Échange de connaissances – Vers l’avenir

Rapport sommaire du Symposium circumpolaire sur le bien-être mental

du 25 au 27 mars 2015
Iqaluit (Nunavut, Canada)

Table des matières

Remerciements

Nous tenons à remercier les participants des entités suivantes qui ont consacré temps et ressources pendant de nombreux mois au Projet sur la santé mentale :

  • le comité directeur international de l’initiative Données probantes pour promouvoir le bien-être psychologique et la résilience afin de prévenir le suicide dans les communautés circumpolaires, qui compte des membres du Canada, du Royaume du Danemark (Groenland), de la Norvège, de la Fédération de Russie, des États-Unis et du Conseil circumpolaire inuit;
  • le comité de planification du Symposium sur le bien-être mental, qui comprend des membres du Conseil circumpolaire inuit, du gouvernement du Nunavut (ministère de la Santé, ministère de l’Exécutif et des Affaires intergouvernementales), du gouvernement du Canada (Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, Instituts de recherche en santé du Canada, Santé Canada, ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement, Agence de la santé publique du Canada) et de Nunavut Tunngavik inc.;
  • le comité de planification du Forum des jeunes (Iqaluit, Nunavut).

Nous tenons à remercier tout spécialement les participants suivants :

  • les Instituts de recherche en santé du Canada pour le financement de projets de recherche sur le bien-être mental par l’intermédiaire de l’initiative Voies de l’équité en santé pour les Autochtones, ainsi que pour l’ensemble de la coordination et de la planification du Symposium;
  • le Bureau de la gestion des événements majeurs du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement pour la logistique et le soutien offerts;
  • Simona Arnatsiaq, John Duff, Rhoda Kayakjuak, André Moreau, Suzie Napayok-Short et Pierre Trudel pour l’interprétation simultanée de la rencontre;
  • Affaires autochtones et Développement du Nord Canada, le ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement et le gouvernement du Nunavut pour la traduction des documents du Symposium;
  • l’Institut de la santé des Autochtones des IRSC pour les bourses de voyage offertes aux jeunes;
  • le personnel responsable des communications des IRSC pour les témoignages vidéo et la couverture médiatique;
  • l’Agence de la santé publique du Canada pour le rapport sur le Symposium;
  • Bell Canada pour son soutien aux déplacements des participants;
  • Dianne Kinnon, pour avoir rédigé et produit le rapport.

Finalement, nous tenons à souligner le leadership et le soutien des participants suivants du Conseil de l’Arctique dans le cadre du projet de recherche sur le bien-être mental et la résilience et du symposium d’échange des connaissances :

  • les Hauts Représentants de l’Arctique;
  • le Groupe de travail sur le développement durable;
  • le Groupe d’experts sur la santé dans l’Arctique.

Résumé

Le présent rapport résume les fruits d’une initiative menée sous la présidence canadienne du Conseil de l’Arctique visant à promouvoir le bien-être mental et la résilience dans les communautés circumpolaires. En 2014, deux équipes de recherche internationales parrainées par le Groupe de travail sur le développement durable du Conseil de l’Arctique et financées par les Instituts de recherche en santé du Canada ont dégagé des pratiques prometteuses à partir d’une revue de la littérature, de six analyses de cas d’intervention ainsi que d’un processus de consultations auprès des communautés. Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans le rapport Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience [Partager l’espoir : Perspectives circumpolaires sur les pratiques prometteuses en matière de promotion du bien‑être mental et de la résilience] (en anglais seulement).

En mars 2015, plus d’une centaine de jeunes, de chercheurs, de représentants d’États membres et d’organismes participants permanents du Conseil de l’ArctiqueNote en bas de page 1 et de représentants d’organisations autochtones et de communautés circumpolaires se sont rencontrés à Iqaluit, au Nunavut, pour discuter des conclusions de ces recherches et échanger leurs connaissances et leurs opinions sur les mesures nécessaires et efficaces pour promouvoir le bien-être mental et prévenir le suicide dans les régions circumpolaires. Pendant ce symposium de deux jours et demi, des présentations réfléchies, des témoignages personnels et des discussions profondes ont permis de cibler les leçons et les principes clés suivants pour aller de l’avant :

Systèmes

  1. Travailler selon un modèle équitable – Choisir des stratégies, du financement, des politiques, des programmes et des services en fonction des réalités et des besoins propres aux peuples autochtones, dans le but de favoriser l’égalité entre ces derniers et les peuples non autochtones.
  2. Continuum de services – Veiller à ce que les communautés puissent accéder à un éventail complet de programmes et de services visant la promotion du bien-être mental et le traitement des maladies mentales.
  3. Déterminants sociaux de la santé – Prendre en considération les différents facteurs influant sur le bien‑être mental, tels que la situation économique, l’accès à l’éducation, la pauvreté, les traumatismes ou le déracinement culturel, au moment d’élaborer des solutions.
  4. Intégration – Intégrer la promotion du bien-être mental et la prévention du suicide aux structures, aux programmes et aux services existants, dans la mesure du possible.
  5. Collaboration – Acquérir des connaissances et des compétences qui favorisent la collaboration et aider les secteurs, les disciplines, les gouvernements et les organisations autochtones à travailler efficacement ensemble.

