IALA en action! - Mars 2015 : À la mémoire de Cy Frank

Table des matières


Message du directeur scientifique

Photo: Cy Frank, 1949-2015.
Premier directeur scientifique de l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite des IRSC

Un hommage très personnel à mon ami et collègue, Cy Frank

C'est le cœur gros que j'écris ces mots. Le décès soudain de notre cher ami et collègue, Cy Frank, nous a tous profondément ébranlés.

Je connais probablement Cy depuis plus longtemps que la plupart des gens qui ont eu la chance de le côtoyer et de travailler avec lui au fil des ans. Au début des années 1970, nous étions tous deux étudiants en médecine à l'Université de Calgary. Cy avait une année d'avance sur moi. Nous étions ni plus ni moins que des enfants dans une école de médecine qui n'en était qu'à son adolescence. Cette école avant-gardiste était le terreau idéal pour les

personnes qui, comme Cy, n'hésitaient pas à quitter les sentiers battus et excellaient dans la résolution de problèmes. Nous avons passé de bons moments ensemble, et nous étions également présents l'un pour l'autre durant les périodes plus difficiles. Parmi nos bons moments, je me souviens des quelques parties de hockey que nous avons jouées ensemble, en particulier de son lancer frappé foudroyant : les pauvres gardiens de but qui devaient lui faire face auraient sans doute préféré rester à la maison!

Nous nous sommes perdus de vue après la remise des diplômes. De son côté, il a mené une brillante carrière d'universitaire en chirurgie orthopédique, s'affirmant comme chercheur de pointe dans un domaine qui, vous le conviendrez sans doute, n'est pas reconnu comme une pépinière de scientifiques de son calibre. Il était aussi à l'aise de parler de la biologie des cellules mésenchymateuses avec ses collègues en recherche fondamentale que de modèles de soins pour l'arthroplastie avec des ministres de la Santé. Il a contribué à la création d'un prestigieux centre de recherche multidisciplinaire sur les maladies musculosquelettiques, l'Institut McCaig pour la santé des os et des articulations, à l'Université de Calgary, où chercheurs cliniques, scientifiques et spécialistes de la biomécanique – pour ne nommer que ceux-là – travaillent main dans la main.

Cy était le candidat tout désigné pour le poste de premier directeur scientifique de l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite au moment de la création des Instituts de recherche en santé du Canada. Il s'est vu confier la tâche colossale de proposer des possibilités de financement stratégiques pour un mandat englobant l'arthrite, les os, les muscles, la réadaptation musculosquelettique, la santé buccodentaire et les affections de la peau. « Tiens, Cy… débrouille-toi avec ça! »

C'est exactement ce qu'il a fait. Il a notamment créé le fameux cube de l'IALA (voir plus loin dans le présent bulletin), où il a regroupé les domaines de recherche de l'Institut sous différents thèmes : activité physique, mobilité et santé; lésions, réparation et remplacement des tissus; douleur, incapacité et maladies chroniques. Il y a également intégré l'application des connaissances et l'éthique. Il a changé la façon de voir les choses, et il est parvenu à rallier tout le monde.

Cy consultait toutes les personnes auxquelles il pouvait penser. Tous voulaient travailler avec lui parce qu'il respectait tous les points de vue et toutes les personnes. S'il n'était pas d'accord avec vous sur un point, il ne vous humiliait pas publiquement : il vous expliquait pourquoi il ne croyait pas en votre idée, sans se livrer à des attaques personnelles. Il fonctionnait par consensus!

C'est à cette époque que j'ai repris contact avec Cy. J'ai eu le privilège de siéger au conseil consultatif de l'Institut (CCI) sous sa gouverne. Notre travail était sérieux, mais nous prenions un malin plaisir à le faire. Par exemple, c'est à cette époque que la queue du diable a fait son apparition : la personne qui formulait une proposition particulièrement saugrenue lors d'une réunion devait la porter (de même qu'une paire de cornes) jusqu'à ce que quelqu'un avance une idée encore plus farfelue. C'est sans doute Denis Morrice qui a arboré le costume le plus souvent (ça vous étonne?).

