Un cours de premiers soins en santé mentale à l'intention des communautés autochtones

Local aménagé pour le cours « Premiers soins en santé mentale – Premières Nations », dans la nation crie d'Opaskwayak
Photo fournie par Linda Lathlin, RNBN, animatrice de PSSM-PN

15 juin 2015

Le vieil homme, à l'air habituellement indifférent et endurci, se tenait assis en pleurant tout bas, tandis qu'il racontait la douloureuse histoire de son enfance dans un pensionnat il y a plus de 50 ans. Les autres personnes dans le cercle, une vingtaine, l'écoutaient silencieusement.

« C'était un moment intensément thérapeutique », relate Rhonda Ross, directrice générale de l'Autorité sanitaire de la nation crie d'Opaskwayak. « Nous avions créé un environnement si rassurant que ce participant a pu s'exprimer et nous raconter son expérience. Ce fut un très beau moment, dramatique et favorable à la fois. »

Mme Ross affirme que ce genre de moment est typique de l'expérience des participants à l'atelier de deux jours du cours « Premiers soins en santé mentale – Premières Nations » (PSSM-PN) qu'elle anime dans sa communauté de la nation crie d'Opaskwayak, une communauté de 4 000 personnes située en face de Le Pas en bordure de la rivière Saskatchewan, dans le Nord-Ouest du Manitoba.

Le cours « Premiers soins en santé mentale » est un atelier de formation international utilisé dans 18 pays et conçu à partir de données probantes, dans lequel les participants agissent comme secouristes en santé mentale. Le cours a été offert avec succès par la Commission de la santé mentale du Canada à des milliers de participants partout au pays. La Commission met actuellement à l'essai une version spécialement conçue par un groupe d'orientation des Premières Nations pour les communautés des Premières Nations du Canada, grâce à une subvention de Santé Canada.

« L'approche de PSSM-PN est tellement prometteuse », déclare Claire Crooks, psychologue clinicienne à l'Université Western. « Les communautés des Premières Nations sont nombreuses, et il y a peu de professionnels, et donc une approche de santé des populations est tout indiquée. Voilà une façon de munir les communautés d'outils pour progresser vers le bien-être. »

Avec le soutien des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), Mme Crooks dirige l'évaluation de la mise en œuvre, de l'efficacité et du potentiel d'expansion des projets pilotes de PSSM-PN dans six communautés des Premières Nations, de la Colombie-Britannique à la Nouvelle-Écosse.

Meaghon Reid, directrice, Premiers soins en santé mentale Canada, déclare : « Nous avons été extraordinairement chanceux de collaborer avec les six communautés des Premières Nations partenaires, le groupe d'orientation des Premières Nations et des chercheurs dans le domaine de la santé pour que ce cours soit conforme au principe de la sécurité culturelle et mis au point par la communauté. »

Pour beaucoup de participants à PSSM-PN, l'expérience comme secouristes en santé mentale commence par la compréhension des causes profondes de leur propre douleur émotionnelle.

Photo: « I encourage people to do things that they otherwise could not do by themselves. Guide through discussion of hope and ways to achieve it. First Aid will give a person ways to get through periods of difficulty. »
Selon un participant au cours « Premiers soins en santé mentale – Premières Nations » (PSSM-PN) dans la nation crie d'Opaskwayak Photo fournie par Brian Ballantyne, animateur de PSSM-PN

« Les commentaires que nous avons reçus révèlent que de nombreux participants à nos ateliers en ressortent prêts à affronter ce qu'ils n'étaient pas prêts à affronter avant », note Rhonda Ross. « C'est une expérience très puissante, un peu comme si on prenait contact avec l'essence de notre être. Nous sortons tous de l'atelier pleinement conscients du lien qui nous unit à notre identité – et à notre fierté – de membre des Premières Nations, et surtout à l'énergie de compassion et de résilience de notre communauté. »

Au cours des 18 derniers mois à Opaskwayak, Mme Ross et deux de ses collègues et co-animateurs ont dirigé cinq ateliers de deux jours de PSSM-PN, comptant chacun 20 participants adultes.

Veuillez visiter les Premiers Soins en Santé mentale Canada pour les renseignements supplémentaires sur les cours et programmes PSSM au Canada, et dates des prochains cours.