Interventions

  1. Programmes axés sur les terres ou d’autres aspects culturels précis – Financer des interventions de promotion de la continuité et de la fierté culturelles, des compétences en lien avec la terre, d’un meilleur accès aux aliments récoltés, des relations intergénérationnelles et du réengagement auprès de la communauté.
  2. Accent mis sur les enfants et les jeunes – Intégrer des activités et des ressources de promotion du bien-être mental des enfants et des jeunes aux programmes éducatifs, récréatifs, communautaires, de santé et de services à la famille.
  3. Formation des Autochtones et prestation de programmes – Dans la mesure du possible, former et soutenir les Autochtones de l’endroit afin qu’ils offrent des services et des programmes axés sur le bien-être mental.
  4. Approches fondées sur les forces – Créer des interventions visant à promouvoir la responsabilisation, la maîtrise de sa propre vie et les aptitudes nécessaires pour relever les défis.
  5. Adaptation des interventions au contexte – Veiller à ce que les pratiques prometteuses soient adaptées aux différents contextes géographiques, culturels et communautaires.

Capacités communautaires

  1. Connaissances traditionnelles – Mettre au point des solutions visant à préserver et à mettre à profit les connaissances traditionnelles, les pratiques de guérison et les enseignements des aînés en lien avec le bien-être mental et la résilience.
  2. Formation – Offrir une formation sur la promotion du bien-être mental et la prévention du suicide aux fournisseurs de services, aux dirigeants communautaires, aux familles et aux membres des communautés.
  3. Outils d’intervention destinés aux personnes à risque – Acquérir des connaissances et mettre au point des outils pour améliorer l’efficacité des interventions auprès des personnes à risque.
  4. Possibilités d’échange de connaissances – Poursuivre la création de forums, tant en personne qu’en ligne, visant à favoriser l’échange de connaissances et d’opinions.
  5. Leadership chez les jeunes – Offrir aux jeunes leaders et aux organismes jeunesse du soutien pratique et une formation en leadership, ainsi que des moyens de développer leurs capacités.

Politiques

  1. Stratégies globales au lieu de politiques et de programmes individuels – Mettre au point des stratégies multidimensionnelles à long terme plutôt que des initiatives ponctuelles isolées.
  2. Compréhension du bien-être mental par les Autochtones – Fonder les politiques et les programmes sur les concepts de bien-être mental propres aux Autochtones.
  3. Inclusion complète – Veiller à ce que les peuples autochtones participent pleinement aux processus d’élaboration de politiques et de prise de décisions.
  4. Efforts durables, flexibles et à long terme – Prévoir un financement flexible et novateur sur un certain nombre d’années pour mettre en œuvre des interventions favorisant une dynamique propice et des résultats à long terme.
  5. Évaluation – Intégrer le financement, la formation et les outils pour permettre aux intervenants de mesurer les résultats de leur travail et d’en évaluer l’incidence.

Recherche

  1. Compétence culturelle et éthique de la recherche – Mettre au point des méthodes destinées à améliorer la compétence culturelle et l’adoption par les chercheurs d’une éthique de la recherche sur les Autochtones.
  2. Valeur égale accordée à différents types de connaissances – Reconnaître que les connaissances traditionnelles, les connaissances locales, le vécu, les connaissances fondées sur la pratique ainsi que les connaissances théoriques sont d’une utilité et d’une valeur égales dans différents contextes.
  3. Mesures adéquates de l’efficacité – S’entendre sur les indicateurs de succès et créer des outils afin d’aider les communautés et les organisations à mesurer les résultats et l’incidence des interventions.
  4. Données probantes – Continuer d’accroître les connaissances par la recherche et l’évaluation et d’appliquer les meilleures données probantes disponibles en fonction des besoins.

Les participants au Symposium ont également formulé leur vision à long terme et leurs suggestions à court terme pour donner suite à la rencontre. En ce qui concerne la planification des rencontres et des conférences à venir, presque tous les participants ont indiqué que le contenu des présentations au Symposium avait été à la hauteur de leurs attentes et qu’ils avaient découvert de nouvelles initiatives et de nouveaux projets sur le bien-être mental dans les régions circumpolaires. Tous les groupes d’âge ont grandement apprécié la place accordée aux jeunes ainsi que leur contribution aux présentations et aux discussions. Certains participants ont toutefois indiqué qu’ils préféreraient qu’une approche globale plus inclusive soit adoptée lors des futures rencontres (cercles de discussion, séances en petits groupes, tables rondes). Parmi les autres suggestions des participants, notons plus de temps accordé aux discussions, plus d’experts culturels et d’aînés, plus de représentants d’organisations autochtones menant ou animant des discussions, et encore plus de temps et de soutien accordés aux jeunes autochtones et à leurs opinions.

Les participants ont également formulé des suggestions précises visant à donner suite à la rencontre :

  • Presser le Conseil de l’Arctique de faire une déclaration sur le sujet lors de la réunion ministérielle prévue à Iqaluit en avril 2015 (ce qui a été accompli avec la Déclaration d’Iqaluit de 2015).
  • Demander aux États-Unis de continuer à mobiliser les jeunes par rapport à ce sujet sous leur présidence du Conseil de l’Arctique, et doter le Conseil de l’Arctique d’une entité permanente responsable de veiller à ce que les jeunes soient représentés dans tout processus décisionnel.
  • Mettre sur pied un groupe de travail autochtone composé de membres de toutes les régions circumpolaires pour favoriser et faciliter l’échange continu de connaissances sur les approches des Autochtones à l’égard du bien-être mental.
  • Lancer un site Web grâce auquel les participants au Symposium ainsi que d’autres personnes pourraient accéder à des renseignements et discuter avec les présentateurs à la suite de la rencontre.
  • Créer une communauté virtuelle qui soutiendrait l’élaboration et la mise en œuvre des programmes.
  • Mettre au point des trousses d’outils d’évaluation à l’intention des communautés (indicateurs, résultats, modèles et guides d’instructions).
  • Organiser des rencontres internationales annuelles ou bisannuelles sur le bien-être mental.

