Mauvaise utilisation des médicaments sur ordonnance

Les médicaments sur ordonnance sont-ils aussi sécuritaires que nous le pensons?

15 février 2016

Les médicaments sur ordonnance, tels que les opiacés, sont prescrits pour atténuer la douleur et l’inconfort. Dans certains cas, toutefois, des patients font un mauvais usage de ces médicaments sur ordonnance, consciemment ou inconsciemment.

L’abus ou la mauvaise utilisation de médicaments sur ordonnance sont liés à de nombreuses complications de santé qui peuvent entraîner une dépendance, une surdose ou même la mort.

La mauvaise utilisation ou l’abus de médicaments sur ordonnance  suscite une préoccupation croissante au Canada et fait surgir un certain nombre de questions que les chercheurs financés par les IRSC s’efforcent de résoudre.

Le Dr Bernard Le Foll est un chercheur financé par les IRSC œuvrant à l’Université de Toronto et au Centre de toxicomanie et de santé mentale, où il codirige l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances (ICRAS). C’est un clinicien et un scientifique qui a acquis une formation spécialisée sur la dépendance aux médicaments et la thérapie cognitive en France. Sa recherche vise à appliquer diverses approches, y compris la génétique et l’imagerie du cerveau, pour améliorer le traitement de la dépendance aux médicaments.

Dr Bernard Le Foll
Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH)
Photo – Avec la permission du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH).

Entrevue – Avec Dr Bernard Le Foll

Transcription

M. David Coulombe : Ici David Coulombe pour les nouvelles La recherche en santé à l’œuvre des IRSC. L’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances vise à améliorer la santé des Canadiens qui ont un problème avec l’abus de médicaments sur ordonnance, la mauvaise utilisation de certains médicaments ou encore une dépendance. L’abus de médicaments sur ordonnance est d’ailleurs une question de santé urgente et complexe en Amérique du Nord. Pour discuter de ce dossier, mon invité aujourd’hui est le Dr Bernard Le Foll, co-chercheur principal de l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances et, également, chercheur financé par les IRSC. Alors, Dr Le Foll, bonjour et bienvenue à l’entrevue.

Dr Bernard Le Foll : Bonjour.

M. David Coulombe : Alors, qu’est-ce qu’on entend quand on parle d’abus de médicaments sur ordonnance? Avez-vous, peut-être, un exemple à nous donner?

Dr Bernard Le Foll : Bien sûr. On parle essentiellement ici de médicaments opiacés. Les médicaments opiacés sont des médicaments comme la morphine, l’oxycodone ou le fentanyl. Ce sont des médicaments très puissants pour atténuer la douleur, mais qui ont malheureusement un potentiel addictif très fort. Donc, un grand nombre de sujets vont perdre le contrôle de l’usage de ces opiacés, ce qui va entraîner un usage inapproprié.

M. David Coulombe : Justement, Dr Le Foll, quels sortes de problèmes de santé affligent les gens qui abusent des médicaments sur ordonnance?

Dr Bernard Le Foll : Le risque majeur est le risque d’overdose et l‘overdose va entraîner une insuffisance respiratoire qui peut causer la mort. C’est un phénomène qui, malheureusement, est de plus en plus courant; donc, on parle ici de décès quotidiens au Canada.

M. David Coulombe : Alors, pourquoi est-ce important de mener des recherches dans ce domaine?

Dr Bernard Le Foll : Il est très important de faire des recherches dans ce domaine parce qu’il n’est pas encore très clair quelle est la manière la plus appropriée de soigner l’addiction à ces opiacés. Nous avons des traitements disponibles; en général, les plus utilisés sont des thérapies dites de substitution, où l’on peut utiliser des substances comme la méthadone ou le suboxone. Ce sont des médicaments qui ont montré leur efficacité dans des études cliniques très strictes et très contrôlées qui ne sont pas exactement un reflet de la situation réelle. Donc, il est très important que l’on évalue comment ces produits fonctionnent dans la vie réelle, et il est important également que l’on étudie comment ces médicaments fonctionnent chez les personnes qui ont développé une addiction aux médicaments opiacés, parce que la plupart des études faites auparavant ont porté sur des utilisateurs d’opiacés comme l’héroïne et qui n’ont pas un profil exactement similaire.

M. David Coulombe : En terminant, parlez-nous de l’impact que vous souhaitez avoir chez les patients avec vos recherches.

Dr Bernard Le Foll : Il est clair à l’heure actuelle que seulement une très faible proportion des sujets qui ont développé une dépendance aux opiacés s’engagent dans des traitements et, surtout, poursuivent leur traitement. Des études ont montré qu’environ 10 % des usagers persistent dans leur traitement de maintenance aux opiacés. Ce que l’on va essayer d’établir dans cette étude c’est quelle est l’approche la plus efficace dans les situations de réalité, donc dans les situations que les patients rencontrent tous les jours. Nous allons comparer l’efficacité de la méthadone, du suboxone et, surtout, de différents modes d’administration, soit des traitements courts, soit des traitements prolongés, avec de manière très importante l’option qui va être donnée au patient de choisir quel type d’approche il veut prendre. Donc, il y aura un aspect de décision partagée entre le médecin et le patient : si le patient veut continuer le traitement ou s’il veut arrêter après quelques semaines.

M. David Coulombe : Dr Le Foll, merci beaucoup et bonne chance dans votre projet.

Dr Bernard Le Foll : Merci beaucoup.

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