Pleins feux sur une réussite canadienne : le vaccin contre le virus Ebola

Photo - Avec la permission de Yann Libessart/MSF.

Rôle du Canada dans la lutte mondiale contre l'éclosion d'Ebola

26 novembre 2015

En 2013-2014, la plus importante épidémie de la maladie à virus Ebola de l'histoire a semé l'effroi en Afrique occidentale.

La maladie a éclaté en Guinée, pour se répandre ensuite au Libéria et en Sierra Leone, les pays voisins. Comme nous nous en souvenons trop bien, le virus a tué sans discrimination jeunes et vieux, enlevant les enfants à leurs parents, et en laissant d'autres orphelins. À mesure que la maladie progressait, les services médicaux devenaient submergés, les fournitures venant à manquer, et le personnel tombant malade et mourant. 

Intervention

Le gouvernement du Canada, ses organismes du portefeuille de la Santé, et les spécialistes des vaccins ont reconnu l'urgence d'agir. « La crise de l'Ebola a mis le monde devant un urgent défi scientifique », a déclaré le Dr Alain Beaudet, président des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). « Nous devions agir rapidement et nous employer à contribuer à l'effort mondial de lutte contre l'épidémie. »

« Nous faisions face à une très grande urgence de santé publique qui avait des conséquences dévastatrices en Afrique occidentale », rappelle le Dr Marc Ouellette, directeur scientifique de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC. « Tout le monde aux IRSC travaillait aussi rapidement que possible tout en s'assurant de respecter l'intégrité du processus scientifique. »

Heureusement, le Canada faisait depuis longtemps des recherches sur le virus Ebola. À Winnipeg, des chercheurs du Laboratoire national de microbiologie, de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), avaient mis au point un vaccin expérimental contre le virus de la stomatite vésiculaire-virus Ebola, appelé VSV-EBOV.

« Notre équipe de chercheurs, ayant été à même de constater l'effet d'Ebola après avoir étudié le virus et les flambées de maladie dont il est à l'origine, n'avait d'autre choix que de s'atteler à la tâche pour mettre au point le vaccin », a affirmé le Dr Matthew Gilmour, directeur scientifique du Laboratoire national de microbiologie. 

Malgré les grands progrès accomplis avec le vaccin expérimental, il fallait désormais le tester sur des humains. Le virus se propageant si rapidement, le temps était venu de mettre le vaccin à l'essai.

L'essai clinique

Les IRSC ont fait équipe avec l'ASPC et le Réseau canadien de recherche sur la vaccination (RCRV), établi à Halifax, pour soumettre le vaccin à un essai clinique de phase I sur des résidents locaux. « Le RCRV a une excellente réputation et il est doté d'une infrastructure d'intervention rapide en cas d'urgence », a dit le Dr Ouellette. « Cela a contribué à accélérer les processus de demande de subvention, d'évaluation par les pairs, d'approbation et de financement des essais cliniques. »

La première étape pour le RCRV a été de solliciter la participation de volontaires en santé. La réponse du public a été extraordinaire.

« Nous avons été renversés par le nombre de gens qui voulaient participer à cette étude », a affirmé le Dr Scott Halperin, un chercheur de l'Université Dalhousie qui a dirigé l'essai clinique du VSV-EBOV. « Normalement, il faut plusieurs semaines pour trouver assez de participants en vue d'un essai de phase I, et nous avions 40 places pour cet essai. Dans l'heure qui a suivi ma première entrevue radiophonique annonçant que nous allions faire cette étude, 80 personnes s'étaient portées volontaires – deux fois plus que le nombre dont nous avions besoin! »

Ces volontaires allaient passer à l'histoire de la recherche médicale en aidant à réaliser le recrutement le plus rapide à ce jour au Canada pour une étude de phase I sur un vaccin. « [La réponse] a été extraordinaire », a dit le Dr Halperin. « On sentait clairement que les volontaires voulaient faire leur part afin d'enrayer la flambée d'Ebola en Afrique occidentale. »

L'étude a été menée auprès de 40 participants, de 18 à 65 ans, formant un échantillon représentatif de la population d'Halifax. Trente participants ont reçu le vaccin contre Ebola, les autres, un placebo. Trois quantités différentes du vaccin ont été testées chez les volontaires, pour aider les chercheurs à déterminer la dose idéale.

