Analyse de la situation de l'obésité au Canada

Dresser un portrait plus précis des taux d’obésité au pays et favoriser des interventions efficaces en santé

18 janvier 2016

Louise Mâsse
Professeur
Université de la Colombie–Britannique

Photo – Avec la permission de l'Institut de recherche des enfants et des familles à l'Hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique

Audio – Entrevue avec la Dre Louise Mâsse

L'obésité est un problème chronique et souvent évolutif caractérisé par un excès de tissu adipeux. Au Canada, un adulte sur quatre et un enfant sur dix correspondent à sa définition clinique. L'obésité est l'une des principales causes de diabète de type 2, d'hypertension, de maladie cardiaque, d'accident vasculaire cérébral, d'arthrite et de cancer. Si la tendance se maintient, on estime que 70 millions d'enfants en souffriront dans le monde d'ici 2025.

La Dre Louise Mâsse, professeure à l'Université de la Colombie-Britannique, et son équipe ont proposé diverses études visant à mieux comprendre l'obésité infantile en la redéfinissant et en brossant un tableau plus exact des tendances. Dans une série d'études épidémiologiques et qualitatives, l'équipe adopte une approche multidimensionnelle pour repérer des facteurs de risque, comprendre les besoins des patients et de leur famille et étudier l'efficacité d'interventions en santé.

Transcription

Ici David Coulombe et les nouvelles de la recherche en santé à l'œuvre des IRSC. Selon les statistiques près de 42 millions de bébés et enfants sont obèses à travers le monde et 70 millions seront obèses ou auront un surplus de poids d'ici 2025 si la tendance se maintient et au Canada nous ne sommes pas en reste alors que le nombre de jeunes enfants souffrant d'obésité sévère est en croissance depuis plusieurs années déjà.

Pour discuter de ce phénomène mon invité aujourd'hui est la Dre Louise Mâsse de l'Institut de recherche sur la famille et les enfants, professeure à l'Université de la Colombie Britannique et chercheure financée par les Instituts de recherche en santé du Canada.

M. David Coulombe :  Dre Mâsse, bonjour.

Dre Louise Mâsse :  Bonjour.

M. David Coulombe :  Alors qu'est-ce qu'on entend quand on parle d'obésité sévère?

Dre Louise Mâsse :  Bien, présentement, pour déterminer les enfants qui souffrent d'obésité sévère on se fie sur l'indice de masse corporelle et cet indice-là est calculé à partir du poids et de la taille de l'enfant, mais on l'interprète un peu différemment de la façon qu'on l'interprète pour les adultes.  C'est-à-dire qu'on compare la valeur qu'on a obtenue avec la population d'enfants qui est du même âge et du même sexe, et puis à toutes fins pratiques, on regarde en fin de compte la courbe de croissance et puis on regarde l'indice corporelle et ceux qui sont dans le 99 percentile sont considérés comme souffrant d'obésité sévère en ce moment.

Le problème c'est que la définition qu'on utilise présentement, elle n'est pas très, très adéquate.  C'est-à-dire qu'on a plusieurs projets dans notre -- qui vont essayer de définir, en fin de compte, plus précisément c'est qui ces enfants-là qui souffrent d'obésité sévère et d'avoir les données qui sont plus reliées à - basées sur des résultats cliniques, c'est-à-dire l'information qu'on comprendrait en clinique, c'est-à-dire c'est quoi la pression artérielle des enfants, leur niveau de lipides ou le taux de glycémie est haut et puis on va avoir une définition qui est vraiment fondée sur l'impact que ça a sur la santé des enfants.

M. David Coulombe :  O.k.  Si je comprends bien, donc il est difficile en ce moment de poser un diagnostic à savoir si c'est vraiment un problème sévère l'obésité sévère chez les enfants.  Alors vos projets de recherche vont vous aider à déterminer cela, quoi?

