Bien vieillir dans la perspective des Premières Nations

La recherche de la Dre Jennifer Walker profitera aux aînés des Premières Nations qui habitent en Ontario, dont sa grand-mère (photographiée ici). Photo - Avec la permission de Dre Jennifer Walker.

Travailler avec les Premières Nations sur la question du bien-être

22 décembre 2015

Lorsque nous parlons de notre santé, on dirait parfois que nous parlons de son contraire. Nous énumérons nos malaises, nos médicaments, nos maux et nos douleurs. Nous évoquons des choses que nous pouvions faire (et manger!) lorsque nous étions plus jeunes et auxquelles nous avons dû renoncer, et nous dressons l’inventaire de nos maladies chroniques. Il est important de discuter de ses problèmes médicaux avec un professionnel de la santé, mais il semble souvent que l’on s’attarde uniquement à ce qui va mal – sans parler de ce qui va bien. En fait, pour nombre d’aînés des Premières Nations, l’accent mis sur les maladies chroniques et les « lacunes » en santé fausse complètement le portrait.

« Les Premières Nations, en particulier, veulent se concentrer sur les aspects positifs de leur santé », explique la Dre Jennifer Walker du Centre de recherche en santé dans les milieux ruraux et du Nord à l’Université Laurentienne. « Le bien-être est pour eux un état général. Lorsqu’on les questionne sur un problème de santé particulier, les gens ne veulent pas que ce problème en vienne à définir leur santé générale. »

En mettant l’accent sur les aspects négatifs, on peut donner une fausse impression de la manière dont les gens vieillissent dans les collectivités des Premières Nations. Lorsque leur vision de la santé tourne autour de la résilience – ou plus précisément de l’équilibre entre le bien-être physique, mental et affectif – ils peuvent trouver frustrant de ne pouvoir décrire leur santé dans leurs propres termes, et peuvent même éprouver de la méfiance envers ceux qui recueillent des données sur la santé. En revanche, pour documenter les besoins en services de santé et de soutien, il faut bien comprendre l’état de santé des aînés des Premières Nations. Dans cet esprit, la Dre Walker travaille actuellement avec des aînés des Premières Nations de l’Ontario afin de comprendre ce que signifie bien vieillir selon eux. Elle et son équipe conçoivent aussi des méthodes de mesure culturellement adaptées de la « fragilité » et du « bien-être ».

La Dre Jennifer Walker (Centre de recherche en santé dans les milieux ruraux et du Nord, Université Laurentienne) avec la Dre Kristin Jacklin (cochercheuse principale, École de médecine du Nord de l’Ontario, Université Laurentienne).

Photo - Avec la permission de Dre Jennifer Walker.

« Notre but est de mesurer la santé des aînés des Premières Nations d’une façon qui tient compte du facteur résilience », explique-t-elle. « Nous ne faisons pas que compter les maladies pour dire : regardez comme ces gens sont en mauvaise santé. Nous disons plutôt que même si certaines personnes cumulent jusqu’à quatre maladies chroniques, elles réussissent à bien vivre. À leurs yeux, leur vie est maintenue en équilibre. »

Avec le financement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), la Dre Walker puisera dans l’information amassée dans le cadre de l’Enquête régionale sur la santé des Premières Nations de l’Ontario pour mesurer la fragilité liée à l’âge, le bien-être et la résilience, du point de vue des Premières Nations. Ces données seront examinées parallèlement aux données existantes recueillies par le système de santé, à l’Institut de recherche en services de santé (IRSS), où la Dre Walker travaille comme chercheuse. En collaboration avec ses partenaires des Premières Nations, elle concevra de nouvelles mesures pour aider les collectivités et les fournisseurs de soins à surveiller l’utilisation des services de santé par les aînés des Premières Nations de l’Ontario pour cause de maladies chroniques, et l’accessibilité de ces services.

« L’important est que les aînés des Premières Nations s’ouvrent sur leurs expériences de vie », souligne-t-elle. « Cela doit se refléter fidèlement dans les données. »

L’approche de la Dre Walker est accueillie favorablement par les collectivités des Premières Nations de toute la province.

« Je désire souligner le travail accompli par la Dre Walker dans ce champ de recherche, et l’importance d’avoir la perspective des Premières Nations sur le vieillissement. Il est aussi important de pouvoir utiliser les données de l’Enquête régionale sur la santé des Premières Nations et de réacheminer cette information aux collectivités », a déclaré le grand chef Patrick Madahbee, président de l’Ontario Chiefs Committee on Health.

Le Dr Malcolm King, directeur scientifique de l’Institut de la santé des Autochtones des IRSC, reconnaît aussi le potentiel de la recherche de la Dre Walker, puisque les responsables des politiques ont besoin de ce genre d’information exhaustive pour guider leurs décisions sur les programmes et services à offrir aux aînés.

« La recherche de la Dre Walker puise dans le meilleur des connaissances autochtones et occidentales, au bénéfice de tous », explique le Dr King. « Étant donné que son étude est la première à examiner de façon aussi globale l’utilisation des services de santé par les aînés des Premières Nations, elle servira de modèle dans d’autres provinces et territoires. Nous espérons que ses travaux contribueront à ce que la prestation des services soit guidée par la perspective du bien-être – et non exclusivement par celle des lacunes en santé, comme c’est si souvent le cas aujourd’hui – et que l’approche pourra s’appliquer aux aînés tant autochtones que non autochtones. »

La Dre Walker est ouverte au dialogue avec les aînés des Premières Nations et les gens qui les côtoient dans leurs collectivités, ainsi qu’avec les personnes qui désirent participer à la recherche. « J’espère que cette étude nous permettra d’entrer en contact avec davantage de personnes et de collectivités désireuses de prendre part à la recherche sur le vieillissement dans les collectivités des Premières Nations », souligne-t-elle. « C’est une occasion de rejoindre des collectivités qui n’ont peut-être jamais participé à la recherche, mais qui se sentent maintenant prêtes à le faire. »

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