Le bien-être mental et la résilience figureront toujours parmi les priorités du Conseil de l’Arctique sous la présidence des États-Unis, de 2015 à 2017. D’ailleurs, un projet est en cours d’élaboration afin de répondre à l’un des besoins ciblés lors du Symposium, soit le besoin de meilleurs outils et d’un plus grand soutien pour une évaluation complète des interventions en bien-être mental.

Les rencontres comme le Symposium permettent à des groupes qui ne se côtoient pas habituellement de dialoguer et elles constituent un bon moyen pour diffuser l’espoir et les connaissances et pour aller de l’avant.

Introduction

Du 25 au 27 mars 2015, plus d’une centaine de jeunes, de chercheurs, de représentants d’États membres et d’organismes participants permanents du Conseil de l’Arctique ainsi que de représentants d’organisations autochtones et de communautés circumpolaires se sont rencontrés à Iqaluit, au Nunavut, pour discuter du bien-être mental, de la résilience et de la prévention du suicide. Le Symposium circumpolaire sur le bien-être mental s’inscrivait dans le cadre d’un projet de deux ans du Conseil de l’Arctique, une initiative sous la présidence canadienne visant à évaluer les données probantes sur la promotion du bien-être mental et de la résilience par rapport au suicide dans les communautés circumpolaires. La rencontre a été organisée conjointement par le gouvernement du Canada, le gouvernement du Nunavut et le Conseil circumpolaire inuit, en partenariat avec la Norvège, le Royaume du Danemark (Groenland), la Fédération de Russie et les États-Unis.

Lors du Symposium, il allait de soi que la prévention du suicide et la promotion du bien-être mental forment des sujets d’une importance capitale pour les peuples autochtones circumpolaires. Les participants étaient réunis pour échanger des connaissances fondées sur leurs expériences, la recherche, les systèmes de connaissances autochtones et l’expertise accumulée sur le terrain. Ils souhaitaient ainsi « partager l’espoir » pour l’avenir.

Mise en contexte

« L’initiative du Conseil de l’Arctique sur le bien-être mental est avant-gardiste, car les recherches ont été menées dans le Nord, pour les gens du Nord. C’est grâce à la collaboration que nous pourrons progresser. »

L’honorable Leona Aglukkaq, présidente du Conseil de l’Arctique

Tenue à Iqaluit, la rencontre se fondait sur divers rassemblements, déclarations et rapports internationaux circumpolaires remontant jusqu’à 2003. Ceux-ci se poursuivront d’ailleurs dans l’avenir. En 2013, le Conseil de l’Arctique a poursuivi son travail en signant la Déclaration de Kiruna, qui établissait ses priorités sous la présidence du Canada de 2013 à 2015. Voici un résumé des événements sur la santé mentale dans la région circumpolaire visant à accroître la visibilité de ce sujet et à trouver des solutions à l’important problème de développement humain en Arctique.

Événements sur la santé mentale dans la région circumpolaire

  • Mars 2003 – Première rencontre sur la prévention du suicide
  • Novembre 2009 – Espoir et résilience : Conférence sur la prévention du suicide dans l’Arctique, à Nuuk, Groenland
  • Mars 2015 – Symposium circumpolaire sur le bien-être mental du Conseil de l’Arctique, à Iqaluit, Canada

Pour plus de détails et une liste complète des rapports, projets et présidences, veuillez consulter l’annexe B.

Vue d’ensemble du Symposium circumpolaire sur le bien-être mental

Les participants au Symposium venaient du Canada, de la Finlande, du Royaume du Danemark (Groenland), de la Norvège et des États-Unis. Environ 25 jeunes étaient présents, dont 17 étudiants et jeunes leaders de l’Arctique canadien ayant reçu des bourses de voyage des Instituts de recherche en santé du Canada. La présence accrue des jeunes à l’événement avait été retenue comme une priorité à l’étape de la planification de la rencontre.

« Il faut parler du suicide. Pas seulement des chiffres et des statistiques, mais des personnes qu’on a perdues et de celles qui doivent se relever. On n’arrête jamais de se demander « Pourquoi? ». Pour l’avenir des populations des régions circumpolaires, il faut discuter des méthodes qui fonctionnent et de la façon dont nous pouvons nous assurer d’obtenir de l’aide et de garder une certaine stabilité. »

Duane Smith, président, Conseil circumpolaire inuit – Canada

La rencontre de deux jours et demi a été principalement constituée de présentations individuelles ou par des groupes d’experts, ainsi que de séances de discussion ouverte (le programme complet figure à l’annexe D). L’animation de l’événement était assurée par Elisapi Aningmiuq, coordonnatrice de programmes au Centre Tukisigiarvik d’Iqaluit, et Michel Perron, vice-président aux Instituts de recherche en santé du Canada. Lena Evic, Jean Kigutikarjuk et Ceporah Kilabuk, d’Iqaluit, ont procédé à un accueil et à une prière traditionnels et allumé un qulliq, une lampe inuite en stéatite.

