Action mondiale contre la démence

Rapport sommaire

Deuxième évènement mondial contre la démence
Exploiter la force des découvertes :
Maximiser la synergie université-industrie

Ottawa (Ontario) Canada
11 et 12 septembre 2014

Introduction

Les 11 et 12 septembre 2014, près de 200 chercheurs académiques, dirigeants de l'industrie et responsables des politiques de partout au Canada et dans le monde se sont réunis à Ottawa à l'occasion du deuxième Évènement mondial contre la démence. Les hôtes de cette rencontre étaient le Canada et la France, représentés par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et de l'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan).

Dans l'esprit du thème Exploiter la force des découvertes : maximiser la synergie université-industrie, la rencontre d'Ottawa a réuni des acteurs clés des secteurs visés pour atteindre trois objectifs principaux :

  • Explorer les possibilités de collaboration en recherche sur de nouvelles approches pour le diagnostic, la prévention et le traitement de la démence en regroupant l'expertise du milieu universitaire et de l'industrie;
  • Permettre de mieux comprendre les répercussions que ce changement de paradigme dans la recherche pharmaceutique aura sur la mise au point de nouveaux médicaments contre la démence et trouver des mesures appropriées pour amener l'industrie des dispositifs médicaux et celle des technologies de l'information (TI) à travailler dans ce domaine;
  • Favoriser une approche collective à l'égard de la résolution des problèmes, par la mise en commun de ressources et l'échange de cohortes, de données et de pratiques exemplaires.

En plus de contribuer au travail du World Dementia Council et aux objectifs de l'initiative Global Action Against Dementia à savoir trouver un remède ou un traitement modificateur pour la démence d'ici à 2025, les idées qui sont ressorties du deuxième évènement mondial ont servi de point de départ pour déterminer les mesures concrètes à prendre lors d'une réunion de la Global CEO Initiative on Alzheimer's Disease, tenue immédiatement après.

Contexte

On estime que 44 millions de personnes dans le monde sont atteintes de démence. Conscient du besoin d'intervenir à l'échelle mondiale pour freiner cette épidémie croissante, le Royaume Uni (R. U.) a été l'hôte du Sommet du G8 sur la démence, à Londres en décembre 2013. À ce sommet, les ministres de la Santé des pays du G8 ont signé une déclaration en faveur de plusieurs engagements; l'un deux consiste à tenir une série d'évènements thématiques, en partenariat avec l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Commission européenne, le programme conjoint de recherche de l'Union européenne (UE) sur les maladies neurodégénératives et la société civile, pour accroitre l'innovation et les partenariats intersectoriels en recherche sur la démence.

Le Royaume-Uni a tenu le premier des quatre évènements, sur l'investissement à impact social, en juin 2014 à Londres. Le Canada et la France ont accepté d'organiser ensemble le deuxième évènement, en misant sur l'esprit de collaboration qui règne dans la recherche sur la maladie d'Alzheimer depuis que les IRSC ont lancé leur premier programme international de recherche avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), en 2008.

Outre leurs collaborations internationales avec les États Unis et l'UE, les IRSC ont établi récemment le Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement, une initiative unique qui permet de mettre en commun l'expertise canadienne sur les processus dégénératifs affectant la cognition au cours du vieillissement, en vue de réaliser des recherches innovantes et porteuses d'impact. La France a lancé son nouveau plan sur les troubles neurodégénératifs, dont la maladie d'Alzheimer, le 18 novembre 2015 lequel fera suite au premier plan sur la maladie d'Alzheimer qui couvrait la période de 2008 à 2012.

Un troisième évènement, sur les nouveaux modèles de prévention et de soin, aura lieu à Tokyo, au Japon, du 5 au 7 novembre 2014, et un quatrième, ayant pour thème la recherche sur la maladie d'Alzheimer, est prévu pour les 9 et 10 février 2015 à Bethesda, dans l'État du Maryland. L'OMS tiendra, en mars 2015, un évènement de clôture à Genève, en Suisse, pour passer les progrès en revue.

Déroulement de la rencontre

Ont pris la parole au début et à la fin de la rencontre les ministres canadiennes de la Santé et d'État (Ainés), l'envoyé du Conseil mondial de lutte contre la démence et l'ambassadeur de France, ainsi que des représentants des deux organismes hôtes, du National Institute on Aging des États Unis, du ministère de la Santé du Royaume-Uni., du ministère de la Santé, du Travail et du Bienêtre du Japon, de la Société Alzheimer du Canada, de la Fondation Neuro Canada, de même que des soignants et des personnes atteintes de démence.

La constatation que la prévention, la neuroprotection, le traitement et la prise en charge de la démence exigent un investissement considérable dans la recherche et les technologies médicales, les deux jours de la rencontre ont été ponctués de discussions entre experts en vue d'explorer différentes facettes de la collaboration recherche académique et industrielle dans le domaine. Les discussions avaient pour but de déterminer les meilleures stratégies et approches pour favoriser les collaborations entre recherche académique et privée, et de mettre en valeur des idées originales issues de domaines connexes, où ce genre de synergie existe déjà.

Des acteurs clés de plus de 20 organismes de bienfaisance, établissements académiques, sociétés privées, organismes gouvernementaux et autres organisations ont présenté leurs perspectives uniques dans ce domaine tirés de leur expérience personnelle. Ces présentations ont été suivies de brèves remarques d'autres experts du domaine ainsi que d'une discussion générale.