« C'était le premier test du système d'essais cliniques pour une intervention rapide du Canada », d'ajouter le Dr Halperin. « Tout a bien fonctionné, et le système sera en place pour d'autres crises de santé publique qui demanderont l'essai d'un vaccin à l'avenir. »

Une collaboration à l'échelle mondiale

Les résultats provisoires de la phase I ont démontré l'absence d'effets indésirables graves chez les sujets vaccinés. Ces conclusions sont devenues un élément clé de l'ensemble de données internationales qui a mené à la sélection du vaccin VSV-EBOV pour des essais en phases II et III, visant à en tester l'efficacité pour prévenir l'infection à virus Ebola dans le monde réel.

Tandis que la phase I débutait, des représentants des IRSC, de l'ASPC, du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement entamaient des pourparlers avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) afin d'offrir l'aide de la recherche canadienne dans la mise sur pied des essais en phases II et III sur le vaccin contre le virus Ebola dans les pays touchés. On a choisi la Guinée comme site de l'étude en collaboration avec la Norvège (qui avait déjà des contacts sur le terrain) et suivi une approche de vaccination en anneau, axée sur les personnes ayant été en contact avec les patients infectés.

Michel Perron, vice-président aux Affaires extérieures et au développement d'entreprise aux IRSC, a représenté l'organisation dans les discussions avec l'OMS. « Jamais auparavant le monde ne s'était uni si rapidement et de façon si concertée pour enrayer une épidémie », a déclaré M. Perron. « Il s'est agi d'un exercice mondial sans précédent – entre les gouvernements, l'industrie et les ONG – pour accélérer la mise au point, la validation et l'administration de ce vaccin. »

Une réussite canadienne

Le comité de contrôle des données et de la sécurité de l'étude, présidé par le Dr Benoît Mâsse, du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine à Montréal, a assuré un suivi des résultats. Après avoir administré 4 394 doses du vaccin à des patients guinéens et surveillé attentivement leurs réactions, les chercheurs ont conclu que le vaccin canadien avait clairement démontré son efficacité contre la maladie. En juillet 2015, ce résultat spectaculaire a été publié dans The Lancet, une des revues médicales les plus prestigieuses au monde, qui a décrit le VSV-EBOV comme « hautement efficace et sécuritaire pour prévenir la maladie à virus Ebola ».  

Le développement et la commercialisation du vaccin VSV-EBOV par Vaccins Merck se poursuivent. « C'est le premier vaccin contre Ebola dont l'efficacité est prouvée », a signalé le Dr Marc Ouellette, des IRSC. « C'est la preuve que la communauté de recherche en santé du Canada peut rapidement livrer des résultats, fondés sur des données probantes, lorsqu'une crise de santé publique nécessite la vaccination. »

« Le fait que le vaccin aide maintenant les gens est une immense récompense », a dit le Dr Gilmour, du Laboratoire national de microbiologie. « Cela nous motive encore plus à continuer d'étudier les microbes qui causent de graves maladies et de chercher des solutions comme ce vaccin. »

Les essais cliniques sur le vaccin contre l'Ebola ont encore rehaussé le profil du Canada comme chef de file mondial dans les partenariats internationaux de recherche. Aujourd'hui, les IRSC représentent le Canada au sein de la nouvelle Global Research Collaboration for Infectious Disease Preparedness, à laquelle participent 13 pays et l'Union européenne. Cette initiative unique en son genre réunit les principaux organismes de financement de la recherche dans le monde afin qu'ils puissent réagir dans un délai de 48 heures à l'éclosion d'une maladie infectieuse ayant un potentiel pandémique.

Le Dr Alain Beaudet, des IRSC, croit que le VSV-EBOV a constitué un exploit remarquable de la recherche en vaccinologie au Canada et dans le monde. « Premièrement, cette réussite illustre concrètement comment la recherche fondamentale libre, indispensable à l'innovation, peut générer les connaissances nécessaires à la réalisation de découvertes importantes et à la résolution de problèmes urgents », a déclaré le Dr Beaudet.  « Deuxièmement, cela démontre que les chercheurs en immunologie, les autorités scientifiques et technologiques et les acteurs gouvernementaux peuvent rapidement et efficacement joindre leurs efforts en situation de crise mondiale, afin de trouver des solutions rapidement. »

« Nombre de Canadiens ignorent que le Canada a joué un rôle important dans la riposte internationale pour contenir la flambée » a ajouté le Dr Beaudet.  « Le vaccin s'est avéré efficace et promet de sauver de nombreuses vies à l'avenir.  En tant que Canadiens, nous pouvons tous nous enorgueillir du rôle déterminant joué par la recherche canadienne dans la lutte mondiale contre cette maladie mortelle. »

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