Un des outils préférés de Cy pour établir les orientations et les priorités de recherche était la conférence de consensus. Une de ses premières réalisations à titre de directeur scientifique de l'IALA a été de collaborer avec la Société de l'arthrite et les centres d'excellence du Réseau canadien de l'arthrite pour l'organisation d'une conférence de consensus sur l'arthrose, qui a ouvert la porte à d'autres collaborations d'envergure et au financement stratégique dans ce domaine. Il s'en est suivi une conférence semblable, cette fois sur les maladies articulaires inflammatoires, que j'ai eu la chance de coprésider. Je me souviens encore qu'au terme de l'événement, après que nous avions été submergés d'informations, Cy avait insisté pour que les principaux organisateurs travaillent une demi-journée supplémentaire – un samedi, par surcroît – afin que nous arrivions à y voir clair. L'effet avait été décisif : nous étions parvenus à mettre de l'ordre dans nos idées et à ainsi créer des possibilités de financement.

Il y a deux ans, j'ai eu l'honneur d'être nommé directeur scientifique de l'IALA. Dès que j'ai dit à Alain Beaudet que j'acceptais le poste, j'ai téléphoné à Cy : « Qu'en penses-tu? Vers où devrions-nous aller avec l'IALA maintenant? » Fidèle à son nom de famille, il a été franc. Avec sa rigueur et son tact habituels, il m'a fait part des forces et des faiblesses de l'Institut et des secteurs susceptibles d'être les plus productifs. Il m'a offert de continuer à nous épauler du mieux qu'il le pouvait, une aide que j'ai évidemment acceptée.

En 2013, de concert avec le conseil consultatif dévoué de l'Institut, nous avons commencé à élaborer un nouveau plan stratégique pour l'IALA. Nous avons organisé une formidable séance de remue-méninges à Vancouver, en mars 2014, où nous avons réuni des intervenants de partout au Canada ainsi que quelques experts internationaux. Comme il l'a toujours si bien fait, Cy a tout coordonné. Il a parlé de l'un de ses sujets préférés : le rendement du capital investi et la mesure du rendement. Il avait présidé un comité pour l'Académie canadienne des sciences de la santé qui avait produit un rapport fouillé à ce sujet qui tombait à point. Les IRSC ont depuis adopté l'ensemble des principes décrits dans ce rapport pour leur régime de mesure du rendement, qui est en constante évolution. Pendant que nous élaborions notre plan stratégique et débattions du meilleur moyen d'évaluer notre réussite à l'avenir, il nous a donné un conseil fort judicieux : « gare à ce que vous mesurez, car c'est ce que vous obtiendrez ».



Photo: “Be careful what you measure because that is what you will get.” Cy Frank at IMHA's strategic plan development meeting in Vancouver, March, 2014. IMHA staff, IAB members and Research Ambassadors listen attentively.

Il y a environ deux semaines, la nouvelle du décès subit de Cy m'a laissé incrédule. J'ai eu beau ressasser la question, je n'arrive toujours pas à comprendre. Comment peut-il nous avoir quittés quand sa présence et son apport sont toujours si vivants? Un vieil adage égyptien dit que lorsqu'une personne rend l'âme, « le reste vous appartient ». J'éprouve un certain réconfort à l'idée que le reste nous appartient réellement. C'est maintenant à nous de perpétuer l'héritage et la vision de Cy Frank.

Cy, tu nous manqueras.

Hani El-Gabalawy, M.D., FRCPC
Directeur scientifique
Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite des IRSC

Message de Jane E. Aubin

J'ai fait la connaissance de Cy au sein du Réseau canadien de l'arthrite (RCA). Collègue au départ, il s'est avéré beaucoup plus au fil du temps. Sa passion pour la transformation du paradigme de la recherche de nouvelles connaissances à l'amélioration des soins de santé canadiens au moyen de données probantes reposait sur un enthousiasme pour l'exploitation et l'application des connaissances qui était toujours fondé sur la compassion – des qualités que je respectais et que j'admirais. Il a par la suite fait preuve de ces mêmes qualités dans son rôle de premier directeur scientifique de l'IALA. Par sa tranquille certitude, il a mené le groupe hétéroclite formant le premier CCI vers une nouvelle vision collective. Nous avions tous des opinions très arrêtées et étions tous aussi passionnés relativement à nos propres travaux de recherche et aux orientations que l'IALA et les IRSC devraient prendre – nous réunir autour d'une vision collective et durable relevait carrément de l'exploit! Cy a également fait preuve de leadership au sein des IRSC et de l'Académie canadienne des sciences de la santé en créant un cadre de mesure du rendement et de rendement du capital investi sur lequel l'IALA, les IRSC et d'autres entités s'appuient encore aujourd'hui pour réaliser des analyses pertinentes sur les retombées des investissements dans la recherche en santé.

