Éduquer le système immunitaire pour prévenir les allergies

Une équipe de recherche du CUSM développe un vaccin qui pourrait contrer les allergies respiratoires

25 août 2015

Pour des millions de Canadiens, l'arrivée du printemps marque le rituel des éternuements et d'une respiration sifflante causés par leurs allergies saisonnières. Une équipe de recherche à l'Hôpital de Montréal pour enfants de l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) leur apporte une lueur d'espoir grâce à un vaccin qui serait capable de rediriger la réponse immunitaire et l'écarterait ainsi de la voie qui conduit au développement des allergies. Les résultats, publiés dans la revue Mucosal Immunology, ont des implications cliniques importantes car les allergies et l'asthme sont des conditions permanentes qui se déclarent souvent dès l'enfance et qui n'ont, pour l'instant, aucune cure.

« Pour la première fois, notre étude offre la possibilité de prévenir les allergies en utilisant une molécule qui éloigne la réponse immunitaire de la réponse allergique », explique l'auteure principale, la Dre Christine McCusker, allergologue à l'Hôpital de Montréal pour enfants et professeure agrégée au Département de pédiatrie à l'Université McGill. « Cette découverte est très prometteuse puisque la molécule que nous avons développée peut être administrée sous forme de goutte dans le nez par pulvérisation ».

On estime que de 20 à 30 pour cent de la population canadienne souffre d'une forme d'allergie, et des recherches récentes indiquent qu'un Canadien sur treize est atteint d'une allergie alimentaire marquée. Si les causes des allergies demeurent inexpliquées, on croit que tous les enfants naissent avec le potentiel de développer une allergie. Les enfants qui n'ont pas d'allergie passent à une réponse immunitaire non allergène lorsqu'ils sont en présence d'allergènes, tandis que chez ceux qui développent une allergie, ce changement ne s'opère pas lorsqu'ils sont exposés à l'allergène.

La Dre McCusker et son équipe des Laboratoires Meakins-Christie ont eu recours à des modèles animaux pour tester une molécule précise – le peptide STAT6 – qui est importante dans le développement de la réaction allergique. Ils pensaient que s'ils pouvaient provoquer l'inhibition de cette molécule, cela réduirait les symptômes des maladies des voies respiratoires dues aux allergies, comme l'asthme, chez les animaux allergiques. Ils espéraient aussi empêcher l'allergie de se développer. Pour ce faire, ils ont développé un peptide inhibiteur, le STAT6-IP, et l'ont administré par voie intranasale à des souriceaux nouveau-nés au moyen de gouttelettes.

Photo : Dre Christine McCusker

« En administrant le peptide STAT6-IP très tôt, avant même que les allergies soient présentes, nous avons pu éduquer le système immunitaire. Donc, quand nous avons ensuite essayé de rendre les souris allergiques, nous ne pouvions pas, parce que le système immunitaire avait “appris” à tolérer les allergènes », explique la Dre McCusker qui est également chercheuse à l'IR-CUSM.

« La beauté de notre approche, c'est que nous n'avons pas besoin de la jumeler à un allergène spécifique, nous n'utilisons que ce peptide. Celui-ci redirige tout simplement le système immunitaire ailleurs que vers la réponse allergique et cela n'aura plus d'importance si l'enfant est exposé au pollen, aux chats ou aux chiens, car le système immunitaire ne formera plus de réaction allergique agressive », ajoute la Dre McCusker.

« Chez les sujets susceptibles de développer des allergies, ce système a pris la “mauvaise” décision en cours de route », explique la Dre McCusker. « C'est comme si on éduquait le système immunitaire à suivre la bonne voie. »

Les chercheurs étudient actuellement l'effet de ce peptide de plusieurs façons pour voir dans quels autres domaines ce genre d'enseignement immunitaire pourrait prévenir les maladies, comme le domaine des allergies alimentaires. Ils espèrent ensuite passer aux essais cliniques chez l'humain.

Les Instituts de recherche en santé sont fiers d'appuyer la recherche de la Dre McCusker.

Source : Centre universitaire de santé McGill.

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