Dre Louise Mâsse : Bien, c'est un peu -- c'est le but des projets de recherche, c'est de trouver les meilleures définitions pour qu'on puisse avoir une meilleure idée c'est quoi le problème effectivement.

M. David Coulombe : Avez-vous espoir qu'un jour on va pouvoir freiner en tout le moins l'épidémie d'obésité chez les enfants?

Dre Louise Mâsse : Est-ce qu'on a un espoir?  Bien, effectivement qu'on a toujours un espoir qu'on pourrait freiner.  On a des données présentement aux États-Unis qui démontrent que c'est stabilisé.  Les taux d'obésité sont plus ou moins stables, qu'il y a certains groupes qui s'améliorent et d'autres qu'on voit qui s'empirent.

Le problème c'est qu'au Canada, on n'a pas autant de données ou d'informations à ce sujet-là.  Alors on a certainement espoir qu'on va pouvoir faire des changements, mais il faut observer qu'on a encore un tiers de la population des enfants au Canada qui ont soit du surpoids ou qui sont considérés comme souffrant d'obésité.  Donc on a encore beaucoup de chemin à faire.

Et notre but ce n'est pas nécessairement de freiner mais de faire aussi un retour en arrière, de changer, en fin de compte, le pourcentage d'enfants qui ont des problèmes soit de surpoids ou d'obésité sévère.  Et naturellement, la situation est toujours un peu complexe à changer car il faut adresser la situation à la source et puis à plusieurs niveaux et à plusieurs secteurs.  Donc on va avoir besoin de solutions qui sont plus coordonnées qui adressent l'environnement, la communauté, les écoles et puis même les pratiques de marketing.  On a plusieurs - beaucoup de chemin à faire à ce sujet-là.  On espère faire des changements avec le temps.

M. David Coulombe :  En tout cas, on vous souhaite la meilleure des chances dans votre projet de recherche.  Merci beaucoup, Dre Mâsse.

Dre Louise Mâsse :  Merci.


Geoff Ball
Professeur auxiliaire
Université de l'Alberta

Photo – Avec la permission de l'Université de l'Alberta.

Audio – Entrevue avec le Dr Geoff Ball (en anglais seulement)

L'obésité est un problème chronique et souvent évolutif. Si la tendance se maintient, on estime que 70 millions d'enfants en souffriront dans le monde d'ici 2025. Au Canada, un adulte sur quatre et un enfant sur dix correspondent à la définition clinique de l'obésité, l'une des principales causes de diabète de type 2, d'hypertension, de maladie cardiaque, d'accident vasculaire cérébral, d'arthrite et de cancer.

Le Dr Geoff Ball, chercheur au Département de pédiatrie de l'Université de l'Alberta, et son équipe ont proposé diverses études visant à mieux comprendre l'obésité infantile en la redéfinissant et en brossant un tableau plus exact des tendances. Dans une série d'études épidémiologiques et qualitatives, l'équipe adopte une approche multidimensionnelle pour repérer des facteurs de risque, comprendre les besoins des patients et de leur famille et étudier l'efficacité d'interventions en santé.

Transcription

Ici David Coulombe, et voici les nouvelles de La recherche en santé à l'œuvre des IRSC. D'après les statistiques mondiales actuelles, environ 42 millions de bébé et de jeunes enfants font de l'embonpoint ou sont obèses. Si la tendance se maintient, d'ici 2025, ce nombre aura grimpé à 70 millions. Au Canada, les taux d'embonpoint et d'obésité augmentent constamment depuis quelques décennies.

Pour parler de cette situation, j'accueille aujourd'hui le Dr Geoff Ball, professeur auxiliaire au Département de pédiatrie de l'Université de l'Alberta et chercheur financé par les IRSC. Dr Ball, bonjour.

Dr Geoff Ball : Bonjour David.

David Coulombe : Une première question pour vous. Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est l'obésité sévère chez les enfants?

