Vecteur d'innovation en santé – Rapport annuel des Instituts de recherche en santé du Canada 2013-2014

Création de connaissances

Une plateforme pour l'innovation

L'innovation en santé est un processus long et complexe, et la recherche en est le cœur. Tout commence par des investissements dans la recherche fondamentale visant à créer les connaissances qui stimuleront l'innovation en santé.

Au cours du dernier exercice, les IRSC ont travaillé à augmenter la capacité du milieu canadien de la recherche à produire ces connaissances. En 2013-2014, ils ont investi dans plus de 3 600 subventions de fonctionnement qui ont permis de soutenir des équipes novatrices de 6 844 chercheurs. Cet investissement dans la recherche libre représente plus de 50 % du budget des subventions et bourses des IRSC.

Pour assurer la pérennité de la création de connaissances, nous avons besoin de personnes de renommée internationale – des gens passionnés, curieux, persévérants et intelligents, qui peuvent concrètement faire évoluer les choses. En 2013-2014, les IRSC ont continué à offrir au milieu de la recherche soutien professionnel et formation. Ils ont notamment octroyé des bourses à 639 professeurs dans le cadre des chaires de recherche du Canada et ont contribué à la formation de 773 postdoctorants et 917 doctorants par des programmes de bourses d'études.

Au cours de l'exercice 2013-2014, les IRSC ont également continué à jouer un rôle actif dans des collaborations internationales en recherche d'envergure, un moteur important de la création de connaissances. En gardant le Canada très présent dans les initiatives de recherche internationales, et en élevant nos meilleurs chercheurs au rang de chefs de file, les IRSC veillent à ce que les chercheurs canadiens influencent les orientations scientifiques à l'échelle mondiale et accèdent à des idées avant-gardistes, à des données innovatrices et à des infrastructures de recherche à la fine pointe de la technologie. En outre, les IRSC facilitent la coopération étroite entre les sommités mondiales dans le domaine de la recherche en santé et attirent au Canada les plus brillants esprits afin qu'ils y étudient et y travaillent.

Par exemple, des représentants des IRSC ont assuré la présidence du Consortium international de recherche sur les maladies rares et du Consortium international de l'épigénome humain. Les IRSC sont également responsables de l'Initiative de programmation conjointe sur la résistance aux antimicrobiens (JPIAMR), collaboration entre le Canada, 17 pays de l'Union européenne (UE) et Israël. De plus, grâce à la quantité phénoménale de recherches canadiennes sur la démence, le Canada est le premier pays non européen à avoir été invité à participer à l'Initiative de programmation conjointe sur les maladies neurodégénératives (JPND) de l'UE, la plus importante initiative de recherche mondiale axée sur les maladies neurodégénératives.

Enfin, les IRSC demeurent déterminés à tirer parti de la création de connaissances pour stimuler l'innovation en santé. En décembre 2013, des experts canadiens en recherche sur la démence ont rencontré leurs homologues des pays du G8 pour discuter de l'état actuel des connaissances dans le domaine et pour définir les futures initiatives internationales de recherche concertée. Le Canada, avec la France comme partenaire, tiendra l'un des quatre ateliers de suivi. Les IRSC se sont vu confier le mandat d'organiser cet événement important.

Activer la régénération musculaire

Vers l'âge de 40 ans s'amorce un processus de vieillissement, la sarcopénie, qui se manifeste par une perte graduelle de la masse musculaire. Cette perte peut entraîner des chutes, lesquelles peuvent causer des blessures menant à une incapacité chronique, voire à un décès prématuré. De même, dans les maladies caractérisées par une atrophie des muscles, comme la dystrophie musculaire, la fonte musculaire entraîne une incapacité grave et permanente ainsi que le décès au début de l'âge adulte. Le Dr Jeffrey Dilworth et ses collègues de l'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa étudient la régulation de la croissance musculaire. Ils ont découvert une protéine essentielle au maintien de la régénération. Cette protéine, nommée MEF2D, agit comme un « interrupteur » qui régule la conversion des cellules souches musculaires en fibres musculaires fonctionnelles (voir ci-dessus). L'équipe du Dr Dilworth a constaté qu'un seul gène code pour deux formes de MEF2D qui se font compétition : une version déclenche la transformation des cellules souches musculaires en fibres musculaires, tandis que l'autre l'inhibe. La version synthétisée par les cellules est déterminée par des facteurs épigénétiques, c'est-à-dire par des changements à long terme de l'activité des gènes plutôt que par une altération de la séquence d'ADN. La MEF2D pourrait constituer une cible intéressante pour un médicament destiné à lutter contre la perte de masse musculaire.

