Améliorer la santé pas à pas

Source : Kahnawake Schools Diabetes Prevention Project (KSDPP)

Les habitants de Kahnawake poursuivent un projet de recherche de longue date sur la prévention du diabète de type 2

12 août 2015

En juin dernier, lorsque les élèves essoufflés traversaient en souriant le fil d'arrivée de la course Racers for Health, les applaudissements ne fusaient pas que pour eux.

En effet, cette course, qui en est à sa 21e édition, s'inscrit dans le cadre du Projet de prévention du diabète dans les écoles de Kahnawake (PPDEK) (en anglais seulement), véritable modèle de partenariat communautaire et de collaboration entre les chercheurs et la communauté en vue de lutter contre une crise sanitaire touchant de nombreuses communautés des Premières Nations : le diabète de type 2.

La prévalence du diabète de type 2 est estimée à 6,8 % parmi la population canadienne. Or, dans certaines communautés autochtones, ce taux est environ trois fois supérieur à la moyenne nationale.

« La prévalence du diabète de type 2 augmente partout au Canada, mais grâce au PPDEK et aux partenariats locaux qui contribuent à promouvoir de saines habitudes de vie, le taux d'augmentation à Kahnawake s'est maintenu entre celui du Canada et celui des communautés autochtones, contrairement à la forte augmentation observée dans les communautés autochtones », se réjouit la Dre Ann C. Macaulay, qui a cofondé le PPDEK en 1994.

Dans les années 1970, la Dre Macaulay a commencé à voir de plus en plus de patients atteints du diabète de type 2 sur le territoire mohawk de Kahnawake, en face de Montréal, sur la rive sud du Saint-Laurent.

Dans les années 1980, elle a collaboré avec son confrère mohawk, le Dr Louis T. Montour, pour mener deux études qui ont confirmé leurs observations. « Les chiffres étaient alarmants », déplore la Dre Macaulay.

« Des aînés sont venus nous demander si nous pouvions faire quelque chose pour prévenir la maladie, en accordant une attention particulière aux jeunes », raconte la Dre Macaulay, professeure de médecine familiale à l'Université McGill. « Ils se sentaient prisonniers de leurs modes de vie, mais voulaient empêcher les jeunes d'avoir à supporter le fardeau qu'impose cette maladie. »

La Dre Macaulay savait très bien que les communautés des Premières Nations avaient vécu des expériences décevantes lorsque des chercheurs venus d'ailleurs en avaient fait leurs « objets » d'étude.

Pour éviter la même erreur, le PPDEK a toujours eu comme principe directeur de travailler d'égal à égal avec la communauté. Ainsi, ce projet prévoit des interventions communautaires qui permettent d'évaluer et de documenter l'efficacité de la recherche.

« Nous avons commencé au milieu des années 1990, avant l'élaboration de toutes les lignes directrices actuelles en matière d'éthique », souligne la Dre Macaulay. « Nous sommes devenus des chefs de file de l'élaboration d'un code d'éthique pour la recherche qui combinait les sciences avec la pertinence culturelle et le respect de la communauté. »

Financé en partie par diverses subventions des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le PPDEK demeure un des plus anciens projets communautaires de recherche en santé toujours en vigueur au Canada.

La communauté a toujours participé activement au PPDEK, de sa conception initiale aux activités actuelles, comme le mentionne le Dr Alex McComber, résidant de Kahnawake et agent de mobilisation communautaire du PPDEK, qui est engagé dans ce projet depuis les premiers jours.

Fort de son expérience au PPDEK, le Dr McComber offre maintenant de la formation à d'autres communautés ou organismes autochtones partout au Canada. En juin 2015, il a reçu un doctorat honorifique de l'Université Queen's en reconnaissance de ses efforts soutenus de mobilisation en santé communautaire et de recherche participative communautaire.

Les bénévoles formant le conseil consultatif communautaire du PPDEK rencontrent chaque mois les chercheurs et le personnel à temps plein du projet pour établir des objectifs, planifier et mettre en œuvre des interventions et des évaluations, recueillir et interpréter des données, examiner des publications et échanger des résultats.

Selon le Dr McComber, un des éléments au cœur du succès durable du PPDEK consiste en une série de cours de 30 minutes créée par des infirmières et des nutritionnistes de l'hôpital local. Cette série à l'intention des élèves des deux écoles primaires de Kahnawake aborde les thèmes de la nutrition, de la forme physique et du mode de vie, ainsi que du diabète.

Des chercheurs, dont plusieurs de Kahnawake, ont évalué périodiquement la condition physique, les habitudes alimentaires, le niveau d'activité physique et l'utilisation des médias sociaux chez les élèves du primaire.

Des intervenants d'organismes communautaires de Kahnawake et du PPDEK ont aussi travaillé ensemble pour améliorer les infrastructures locales soutenant un mode de vie actif, par exemple en aménageant des sentiers récréatifs, et pour parrainer plus d'une dizaine d'activités sociales annuelles comme la marche de la fête des Mères, les marches pour la prévention du diabète et le carnaval d'hiver du centre jeunesse de Kahnawake.

En encourageant les élèves qui franchissent le fil d'arrivée, le Dr McComber sait que ce projet est plutôt un marathon qu'un sprint, et que l'objectif sera atteint pas à pas.

« Une des plus belles réussites du PPDEK est la sensibilisation au diabète et à l'importance de sa prévention et d'un mode de vie sain dans la communauté », affirme le Dr McComber. « Amener les gens à changer leurs habitudes peut être terriblement long, mais la prise de conscience opérée est déjà un succès. »

Renseignements :

Projet de prévention du diabète dans les écoles de Kahnawake (en anglais seulement)

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