Dr Geoff Ball : Bien sûr. C'est une question très intéressante, et nous espérons pouvoir y répondre grâce à notre subvention d'équipe. Traditionnellement, les chercheurs et les professionnels de la santé ont défini l'obésité sévère comme un indice de masse corporelle au-dessus du 99e centile en fonction des courbes de croissance. Les données sur chaque enfant étaient donc comparées à des données de référence sur la croissance. Cependant, ces dernières années, plusieurs études ont démontré que cette définition est probablement un peu trop arbitraire, en plus de reposer sur des paramètres statistiques.

Peu importe la définition recommandée, l'idéal est qu'elle soit fondée sur des résultats cliniques, par exemple des mesures comme l'hypertension, un taux élevé de cholestérol, une glycémie élevée et un taux élevé d'insuline.

Dans le cadre de notre subvention d'équipe, nous avons deux ou trois études distinctes visant à comparer et à différencier plusieurs définitions de l'obésité sévère. Nous espérons arriver à faire une recommandation fondée sur des données probantes.

David Coulombe : Vous confirmez donc que l'obésité sévère chez les enfants est un réel problème au Canada?

Dr Geoff Ball : Eh bien, c'est... une autre bonne question. En fait, les données disponibles actuellement à l'échelle nationale ne nous permettent pas de le savoir réellement. C'est probablement l'une des raisons qui expliquent que nous ayons reçu du financement : nous allons aider à produire des données pour répondre à cette question.

Malheureusement, il n'y a aucune étude représentative faite à l'échelle du pays qui nous permette de répondre à cette question avec certitude. Alors, nous allons nous fier à des ensembles de données provinciaux et à des renseignements recueillis par des réseaux cliniques existants qui nous donneront certaines indications. Nous ne pourrons pas brosser un tableau complet de la situation au pays, mais au moins, nous ferons des progrès.

David Coulombe : Au cours des prochaines années, à quels types de recherches peut-on s'attendre de votre équipe?

Dr Geoff Ball : Notre équipe a proposé diverses études ayant pour objectif de mieux comprendre l'obésité sévère et de mettre à l'essai quelques modèles d'intervention novateurs.

Par exemple, en plus d'études épidémiologiques dans lesquelles nous analysons de volumineux ensembles de données qui sont... des données déjà recueillies en ce moment, nous avons le projet de repérer les facteurs permettant de prédire l'initiation du traitement, parce que nous savons qu'il s'agit d'un obstacle à l'accès aux services de gestion du poids pour les familles. Nous étudions aussi les risques pour la santé, surtout chez les enfants souffrant d'obésité sévère. Puis, nous avons un projet d'étude qualitative : nous voulons explorer les besoins et l'expérience des familles, relativement non seulement à l'obésité sévère, mais aussi à l'incapacité physique, parce que nous savons qu'il s'agit d'un facteur très complexe de la gestion du poids.

En plus, deux des études qui sont probablement les plus intéressantes portent sur des interventions. La première est une intervention comportementale et liée au mode de vie qui sera offerte en ligne. Nous savons que c'est un aspect important pour les familles en milieu rural ou éloigné, qui n'ont souvent pas accès aux mêmes services de santé que les personnes qui vivent en région métropolitaine.

L'autre intervention sur laquelle nous travaillons, ou que nous allons évaluer, est faite en partenariat avec du personnel infirmier en santé publique. Nous faisons des visites au domicile de jeunes garçons et filles souffrant d'obésité sévère, nous apportons un soutien aux parents, aux familles et aux enfants et nous allons évaluer notre démarche.

Il y a donc plusieurs études qui tirent profit des intérêts des membres de l'équipe. Nous avons aussi beaucoup d'expertise en méthodes de recherche, et grâce à tout ça, nous obtiendrons un portrait qui nous aidera à mieux comprendre la situation et les modèles de prise en charge de l'obésité, et surtout l'obésité sévère, chez les enfants.

David Coulombe : C'est très intéressant. Bonne chance à vous et à votre équipe, Dr Ball.

Dr Geoff Ball : Merci beaucoup, David.

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