Encourager les enfants à être actifs

Acquérir de saines habitudes de vie dès la garderie

12 novembre 2015

Les enfants et les jeunes canadiens consacrent actuellement 62 % de leur temps d’éveil à des activités sédentaires, un pourcentage qui continuera de grimper avec l’âge. Les recherches montrent que les enfants sédentaires ont de plus fortes chances d’être atteints d’une maladie chronique. On observe toutefois que seulement 15 % des enfants de 3 et 4 ans et 5 % des enfants de 5 ans suivent les recommandations canadiennes en matière d’activité physique. La Dre Kristi Adamo et son équipe de recherche de l’Université d’Ottawa et du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario tentent de s’attaquer à la source de ce problème grandissant en augmentant les taux d’activité physique dans les garderies.

Près de la moitié (46 %) des parents canadiens disent avoir recours à des services de garde. Or, les recherches montrent qu’il est beaucoup plus facile de modifier les comportements en matière de santé chez les jeunes enfants que chez les enfants plus âgés ou les adultes, ce qui fait des garderies un endroit de prédilection pour inculquer de saines habitudes de vie. Les années passées en garderie sont critiques pour la croissance et le développement des enfants, et elles ont des répercussions durables sur les comportements futurs.

ABC : Être actif dès l’enfance

Dre Kristi Adamo

(De gauche à droite) Dre Kristi Adamo (Investigatrice principale), Patricia Burhunduli (Assisante de recherche), Kimberly Grattan (coordinatrice de recherche)

La Dre Adamo, cofondatrice du groupe de recherche sur les saines habitudes de vie et l’obésité du CHEO, a réalisé un essai clinique randomisé dans 18 garderies appelé ABC: Activity Begins in Childhood (ABC : Être actif dès l’enfance).« ABC est un programme d’intervention qui vise à accroître l’activité physique chez les enfants d’âge préscolaire et à réduire leur temps de sédentarité », explique la Dre Adamo. Pour réaliser cette étude financée par les IRSC, la Dre Adamo a préparé un nouveau programme d’éducation en garderie qui comprend des activités basées sur des habiletés motrices fondamentales qui s’ajoutent aux activités préparatoires régulières offertes en garderie.

Avec le programme ABC, les garderies jouent un rôle important dans la supervision et l’organisation des activités des enfants, mais l’équipe de la Dre Adamo fournit aussi d’autres ressources et services, notamment de la formation aux éducateurs et aux parents. Une partie de cette formation consiste à trouver des occasions de faire bouger les enfants. « Nous transformons des activités courantes en activités amusantes », de dire Kimberly Grattan, une des coordonnatrices de la recherche pour le programme ABC. « Cela peut être faire semblant d’être un animal en se préparant à sortir ou danser au rythme de la musique en exagérant ses mouvements. Nous voulons que les enfants intègrent l’activité physique à leurs activités quotidiennes. »

Le but du programme ABC est d’amener les enfants d’âge préscolaire à éprouver un réel plaisir à faire de l’exercice et à bâtir leur confiance en soi par le mouvement. Grâce à des méthodes d’enseignement adaptées et à des jeux stimulants, les enfants apprennent qu’ils n’ont pas besoin d’être de grands athlètes pour récolter les bienfaits de l’activité physique. Pour suivre les progrès réalisés, l’étude se sert d’un accéléromètre. L’appareil, qui ressemble à un podomètre, se porte sur une ceinture élastique confortable et sert à recueillir une vaste gamme de données. Il enregistre à la fois les comportements actifs et sédentaires, ce qui permet aux chercheurs de dresser un tableau plus exact des niveaux d’activité d’un enfant.

La Dre Adamo et son équipe fondent beaucoup d’espoir dans cette recherche. À la fin du programme de six mois, ils s’attendent à voir une amélioration des habiletés motrices et de la participation des enfants aux activités physiques quotidiennes, ainsi qu’une diminution du temps consacré à des activités sédentaires. « Les garderies comprennent bien la valeur du programme », explique Kim Grattan. « Et, comble de bonheur, les enfants nous accueillent toujours avec des sourires et des câlins. Ils adorent vraiment le programme! »

« Notre garderie croit fermement en l’activité physique », dit Susan McLeah-Hayes, coordonnatrice du programme au Carleton Memorial Childcare Center. « Nous pensons que des activités comme celles offertes dans le cadre du programme ABC peuvent agrémenter la journée et faciliter l’apprentissage de l’enfant. »

L’équipe procède actuellement à l’analyse des données finales et espère que l’étude aura une incidence sur les garderies au Canada. « Nous espérons avoir un impact sur l’élaboration des politiques et des programmes de formation en garderie, et conscientiser les éducateurs aux avantages du programme pour qu’ils aillent chercher la formation appropriée », ajoute la Dre Adamo.

Les enfants actifs sont des enfants heureux

On sait que l’activité physique donne de l’énergie et qu’elle améliore le rendement scolaire, l’humeur, la confiance en soi et la gestion du poids. Les enfants qui développent de bonnes habiletés motrices fondamentales ont plus de chances de s’adonner à l’activité physique à l’adolescence et dans leur vie adulte.

Comment accroître l’activité physique chez son enfant? Elle-même mère de deux enfants, la Dre Adamo explique que l’expérience n’a pas besoin d’être pénible pour les parents. « Il n’est pas nécessaire d’inscrire son enfant à une activité ou à un sport », dit-elle. « On peut faire des choses très simples et amusantes avec nos enfants pour les faire bouger. Par exemple, faire une promenade à pied ou à vélo après le souper, construire un bonhomme de neige, ou simplement encourager nos enfants à jouer dehors. »

Pour en savoir plus sur le programme ABC et pour entendre la Dre Kristi Adamo parler de l’activité physique chez l’enfant, nous vous invitons à écouter son balado.

