Combler les failles
Nouvelles subventions d'équipe des IRSC pour améliorer les connaissances au sujet du traitement de l'obésité sévère là où le besoin est le plus pressant

Une nouvelle attention accordée aux besoins non comblés

Le Réseau canadien en obésité (CON-RCO) s'efforce de combler les principales lacunes dans les connaissances afin que les parents, les éducateurs, les responsables des politiques et les professionnels de la santé puissent prendre des décisions fondées sur des preuves scientifiquement rigoureuses, et non sur des croyances sans fondement.

Plus d'études de haute qualité sur l'obésité sont donc nécessaires de façon urgente au Canada. Les enseignements tirés de la recherche actuelle et future doivent aussi parvenir aux personnes qui en ont le plus besoin.

L'initiative FOCUS (pour Fund for Obesity Collaboration and Unified Strategies) a été lancée en 2015 pour mobiliser les ressources et l'expertise de chefs de file canadiens dans le domaine de la recherche, le milieu des affaires et le secteur public. Le but est de recueillir au moins 1,5 million de dollars par année pour financer des initiatives de recherche, d'éducation et de sensibilisation importantes visant à combler les manques de connaissances.

Pour en savoir plus, voir le Réseau canadien en obésité (en anglais seulement).

Traduction d'un texte paru dans la revue CONDUIT, printemps 2015 © 2015 Le Réseau canadien en obésité
Par Lisa Willemse

L'Organisation mondiale de la santé reconnaît que l'épidémie d'obésité constitue l'un des problèmes de santé publique les plus criants, quoique négligés, de nos jours. Au Canada, comme ailleurs, la recherche et la pratique clinique permettent de mieux comprendre la complexité du problème, mais il reste encore beaucoup à faire, particulièrement en ce qui concerne le traitement de l'obésité, chez les personnes atteintes d'obésité sévère surtout.

En avril dernier, le Réseau canadien en obésité (CON-RCO), par l'entremise de son nouveau fonds FOCUS, a lancé avec les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) une initiative de recherche stratégique visant à combler les lacunes dans notre compréhension de l'obésité sévère.

« L'obésité est une maladie chronique complexe dont la prévention et le traitement exigent une action de la part de multiples secteurs de la société », dit le Dr Philip Sherman, directeur scientifique de l'Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète des IRSC. « Ces nouveaux fonds destinés à la recherche aideront à mettre au point de nouveaux traitements pour l'obésité chez les adultes et les enfants, et ils sont le résultat d'un partenariat prometteur entre les Instituts de recherche en santé du Canada, Alberta Innovates - Health Solutions (AIHS), le réseau clinique stratégique sur le diabète, l'obésité et l'alimentation des Services de santé de l'Alberta, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l'Ontario, le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS) et le CON-RCO. »

Après un long processus d'évaluation par les pairs des IRSC, trois subventions d'équipe ont été accordées. Trois projets – un en obésité pédiatrique, et deux qui exploreront la chirurgie bariatrique et le microbiote chez les adultes – se partageront un investissement total de 4,5 millions de dollars sur cinq ans.

Définir l'étendue de l'obésité sévère chez les enfants canadiens

Dans les cours d'école partout au pays, on peut voir des enfants en proie à d'importantes difficultés physiques et émotionnelles causées par une obésité sévère. « Ils sont faciles à reconnaître », dit le Dr Geoff Ball, professeur agrégé à l'Université de l'Alberta et chercheur principal au sein de l'équipe FOCUS ABC3 (pour Addressing Bariatric Care in Canadian Children). « Et pourtant, nous ne savons pas encore dans quelle mesure l'obésité sévère est répandue, quelles sont les sous-populations au sein de ce groupe, ou quels genres de traitements sont efficaces. »

L'équipe ABC3 est formée d'un vaste groupe coordonné de chercheurs et de cliniciens de partout au pays qui contribueront à plusieurs projets à Vancouver, à Edmonton, à Toronto et à Hamilton. Collectivement, l'équipe cherche à obtenir des données au sujet d'enfants qui présentent une obésité sévère, soit les risques pour la santé auxquels ils sont exposés, leurs comportements alimentaires, et les facteurs permettant de prédire l'initiation de traitement. Puisque les enfants en milieu rural ou en région éloignée ont moins accès aux services, et que ceux qui vivent en ville peuvent être mal à l'aise de consulter les services de santé en personne, une étude a pour but de mettre à l'essai une intervention en ligne fondée sur le mode de vie et le comportement pour la prise en charge de l'obésité pédiatrique sévère.

