Un environnement favorable peut améliorer la santé mentale des réfugiés

Photo - Avec la permission de Daniel Vernon / Alamy Stock Photo.

S’adapter à la vie au Canada : le sentiment d’isolement peut miner la résilience naturelle des réfugiés

19 janvier 2016

Près de 60 millions de personnes sont déplacées dans le monde en raison de conflits armés et de guerres. Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, 12 millions de Syriens auraient fui leur foyer depuis le début de la guerre civile en Syrie, en mars 2011. Nombre d’entre eux sont victimes d’attaques terroristes, de violence, ou ont été témoins d’atrocités.

En vertu du droit international, les réfugiés légitimes ont droit à la protection, et le gouvernement du Canada a offert d’accueillir plusieurs milliers de Syriens.

Les circonstances dramatiques qui ont poussé les réfugiés à quitter leur patrie et à demander asile au Canada ont ébranlé leur sentiment de sécurité. De plus, certains pleurent des proches disparus, et bon nombre craignent pour la sécurité des parents et amis laissés derrière.

Tout problème de santé mentale préexistant peut être aggravé par le stress de l’arrivée dans un nouveau pays, qui s’accompagne souvent d’une panoplie de nouvelles difficultés même dans le meilleur des cas. Ajoutez à cela la nécessité d’apprendre une nouvelle langue et de nouvelles règles sociales, et de s’acclimater à une nouvelle culture, et l’on comprend aisément pourquoi certains réfugiés peuvent connaître un stress important ou des problèmes de santé mentale graves.

Les réfugiés qui migrent au Canada auront différentes coutumes et attentes culturelles. Ces différences peuvent donner lieu à des malentendus lorsque les soignants essaient de diagnostiquer des troubles de santé mentale comme l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique, les patients indiquant leurs symptômes chacun à leur façon.

Des chercheurs, comme Mme Daina Crafa, dont le travail est financé par les Instituts de recherche en santé du Canada, étudient des façons d’aider à assurer l’intégration réussie des réfugiés qui se réinstallent à l’étranger. Cette dernière est à la fine pointe des avancées dans les interventions cliniques visant à déceler les marqueurs de détresse psychologique, y compris les nouveaux outils d’entrevue.

En posant des questions adaptées à la culture, les cliniciens sont maintenant plus en mesure de reconnaître des signes de détresse qui peuvent varier grandement en fonction de la culture d’origine. Comme pour toute maladie, la détection précoce des problèmes de santé mentale conduira à une intervention rapide et éventuellement à de meilleurs résultats.

Daina Crafa
Avec la permission de Mark Hengge.

Audio – Entrevue avec Mme Daina Crafa (en anglais seulement)

Transcription

M. David Coulombe : Ici David Coulombe pour les nouvelles La recherche en santé à l’œuvre des IRSC. Compte tenu du débat auquel donnent actuellement lieu les crises des migrants et des réfugiés, nous nous demandons quelle est la situation de la recherche sur l’immigration et la santé mentale, plus précisément sur les effets des traumatismes ou de la guerre sur la santé mentale des immigrants?

Notre invitée aujourd’hui, Daina Crafa, boursière du Programme d’études supérieures du Canada Vanier des IRSC.

Mme Daina Crafa : Bonjour David. Merci beaucoup de m’avoir invitée.

M. David Coulombe : Alors, première question, y a-t-il un impact, en termes de santé mentale, pour les réfugiés qui arrivent au Canada?

Mme Daina Crafa : Oui, il y en a un, qui peut être positif ou négatif. Donc, du côté négatif des choses, on sait que migrer vers un nouveau pays est un processus des plus ardus pouvant mettre à rude épreuve la santé mentale de quiconque. Il faut apprendre un grand nombre de nouvelles règles sociales. Il faut apprendre à trouver de nouvelles ressources. Il n’est pas rare du tout qu’on se sente isolé. La migration est particulièrement difficile pour les réfugiés. Ils ont vécu certains événements des plus traumatisants. Ils ont été dans des zones de guerre, vous savez. Ils ont été témoins d’actes terroristes. Certains ont été victimes de torture, et ils peuvent encore avoir des amis et des proches dans le pays d’où ils viennent. Ils doivent donc composer avec de nombreuses émotions.

Au pire, autant de stress – le stress et les traumatismes associés au fait d’être un réfugié, mais aussi d’immigrer – peut en réalité exacerber les problèmes de santé mentale préexistants, mais cela dépend aussi du genre d’environnement vers lequel on migre. Si l’on se sent en sécurité et possède suffisamment de ressources, et que les êtres chers sont aussi en sécurité, la migration peut alors avoir un effet réellement positif sur la santé mentale. On peut commencer à guérir du traumatisme que l’on vient de subir.

M. David Coulombe : Donc, la santé mentale est vraiment le problème numéro un?

Mme Daina Crafa : Elle est extrêmement importante, c’est certain. Il est primordial d’être en bonne santé mentale après avoir migré, mais en réalité je dirais que la discrimination peut représenter le problème numéro un. Lorsqu’ils font face à la discrimination dans leur nouveau pays, les réfugiés se sentent moins en sécurité, et leur estime de soi ainsi que leur désir de s’adapter diminuent. Les réfugiés ont vraiment besoin de se sentir en sécurité. Vous savez, ils ont perdu des amis et des membres de leur famille à cause de la guerre, et ils ont traversé tant d’épreuves que tout ce qu’ils veulent, c’est un endroit sûr où ils pourront se remettre. La discrimination peut réellement saper ce processus et ébranler leur résilience.

M. David Coulombe : Vous en avez parlé un peu, mais quels sont les effets de la guerre ou d’un traumatisme majeur sur la santé mentale des immigrants?

Mme Daina Crafa : Voilà la question, David. Ce sera différent pour chacun. La dépression, l’anxiété et l’ESPT sont communs chez les gens comme les réfugiés qui arrivent de zones de guerre et qui ont été témoins d’atrocités. Les effets de la guerre sur la santé mentale individuelle peuvent être difficiles à prédire, et beaucoup de personnes sont très résilientes, mais les scientifiques et les thérapeutes essaient encore de trouver des façons de déterminer celles qui sont plus susceptibles d’être touchées pour les aider à composer le mieux possible avec leurs émotions.

M. David Coulombe : Peut-être une dernière question pour vous, Daina. Alors, où en sommes-nous du côté de la recherche dans ce domaine?

Mme Daina Crafa : La principale difficulté que pose le traitement des réfugiés, c’est qu’ils ne viennent pas tous du même pays. Cela peut compliquer le diagnostic parce que lorsque l’on traite des personnes dont la culture d’origine est différente, elles peuvent également décrire leurs symptômes différemment.

Par exemple, les Canadiens qui sont anxieux peuvent être plus susceptibles de dire qu’ils ont l’estomac à l’envers ou qu’ils se sentent agités, mais les patients d’autres pays peuvent avoir plus de chances d’indiquer qu’ils ressentent des démangeaisons ou des brûlures. Donc, si l’on ne sait pas ce que l’on cherche comme clinicien, on risque de rater des signes vraiment importants de détresse psychologique.

Des chercheurs se penchent actuellement sur cet aspect en santé mentale culturelle. Ils ont en fait mis au point un nouvel outil d’entrevue qui aide les cliniciens à poser aux patients étrangers de meilleures questions pour découvrir des signes de détresse qui pourraient varier en fonction du bagage culturel. Et cela représente une avancée majeure en intervention clinique.

M. David Coulombe : Très intéressant. Merci beaucoup, Daina Crafa.

Mme Daina Crafa : Bien sûr. Merci.

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