Comment encourager les gens à se mettre à l'exercice?

Une nouvelle étude sur les messages relatifs à la santé pourrait aider à faire en sorte que plus de Canadiens deviennent actifs

14 avril 2016

On ne cesse de nous le répéter : pour être santé, il faut passer moins de temps assis et être plus actif.

Les messages au sujet de l'activité physique – et de notre besoin collectif d'en faire plus – sont partout. On les voit sur les couvertures de magazine lorsqu'on attend à la caisse à l'épicerie. On peut trouver un dépliant entier consacré à la question au cabinet du médecin. Une simple recherche sur Internet générera des centaines de conseils et de trucs pour trouver la motivation à être plus actif.

Le problème, c'est que beaucoup de ces messages ne fonctionnent pas.

La Dre Tanya Berry, titulaire d'une chaire de recherche du Canada sur la promotion de l'activité physique et professeure à la Faculté de l'activité physique et des loisirs de l'Université de l'Alberta, étudie de quelle façon les gens traitent tous ces messages et pourquoi ceux-ci souvent n'ont pas l'effet voulu.

« Les gens ne contrôlent pas leur réaction instinctive à un message de promotion de la santé », explique-t-elle. On a tous des réactions automatiques (ou viscérales) et conscientes (ou réfléchies). « Lorsqu'il s'agit d'exercice, le message peut susciter des sentiments de culpabilité, de crainte ou de plaisir, et les associations que nous faisons peuvent être différentes selon que le message vient d'un médecin [message relatif à la santé] ou d'un gymnase [message basé sur l'apparence]. »

Elle indique que la recherche sur les réactions instinctives face à l'exercice n'en est qu'à ses balbutiements, mais que jusqu'ici les données montrent que ces réactions peuvent déterminer notre conduite. Ainsi, lorsqu'une personne a une réaction instinctive qui est négative, elle risque de ne pas modifier son comportement, ou si elle essaie de le faire, elle peut se décourager facilement. Les gens qui éprouvent des réactions négatives du genre après avoir vu des messages basés sur l'apparence ont en réalité moins de chances de faire de l'exercice – probablement parce qu'ils ne peuvent pas se reconnaître dans les corps trempés de sueur et sculptés que ces messages leur montrent souvent.

« Certaines personnes se diront : "Je ne me placerai pas dans une situation où je me sentirai gêné ou mal à l'aise", ou suivront le même programme d'exercice pendant six mois et penseront : "Après tout ce temps, je n'ai pas encore l'air de ça" et abandonneront », explique la Dre Berry. « Ces messages dits "de motivation" ont donc l'effet contraire. »

Mais des messages positifs, enrobés d'ouate, ne suffisent pas non plus.

« On doit arrêter de parler de solutions rapides ou de dire aux gens que c'est facile [de commencer à faire de l'exercice] », dit la Dre Berry. « Les messages doivent aussi s'insérer dans un programme plus global. Les gens doivent se voir présenter des options en fait d'activité, être soutenus, et recevoir des renseignements sur la façon de commencer ou d'établir un plan. »

Sans le soutien approprié, plusieurs embûches peuvent se présenter dans un programme d'activité – et aucun n'a à voir avec la volonté. Les gens doivent avoir le temps de faire de l'exercice, pouvoir compter sur un bon service de garde d'enfants pendant qu'ils s'entraînent, avoir accès à un transport pour aller à leurs activités, et avoir un peu d'argent disponible pour couvrir tous les coûts connexes. La Dre Berry indique que beaucoup de messages relatifs à l'exercice sont destinés à la classe moyenne, mais qu'il faut trouver de meilleures façons d'atteindre d'autres groupes socioéconomiques aussi.

« La recherche montre que les messages ciblés sont les meilleurs », explique-t-elle, insistant sur le besoin d'utiliser diverses approches pour différents groupes d'âge et genres. « Et au-delà du message, lorsque les gens commencent à faire de l'exercice, ils doivent élaborer des stratégies d'autorégulation afin d'être en mesure de contourner leurs barrières personnelles. Ils doivent trouver ce qui fonctionne pour eux. »

Certains des meilleurs messages d'intérêt public sur la santé proviennent d'organisations qui les ont intégrés dans leurs campagnes et qui offrent aux gens des outils pour dresser leurs propres plans et atteindre leurs buts. La Dre Berry cite ParticipACTION comme exemple de succès, l'organisation s'étant efforcée de changer les normes sociales en matière d'activité physique. En agissant au niveau de la population plutôt que de l'individu, ParticipACTION « normalise l'activité physique, pour qu'elle devienne simplement quelque chose que les gens font », observe-t-elle.

Quand l'activité physique devient normalisée de cette façon, les gens ont plus de chances de trouver le soutien dont ils ont besoin pour poursuivre leur programme d'exercice. « Les gens qui ont le plus de chances de rester actifs sont ceux qui commencent à se voir comme des personnes actives », dit la Dre Berry. « Ils se disent : "Je fais de l'exercice, je suis en santé". »

Recherches en collaboration pour faire bouger les gens

Dr Guy Faulkner, Université de la Colombie-Britannique
Photo – avec la permission de l'Université de la Colombie-Britannique.

Le Dr Guy Faulkner, professeur à l'École de kinésiologie de l'Université de la Colombie-Britannique et titulaire d'une chaire de recherche en santé publique appliquée des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), s'est donné pour mission d'améliorer la santé des Canadiens. Spécialiste de la psychologie de l'exercice et de la promotion de l'activité physique, il évalue le succès de diverses stratégies visant à accroître l'activité physique. Il travaille également auprès de ParticipACTION comme membre de son groupe consultatif sur la recherche, où il est chargé de fournir des recommandations fondées sur des faits pour ses campagnes nationales.

« Nous examinons les interventions en milieu de travail, les défis pour les adolescents, les effets des applications mobiles et des appareils de conditionnement physique, de même que les politiques gouvernementales et les programmes locaux », explique-t-il. « Cette sorte de recherche demande de considérer comment les interventions fonctionnent à l'échelle provinciale ou nationale, ce qui la rend incroyablement intéressante, malgré sa très grande difficulté. »

Bien qu'elle porte sur les impacts au niveau d'une population, la recherche du Dr Faulkner illustre comment les décisions stratégiques fédérales, provinciales et municipales peuvent se répercuter sur le comportement des individus. Par exemple, les politiques sur le transport scolaire – comme la distance minimale entre le foyer et l'école pour avoir droit aux services de transport scolaire – peuvent avoir une incidence sur le nombre d'enfants qui vont à l'école à pied sans danger. Des subsides fédéraux ou provinciaux peuvent aussi aider les parents à inscrire leurs enfants à des activités favorisant la santé, mais le Dr Faulkner indique que différentes stratégies peuvent être nécessaires pour différentes régions et des familles de revenu différent. C'est là que la recherche a sa place : des données probantes sur ce qui fonctionne (ou ne fonctionne pas) pour divers groupes sociaux peuvent aider les décideurs à concevoir des politiques et des programmes efficaces – et à considérer des façons dont ils peuvent commencer à gagner du terrain dans les communautés.

« Les obstacles sont nombreux pour qui veut être actif, et les bonnes politiques ont le potentiel d'aider les gens à commencer à bouger », indique le Dr Faulkner. « Évidemment, ces politiques doivent être appliquées efficacement aussi. »

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