Vecteur d'innovation en santé – Rapport annuel des Instituts de recherche en santé du Canada 2013-2014

Évaluation, essai et comparaison

La connaissance, mère de l'innovation dans les produits, les interventions et les modèles de soins

Le processus d'innovation requiert une recherche axée sur l'évaluation et les tests. Les thérapies et technologies prometteuses doivent satisfaire à des mesures de rendement clinique, comme la sensibilité et la spécificité. Elles doivent être efficaces par rapport au coût, avoir un impact positif sur la santé des patients et répondre réellement à leurs besoins. Idéalement, elles doivent apporter une plus-value concrète par rapport aux pratiques courantes en vigueur. La recherche est également essentielle pour évaluer la pertinence et la viabilité des nouvelles politiques et des nouveaux modèles de soins élaborés dans le but de répondre aux besoins du système de santé et des patients.

Par exemple, nous sommes de plus en plus conscients que la prévention et le traitement des maladies sont d'importance égale. De nouvelles méthodes de recherche – et parfois, de plus longs échéanciers – s'imposent pour déterminer l'efficacité et le mécanisme des mesures préventives. Les chercheurs posent des questions fondamentales concernant le rôle de l'environnement, des collectivités et des comportements dans la définition de notre état de santé et de ce qui fonctionne réellement en matière de soins préventifs et thérapeutiques.

Avant tout, nous devons imaginer et évaluer les façons les plus efficaces d'inclure les deux différentes conceptions de la santé – le traitement et la prévention – dans une approche intégrée et holistique à l'égard de la santé et des soins de santé. Une telle approche signifie un nécessaire décloisonnement de la recherche, c'est-à-dire qu'au-delà du milieu des soins de santé traditionnels, la recherche doit aussi s'inscrire dans le quotidien des gens. En bref, il s'agit de faire participer les gens et les collectivités à la recherche.

Les IRSC réalisent des investissements importants en ce sens. Au cours de la dernière année, les IRSC et leurs partenaires ont continué de franchir des étapes importantes dans la mise en place de la Stratégie de recherche axée sur le patient (SRAP), laquelle vise à faire en sorte que les patients reçoivent le bon traitement au bon moment.

La ministre Ambrose a annoncé le lancement en Alberta et au Manitoba de deux des unités de soutien de la SRAP. Ces unités sont un pilier important de la Stratégie de recherche axée sur le patient. Elles donnent accès à un regroupement de spécialistes en recherche multidisciplinaire appuyé par l'expertise et la perspective des patients, des cliniciens et des responsables des politiques. Les unités de soutien mobilisent le milieu de la recherche afin qu'il réponde aux besoins locaux en soins de santé et qu'il soutienne l'innovation et la réforme à cet échelon. Elles sont aussi liées à des unités semblables dans tout le pays.

Au cours du dernier exercice, les IRSC ont aussi travaillé à stimuler l'innovation dans le milieu des essais cliniques. Aidés de leurs partenaires, les IRSC ont jeté les bases du Centre canadien de coordination des essais cliniques (CCCEC), initiative conjointe des Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada, de l'Association canadienne des institutions de santé universitaires et des IRSC. Le CCCEC a pour objectif d'aider à mettre en œuvre le plan d'action sur les essais cliniques de 2012, série de recommandations visant à attirer au Canada plus d'investissements dans les essais cliniques et dans les sciences de la vie connexes.

Prévenir la carie dentaire chez les enfants des Premières Nations

Les populations autochtones sont aux prises avec un problème grandissant de caries de la petite enfance (CPE) – les caries des « dents de lait ». Non traitées, les CPE peuvent non seulement causer de la douleur buccale, mais également prédisposer les enfants à des états chroniques comme les otites et les caries à l'âge adulte. Pour faire traiter leurs caries, ces enfants doivent se rendre par avion à un hôpital à l'extérieur de leur communauté – ce qui occasionne des désagréments aux familles, grève les budgets consacrés aux soins de santé et fait vivre au jeune enfant une expérience souvent traumatisante. La Dre Herenia Lawrence, de l'Université de Toronto, pilote une étude au sein de communautés ontariennes et manitobaines qui vise à réduire la prévalence des caries chez les jeunes enfants. L'étude de cinq ans combine quatre approches dont l'efficacité pour prévenir les CPE a été démontrée : soins dentaires pour les femmes enceintes, application semestrielle de vernis fluoré sur les dents des enfants, conseils de prévention (destinés à renseigner les parents au sujet du développement de l'enfant) et techniques d'entrevue motivationnelle (qui incitent les parents, dans le respect et sans jugement, à modifier leurs comportements). L'étude est presque rendue à mi-chemin; jusqu'à maintenant, plus de 500 femmes enceintes appartenant aux communautés des Premières Nations et vivant soit en milieu urbain, soit dans des réserves y ont participé. Les résultats seront comparés à ceux d'études similaires réalisées en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Concevoir un meilleur test prénatal

