La quête d'un remède contre le VIH

Peut-on espérer un remède? Découvrez ce que fait le Consortium canadien de recherche sur la guérison du VIH et la communauté internationale pour vaincre le virus

17 juillet 2015

Bien des progrès ont été accomplis depuis la découverte du VIH, le virus à l'origine du sida, en 1984. À l'époque, des milliers de personnes étaient déjà décédées des suites du sida et de nouveaux cas étaient signalés partout dans le monde. Cette découverte de chercheurs américains et français travaillant indépendamment a donc suscité de grands espoirs. Si le virus pouvait être identifié, il pouvait probablement être stoppé.

Hélas, faire obstacle au VIH s'est avéré difficile.

Le VIH s'attaque au système immunitaire et rend l'hôte vulnérable à des infections et à des maladies contre lesquelles l'organisme peut habituellement lutter. Le virus est difficile à cibler, car il transforme la cellule infectée en véritable « usine » capable de fabriquer de plus en plus de copies du virus jusqu'à la ce que la cellule meure. Ces copies du virus peuvent ensuite infecter des cellules saines, et ainsi le cycle se perpétue. Il est donc essentiel d'interrompre ce cycle, constat qui a mené à la mise au point du traitement antirétroviral (TAR), dont le premier a été approuvé en 1987. C'est toutefois en 1996 que la véritable percée a eu lieu, avec l'arrivée des antirétroviraux combinés ou traitements antirétroviraux hautement actifs. Ces nouveaux et puissants médicaments ont permis de prolonger considérablement l'espérance de vie des personnes séropositives et de maîtriser le virus en s'attaquant aux cellules infectées qui reproduisent le virus, sans toutefois l'éliminer. Le virus se cache dans ce que les scientifiques appellent des « réservoirs », cellules infectées ne produisant pas activement de nouvelles copies du virus. Ces cellules « latentes » ne sont pas ciblées par les antirétroviraux, pas même les traitements améliorés dont nous disposons aujourd'hui, si bien qu'elles peuvent de nouveau se transformer en « usines à virus » si le traitement est interrompu.

Photo : Dr Éric A. Cohen

« Le TAR est un traitement à vie qui pose de nombreux défis », explique le Dr Éric A. Cohen, directeur du Consortium canadien de recherche sur la guérison du VIH (CanCURE) et chercheur financé par les IRSC à l'Institut de recherches cliniques de Montréal. On parle notamment des effets du traitement à long terme comme l'accélération du vieillissement et les maladies cardiovasculaires, osseuses et rénales. « Il existe aussi des considérations économiques et logistiques, poursuit le Dr Cohen, puisque sur les 35 millions de personnes qui vivent avec le VIH, seule la moitié a accès à un traitement. »

Cependant, dans la quête d'un remède contre le VIH, le TAR joue toujours un rôle important. En effet, l'instauration précoce de ce traitement peut contribuer à réduire la taille et la complexité des réservoirs de virus, ce qui les rendra plus faciles à éradiquer au moyen de l'approche dite « kick and kill » (déloger et tuer), du moins on l'espère. Cette méthode consiste à activer le virus caché et à stimuler le système immunitaire pour qu'il reconnaisse et détruise les cellules infectées. Si elle connaît du succès, elle mènera à ce que l'on appelle la « guérison fonctionnelle » – ou rémission durable du VIH –, qui permettra de cesser le TAR sans risquer la réactivation du virus. Autrement dit, même sans éradiquer totalement le virus, la guérison fonctionnelle permettrait une maîtrise durable du VIH sans la prise de médicaments à vie.

Le défi consiste à localiser tous les réservoirs afin de cibler le virus latent. Contrairement aux cellules cancéreuses, qui se comportent différemment des cellules saines, les cellules des réservoirs ne se distinguent pas des autres. Bien que les chercheurs aient identifié un grand nombre de réservoirs anatomiques (dont le cerveau, les intestins et les voies génitales), ils travaillent encore à l'identification de tous les types de cellules et de tissus touchés.

Grâce au financement de l'Initiative canadienne de recherche sur un remède contre le VIH – partenariat entre les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la Fondation canadienne de recherche sur le sida et la Société internationale sur le sida –, CanCURE contribue à la compréhension de la communauté internationale de ces réservoirs et de l'état de latence du virus. L'équipe se compose de chercheurs biomédicaux et de cliniciens provenant de 10 universités au Canada, ainsi que d'un chargé de liaison, qui apporte au projet le point de vue des personnes vivant avec le VIH.

« Trouver un remède n'est pas le genre de projet que vous pouvez mener seul dans votre laboratoire », remarque le Dr Cohen, qui souligne que CanCURE collabore avec des scientifiques du monde entier, des organismes communautaires, des entreprises de biotechnologie et d'autres équipes de recherche au Canada qui étudient différents aspects du virus. « C'est seulement au prix d'un effort extrêmement concerté et d'une approche multidisciplinaire et systématique que nous pourrons vaincre le VIH dans un avenir relativement proche. »

Depuis 2012, en grande partie grâce au travail de la Société internationale sur le sida, on assiste à un élan mondial en faveur de la coordination des efforts visant à trouver un remède contre le VIH. Partout sur la planète, des équipes de recherche se consacrent à des champs d'études particuliers, dont celle de CanCURE. L'équipe canadienne étudie les macrophages, cellules du système immunitaire qui absorbent et digèrent les agents pathogènes, car le VIH cible ces cellules et pourrait y demeurer en état de latence.

« Notre travail est complémentaire à celui des autres équipes; il n'y a pas de chevauchement », indique le Dr Cohen. « Il s'agit donc d'une contribution unique et importante du Canada. »

Quoiqu'il ne veuille pas nourrir les attentes, le Dr Cohen demeure optimiste : « Nous avons la preuve du principe qu'une guérison est possible, plaide-t-il, et nous avons accès à un nombre croissant de technologies nouvelles et naissantes. Tout cela me laisse croire que le temps est venu de tout mettre en œuvre pour trouver un remède et enrayer l'épidémie mondiale de sida. »

Pour plus d'information sur CanCURE, visitez le site Web.

Pour en savoir plus sur le VIH au Canada, visitez le site Web Canadiens en santé. Vous pouvez aussi suivre l'histoire du VIH au Canada sur le site Web du Réseau canadien d'info-traitements sida (CATIE).

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