En dehors du RCA et de l'IALA, Cy et moi avons travaillé ensemble comme pairs évaluateurs, conférenciers, organisateurs de conférences, membres de groupes directeurs et consultatifs et proches conseillers. Ses encouragements et ses critiques éclairées, toujours formulées avec délicatesse, nous manqueront énormément. J'espère que nous trouverons tous, en particulier les membres de sa famille, un certain réconfort à l'idée que Cy a laissé une marque profonde et indélébile dans le cœur des membres de la communauté de l'IALA ainsi que sur les scènes canadienne et internationale de la recherche en santé et des soins de santé.

Jane E. Aubin, Ph.D.
Chef des affaires scientifiques
Vice-présidente à la recherche, à l'application des connaissances et à l'éthique
Portefeuille de la recherche, de l'application des connaissances et de l'éthique
Instituts de recherche en santé du Canada

Profil

L'héritage de Cy Frank : formation stratégique, application des connaissances et recherche en santé buccodentaire

Richard Ellen

Peu après leur création en 2000, les IRSC ont donné une orientation entièrement nouvelle à l'appui à la formation en recherche. Jusqu'alors, le Conseil de recherches médicales (CRM), prédécesseur des IRSC, s'en était presque exclusivement remis à l'octroi de bourses de recherche individuelles (hormis pour son programme de formation en recherche dentaire). L'appel de demandes annonçant la nouvelle Initiative stratégique pour la formation en recherche dans le domaine de la santé (ISFRS) des IRSC était révolutionnaire, car il exigeait des programmes « interdisciplinaires » et encourageait les candidats à former des réseaux de formation qui faciliteraient la communication entre les disciplines de recherche, les départements et les universités, et qui comprendraient des organismes sans but lucratif, des entreprises du secteur privé et des partenaires internationaux. Les candidats devaient également présenter un plan d'activités démontrant comment leur programme deviendrait financièrement autonome. La confusion et l'incertitude régnaient.

À l'instigation de Cy Frank, le conseil consultatif de l'IALA a pris conscience du besoin criant de formation dans les domaines de recherche essentiels à la réalisation des priorités de l'Institut. Plusieurs types de programmes de formation ont été financés dans le cadre du premier concours de l'ISFRS évalué par des pairs, certains par l'intermédiaire du budget stratégique de l'IALA et des contributions d'intervenants de l'IALA, d'autres au moyen du budget central des IRSC. Cy a compris intuitivement que l'établissement de liens directs entre les directeurs et les adjoints administratifs des ISFRS aux fins d'échange de pratiques exemplaires enrichirait l'expérience des stagiaires de l'IALA et accroîtrait la compétitivité des ISFRS relevant de l'IALA. Ces rencontres ont aidé à faire connaître aux principaux chefs de file de différentes disciplines les domaines d'intérêt disparates de l'IALA. Cy nous a amenés à apprendre les uns aux autres la meilleure façon d'aborder les aspects de notre mandat liés à l'interdisciplinarité, à l'application des connaissances et à l'éthique de la recherche, ainsi qu'à réfléchir à la manière de mesurer la réussite de nos efforts de formation. Au cours du mandat de Cy en tant que directeur scientifique, l'IALA a investi une part importante de son budget stratégique limité dans la formation.

Une autre orientation entièrement nouvelle qu'ont dû définir les instituts a été l'application des connaissances (AC). Cy a mis la main à la pâte en prônant énergiquement la participation de groupes de patients et d'autres intervenants clés à la conception et à la promotion du grand volume d'activités d'AC de l'IALA. Par son fervent soutien à l'AC, Cy a appris aux stagiaires de l'IALA, qui s'apprêtaient à devenir la prochaine génération de chefs de file en recherche, à apprécier les principes de l'AC et à les appliquer dans leurs activités de recherche. Personne n'était aussi enthousiaste que Cy à l'idée de créer des outils exemplaires de formation en AC. L'exemple le plus complet et le plus coloré aura sans doute été le « CUBE » d'application des connaissances de l'IALA, un graphique novateur à fort impact visuel. À l'aide d'une figure facile à comprendre, différents publics peuvent saisir la dynamique relationnelle entre les six domaines d'intérêt de l'IALA, la manière de collaborer pour illustrer comment la recherche peut être menée dans les trois domaines de recherche prioritaires de l'IALA et la façon dont la recherche oriente différents résultats d'AC qui amélioreraient le « QI santé » et la santé musculosquelettique du public – le tout s'appuyant sur des pratiques de recherche éthiques. Cy, c'était ça : la réflexion et la créativité derrière son CUBE ont donné au cliché « quitter les sentiers battus » une dimension entièrement nouvelle.

