Détection précoce de la démence

La salive pourrait renfermer des indices utiles au diagnostic et au traitement de la maladie d'Alzheimer

8 décembre 2015

Les trous de mémoire sont tantôt une manifestation normale du vieillissement, tantôt le signe d'un problème plus grave, mais où peut-on tracer la ligne entre les deux?

Voilà une question qui préoccupe de plus en plus de Canadiens âgés et leurs proches. En 2011, quelque 747 000 personnes âgées de 65 ans ou plus au Canada – près de 15 % de cette population – étaient atteintes de la maladie d'Alzheimer ou d'une autre forme de démence. La Société Alzheimer du Canada estime que ce chiffre pourrait s'élever à 1,4 million d'ici 2031.

Les chercheurs ont tenté, des années durant, de trouver une façon simple de diagnostiquer la maladie d'Alzheimer et de mettre au point des médicaments pour la traiter. Parmi les principaux obstacles auxquels ils se sont heurtés figure le manque de biomarqueurs, une particularité chimique pouvant servir à déceler la présence d'une maladie dans un organisme ou à en mesurer la gravité. Certains chercheurs ont tenté de déceler des modifications dans la fonction cérébrale par l'analyse d'échantillons d'urine ou de sang, mais aucun biomarqueur fiable n'a encore été identifié.

Au Canada, le Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement (CCNV) est un centre pour tous les aspects de la recherche sur les maladies altérant la fonction cérébrale au cours du vieillissement, notamment la maladie d'Alzheimer. Soutenus par les Instituts de recherche en santé du Canada et d'autres partenaires, les chercheurs du CCNV étudient des solutions audacieuses pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de démence et de leurs soignants, ainsi que les services qui leur sont offerts.

L'un des membres du CCNV, le Dr Liang Li de l'Université de l'Alberta, mise sur la salive pour trouver des indices de la maladie d'Alzheimer. Il croit que la maladie perturbe le métabolisme, soit l'ensemble des mécanismes chimiques s'opérant dans l'organisme. Ces changements créent en retour de fines molécules visibles au moyen de matériel hautement perfectionné.

« En identifiant ces changements, nous pourrions diagnostiquer plus facilement la maladie à ses premiers stades », explique le Dr Li.

Un diagnostic précoce permettrait aux patients d’obtenir du soutien et de se renseigner sur les traitements possibles et sur les changements de modes de vie susceptibles de ralentir la progression de la maladie. Il leur procurerait en outre plus de temps pour prendre d’importantes décisions quant à leurs finances et aux soins à recevoir plus tard.

Avec le Dr Roger Dixon du Département de psychologie de la même université, le Dr Li a analysé des échantillons de salive de personnes âgées présentant la maladie d'Alzheimer, un trouble cognitif léger (TCL) ou une cognition normale. Il a découvert deux changements chez les personnes atteintes d'un TCL, lequel annonce parfois une forme plus grave de démence. D'abord, ces patients ont une plus faible concentration de taurine, composé naturellement présent qui mettrait le cerveau à l'abri de maladies neurodégénératives comme la maladie d'Alzheimer. Ensuite, ces patients présentent une plus forte concentration de dipeptides, molécules issues de la dégradation des protéines de l'organisme.

Le Dr Li et son équipe s'appuient maintenant sur ces découvertes pour identifier d'autres petites molécules subissant une modification lorsque le TCL se transforme en maladie d'Alzheimer. Ils espèrent un jour que leurs découvertes déboucheront sur un test simple qui permettrait aux médecins de diagnostiquer le TCL et la maladie d'Alzheimer avant que les patients n'en ressentent les premiers symptômes.

De nombreux troubles de perte de mémoire, notamment les démences et la maladie d'Alzheimer, ont des caractéristiques en commun. On peut très bien traiter certains de ces troubles, et parfois même les renverser. Une détection précoce suppose une intervention précoce et souvent, de meilleurs résultats.

Le fait d'informer les patients et leur famille leur confère une plus grande autonomie et les aide à mieux gérer les aspects pratiques de la maladie, comme obtenir des services de soutien et se préparer pour l'avenir.

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