Le Carleton Memorial Daycare Centre est l’une des garderies qui participent à l’étude de la Dre Adamo.

Audio – Entrevue avec Patricia Burhunduli

La Dre Kristi Adamo et son équipe de recherche du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) s’efforcent de lutter contre le problème grandissant qu’est le faible niveau d’activité physique chez les enfants d’âge préscolaire en augmentant les taux d’activité physique dans les garderies. Avec la multiplication des ménages à deux revenus, la demande en services de garde ne cesse de croître, et les études montrent que l’environnement social et physique où les enfants passent leur temps a une forte influence sur leur comportement. Le programme d’intervention de la Dre Adamo, ABC: Activity Begins in Childhood, qui a été mis en œuvre dans 18 garderies de la grande région d’Ottawa, intègre des activités basées sur des habiletés motrices fondamentales.

La Dre Adamo, dont le travail est subventionné par les IRSC, est une chercheuse de l’Université d’Ottawa et du CHEO qui s’intéresse à la prévention de l’obésité chez les enfants et aux périodes critiques de la croissance et du développement. Dans ce balado, elle offre un aperçu de l’importance d’accroître l’activité physique chez les enfants.

Transcription

Ici David Coulombe et les nouvelles de la recherche en santé des IRSC. Saviez-vous que seulement 7 % des jeunes enfants au Canada respectent les standards recommandés en termes d’activité physique? De plus en plus de familles voient les deux conjoints travailler, ce qui augmente les besoins en termes de gardiennage. Puisque la recherche démontre que l’environnement social et physique d’une jeune a un impact important sur son comportement, n’aurait-il pas mieux de travailler en concert avec les milieux de garde pour accroitre les activités physiques chez les jeunes?

Pour en discuter, mon invité aujourd’hui est Patricia Burhunduli qui elle est assistante de recherche pour la docteure Kristi Adamo, financée par les IRSC, qui mène un projet de recherche sur l’activité physique et les enfants à l’université d’Ottawa, en partenariat avec le centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario.

David Coulombe : Alors ma première question pour vous Patricia, pourquoi est-ce si important d’augmenter le niveau d’activité physique chez les enfants en garderie?

Patricia Burhunduli : On voit qu’il y a plusieurs enfants mis en garderie. C’est parfaitement normal, mais on voit qu’il y a des environnements qui augmentent l’activité physique, puis il y en a qui diminuent l’activité physique. On voit que l’activité physique déjà c’est vraiment important pour les enfants puisque quand ils commencent en bas âge, on voit que ça va continuer quand ils seront adultes et adolescents, on voit aussi qu’il y a beaucoup d’enfants qui n’atteignent pas les recommandations qu’ils ont besoin. Quand on regarde les statistiques, on voit qu’il y a seulement 15 % des enfants entre l’âge de trois et quatre ans qui vont atteindre les montants qu’ils ont besoin par jour. On encourage qu’ils aient au moins 180 minutes d’activité physique intense par jour et puis y en a qui ne font pas ça. Si on peut encourager cela à des bas âges, ça va améliorer leur santé quand ils seront plus vieux.

David Coulombe : Pourriez-vous nous en dire davantage sur le programme que vous avez implanté dans les garderies?

Patricia Burhunduli : Le premier but est qu’on veut augmenter l’activité physique dans les garderies. Dans les garderies, on veut augmenter les mouvements simples, comme sauter, lancer un ballon, galoper. Si on peut faire ça, ça va diminuer le montant de temps que les enfants sont assis. On veut donc augmenter le temps durant lequel ils font de l’activité physique. Dans le futur, si on est capables d’entrer dans les curriculums des garderies pour essayer d’augmenter le montant d’activité physique qu’ils font, ça pourrait avoir un bon impact dans le futur.

David Coulombe : Votre projet de recherche  utilise un instrument assez particulier pour recueillir des données sur le niveau d’activité physique. Comment ça fonctionne exactement cet appareil?

Patricia Burhunduli : C’est comme un podomètre. Alors ce qu’on fait avec ces machines qu’on aime appeler « moniteurs d’activité physique », on le met comme une ceinture et ça nous donne beaucoup d’informations sur l’activité physique de l’enfant. Ça va nous dire combien d’activité physique ils font et nous dit aussi la durée et l’intensité. Ça nous dit même quand les enfants ne dont pas d’activité physique, alors quand ils sont assis et ne font rien. C’est comme un podomètre avancé ou intelligent qui nous donne beaucoup d’information sur ce qu’ils font.

David Coulombe : Dernière question pour vous, quels sont les bénéfices d’augmenter le niveau d’activité physique des jeunes enfants sur leur étant de santé à long terme.

Patricia Burhunduli : On doit commencer par dire que l’activité physique est importante à tous les âges. Pas seulement pour les jeunes, mais aussi à long terme pour les adolescents et adultes. Ce qu’on voit, c’est que quand ils sont jeunes, ça va améliorer le sommeil, ils performent mieux à l’école quand ils font beaucoup d’activité physique. Ça améliore aussi l’humeur, l’estime de soi, l’énergie et c’est aussi amusant faire beaucoup d’activité physique! Si on améliore l’activité physique à long terme, ça diminue les risques de maladies. Par exemple, ça diminue le risque d’obésité, les maladies liées au métabolisme, les maladies du cœur et tout ça c’est important. Si on peut intégrer toute cette activité physique à un bas âge, ça va améliorer et augmenter leurs chances, quand ils vont être plus vieux, de garder ces habitudes.

David Coulombe : Très intéressant, merci beaucoup Patricia.

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