 400 validations de principe subventionnées, 10 sont déployées à grande échelle. GDC est d'avis que les chercheurs ne sont pas toujours les mieux placés pour entreprendre ce type d'activités. La collaboration avec l'industrie est donc essentielle au succès du déploiement. Entre 70 et 80 % des demandes de validation de principe incluent une composante de cybersanté (sur un total de 2 200 demandes).

Les leçons apprises par GDC dans le domaine du financement des innovations en santé sont les suivantes : 1) s'il est facile de stimuler de solides projets de validation de principe, il est essentiel de garantir que les activités de déploiement à grande échelle seront soutenues par des partenaires qui pourront y trouver leur compte; et 2) pour promouvoir des projets durables, il faut absolument s'assurer que des partenaires du secteur privé sont en mesure de bien comprendre la valeur de l'innovation.

Il existe des plateformes multilatérales associées à des stratégies en cybersanté grâce à l'Organisation mondiale de la santé et, plus particulièrement, à l'Organisation panaméricaine de la Santé. Un portail ainsi qu'un laboratoire en cybersanté ont été mis sur pied à l'endroit de la région où les données sur la santé convergent. L'OPS publiera sous peu un document intitulé eHealth Conversations [Conversations sur la cybersanté], résultat de conversations tenues entre 400 professionnels travaillant à divers projets comme les DME, l'infrastructure en cybersanté et les outils de l'OMS.

VIII. Discussion et recommandations : élaborer la nouvelle génération d'innovations en cybersanté, notamment des mécanismes de financement

Les principaux secteurs d'intérêt de la recherche dans les grands domaines de la santé mentale et de la prévention des maladies chroniques comprennent :

  • la recherche sur la mise en œuvre : nécessite d'étudier comment éliminer les obstacles en lien avec l'innovation, l'expansion, l'approvisionnement et l'évaluation, et de bâtir la capacité du système et des personnes à utiliser efficacement les outils en cybersanté.
  • l'efficacité comparative : comprend l'intégration des outils en cybersanté pour relier, améliorer ou compléter les modèles de soins existants, ce qui nécessitera l'application de méthodes analytiques pour évaluer les outils d'aide à la décision en contexte pratique. La mobilisation des fournisseurs (y compris des infirmières) est au cœur d'une refonte efficace du système.
  • l'évaluation de l'impact : est nécessaire pour prouver la validité des nouvelles innovations aux entreprises et aux éventuels partenaires financiers (tant à l'échelle du patient que du système) afin que la recherche passe de la validation de principe à la validation de la pertinence. La mise au point de paramètres, de mesures et de modèles pour évaluer la valeur d'une innovation pour la population et le système de santé sera cruciale.
  • la validation croisée : consiste à élaborer un cadre de validation croisée destiné aux opinions longitudinales des patients provenant de différentes ressources en fusionnant ou en liant des flux de données traditionnels ou non traditionnels. Des techniques et des logiciels d'analyse uniques seront nécessaires pour appuyer les décisions cliniques et la santé publique.

Une synthèse des connaissances existantes en cybersanté, y compris des conditions de réussite antérieures, des leçons apprises ainsi que de l'évaluation de l'impact des mécanismes de financement menés en coalition sur la gestion et l'efficacité, viendra appuyer une approche holistique pour aborder les besoins de ces deux types de populations ayant recours aux innovations en cybersanté.

IX. Prochaines étapes et mot de la fin : le rôle des irsc dans la mobilisation des meilleurs acteurs et la progression de l'innovation

Voici certains domaines où les IRSC peuvent exercer leur influence :

  • Identification et promotion de nouvelles idées :
    • Promouvoir l'échange de renseignements à propos d'enjeux dans différentes disciplines du domaine des soins de santé.
    • Fournir des environnements sécuritaires d'un point de vue entrepreneurial (adresses IP protégées).
    • Favoriser des environnements propices à la collaboration entre chercheurs.
  • Adoption :
    • Adopter des politiques d'approvisionnement axées sur la valeur et les résultats.
    • Multiplier les possibilités pour le patient de participer aux outils informatiques qui le concernent.
  • Évaluation :
    • Favoriser l'élaboration et la normalisation des paramètres visant à mesurer l'impact des nouvelles technologies.
    • Permettre l'accès à des ressources d'évaluation crédibles (ressources universitaires) pour appuyer l'évaluation de l'impact d'une idée ou d'un service (au Canada ou ailleurs dans le monde).
  • Partenariats financiers avec l'industrie :
    • Promouvoir la recherche appliquée pour améliorer l'accès des entrepreneurs à des capitaux.
    • Collaborer avec d'autres organismes subventionnaires pour rendre possibles les collaborations interdisciplinaires.
  • Financement de la recherche :
    • Créer un réseau pour les innovations en cybersanté afin d'attirer d'importants bailleurs de fonds, dans la même veine que le RIEM ou le PCORI, qui sont financés pour effectuer de la recherche sur l'efficacité comparative. Mettre sur pied un réseau de réseaux plaçant la participation du patient au cœur des apprentissages du système de santé.
    • Produire un schéma de l'innovation des recherches effectuées par la communauté de la cybersanté au Canada.
    • Sensibiliser les gens aux possibilités en cybersanté et aux futurs impacts possibles.
  • Mobilisation des responsables des politiques :
    • Traiter la cybersanté comme une question de politique publique; mettre l'accent sur les principaux enjeux du système de soins de santé.
  • Soutien des futures capacités de recherche :
    • Offrir plus de possibilités de formation aux étudiants dans le domaine de l'informatique de la santé, etc.
    • Relever de nouvelles sources de données de recherche.

L'ISPS tentera de collaborer avec d'autres organismes des IRSC, des partenaires de l'industrie, des décideurs ainsi que des chercheurs et des médecins canadiens de renom afin de faire progresser l'initiative Innovations en cybersanté.

Notes en bas de page

Note en bas de page 1

Mandl, K. D., et coll. The New England Journal of Medicine, vol. 360, no 13, 2009, p. 1278-1281.

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Note en bas de page 2

Health Level 7 (HL7) est un organisme sans but lucratif voué à l'élaboration de normes internationales entourant l'interopérabilité de l'informatique dans le domaine des soins de santé.

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