Que se passe-t-il sous le casque?

La recherche modifie la pratique du hockey et éclaire les politiques visant à protéger la santé des joueurs

14 décembre 2015

Ce n'est pas juste un jeu. Durant la saison de hockey sur glace 2014-2015, de 10 à 20 % des jeunes hockeyeurs dans les ligues canadiennes qui permettent les mises en échec (pour les 13 à 17 ans) ont subi au moins une commotion cérébrale. Les jeunes hockeyeurs sont à risque de subir des lésions et des commotions cérébrales à la suite de coups à la tête et au corps ou de chutes. Les symptômes d'une commotion comprennent les maux de tête, les vertiges, les douleurs au cou, les problèmes de mémoire et de concentration, et la dépression – et ils peuvent durer des heures, des jours, des semaines, et même des mois.

La Dre Carolyn Emery et son équipe du centre de recherche sur la prévention des blessures sportives (SIPRC) de l'Université de Calgary ont pris à cœur la santé des enfants en étudiant les pratiques exemplaires pour prévenir, détecter et prendre en charge les commotions liées au sport. 

En 2013, Hockey Alberta a interdit les mises en échec au niveau Pee Wee, un changement de politique guidé par les données des études de la Dre Emery et de son équipe du SIPRC. « Nos résultats ont montré un risque de commotion quatre fois plus élevé chez les hockeyeurs de 11 à 12 ans dans les ligues qui permettent les mises en échec comparativement aux ligues où ces dernières n'étaient pas permises, » a mentionné la Dre Emery.

Les lésions cérébrales affectent la santé et la qualité de vie

Ash Kolstad
Ancien joueur de hockey

Photo – Avec la permission de Ash Kolstad.

La majorité des commotions guérissent rapidement, mais dans certains cas, le rétablissement peut être plus long. Ash Kolstad connaît bien les conséquences des sports de contact. Le jeune homme de 18 ans a subi deux commotions qui l'ont sorti du jeu à l'âge de 11 et 12 ans. Sa première commotion l'a empêché de participer aux essais et lui a fait perdre une semaine d'école, et la seconde a marqué la fin de sa carrière au hockey. « Le joueur qui m'a frappé a reçu une punition de 2 minutes pour m'avoir donné un coup de coude, et j'ai fini par manquer une année d'école et ne plus jamais jouer au hockey. Six ans plus tard, je suis aux prises tous les jours avec le syndrome post-commotion, » a rappelé Kolstad, qui participe maintenant au programme de recherche sur la prévention des commotions du SIPRC.

L'ancien joueur de hockey croit que les commotions pourraient être généralement faciles à prévenir si les entraîneurs enseignaient les bonnes techniques et si les politiques sur les mises en échec étaient mieux appliquées chez les jeunes joueurs qui sont encore en croissance physique. « Les mises en échec devraient être interdites chez tous les joueurs de niveau Pee Wee (11 à 12 ans), car leur organisme se développe à différents rythmes selon l'âge où ils atteignent la puberté, » a expliqué Kolstad.

« J'ai vu des commentaires sur les médias sociaux disant que les jeunes étaient plus fragiles de nos jours et qu'ils devraient s'endurcir, » a indiqué Rosalie Kolstad, la mère de l'ancien joueur de hockey. « J'ai fini par me rendre compte que des parents applaudissaient très fort quand leurs enfants frappaient l'adversaire de manière illégale. Il n'y a aucune raison de mettre nos enfants en danger d'une blessure à la tête qui change le cours d'une vie. »

Prévention, détection et rétablissement

Dre Carolyn Emery
Doyenne associée (Recherche)
Faculté de Kinésiologie
Université de Calgary

Photo – Avec la permission de Dre Carolyn Emery.

Les commotions peuvent être difficiles à diagnostiquer, car il y a peu de mesures diagnostiques objectives et, jusqu'à récemment, peu de régimes de rétablissement existaient. L'équipe de recherche à Calgary étudie le développement neurologique de l'enfant à l'aide de nouveaux outils diagnostics qui déterminent les déficiences particulières associées aux commotions. Les outils de l'étude qui sont en évaluation comprennent des tests sur l'équilibre, la fonction du cou, la vision, la mémoire, la nutrition, l'adaptation, l'interaction sociale, et les facteurs de croissance et de développement. Ces outils permettront aux chercheurs et aux cliniciens de choisir les meilleurs tests, de trouver celui qui est le plus à risque, de déceler les commotions quand elles surviennent, de cibler ceux qui ont besoin d'un traitement, et de mesurer le rétablissement. 

Avec le soutien des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), l'étude de cinq ans de la Dre Emery « Safe to Play » (2013-2017) a déjà eu des répercussions sur des milliers d'enfants qui font du sport partout au Canada chaque année et orientera les futures pratiques exemplaires. 

« Il faut mieux comprendre les commotions dans le sport chez les enfants, évaluer les effets à long terme, établir des pratiques exemplaires, et mettre au point de nouvelles stratégies de gestion du rétablissement et de réadaptation, » a dit la Dre Emery. La Dre Kathryn Schneider, une chercheuse-clinicienne physiothérapeute, guide la pratique physiothérapeutique de pointe, grâce à l'élaboration et à l'évaluation de stratégies de réadaptation à la suite de commotions dans le sport chez les jeunes, en harmonisation avec le programme « Safe to Play ».

Le milieu de la recherche espère que ses résultats dans ce domaine seront largement utilisés dans tout le pays pour réduire le nombre de blessures et les effets négatifs sur la santé et la vie des jeunes athlètes.

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