Bien que ses propres pratiques et recherches cliniques se concentraient sur l'arthrite, le domaine le plus en vue de l'IALA, Cy Frank est devenu un infatigable défenseur de l'égalité des chances entre les chercheurs de tous les domaines de l'Institut. Par exemple, au départ, les chercheurs en santé buccodentaire étaient grandement préoccupés par leur situation au sein des IRSC et de la structure des instituts. Les dentistes étaient depuis longtemps considérés comme travaillant en marge de la médecine. Au moment de nommer le nouvel institut, le conseil des IRSC avait laissé de côté les termes « dentaire » et « santé buccodentaire », et ce domaine n'était représenté que par un seul chercheur, le regretté James Lund, nommé au premier CCI. Les chercheurs en santé buccodentaire avaient fait leurs preuves dans le domaine de la recherche sur les tissus conjonctifs et minéralisés, mais comment l'IALA accueillerait-il ses autres grandes forces, à savoir la physiologie salivaire, les neurosciences, les maladies infectieuses et immunitaires, les biomatériaux et les services de santé dentaire? Au premier rassemblement « IALA en action », à Calgary, Cy Frank est venu à leur rescousse. Il a planifié un exposé optimiste sur les faits saillants de la recherche en santé buccodentaire immédiatement après le discours d'ouverture du président des IRSC. Le public a été réceptif, et la connaissance de l'étendue de la recherche en santé buccodentaire s'est répandue comme une traînée de poudre.

Cy a exhorté le CCI à appuyer une conférence de planification de la recherche en santé buccodentaire. Celle-ci a permis de définir les principaux besoins et les orientations stratégiques de recherche, et Cy y a établi un contact direct avec le nouveau directeur scientifique du National Institute of Dental and Craniofacial Research des NIH, qui a prononcé le discours d'ouverture. Lors du premier cycle de renouvellement du CCI, deux autres chercheurs en santé buccodentaire ont été nommés : Lois Cohen, pour favoriser la collaboration transfrontalière avec les NIH, et Richard Ellen, clinicien-chercheur. Ces nominations ont envoyé un message éminemment positif au milieu de la recherche en santé buccodentaire. Cy a confié de nouvelles tâches au Dr Ellen : 1) retracer toutes les sources de financement de la recherche en santé buccodentaire au Canada; et 2) assurer la liaison entre le CCI et l'agent de la communication avec le personnel de l'IALA. Ces mesures ont permis d'accroître la fréquence des discussions sur les points propres à la santé buccodentaire lors des rencontres du CCI. L'augmentation de la visibilité a été une véritable bénédiction pour le milieu de la recherche en santé buccodentaire.

Le rôle du directeur scientifique est d'écouter et de diriger avec discernement, deux des forces de Cy. C'est bien connu, celui-ci avait une inclination pour la mesure des résultats. Après chaque cycle d'évaluation des subventions des IRSC, son CCI examinait le dossier concurrentiel pour l'ensemble des chercheurs de l'IALA, ainsi que des résumés pour chacun des domaines d'intérêt de l'Institut. Ces paramètres étaient représentés sous forme graphique de façon à permettre une comparaison longitudinale. En particulier, les résultats aux concours ouverts de subventions de recherche en santé buccodentaire se sont nettement améliorés au cours des premières années d'existence des IRSC et de l'IALA. Ils soutenaient avantageusement la comparaison avec les autres domaines d'intérêt de l'IALA, et les chercheurs en santé buccodentaire faisaient belle figure au classement annuel des meilleurs boursiers de l'Institut. Cy a propagé la « rumeur » selon laquelle le milieu de la recherche en santé buccodentaire était peut-être petit, mais qu'il était excellent. Par sa sagesse et son souci de n'exclure personne ni aucun courant, il a jeté les fondements de la réussite de ce milieu en ce qui a trait : 1) à la formation en recherche; 2) à l'établissement de collaborations efficaces entre les chercheurs des divers domaines d'intérêt, en vue de répondre aux priorités de recherche de l'IALA; et 3) à l'appui proactif à l'IALA. Les doutes initiaux ont fait place à la confiance. Aujourd'hui, l'inclusion des chercheurs en santé buccodentaire dans l'équipe de l'IALA tombe sous le sens. Pour son apport considérable à la recherche en santé buccodentaire, Cy a été nommé membre honoraire de l'Association internationale de recherches dentaires, une organisation mondiale comptant plus de 11 000 membres qui ne nomme, au plus, qu'un seul membre honoraire par année. Comme il nous y a habitués, Cy a livré un mot de remerciement sous le signe de la gratitude et de la grâce.