Principaux résultats

Un certain nombre de points clés ont été soulevés au cours des six sessions de la réunion. Ceux-ci sont résumés ci après :

1 : Réflexions sur la synergie innovante entre le milieu universitaire et l'industrie

  • Un financement intégré s'impose tout au long de la chaine d'innovation.
  • Compte tenu de la stratification des maladies neurodégénératives, il faudra une combinaison de solutions.
  • De l'aide doit être fournie pour obtenir la participation du milieu académique et de l'industrie, et il faut offrir à ces derniers des occasions d'apprendre à se connaitre l'un l'autre.
  • Les risques et les avantages doivent être partagés.
  • Des résultats autres que la publication sont nécessaires pour motiver les universitaires.
  • Il faut se pencher sur les obstacles relatifs aux questions juridiques.

2 : La biotechnologie et les investisseurs

  • Des liens profonds et durables sont essentiels au succès.
  • La complexité de la recherche translationnelle doit être reconnue.
  • Les perspectives des patients doivent être prises en considération dans les décisions stratégiques.
  • Des efforts concertés doivent être déployés pour faciliter les jumelages les plus prometteurs entre les partenaires de l'industrie et du milieu académique.
  • Il faut obtenir le soutien de l'industrie pour soutenir et encadrer le monde académique dans le domaine de l'innovation.
  • D'importants réseaux sont nécessaires à la création d'un écosystème.
  • Des conditions favorisant les liens « en amont » dans le processus de découverte devraient être créées.

3 : Émergence d'un nouveau paradigme pour l'industrie pharmaceutique

  • La complexité de la démence ne peut être abordée sans une collaboration entre le milieu académique et l'industrie.
  • Des modèles de création conjointe doivent être mis en œuvre à proximité des sites de recherche académique.
  • De nouveaux modèles (p. ex. incubateur, co investissement) s'imposent pour aider les petites sociétés à se développer.
  • La culture de concurrence entre les sociétés pharmaceutiques doit être repensée, p. ex. le concept de « coopétition » (union de la compétition et de la coopération) doit être développé.
  • Des plateformes de données ouvertes et de nouveaux paradigmes d'essais cliniques adaptatifs sont nécessaires.
  • Une plateforme de données sur l'histoire naturelle des maladies s'impose.
  • Les essais doivent être mieux adaptés à la démence.

4 : Nouvelles possibilités pour l'industrie des dispositifs médicaux et des technologies de l'information

  • Les écosystèmes de la santé/médecine (sociétés pharmaceutiques) et des TI ont des logiques différentes qu'il faut rapprocher.
  • Les industries des dispositifs médicaux et des TI font face à des problèmes uniques (p. ex. règlementation).
  • Il faut de nouvelles méthodes pour évaluer les impacts cliniques de ces technologies.
  • L'industrie, le milieu universitaire et les établissements (p. ex. gouvernement) doivent intervenir ensemble, dès le premier jour.
  • Les solutions doivent être axées sur la personne, non sur la technologie.
  • L'innovation conjointe avec les PME est nécessaire.
  • Les communautés d'innovation doivent inclure les fournisseurs de services, le milieu universitaire et l'industrie.
  • La mise en service de nouvelles technologies change la nature des soins.

5 : Solutions aux obstacles : le contexte règlementaire

  • Des efforts en science règlementaire, qui comblent réellement les lacunes, sont requis tant pour les médicaments que pour les dispositifs médicaux.
  • Des décisions reglementaires accélérées et synchronisées à l'échelle planétaire sont nécessaires.
  • Il faut de nouvelles stratégies innovantes (p. ex. projet SAKIGAKE au Japon) pour accélérer la recherche et le développement à chaque étape.
  • Il faut se concentrer sur le rôle de l'organe de règlementation (par opposition au rôle du gouvernement) et sur son utilisation possible pour surmonter les défis (p. ex. polypharmacie chez les personnes âgées, approches radicales).
  • Les essais cliniques doivent être réinventés de manière à inclure le recours à plusieurs médicaments et à évoluer vers une collaboration internationale.
  • Il faut un volet de développement intégré auquel participent les principaux organes de règlementation et qui repose sur des idées originales.

6 : Solutions aux obstacles : mégadonnées, libre accès et considérations sociétales

  • Il faut des mégadonnées pour s'attaquer à un défi mondial d'une telle ampleur.
    • Des normes communes et interopérables sont requises.
    • La mobilisation des intervenants est essentielle.
    • La mobilisation du secteur public/privé est cruciale.
  • Des environnements de libre accès radicalement différents sont nécessaires pour pousser la recherche dans le domaine largement inexploré des sciences fondamentales et atteindre de nouvelles cibles.
    • Le financement doit être réalisé différemment : avec l'industrie, sans entraves nationales, et en libre accès.
  • La personne atteinte de démence et sa famille doivent être au centre de toutes les nouvelles solutions technologiques.
  • Une approche concertée de santé publique s'impose.

Conclusion

Le but du deuxième Évènement mondial contre la démence consistait à proposer des solutions pratiques en vue d'élaborer et de soutenir des approches publiques privées internationales de la recherche sur la démence. Les idées issues des discussions de la rencontre d'Ottawa contribueront à l'établissement d'un cadre d'action sur les défis et obstacles environnementaux actuels qui entravent la collaboration entre les acteurs académiques et les intervenants traditionnels et non traditionnels de l'industrie, y compris les obstacles réglementaires qui empêchent les pays du G7 de travailler ensemble efficacement pour échanger des idées, des données, des plateformes et des découvertes dans la recherche sur la démence.

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