Aider les enfants atteints d'obésité sévère et leurs familles à prendre en charge leur poids représente déjà un défi, mais celui-ci augmente lorsque l'obésité sévère s'accompagne d'un handicap physique. « On s'attend à ce que des cliniques de pédiatrie spécialisées dans la prise en charge du poids soient outillées pour offrir un traitement complet à ces enfants et à leurs familles », dit le Dr Ball. « Nous devons faire le meilleur travail possible et ne pas simplement être un autre endroit où l'on dit : “Désolé, mais on ne peut rien faire pour vous”. » Étant donné ce besoin, l'équipe a prévu une étude qualitative pour savoir des familles quels sont leurs besoins en fait de services de santé face au problème de l'obésité sévère chez les enfants aux prises avec un handicap physique.

La chirurgie bariatrique et ses effets sur le diabète de type 2

La fréquence de la chirurgie bariatrique d'un bout à l'autre du Canada varie considérablement d'une province à l'autre. En Ontario et au Québec, près de 5 000 interventions ont été pratiquées en 2012-2013, comparativement à 178 en Colombie-Britannique. De plus, le taux de rémission pour le diabète de type 2 après la chirurgie bariatrique peut se situer entre 20 % et 90 %, selon le type de chirurgie et la sévérité de la maladie. Ces écarts doivent être mieux compris, et c'est dans ce but que travaillera d'abord l'équipe dirigée par les Drs André Tchernof, Laurent Biertho et Denis Richard à l'Université Laval que subventionnent les IRSC.

Comme l'explique le Dr Tchernof : « Nous devons avoir plus d'informations sur les effets cliniques de chaque opération et les mécanismes à la base de ces effets pour pouvoir prendre de meilleures décisions quant au type de traitement qui convient le mieux à chaque patient. »

« Plus précisément, ajoute le Dr Biertho, nous voulons nous pencher sur la rémission de longue durée du diabète de type 2, un important problème de santé concomitant chez les personnes qui présentent une obésité sévère. Pour l'instant, il n'existe pratiquement pas de données sur les résultats à long terme, c'est-à-dire sur cinq à dix ans. »

Pour remédier à cette situation, l'équipe examinera les effets préopératoires et postopératoires à long terme de trois types de chirurgie bariatrique pour évaluer la qualité de vie et la rémission des maladies associées à l'obésité. Une étude complémentaire portera en outre sur les changements au niveau du métabolisme, de la neurobiologie et du microbiote intestinal chez les humains et des modèles rongeurs. Les premiers patients ont été recrutés pour l'étude clinique en avril 2015.

Le microbiote fécal comme approche thérapeutique des soins bariatriques

La chirurgie bariatrique est le traitement standard actuel pour environ la moitié des personnes atteintes d'obésité sévère. Selon des études récentes, cette opération entraîne entre autres une perturbation du microbiote intestinal – les bactéries et les autres microorganismes qui aident à la digestion. Cette perturbation peut, par contre, ouvrir une possibilité. Du moins, c'est ce que pense la Dre Johane Allard, professeure à l'Université de Toronto. La Dre Allard dirige une équipe des IRSC qui explorera le microbiote fécal à toutes les étapes de la chirurgie bariatrique et examinera la corrélation entre le microbiote et la sensibilité à l'insuline.

« Les personnes obèses ont un type différent de microbiote intestinal. De plus, il a été démontré que si l'on perd du poids, l'on améliore son microbiote intestinal », dit la Dre Allard. « Un de nos objectifs est de déterminer les interactions entre les bactéries du côlon et les améliorations du métabolisme associées à la chirurgie bariatrique, et de voir si des bactéries particulières sont en cause dans la libération d'hormones qui influent sur l'appétit et la sensibilité à l'insuline. »

Les résultats de cette portion de l'étude aideront à poursuivre un but secondaire : réaliser des transplantations fécales chez des patients et en étudier les résultats. Cela s'inscrit dans le prolongement d'autres recherches selon lesquelles la transplantation de matières fécales de sujets maigres en santé chez des sujets présentant un syndrome métabolique peut améliorer la sensibilité à l'insuline.

Puisque ce ne sont pas tous les patients qui peuvent bénéficier de la chirurgie bariatrique pour réduire leur poids, les résultats de ce projet pourraient montrer le potentiel de la transplantation fécale comme solution de rechange viable.

« Nous sommes ravis du résultat de la première activité financée dans le cadre de l'initiative FOCUS, qui vise à tout mettre en œuvre pour mobiliser l'appui de partenaires des secteurs public et privé afin de rendre possible une amélioration tangible de la prévention et du traitement de l'obésité au Canada », dit le Dr Arya M. Sharma, directeur scientifique du CON-RCO. « Nous avons de grands projets et nous sommes impatients d'accueillir plus de partenaires. »

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