Équipe des IRSC sur la prévention des blessures chez les enfants et les adolescents

Chercheurs principaux : Drs Ian Pike; Pamela A. Fuselli; Mariana J. Brussoni; Carolyn A. Emery; Brent E. Hagel; Alison Macpherson; Barbara A. Morrongiello; William Pickett, Nadine C. Schuurman; Natalie L. Yanchar
Université de la Colombie-Britannique

Nous avons tous déjà entendu cette phrase et l’avons probablement aussi prononcée : les accidents sont inévitables. Ce sont des événements fâcheux qui peuvent avoir des conséquences désastreuses en cas de blessure, mais qui font malheureusement partie de la vie. En est-ce vraiment le cas?

« Les accidents n’ont pas à être inévitables », affirme le Dr Ian Pike, professeur agrégé du Département de pédiatrie à l’Université de la Colombie-Britannique et codirecteur de l’équipe des IRSC sur la prévention des blessures chez les enfants et les adolescents (équipe PBEA). « Ce qui est désastreux, c’est que la grande majorité des accidents entraînant des blessures sont en fait prévisibles et évitables. »

Pourtant, les blessures non intentionnelles demeurent la première cause de décès chez les jeunes et les enfants au Canada et constituent également l’une des principales causes d’hospitalisation chez les Canadiens âgés de 5 à 19 ans. Les blessures non mortelles peuvent également avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie des jeunes, allant de la réduction de l’activité physique à des problèmes graves et permanents.

« Les blessures engendrent une perte de potentiel inestimable, explique le Dr Pike. Et les conséquences prennent la forme d’invalidités, et non seulement de décès. »

Heureusement, l’équipe PBEA travaille à changer cette réalité. Avec l’aide d’une équipe multidisciplinaire forte d’une expertise dans de nombreux domaines, de la médecine à l’analyse géospatiale, l’équipe utilise une approche exhaustive pour étudier les blessures et leur prévention, approche dont les effets favorables ont déjà été observés.

Prenons par exemple le nouveau système de réalité virtuelle (créé par un membre de l’équipe, la Dre Barbara Morrongiello, de l’Université de Guelph) utilisé pour élaborer des lignes directrices visant à assurer la sécurité des enfants piétons. Avec ce système de réalité virtuelle en 3D à immersion totale – qui comporte des scénarios créés à partir de « points chauds » à Vancouver, à Toronto et à Montréal, reconnus pour la fréquence des accidents impliquant des véhicules et des piétons –, l’équipe a étudié les décisions d’enfants âgés de 6 à 11 ans au moment de traverser la rue chez des sujets recrutés pour l’étude. Les données de l’observation ont montré où et comment les enfants étaient susceptibles d’être happés par une voiture, des renseignements utiles pour l’aménagement des quartiers et l’établissement des limites de vitesse. L’équipe travaille également à élaborer des programmes de formation qui pourraient être présentés dans les écoles, afin d’enseigner aux enfants des stratégies pour traverser la rue en toute sécurité.

L’équipe des IRSC se penche également sur les blessures subies durant les activités sportives et récréatives. Tout le monde sait que les joueurs de hockey et les planchistes sont à risque de subir des blessures, mais il existe des façons de réduire ces risques. Selon les travaux de la Dre Carolyn Emery, de l’Université de Calgary et membre de l’équipe, il s’est produit un profond changement de politique dans le domaine du hockey organisé : en septembre 2013, Hockey Canada a banni les mises en échec au niveau pee-wee (12 ans et moins). Les recherches de la Dre Emery ont montré que, plutôt que d’apprendre à « recevoir des coups » à un jeune âge, les enfants subissaient simplement des blessures. En fait, cette interdiction devrait prévenir plus de 5 000 blessures et 1 500 commotions cérébrales chaque saison. Bonne nouvelle également pour les planchistes : les recherches menées par le Dr Brent Hagel, un autre membre de l’équipe, de l’Université de Calgary, visent à rendre les parcs à neige plus sécuritaires. La planche à neige est un sport d’hiver populaire chez les jeunes Canadiens, mais les blessures qu’elle entraîne parfois peuvent avoir des conséquences catastrophiques. En cernant les appareils dans les parcs à neige qui présentent le plus grand risque de lésions, le Dr Hagel peut ainsi conseiller les stations de ski et les parcs à neige sur la meilleure façon de concevoir un environnement sécuritaire, sans pour autant sacrifier le plaisir.

« Nous croyons que les jeunes devraient être actifs, en santé et en sécurité », affirme la Dre Alison Macpherson, professeure agrégée à l’École de kinésiologie et des sciences de la santé à l’Université York et codirectrice de l’équipe PBEA des IRSC. « Nous ne disons pas qu’il faut éviter le hockey ou la planche à neige, nous disons qu’il faudrait mettre en place des politiques pour rendre ces activités plus sécuritaires. »

Ces politiques, qu’elles visent les sports, la circulation automobile ou les écoles, doivent être fondées sur des données de recherche concluantes et des mesures de surveillance des blessures afin de produire les effets escomptés. Pour aider les décideurs à élaborer des politiques contribuant à prévenir efficacement les blessures à l’échelle du pays, l’équipe PBEA a créé un portail Web et un tableau de bord de la prévention des blessures chez les enfants et les adolescents. Ces outils Web uniques ont été conçus pour présenter les données sur les blessures dans un format utilisable et accessible pour les chercheurs comme les décideurs. Première initiative en son genre au Canada, le tableau de bord permet également aux intervenants d’évaluer et de surveiller les effets des politiques au fil du temps, à l’échelle locale et par comparaison entre les régions.

Consciente que les communautés autochtones peuvent présenter des besoins particuliers, la Dre Rose Alma McDonald, membre du comité de direction de l’équipe, a créé un partenariat avec le conseil scolaire des Mohawks d’Akwesasne afin de procéder à une analyse des blessures signalées sur les terrains d’école entre 2011 et 2013. Le conseil scolaire souhaitait concevoir un système de surveillance des blessures pour ses écoles, et l’équipe PBEA désirait l’aider à donner les moyens à la communauté de le faire elle-même. Cette dernière n’a pas ménagé ses efforts pour faire des écoles des lieux sûrs, et ce partenariat l’a aidée à créer un système lui permettant de maintenir ce niveau de sécurité ou de remédier aux problèmes à mesure qu’ils surviennent.

Le succès des travaux de l’équipe PBEA s’est étendu à la prochaine génération de chercheurs dans le domaine de la santé. Au cours des cinq dernières années, des membres de l’équipe ont encadré plus de 40 stagiaires et ont créé avec eux un réseau sur le thème des blessures. Grâce à ce mentorat et à cette collaboration entre différentes régions et disciplines, l’équipe PBEA modifie pour le mieux le cours des choses en matière de prévention des blessures au Canada.

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