Des amis et collègues se souviennent

Des membres actuels et anciens du conseil consultatif de l'IALA et de la communauté d'intervenants de l'IALA nous ont transmis de nombreux témoignages de leur expérience avec notre ami et collègue aimé et respecté, Cy Frank. Nous en citons quelques-uns pour nous rappeler l'influence qu'il a eue sur la création et les réalisations de notre institut et sur les soins de santé au Canada.

Rassembler un milieu disparate

Lorsqu'Allan Rock, ministre de la Santé, a annoncé la transformation du CRM [Conseil de recherches médicales du Canada] en IRSC – et en [plusieurs] instituts [distincts] –, le milieu de l'arthrite a sollicité l'aide de l'incroyable Dr Cy Frank.

Le Dr Frank a immédiatement fait remarquer que l'« arthrite » n'obtiendrait pas son propre institut et, fidèle à son habitude, il a réuni la crème des chercheurs en rhumatologie, en orthopédie, en dermatologie et en santé buccodentaire.

Je me souviens de la première rencontre de l'IALA comme si c'était hier. Je m'étais dit que « jamais, au grand jamais ce groupe disparate de chercheurs intelligents, passionnés et fougueux ne parviendront à s'entendre sur quoi que ce soit ». C'était sous-estimer le Dr Frank. Tout comme son joueur favori dans la LNH, Bobby Orr, il était non seulement un bon joueur de hockey, mais également un véritable magicien qui se distinguait par sa finesse.

Hazel Wood, de Bone and Joint Canada, se rappelle les nombreux points qu'elle souhaitait aborder pour son organisme : « [Le Dr Frank m'a demandé de] “synthétiser notre longue liste d'objectifs sous la forme de trois priorités”. Il nous a ensuite aidés à le faire, et nous nous sommes tous mis d'accord sur ces priorités. Il a indiqué qu'il procédait ainsi dans sa propre carrière : choisir une voie, puis l'analyser en profondeur pour se spécialiser dans quelques domaines. »

C'était toujours agréable de se rendre aux réunions de l'IALA, parce que je savais que des décisions concrètes y seraient prises. Ces rencontres étaient toujours animées : beaucoup de débats, quelques cris, la participation de tout le monde (pas le choix)… pour finir avec une prise de décisions concertées. Il était maître dans l'art d'établir des priorités et des consensus.

Cy était un vrai visionnaire, et nous étions toujours impressionnés par ses idées novatrices. Avec son sens de l'humour discret, il trouvait le moyen de dissiper la défensive et de faire en sorte que tous se sentent membres à part entière de l'équipe.

Tous ceux qui ont eu le privilège de croiser sa route en sont ressortis grandis.

Denis Morrice
Membre du conseil consultatif de l'IALA (2001-2009)

Le Dr Cy Frank a été le directeur scientifique fondateur de l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite (IALA), un poste qu'il a occupé de 2000 à 2006. Dès les premières années, il a habilement su tisser des liens entre les représentants des milieux de la recherche sur l'arthrite, les os, la réadaptation musculosquelettique, les muscles, la santé buccodentaire et la peau, des groupes alors disparates, pour en faire une entité logique et cohérente : l'IALA. Comme d'autres l'ont mentionné, Cy a réalisé cet exploit grâce à ses capacités de consultation, d'écoute et de douce persuasion, ainsi que par son aptitude à faire en sorte que tous se sentent bienvenus et importants, et que tous s'unissent autour d'objectifs communs. Il a réussi ces tours de force avec sa cordialité, sa bonne humeur, sa patience et sa vision claire caractéristiques. Cy a marqué l'IALA, et ses successeurs – les Drs Jane E. Aubin, Phil Gardiner et Hani El-Gabalawy – ont perpétué cette tradition de collégialité, d'inclusivité, de sensibilisation et de partenariat qui a permis à l'IALA d'avoir un effet durable sur les domaines liés à son mandat.