L’honorable Leona Aglukkaq, présidente du Conseil de l’Arctique, l’honorable Paul Okalik, ministre de la Santé du gouvernement du Nunavut, et M. Duane Smith, président du Conseil circumpolaire inuit – Canada, ont prononcé des discours d’ouverture. Des débats d’experts ont également eu lieu sous les thèmes suivants : « Séance récapitulative sur la recherche », « Perspectives régionales sur les interventions pour le bien-être mental dans différents milieux », « Rendre les politiques pertinentes pour les besoins et les priorités des communautés », et « Perspectives des jeunes sur l’engagement des communautés, les valeurs culturelles et l’importance de la conscience de soi ». Le Symposium a été ponctué de plusieurs témoignages, sur vidéo et en personne, dont ceux de Jordin Tootoo, de Jon Henrik et d’Aviaq Johnston.

Le dernier jour du Symposium, les participants ont discuté des idées et des thèmes clés qui pourraient faire progresser la promotion du bien-être mental et la prévention du suicide. En plus de prendre part aux discussions en groupe, de nombreux participants ont fait part de leurs commentaires dans un sondage dont les résultats sont présentés dans ce rapport.

« […] Mon frère s’est enlevé la vie. Dans la vingtaine, j’ai affronté mes propres problèmes de dépendance, avec l’aide de ma sœur bienveillante. […] Mon histoire illustre bien les nombreux défis qui subsistent sur notre territoire. Un jour, les gens seront plus optimistes et chercheront à recevoir de l’aide au moment opportun. »

L’honorable Paul Okalik, ministre de la Santé, gouvernement du Nunavut

Tout au long du Symposium, on a souligné l’importance d’aborder le bien-être mental du point de vue des Autochtones, qui diffère de celui de la société occidentale, comme l’a expliqué Gert Mulvad du Centre de recherche en santé du Groenland, également membre du Comité sur la santé du Conseil circumpolaire inuit.

Valeurs culturelles

Autochtones

  • Harmonie avec la nature
  • Union du corps et de l’âme
  • Importance accordée aux sentiments
  • Éducation par les aînés
  • Partage des biens matériaux
  • Attitude collaborative
  • Dirigeants au service de la population
  • Être > Avoir

Occidentales

  • Domination de la nature
  • Division du corps et de l’âme
  • Rationalisation des sentiments
  • Éducation par des professionnels
  • Accumulation et consommation de biens matériaux
  • Attitude compétitive
  • Population au service des dirigeants
  • Avoir > Être

Source : Gert Mulvad. Perspectives régionales sur les interventions pour le bien-être mental dans différents milieux, Symposium circumpolaire sur le bien-être mental, 26 mars 2015.

Le reste du rapport n’est pas divisé par présentateurs, mais plutôt par sujets et par thèmes importants ayant été abordés lors du Symposium. Il comprend également des résultats et des conclusions tirés des travaux de recherche du Conseil de l’Arctique sur les pratiques prometteuses ainsi que du symposium d’échange des connaissances. Il reflète également les perspectives des États de l’Arctique et des organismes participants permanents du Conseil de l’Arctique, des chercheurs, des responsables des politiques, des praticiens, des jeunes et des dirigeants communautaires. Enfin, le rapport résume les principes clés et les leçons tirées dont il faut s’inspirer pour la suite des choses.

Le bien-être mental et la résilience dans les communautés circumpolaires

Durant le Symposium, Laurence Kirmayer, de la Division de psychiatrie sociale et transculturelle de l’Université McGill, a présenté les grandes lignes du bien-être mental dans le Nord. Il a souligné que les peuples autochtones possèdent une histoire, une identité, une culture ainsi que des valeurs bien distinctes, tout en partageant entre eux certaines expériences comme l’empiétement du territoire, le fait d’imposer des structures bureaucratiques et une perte de contrôle, autant de situations qui touchent particulièrement les jeunes. Les changements imposés et la suppression de la culture font des ravages. Les stratégies pour renforcer la capacité de résilience des peuples autochtones sont axées sur les quatre éléments suivants : 1) le lien avec la terre et le sentiment d’appartenance; 2) la récupération des traditions et de la langue; 3) les récits; et 4) l’activisme politique en tant qu’activité individuelle et collective.

Le concept de « bien-être » va au-delà de la santé mentale et diffère des troubles de santé mentale. Ces derniers ne pouvant toutefois être mis de côté, il faut adopter une approche multidimensionnelle. Le bien-être des Autochtones repose sur leurs relations avec les autres, sur leurs terres et sur leur lien avec le monde spirituel. Dans le monde occidental, ces facteurs sont rarement intégrés aux approches favorisant le bien-être mental.

« La littérature sur la santé mentale traite en profondeur des facteurs individuels. Bien que ces facteurs soient importants, d’autres entrent en ligne de compte chez les Autochtones. »

Laurence Kirmayer, Division de psychiatrie sociale et transculturelle de l’Université McGill

Le Dr Kirmayer a également souligné les taux de suicide alarmants, en particulier chez les jeunes des communautés circumpolaires, et a rappelé aux participants que pour chaque personne qui meurt, bien d’autres souffrent.

