Des microbes qui dégradent le gluten

Les bactéries intestinales pourraient causer ou prévenir la maladie cœliaque

29 juin 2015

Les bactéries traînent une réputation peu enviable. Nous avons tendance à les associer aux infections et aux maladies. Mais en réalité, les bactéries sont parfois utiles, et peuvent même nous protéger de certaines maladies.

La Dre Elena Verdú, chercheuse à l'Université McMaster, étudie le rôle des bactéries intestinales dans la prévention, ou l'aggravation, de la maladie cœliaque. La maladie cœliaque est une maladie auto-immune – où le patient est attaqué par son propre système immunitaire – qui survient chez les personnes qui y sont génétiquement prédisposées.  

Lorsqu'une personne atteinte de la maladie cœliaque consomme du gluten – une protéine présente dans le blé, le seigle et l'orge – il s'ensuit une réaction inflammatoire qui endommage les parois intestinales et empêche l'organisme d'absorber normalement les nutriments. Les victimes peuvent être gravement malades et présenter des symptômes très divers, dont l'anémie, la fatigue et des problèmes digestifs. Il n'existe actuellement aucun traitement contre la maladie, si ce n'est que bannir définitivement le gluten de son alimentation.

Les chercheurs savent que la maladie cœliaque comporte une forte composante génétique. Cela dit, bien que 30 % de la population mondiale soit porteuse des gènes associés à la maladie cœliaque, seulement 1 % de la population est atteinte de la maladie. On observe par ailleurs une hausse du nombre de personnes recevant le diagnostic de ce trouble.

« L'incidence de la maladie cœliaque a presque quadruplé depuis une cinquantaine d'années, et nous savons que cela ne s'explique pas uniquement par l'amélioration du diagnostic », signale la Dre Verdú.

L'ensemble de ces observations laisse supposer que des facteurs environnementaux sont en cause dans le déclenchement de la maladie cœliaque. Selon la Dre Verdú et d'autres chercheurs, ces facteurs pourraient inclure les bactéries et d'autres micro-organismes qui peuplent l'intestin humain – aussi connus sous le nom de microbiome intestinal.                 

Des études antérieures ont démontré que chez les personnes atteintes de la maladie cœliaque, les bactéries qui peuplent l'intestin grêle varient constamment. Certaines bactéries intestinales sont capables de dégrader le gluten et pourraient donc protéger les personnes à risque de maladie cœliaque. Celles qui ne possèdent pas cette bactérie pourraient être plus susceptibles de développer les symptômes de la maladie.

Cette connaissance pourrait mener à de nouveaux traitements et contribuer à protéger les personnes qui suivent un régime alimentaire sans gluten. Par exemple, les porteurs des gènes associés à la maladie cœliaque pourraient ajouter de bonnes bactéries à leur alimentation afin de prévenir l'apparition de la maladie. Les patients déjà atteints pourraient utiliser les bactéries pour se prémunir contre les effets dommageables d'une ingestion accidentelle de gluten. Cependant, la confirmation de ces hypothèses nécessitera davantage de recherche.  

Avec le soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada, le laboratoire de la Dre Verdú a aussi démontré que certaines bactéries présentes chez les personnes souffrant de maladie cœliaque, et non chez des sujets en bonne santé, pouvaient aggraver l'inflammation chez des souris sensibles au gluten. Il est donc possible que le type de bactérie qui peuple le haut du tractus digestif puisse, par son activité, augmenter ou réduire les risques de développer la maladie chez les personnes qui y sont modérément prédisposées sur le plan génétique.

Pour le moment, la Dre Verdú exhorte les personnes croyant souffrir de la maladie cœliaque à se soumettre à un test de dépistage avant de modifier leur alimentation.

« Il est essentiel de subir des analyses sanguines et une biopsie mineure avant d'adopter un régime alimentaire sans gluten, faute de quoi un diagnostic fiable pourrait être très difficile à obtenir », explique la Dre Verdú.

La chercheuse souligne également que les régimes sans gluten ne sont pas bénéfiques pour tout le monde. Ces régimes ont tendance à être faibles en éléments nutritifs et en fibres et peuvent perturber le fragile équilibre entre les bactéries qui peuplent l'intestin.

Selon la Dre Verdú, si vous changez votre alimentation, « vous devez savoir pourquoi vous le faites et comment bien le faire ». C'est pourquoi il faut consulter un médecin ou un nutritionniste à ce sujet.  

Pour en savoir plus sur la maladie cœliaque, consultez Santé Canada.

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