Concevoir un test rapide et sensible de dépistage de la tuberculose

La méthode classique de dépistage de la tuberculose (voir ci-dessus) est laborieuse. Elle suppose le prélèvement d'échantillons d'expectoration, l'analyse dans un laboratoire spécialisé et l'attente des résultats pendant plusieurs semaines. Le Dr Dan Bizzotto est membre d'une équipe multidisciplinaire de l'Université de la Colombie-Britannique qui travaille à la conception d'un dispositif semblable à un glucomètre capable de détecter des traces d'ADN du bacille de la tuberculose en quelques minutes seulement. Aidée d'étudiants diplômés, l'équipe est composée de spécialistes en électrochimie, en chimie synthétique, en génie électrique et en microbiologie médicale. En outre, un partenaire industriel lui offre des outils technologiques pour accélérer la détection des traces d'ADN de la tuberculose dans les prélèvements. Éventuellement, le dispositif pourrait être relié à un téléphone intelligent, ce qui permettrait la transmission instantanée des résultats à l'hôpital ou au cabinet du médecin. L'équipe espère que son invention permettra un jour de détecter différentes souches de la tuberculose, y compris celles qui résistent aux antibiotiques. Le système de santé publique pourrait alors intervenir rapidement pour prévenir la propagation de la maladie.

Personnaliser la prévision du risque de cancer du sein

À l'Université Laval, le Dr Jacques Simard contribue à améliorer, d'une part, notre capacité à estimer le risque qu'une femme développe un cancer du sein et, d'autre part, la manière de communiquer ce risque aux patientes. Le Dr Simard dirige l'équipe des IRSC sur les risques familiaux de cancer du sein. Formée de plus d'une vingtaine de chercheurs canadiens et étrangers, l'équipe, qui collabore avec le Consortium de l'association du cancer du sein (BCAC) dans le cadre de l'Étude oncologique concertée sur les interactions gène-environnement (COGS), travaille à établir un système de stratification du risque personnalisé dans le but d'identifier les femmes qui profiteront le plus d'un dépistage précoce et d'un traitement ciblé du cancer du sein. En 2013, la COGS a publié les résultats d'une étude dans le cadre de laquelle ont été mis en évidence 49 nouveaux marqueurs génétiques, ou « fautes d'orthographe », liés au cancer du sein. Ces marqueurs peuvent servir à mieux estimer le risque génétique de développer la maladie. Par ailleurs, l'équipe des IRSC a constaté que le format le plus souvent utilisé par les chercheurs pour communiquer le risque (c.-à-d. la manière dont les résultats sont présentés aux patientes) est celui qui convient le moins aux patientes atteintes d'un cancer du sein, et est aussi le plus difficile à comprendre. Les constatations de l'équipe ont entraîné des changements dans la manière de communiquer le risque dans le modèle de prédiction du risque de cancer du sein le plus employé au monde, le BOADICEA.

Déterminer ce que les Canadiens estiment juste en matière de soins de santé

Comment s'assurer que le système canadien de soins de santé est à la fois viable et équitable? Afin d'aider à répondre à cette question fondamentale, le Dr Jeremiah Hurley, de l'Université McMaster, sollicite l'opinion des Canadiens sur ce que constitue une allocation équitable des ressources en soins de santé. Par exemple, ses récentes recherches sur le financement public des médicaments orphelins (traitements contre des maladies rares) jettent un nouvel éclairage sur le processus décisionnel des Canadiens concernant cet enjeu important. Le chercheur a constaté que la population souhaite que les autorités provinciales de la santé tiennent compte de la gravité de la maladie – et non seulement de sa rareté – au moment de décider d'abaisser ou non le seuil d'approbation de ces médicaments sur leur liste des médicaments assurés. Ces constatations ont été diffusées par le comité d'experts de l'Union européenne dans le domaine des maladies rares. S'appuyant sur l'ensemble de ces travaux, le Dr Hurley et ses collègues s'affairent à élaborer des méthodes pour mesurer en bonne et due forme l'équité dans les soins de santé.

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