Durant son mandat en tant que directeur scientifique de l'Institut, le financement pour la recherche en santé buccodentaire au Canada a doublé. En partenariat avec l'Association canadienne de recherches dentaires, l'IALA a également créé un programme de bourses de voyage qui, chaque année, permettait d'envoyer la crème des stagiaires à la plus importante assemblée internationale dans ce domaine, à savoir celle de l'Association internationale de recherches dentaires (AIRD). Plusieurs de ces stagiaires sont aujourd'hui des chercheurs canadiens de premier plan. En raison de ses nombreuses contributions au domaine de la recherche en santé buccodentaire au Canada, Cy a été nommé membre honoraire de l'AIRD lors de l'assemblée générale de 2008, à Toronto. Avec sa modestie habituelle, Cy, dans son discours de remerciement, a attribué le mérite aux autres : « Je pense vraiment que le milieu de la recherche en santé buccodentaire a fait tout le travail, et qu'il méritait pleinement l'essor considérable de ses activités. J'ai simplement aidé à créer les programmes. » En fait, rien de cela n'aurait été possible sans son leadership, sa vision et sa capacité à motiver et à mobiliser nos milieux et nos partenaires. Cy continue d'être une source d'inspiration pour nous tous.

Jeff Dixon
Membre du conseil consultatif de l'IALA (2010- présent)

Je me sens si privilégiée d'avoir connu Cy et le groupe de gens remarquables qui se sont rassemblés au lac Emerald en 2001 et d'avoir collaboré avec eux pour élaborer des plans, définir des stratégies, discuter, nous amuser, débattre et, ultimement, nous réunir en tant qu'équipe. Cy était une inspiration : qui d'autre serait parvenu à rallier de fervents porte-paroles de leur propre fief? Je me souviens de m'être dit que « ça ne fonctionnera jamais, nos domaines sont trop disparates, nous sommes tous trop fermés ». Puis, je me rappelle avoir été fascinée par les facultés de Cy à écouter, à démontrer les liens entre nos disciplines et à exposer une vision d'ensemble. Je l'ai aussi vu défendre ardemment l'IALA devant les IRSC, tout en favorisant les liens et la collaboration. Il se donnait entièrement dans tout ce qu'il entreprenait – sa perte est incommensurable.

Juliette E. Cooper
Membre du conseil consultatif de l'IALA (2001-2007)

Je ne connaissais pas très bien Cy, mais j'ai eu la chance de le rencontrer à quelques reprises dans le cadre d'événements organisés par l'IALA ou le RCA [Réseau canadien de l'arthrite], et même de travailler avec lui dans des séances en « petits groupes ». J'ai été vraiment impressionnée par son intelligence, ses connaissances et ses considérations pratiques. Il était un véritable gentleman qui se passionnait pour la santé des os et des articulations, la recherche en santé et l'organisation des soins de santé. Il nous laisse un précieux héritage : ses réalisations et ses idées nous guideront assurément dans nos démarches d'amélioration de la vie des Canadiens.

Debbie Feldman
Membre du conseil consultatif de l'IALA (2010-présent)

Pour les gens : appliquer les connaissances et améliorer les soins aux patients

J'ai rencontré Cy en 2004 lors du rassemblement inaugural du Groupe de travail sur l'échange des connaissances (GTEC) de l'IALA – une équipe dynamique et innovante axée sur le client (patient) et dirigée par Cy (directeur scientifique de l'IALA) et Flora Dell (présidente du GTEC).

À titre d'« ambassadeurs de la recherche » du GTEC, nous étions habilités à tisser des liens entre l'IALA et les citoyens ordinaires que nous représentions, afin de veiller à ce que les recherches importantes à leurs yeux soient entreprises et que les connaissances en découlant soient appliquées dans une optique d'amélioration des services de santé et des résultats cliniques des patients.

Cy était un visionnaire – un leader discret et confiant qui travaillait assidûment à renforcer les capacités de recherche et à favoriser des soins de santé fondés sur des données probantes au Canada. Son départ laisse un grand vide dans le milieu canadien de l'arthrite, et bien au-delà de celui-ci.

Mary Brachaniec
Membre du GTEC de l'IALA (2004-présent)

J'ai eu l'honneur de travailler avec Cy et de faire partie de l'IALA dès sa création. Pendant son mandat, le Dr Frank, notre chef, a travaillé sans relâche en vue de réaliser de grandes choses dans le domaine de la recherche scientifique sur l'appareil locomoteur et l'arthrite – nous pouvons certainement dire « mission accomplie ». Il a favorisé l'inclusion des stagiaires. Son souhait de transmettre les connaissances scientifiques a mené à la création des ambassadeurs de la recherche de l'IALA, qui avaient pour rôle de promouvoir le transfert et l'échange des connaissances. Cy, nous sommes profondément attristés, tu nous manques… Cher ami, quel riche héritage tu nous as légué!