Figure 1: Taux de suicide moyens normalisés pour l’âge dans les 8 États de l’Arctique et leurs régions nordiques au cours de la décennie 2000‑2009

Description détaillée de la figure 1
Pays Régions, provinces et États Taux de suicide moyens normalisés pour l’âge (par 100 000)
Russie et les régions
Russie Plus de 30 par 100 000
  Chukotka AO Plus de 80 par 100 000
  Arkhangelsk Oblast Plus de 50 par 100 000
  Sakha Republic Plus de 40 par 100 000
  Kareliya Republic Plus de 40 par 100 000
  Magadan Oblast Plus de 30 par 100 000
  Murmansk Oblast Plus de 30 par 100 000
Régions nordiques et les régions
Finlande Plus de 20 par 100 000
  Lappi Plus de 20 par 100 000
  Pohjois-suomi Plus de 20 par 100 000
Norvège Plus de 10 par 100 000
  Finnmark Plus de 10 par 100 000
  Nordland Plus de 10 par 100 000
Islande Plus de 10 par 100 000
Suède Plus de 10 par 100 000
  Norrbotten Plus de 10 par 100 000
  Vasterbotten Plus de 10 par 100 000
Danemark Plus de 10 par 100 000
  Troms Plus de 10 par 100 000
  Îles Féoré Plus de 5 par 100 000
Amériques du Nord
États-Unis Plus de 10 par 100 000
  Alaska Plus de 20 par 100 000
Canada Plus de 10 par 100 000
  Territoires du Nord-Ouest Plus de 20 par 100 000
  Nunavut Plus de 70 par 100 000
  Yukon Plus de 10 par 100 000
Groenland
Groenland Plus de 90 par 100 000

Fig. 1. Taux de suicide moyens normalisés selon l’âge dans les 8 États de l’Arctique et leurs régions nordiques au cours de la décennie 2000‑2009. N.B. : La normalisation directe en fonction de l’âge a été faite par rapport à la population européenne standard. Sources : Agences nationales de statistique, y compris le National Center of Health Statistics (USA), Statistique Canada, Statistique Islande, Statistique Norvège, Socialstyrelsen (Suède), Statistique Finlande et Rosstat (Russie); et bases de données internationales (NOMESCO, Eurostat).

Young, T. Kue; Revich, Boris; Soininen, Leena. Suicide in circumpolar regions: an introduction and overview (en anglais seulement). International Journal of Circumpolar Health, [S.l.], mars 2015. ISSN 1797-237X.

Christina Larsen, de l’Institut national de santé publique de l’Université du Sud du Danemark, a observé au Groenland que, d’une génération à l’autre, les hommes se suicident de plus en plus jeunes. Le taux de suicide varie également par région : il est moins élevé dans la capitale que dans les régions éloignées.

Figure 2 : Taux de suicide chez les Inuits du Nunavut et chez l’ensemble des Canadiens entre 1972 et 2014

Description détaillée de la figure 2
Année Taux annuel de suicide (par 100 000 habitants)
  Inuits du Nunavut Inuits du Nunavut Canada (all)
1973 163,2 12,3
1974 197,4 12,7
1975 218,7 12,1
1976 231,2 12,5
1977 233,4 13,9
1978 238,5 14,5
1979 245,7 13,9
1980 253,0 13,7
1981 272,6 13,7
1982 280,4 14,0
1983 270,3 14,8
1984 254,5 13,4
1985 239,8 12,6
1986 300,0 14,1
1987 363,7 13,6
1988 311,7 13,1
1989 296,9 12,8
1990 283,3 12,2
1991 274,7 12,8
1992 278,6 13,1
1993 272,7 13,2
1994 271,9 12,9
1995 264,9 13,5
1996 241,6 13,3
1997 225,4 12,3
1998 229,1 12,3
1999 233,2 13,4
2000 112,1 11,7
2001 114,4 11,9
2002 115,1 11,6
2003 121,1 11,9
2004 123,0 11,3
2005 120,3 11,6
2006 118,7 10,8
2007 114,9 11
2008 106,6 11,1
2009 105,6 11,5
2010 105,0 11,6
2011 105,9 11,3
2012 105,1 11,3
2013 113,1 11,3
2014 110,1 n/a

Source : Hicks, Jack, Statistical data on death by suicide by Nunavut Inuit, 1920 to 2014 (en anglais seulement).

Eduardo Chachamovich, chef de l’équipe du Projet sur la résilience et la prévention du suicide, a également présenté certaines des conclusions de ses travaux, qui jettent un nouvel éclairage sur la question du suicide dans les régions circumpolaires. Même si les taux de suicide varient d’une région à l’autre, ils demeurent à un niveau inacceptable, ce qui montre qu’il existe des failles dans d’autres systèmes. Les idées suicidaires et les tentatives de suicide sont également courantes. D’ailleurs, l’Enquête sur la santé des Inuits, une étude approfondie menée auprès des communautés inuites du Canada en 2007 et 2008, a révélé que près de la moitié des répondants (48,5 %) avaient déjà sérieusement envisagé le suicide au cours de leur vie, et qu’environ le tiers d’entre eux (35,9 %) avaient déjà fait une tentative.

Dans le cadre de l’étude Apprendre des vies vécues menée au Nunavut, une autopsie psychologique a été effectuée afin d’examiner les facteurs ayant contribué aux 120 cas de suicide chez les Inuits du territoire entre 2003 et 2006 et de les comparer avec ceux d’un groupe de référence. L’âge moyen des personnes décédées par suicide au Nunavut était de 24,6 ans. Par rapport au groupe de référence, ces personnes étaient plus susceptibles d’être célibataires, sans emploi et moins scolarisées et d’avoir des démêlés judiciaires. Certains facteurs comme des sévices physiques ou sexuels durant l’enfance, des problèmes de santé mentale et une dépendance à l’alcool étaient également plus fréquents (Chachamovich et Tomlinson, 2013). Ces résultats sont de bons indicateurs des possibilités d’intervention qui existent pour prévenir le suicide.