Chaque année, 10 000 femmes enceintes subissent une amniocentèse au Canada afin de vérifier la présence d'affections comme le syndrome de Down qui sont causées par un excès ou un déficit de matériel chromosomique, et 70 d'entre elles perdront des fœtus en santé en raison de complications découlant de cette intervention effractive. Plusieurs tests décelant la présence d'ADN fœtal dans le sang maternel ont été mis au point et pourraient constituer un moyen plus sûr que l'amniocentèse. Dans le cadre d'un projet de quatre ans financé par Génome Canada et les IRSC, le Dr François Rousseau de l'Université Laval et la Dre Sylvie Langlois de l'Université de la Colombie Britannique codirigent une étude afin d'évaluer l'efficacité de différentes approches axées sur le dépistage prénatal, tant sur le plan des résultats que sur celui de l'optimisation des ressources. L'étude pancanadienne portera sur 5 600 femmes enceintes. En plus de mener une étude comparative réelle des méthodes et des analyses économiques simulées par ordinateur, la grande équipe interdisciplinaire de chercheurs explorera les questions d'ordre éthique, juridique et social, et jettera les bases de l'adoption éventuelle de la meilleure méthode de dépistage par les professionnels des soins de santé.

Simplifier les soins après le traitement du cancer

Dès le diagnostic et jusqu'au traitement et au rétablissement, les patients atteints de cancer ont besoin d'un large éventail de services médicaux et de services de soutien. La Dre Eva Grunfeld de l'Université de Toronto étudie comment les soins du cancer de différentes composantes du système de soins de santé peuvent être rationalisés, et quel rôle les soignants de première ligne peuvent jouer après le traitement. Son travail a débouché sur deux essais cliniques importants qui ont aidé à façonner les politiques de soins de santé tant au Canada qu'à l'étranger. Les études ont révélé que les personnes atteintes du cancer du sein n'ont souvent pas besoin d'un long suivi par des spécialistes après leur traitement, car leur médecin de famille peut assurer ce service. Ce changement rend les soins plus accessibles aux patients et permet de réaliser des économies. Pour exploiter davantage ses conclusions antérieures, la Dre Grunfeld vient de lancer le projet CanIMPACT (Équipe canadienne pour une meilleure coordination des soins aux patients atteints d'un cancer). Le projet consistera à examiner le continuum des soins reçus par quatre groupes particuliers de patients (personnes âgées; populations vivant en milieu rural, dans une région éloignée ou dans le Nord; personnes à faible revenu; immigrants), en portant une attention particulière aux personnes atteintes du cancer du sein. Le projet mettra à l'essai différents modèles de soins communs aux fournisseurs de soins de première ligne et aux spécialistes du cancer.

Jauger l'impact de la lutte contre le tabagisme

Le fort taux de tabagisme dans les pays en développement constitue un important problème de santé publique. Depuis 2003, le Dr Geoffrey Fong, de l'Université de Waterloo, est à la tête du Projet international d'évaluation de la lutte antitabac (projet ITC). Cette étude multinationale examine l'impact des mesures de lutte contre le tabagisme recommandées par la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) de l'Organisation mondiale de la santé. En septembre 2013, le projet ITC a publié un rapport sur l'impact des politiques de la CCLAT en Inde, où habitent environ 275 millions de fumeurs. Combinant sondages et entrevues en personne, les chercheurs ont évalué des facteurs comme la prévalence du tabagisme et les perceptions à son égard, les intentions des fumeurs quant à l'abandon du tabac, la mise en œuvre de politiques antitabac et l'impact des étiquettes de mise en garde. Le rapport a révélé que les gens expriment habituellement des regrets par rapport à leur tabagisme et approuvent l'interdiction de fumer dans les lieux publics intérieurs, mais que très peu d'entre eux ont l'intention de renoncer au tabac. Le rapport recommande que l'Inde réalise des interventions stratégiques à l'échelle de la population – application des lois antitabac, amélioration des étiquettes de mise en garde, augmentation des taxes sur les produits du tabac, prestation de services de soutien à l'abandon du tabac, etc. – pour aider les personnes qui souhaitent cesser de fumer.

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