Flora M. Dell
Membre du GTEC de l'IALA (2001-2006)

Cy Frank était le chirurgien et le scientifique par excellence : un modèle pour nous tous, un doux géant sur le plan professionnel et une perle rare sur le plan humain. Il a transformé la pratique de l'orthopédie afin de traiter les patients plus rapidement et plus efficacement, et a également révolutionné la façon de faire de la recherche au Canada, en mettant l'accent sur l'amélioration des soins aux patients et en renforçant les capacités en la matière.

Mû par sa vision, il a créé à Calgary l'Institut McCaig pour la santé des os et des articulations, qui est aujourd'hui un centre de recherche en orthopédie connu mondialement et où il a réuni des scientifiques et des cliniciens du domaine des maladies musculosquelettiques qui cherchent à atteindre des objectifs qu'ils ne pourraient réaliser à eux seuls – son apport à la recherche et à l'enseignement a été considérable. Avec l'IALA, il a appliqué cette approche à l'échelle nationale, en complétant et en élargissant à d'autres domaines les travaux entrepris à la suite de la fondation du Réseau canadien de l'arthrite (RCA) – à laquelle j'ai grandement participé.

Ce fut un plaisir de travailler avec Cy dans le cadre de toutes sortes de projets concertés. Je pense notamment à la mise sur pied de l'IALA, où il n'a ménagé aucun effort pour en faire l'institut que l'on connaît aujourd'hui, et à la création et à l'animation avec moi, à Banff, de la première – et de la très réussie – conférence internationale de sociétés nationales de recherche en orthopédie, qui réunissait alors le Canada, les États-Unis et le Japon. Sous sa direction, l'IALA et le RCA, avec la collaboration de la Société de l'arthrite, ont par la suite mis sur pied une initiative nationale sur l'arthrose au Canada.

L'approche, le dévouement et la vision de Cy ont rendu tout cela possible. Il était un leader né, une des personnes les plus sympathiques qu'il m'eût été donné de rencontrer et un collègue des plus agréables, toujours disponible pour prodiguer ses précieux conseils à quiconque sollicitait son aide. Il n'adoptait jamais une attitude de confrontation : il défendait ses convictions, certes, mais il s'assurait également de toujours écouter ses interlocuteurs. Ses contributions à la société sont légendaires et dignes du plus grand honneur que le Canada puisse décerner à cet homme sans égal. Nous avons perdu un trésor national. En ce temps de deuil, mes pensées vont aux membres de sa famille. Cy nous a laissé un héritage qui a fait du Canada un chef de file mondial de l'orthopédie et de la recherche sur l'appareil locomoteur.

Robin Poole
Membre du conseil consultatif de l'IALA (2001-2004)
Cofondateur et directeur scientifique émérite du RCA

Un ascendant qui dépasse les frontières : les retombées internationales

Les National Institutes of Health (NIH) sont profondément attristés par la nouvelle du décès de notre collègue et partenaire, Cy Frank. Cy a invité des représentants des NIH à siéger au conseil consultatif de l'IALA afin de faire progresser les initiatives scientifiques communes à nos deux pays. Il l'a fait avec sa délicate diplomatie et, comme d'autres l'ont mentionné, son extraordinaire vision que la mondialisation des sciences de la santé sert les intérêts de nos deux pays. Il était un homme bon et consciencieux, un ami cher qui nous manquera. De plus, nous n'oublierons jamais qu'il représentait l'incarnation parfaite du leadership : écoute, apprentissage, mentorat et renouvellement. Sa main tendue aux NIH illustre bien quelques-unes de ses qualités de leader, à savoir la communication, la collégialité et l'inclusivité.

Le premier CCI mis en place par Cy était un modèle de perspectives divergentes. Cy favorisait toujours les débats constructifs… et il n'a que très rarement remis la queue rouge du diable à un membre qui dépassait les limites! Comme le montre cet exemple, il a su rendre amusante la tâche sérieuse d'« ériger » un nouvel institut. Il a incité tous les membres du conseil à user d'ingéniosité et à fonder leurs actions et leurs décisions sur leur vécu. Je ne saurais exprimer à quel point cette expérience m'a aidée dans mon travail aux NIH ni quantifier l'influence que Cy a eue sur mon propre style de leadership. Au terme de mon mandat, Cy a invité la Dre Lois Cohen, du National Institute of Dental and Craniofacial Research, à se joindre au conseil. Par cette nomination, non seulement il a couvert un autre domaine scientifique et médical important, mais il a également maintenu sa relation avec les NIH. En outre, en nommant Lois, il a apporté au CCI un solide bagage d'expérience en administration de subventions des NIH ainsi qu'une expertise en collaboration internationale. Lois et moi sommes affligées du décès de Cy, mais également profondément reconnaissantes d'avoir connu cet homme. Le Canada a incontestablement perdu un trésor national.