Photo : avec la permission de Jordin Tootoo/David Kilabuk

Témoignage de Jordin Tootoo
Joueur de la Ligue nationale de hockey pour les Devils du New Jersey

« Le 28 août 2002, ma vie a changé pour toujours. Mon frère Terence s’est enlevé la vie. » Originaire de Rankin Inlet, au Nunavut, Jordin Tootoo est le premier Inuit à avoir joint les rangs de la LNH. Dans la vidéo, il parle de son deuil, des années difficiles qu’il a vécues par la suite et de la manière dont il a repris sa vie en main il y a environ quatre ans. Il souhaite que les jeunes sachent que des gens de leurs communautés sont aux prises avec les mêmes problèmes. Il a d’ailleurs créé le Fonds de l’équipe Tootoo afin de sensibiliser les gens à la prévention du suicide et aux jeunes vulnérables. Jordin garde précieusement à l’esprit la note que son frère lui a laissée : « Jor, va jusqu’au bout. Prends soin de la famille. T’es le meilleur. »

Recherche sur les pratiques prometteuses

En 2013, le Conseil de l’Arctique a donné son aval à un projet de recherche visant à étudier le bien-être mental dans les communautés circumpolaires. Le projet, qui portait comme titre officiel Données probantes pour promouvoir le bien-être psychologique et la résilience afin de prévenir le suicide dans les communautés circumpolaires, s’intéressait particulièrement aux enfants et aux jeunes. Les objectifs de l’initiative étaient les suivants :

  • Cibler des interventions prometteuses reflétant les pratiques, les valeurs et les réalités autochtones et pouvant s’appliquer à d’autres communautés.
  • Examiner les facteurs contextuels favorisant la réussite de ces interventions, par exemple les ressources financières ou humaines.
  • Sensibiliser davantage les États membres du Conseil de l’Arctique ainsi que les communautés quant aux approches utilisées pour promouvoir la santé mentale et prévenir le suicide.
  • Mobiliser les communautés pour en savoir plus sur les interventions efficaces.

Les Instituts de recherche en santé du Canada ont offert du financement par l’intermédiaire d’un appel de propositions, et deux équipes de recherche internationales ont été retenues. Eduardo Chachamovich, de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas de Montréal, a dirigé l’équipe du Projet sur la résilience et la prévention du suicide, composée entre autres d’experts inuits, inuvialuits et alaskiens et de candidats principaux autochtones. Les travaux de ce projet étaient axés sur les interventions mises en œuvre en Alaska (É.-U.) ainsi qu’au Nunavut et dans la région occupée par les Inuvialuits, dans les Territoires du Nord-Ouest. Susan Chatwood, de l’Institut de recherche en santé circumpolaire de Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest), a quant à elle dirigé l’équipe du projet Bien-être mental et prévention du suicide dans les communautés circumpolaires : établissement d’une base de données probantes et recensement des pratiques prometteuses, composée de chercheurs du Canada, du Royaume du Danemark (Groenland), de la Norvège ainsi que d’organisations autochtones et du Nord. L’équipe s’est penchée sur les interventions mises en œuvre dans les Territoires du Nord-Ouest et au Groenland, et ses résultats ont été publiés dans le rapport Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience (en anglais seulement) [Partager l’espoir : Perspectives circumpolaires sur les pratiques prometteuses en matière de promotion du bien‑être mental et de la résilience] (Groupe de travail sur le développement durable, 2015), ainsi que dans un numéro spécial du International Journal of Circumpolar Health sur le suicide et la résilience chez les populations circumpolaires (en anglais seulement).

« Une des principales conclusions, déjà connue des praticiens sur le terrain, c’est que la prévention du suicide passe par des solutions fondées sur la culture, à la fois communautaires et menées par la communauté, de même que sur de solides partenariats entre les chercheurs et les Autochtones. »

Résumédu rapport Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience

Études de cas

Les chercheurs avaient entre autres comme tâche de recenser les pratiques prometteuses en matière de bien-être mental et de résilience en étudiant différents cas choisis en fonction des meilleures données probantes disponibles recueillies dans la littérature (publiée ou non). Six études de cas ont été retenues :