Compréhension et respect

L'une des principales marques d'adaptation culturelle de la version du cours destinée aux Premières Nations correspond à la discussion historique qui amorce l'atelier et qui incite les participants à parler de leur expérience personnelle.

« La communauté souffre d'un grand traumatisme intergénérationnel, qui résulte du système de pensionnats, des sanatoriums et des expériences sur les tuberculeux, ou encore de la rafle des années soixante », explique Mme Ross, dont la mère et la grand-mère maternelle ont toutes deux fréquenté un pensionnat.

« PSSM-PN aborde ces questions. L'atelier ravive le sentiment d'appartenance aux Premières Nations. À l'atelier, on m'a expliqué qu'une partie de la souffrance que je porte en moi ne m'appartient pas, elle m'a été léguée, et je ne le savais même pas. Cela nous a aidés, les autres à avoir parlé et moi, à mieux comprendre et à respecter la force et le courage de nos parents et grands-parents. Nous n'oublierons jamais, mais nous pouvons maintenant travailler à pardonner et à poursuivre notre cheminement. »

À Opaskwayak, cet échange est facilité par l'aménagement de deux espaces distincts dans le local de cours. Le premier, semblable à une salle de classe, est utilisé pour discuter du manuel de PSSM-PN. Dans l'autre espace, plus accueillant, les chaises sont disposées en cercle autour d'une roue médicinale.

Mme Crooks souligne l'abondance des données démontrant l'importance de respecter et de promouvoir les liens culturels profonds des Premières Nations pour favoriser la guérison psychologique.

« Les chercheurs occidentaux ont l'habitude de considérer le suicide comme un comportement ou une pathologie de nature individuelle, et concentrent leur attention sur l'individu touché et sa famille immédiate », explique-t-elle. « Mais il peut être des plus utiles d'examiner le bien-être communautaire et les questions liées à l'appartenance culturelle, et c'est ce que PSSM-PN a le potentiel de faire. »

Se préparer à un « oui »

Rhonda Ross a remarqué un changement dans l'humeur et le comportement d'une de ses proches à la suite du suicide d'un ami intime.

« J'étais terrifiée », se rappelle Mme Ross, directrice générale de l'Autorité sanitaire de la nation crie d'Opaskwayak. « Lorsque j'ai dû lui demander si elle songeait au suicide, je craignais tellement qu'elle me réponde oui. »

Elle lui a parlé et a pu l'accompagner dans sa démarche pour obtenir de l'aide professionnelle.

Les projets pilotes de PSSM-PN qu'elle a dirigés lui ont entre autres appris que beaucoup de participants connaissent les signes des problèmes de santé mentale, mais hésitent à agir, en particulier à sonder les intentions suicidaires.

« Les participants nous ont appris que la crainte de ne pas savoir quoi dire est souvent ce qui empêche d'agir », indique Mme Ross, qui faisait également partie du groupe consultatif ayant mis au point la version du cours adaptée aux Premières Nations. « L'une des plus grandes leçons inculquées aux participants est qu'il est faux de croire qu'on peut donner à quelqu'un l'idée de se suicider en utilisant le mot ou en posant des questions à ce sujet. Poser des questions est exactement ce qu'il faut faire, tout en se préparant à un oui ».

Le cours PSSM-PN enseigne aux participants les techniques et le vocabulaire qui leur donnent le pouvoir d'agir comme secouristes en santé mentale. Il permet de reconnaître les ressources dans nos communautés, notre cercle de soutien, afin que nous sachions vers où orienter une personne lorsqu'elle est prête à recevoir de l'aide.

« PSSM-PN est en forte demande parmi les Premières Nations partout au Canada, et les enseignements tirés des projets pilotes permettront d'élargir le programme avec succès », fait remarquer Claire Crooks, chercheuse financée par les IRSC, qui dirige l'étude d'évaluation des projets pilotes.

Pour Rhonda Ross, PSSM-PN aide déjà les membres de la nation crie d'Opaskwayak à se voir forts et résilients.

« PSSM-PN aide les membres de notre communauté à affirmer fièrement leur identité crie et leur fait prendre conscience de leur capacité de prendre soin d'eux-mêmes, explique-t-elle. Le cours sème le germe de la guérison, que chaque participant transporte ensuite dans la communauté. »

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