Joan A. McGowan, Ph.D.
Membre du conseil consultatif de l'IALA (2001 2004)
Directrice, Division of Musculoskeletal Diseases
National Institute of Arthritis and Musculoskeletal and Skin Diseases
National Institutes of Health

Lois K. Cohen, Ph.D.
Membre du conseil consultatif de l'IALA (2005 2012)
Conseillère et ambassadrice Paul G. Rogers pour la recherche en santé mondiale
National Institute of Dental and Craniofacial Research
National Institutes of Health

Galerie de photos : Souvenirs de Cy Frank


Photo: Annonce des équipes en voie de formation sur l'arthrose.


Photo: Membres du Groupe de travail sur l'échange des connaissances (GTEC).

Pour plus de photos de Cy Frank visiter la page 6 de la version PDF de ce bulletin.

Liens externes

Par sa vie et son travail, Cy Frank a profondément influencé la recherche en santé au Canada. Les liens qui suivent mènent à d'autres témoignages sur sa vie.

Possibilités de financement

Nom du programme : Subvention de fonctionnement : Programme de partenariats pour l'innovation en cybersanté (PPIC)
Commanditaires : Institut des services et des politiques de la santé (ISPS), Institut du vieillissement (IV), Institut des neurosciences, de la santé mentale et des toxicomanies (INSMT) et Institut du développement et de la santé des enfants et des adolescents (IDSEA), en collaboration avec le Programme d'aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada (CNRC PARI)
Date limite d'inscription : 1er avril 2015
Date limite de présentation des demandes : 3 juin 2015


Nom du programme : Subvention sur la synthèse des connaissances : concours du printemps 2015
Commanditaire : Direction des sciences, de l'application des connaissances et de l'éthique des IRSC
Date limite de présentation des demandes : 15 mai 2015

Nom du programme : Subvention de fonctionnement : Programme des centres d'excellence en commercialisation et en recherche (concours de 2016 du Programme des centres d'excellence en commercialisation et en recherche [CECR])
Commanditaires : Réseaux de centres d'excellence (RCE)
Date limite de présentation des demandes (étape 2 : présentation d'une demande) : 28 août 2015

Réunions d'intérêt

3rd World Congress on Controversies, Debates & Consensus in Bone, Muscle & Joint Diseases (en anglais seulement)
23-26 avril 2015
Montreal, QC
(Résumés: le 20 janvier 2015)

Congrès 2015 de l'Association canadienne des ergothérapeutes (CAOT/ACE)
27-30 mai 2015
Winnipeg, Manitoba

21e Conférence canadienne sur les tissus conjonctifs (en anglais seulement)
28-30 mai 2015
Université Laval, Québec

28e Anniversaire Forum Canadien des étudiants en recherche en santé (en anglais seulement)
2-4 juin, 2015,
Winnipeg (MB)

23e Congrès mondial de dermatologie (en anglais seulement)
8-13 juin 2015
Vancouver, C.-B.

EULAR Rome 2015 (en anglais seulement)
10-13 juin, 2015
Rome, Italie

4e Conférence internationale d'orthopédie et de rhumatologie (en anglais seulement)
26-28 octobre 2015
Baltimore (Maryland), États Unis.

Réunion annuelle de l'American College of Rheumatology (en anglais seulement)
6 au 11 novembre 2015
San Francisco (Californie)

Forum annuel pour la recherche sur la santé des militaires et des vétérans
23 au 25 novembre 2015
Québec

Dernière page

RAPPEL : Le Plan stratégique de l'IALA 2014‑2018 : Améliorer la santé musculosquelettique, cutanée et buccodentaire est en ligne.
Si vous n'avez toujours pas eu l'occasion de le consulter, vous pouvez le faire en ligne sur le site officiel des IRSC ou visionner notre vidéo pour un aperçu. Vous trouverez le résumé de nos priorités stratégiques, présentées dans le cadre du symposium La science en mouvement, dans notre dossier spécial sur le Plan stratégique.

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IMHA@irsc-cihr.gc.ca

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