  1. Camp Makimautiksat pour le bien-être et le renforcement de l’autonomie des jeunes (en anglais seulement), Nunavut, Canada (intervention sous forme de camp d’été) – Un camp d’été mis sur pied à partir de données probantes et adapté à la culture, proposant aux jeunes inuits de 9 à 12 ans de passer quelques jours sur les terres afin de favoriser le bien-être, l’identité inuite, le développement de la conscience communautaire et l’amélioration des compétences.
  2. Programme de jeunes leaders Teck John Baker (en anglais seulement), district scolaire Northwest Arctic Borough, Alaska, États-Unis (intervention en milieu scolaire) – De jeunes leaders sont formés et encouragés à prendre des responsabilités pour améliorer le climat à l’école, parler avec leurs camarades qui montrent des signes de dépression ou qui expriment des idées suicidaires et intervenir lorsque des élèves adoptent des comportements négatifs.
  3. Aullak, sangilivallianginnatuk (en anglais seulement) (Partir pour grandir), Nunatsiavut, Labrador, Canada (intervention de cueillette de nourriture sur les terres) – Un programme de sensibilisation à la santé mentale chez les jeunes axé sur les terres, visant à renforcer la capacité de résilience des jeunes qui présentent des facteurs de risque multiples et qui n’ont pas facilement accès aux terres, ainsi qu’à leur permettre d’acquérir des compétences connexes sur les terres.
  4. Équipe de psychiatrie pour les jeunes lapons (en norvégien seulement), comté de Finnmark, Norvège (intervention clinique) – Une équipe composée de quatre membres dotés d’un savoir-faire culturel offre aux jeunes des interventions visant à lutter contre les comportements suicidaires et les problèmes de toxicomanie. Les jeunes peuvent depuis peu communiquer avec l’équipe par messages textes pour obtenir une aide immédiate.
  5. Équipe de recherche participative de la région des Tlichos (en anglais seulement), Territoires du Nord-Ouest, Canada (intervention de recherche axée sur l’action communautaire) – Le but de l’équipe consiste à mettre en pratique les résultats de la recherche tout en intégrant les valeurs et les croyances du peuple tlicho. L’équipe organise pour les jeunes une conférence annuelle ainsi que l’atelier I am Beautiful because [Je suis magnifique parce que…] qui vise à favoriser l’estime personnelle et à fournir aux jeunes des outils et des ressources pour réussir.
  6. Stratégie nationale de prévention du suicide (en anglais seulement), Groenland (intervention politique) – Adoptée en 2004 et en place au moins jusqu’en 2019, cette stratégie nationale correspond à une nouvelle approche de prévention du suicide multisectorielle fondée sur le partenariat. Elle offre également une plateforme de discussion publique et de diffusion des idées sur la prévention du suicide.

Toutes ces interventions prometteuses sont présentées en détail à l’annexe C. Pour en savoir plus, consultez le rapport Sharing Hope (en anglais seulement) ou les organismes commanditaires.

Les études de cas ont permis de recenser les sept « ingrédients communs » suivants :

Études de cas

Ingrédients communs aux interventions efficaces

  • Action – Promotion du sentiment de maîtriser sa vie.
  • Maîtrise de la situation – Soutien aux gens désespérés pour qu’ils reprennent la maîtrise d’eux-mêmes.
  • Autodétermination – Interventions mises en œuvre et menées à l’échelle locale qui 1) sont fondées sur des données probantes et 2) tiennent compte des besoins et de l’identité socioculturelle de leur groupe cible.
  • Engagement communautaire – Étude de la manière dont les relations entre les membres des communautés, les fournisseurs de services et les institutions gouvernementales sont établies, maintenues et soutenues, et de l’existence ou non d’un déséquilibre de pouvoir.
  • Compétences culturelles – Capacité des fournisseurs de services non autochtones à interagir efficacement avec les clients, les patients et les participants, c’est-à-dire à devenir leurs alliés et à les défendre auprès de personnes et d’organisations.
  • Travailleurs communautaires formés et dévoués – Le personnel et les dirigeants communautaires sont dévoués et formés en fonction des attentes culturelles des gens qu’ils servent.
  • Financement de base durable – Financement suffisant à long terme et espaces désignés pour établir des liens de confiance et des relations à long terme, et mener des évaluations rigoureuses et continues.

Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience

Revue de la littérature et engagement communautaire

Les équipes de recherche ont également effectué une revue systématique complète d’articles scientifiques évalués par les pairs, de rapports gouvernementaux, de documents publiés par des organisations autochtones locales et de rapports non publiés de chercheurs et de professionnels du domaine. Voici une de leurs conclusions :

« Les articles scientifiques sur les programmes de prévention du suicide dans les communautés autochtones n’abondent pas, et la majorité des données sur les interventions proviennent de sources non académiques. »

Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience, 2015, p. 23.

Après avoir examiné environ 400 sources d’information, les chercheurs ont ciblé 10 interventions ayant été évaluées formellement et présentées dans une publication évaluée par les pairs (la liste se trouve à l’annexe C). Parmi les conclusions tirées, notons la nécessité d’évaluer plus rigoureusement les programmes d’intervention afin de déterminer s’ils sont efficaces et viables et s’ils sont appuyés par des données probantes. Ces évaluations ne sont toutefois pas nécessairement faciles à effectuer dans les communautés circumpolaires; en effet, ces dernières étant souvent petites et dispersées, la taille des échantillons est généralement limitée.

Le fait que les programmes communautaires permettent d’atteindre des résultats et qu’ils sont considérés comme des méthodes efficaces pour promouvoir le bien-être mental et la résilience est un thème récurrent dans la littérature. À partir des programmes ciblés, l’équipe de recherche a dégagé les pratiques prometteuses suivantes :

Littérature – Pratiques prometteuses en matière de bien-être mental et de résilience dans les régions circumpolaires

Programmes axés sur :

  • les jeunes;
  • les liens entre les jeunes et les aînés;
  • la famille ou la communauté;
  • les activités culturelles et liées aux terres;
  • la spiritualité;
  • les personnes à risque élevé de suicide.

Personnes formées :

  • Membres de la communauté (p. ex. jeunes, parents, aînés)
  • Enseignants

Formation axée sur :

  • les compétences parentales;
  • les habiletés fondamentales (p. ex. maîtrise des émotions, résolution de conflits, gestion des relations);
  • la prévention du suicide, comme la Formation appliquée en techniques d’intervention face au suicide (ASIST) et les Premiers soins en santé mentale;
  • le deuil et la guérison;
  • la réduction de la stigmatisation.

Outils d’intervention auprès des personnes à risque :

  • Technologies des communications (p. ex. vidéoconférence, télésanté, ligne secours, outils en ligne)

Programmes d’intervention communautaires ou régionaux misant sur :

  • un comité consultatif sur la prévention du suicide disposant de ressources suffisantes pour élaborer et mettre en œuvre une stratégie communautaire ou régionale;
  • des restrictions ou la sensibilisation en matière d’alcool;
  • la sensibilisation par l’intermédiaire des médias, d’affiches, de témoignages sur vidéo, etc.

Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience

L’engagement communautaire était un élément fondamental des projets de recherche. Pour déterminer si une intervention efficace dans une région arctique pourrait être adaptée à d’autres régions, les chercheurs ont invité quatre communautés autochtones à se prononcer sur les modèles de pratiques prometteuses qui sont ressortis de la revue de la littérature. Au total, 141 Autochtones – jeunes, adultes et aînés – ont participé à des entrevues ainsi qu’à des cercles et des groupes de discussion.

Si les participants ont accordé une excellente note à l’ensemble des pratiques (8,72 sur une échelle de 10), leurs perspectives quant aux interventions les plus susceptibles d’être efficaces dans leur communauté variaient, autre signe qu’une approche de promotion « universelle » ne porterait pas ses fruits en région circumpolaire.

Voici, en ordre, les quatre interventions les mieux notées :

  1. Programmes axés sur les activités culturelles et liées aux terres
  2. Programmes axés sur les jeunes et les aînés
  3. Apprentissage d’habiletés fondamentales, de capacités d’adaptation et de méthodes de gestion du stress
  4. Groupes et cercles axés sur le deuil et la guérison

La liste ci-dessous résume les résultats des consultations communautaires :

Communautés autochtones – Notation des pratiques prometteuses en matière de bien-être mental et de résilience dans les régions circumpolaires

Pratiques hautement notées :

  • Programmes axés sur les activités culturelles et liées aux terres
  • Programmes axés sur le renforcement des capacités des jeunes et des aînés
  • Formation sur les habiletés fondamentales
  • Ateliers sur le deuil et la guérison
  • Formation des enseignants en prévention du suicide
  • Réduction de la stigmatisation
  • Formation sur les compétences parentales
  • Formation offerte aux membres des communautés sur la promotion de la résilience et la prévention du suicide
  • Programmes axés sur les jeunes

Pratiques au consensus restreint :

  • Vidéoconférence, télésanté, ligne secours, interventions en ligne
  • Accent mis sur la spiritualité
  • Restrictions ou sensibilisation en matière d’alcool
  • Sensibilisation du public par l’intermédiaire des médias, de la radio, de témoignages sur vidéo, etc. (préoccupations quant à la façon dont le suicide est abordé)

Améliorations aux programmes suggérées par les membres des communautés :

  • Offrir une formation aux fournisseurs de services et aux dirigeants communautaires sur la promotion de la santé mentale et la prévention du suicide
  • Offrir de la formation entre autres sur l’intimidation, la violence latérale, les sévices sexuels, les aptitudes en communication, la gestion des traumatismes et les méthodes de guérison traditionnelles
  • Mettre au point des outils d’intervention destinés aux personnes à risque, comme des programmes d’intervention sur la rue
  • Soutenir les programmes d’intervention communautaires ou régionaux

Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience

À partir de ces consultations communautaires, les chercheurs ont conclu que les interventions doivent être mises en œuvre à l’échelle individuelle et communautaire, adaptées aux communautés et aux besoins, fondées sur des systèmes déjà en place dans la communauté et être durables (elles doivent être en place assez longtemps pour produire des résultats).

Discussions

Les participants au Symposium ont posé plusieurs questions et avancé différentes pistes pour interpréter les résultats de la recherche. Par exemple, Jim Allen, de l’Université de Fairbanks (Alaska), a noté trois thèmes à partir des résultats : il faut des interventions 1) menées à plusieurs niveaux qui sont 2) fondées sur la culture et 3) durables. En outre, Pamela Collins, de l’Institut national de la santé mentale des États-Unis, a souligné l’importance accordée par les participants à l’attachement, que ce soit envers leur communauté, les aînés ou les uns aux autres.

D’autres discussions entre les participants ont mis en évidence l’importance des éléments suivants :

  • Permettre aux personnes à risque de renouer avec la terre pour leur propre bien (la terre comme source de guérison), d’acquérir des compétences pour maîtriser leur situation et d’accéder aux aliments récoltés sur les terres.
  • Intégrer des facteurs de protection aux interventions, comme le fait de favoriser les liens sociaux des jeunes et leurs relations avec des adultes sains et des personnes qui se soucient d’eux.
  • Tenir compte des différences de genre et des besoins de la communauté gaie, lesbienne, bisexuelle, transgenre et allosexuelle, et veiller à ce que les interventions ciblant différents groupes soient inclusives et efficaces.
  • Offrir des occasions de leadership aux jeunes et leur permettre d’aider les autres.
  • Fournir de la formation continue et des possibilités d’échange de connaissances.
  • Évaluer les interventions de façon rigoureuse et continue.
  • Étudier les éléments nécessaires pour étendre les interventions efficaces à d’autres communautés en s’intéressant à la fois aux ressemblances et aux différences entre les peuples et les régions autochtones et en gardant à l’esprit le contexte et les préférences locales.

Témoignage de Jon Henrik (vidéo, en suédois seulement)
Gardien de rennes lapon Gagnant, version suédoise de l’émission Du talent à revendre

Puisque Jon Henrik n’était pas en mesure d’assister au symposium, son témoignage vidéo a été présenté par Jon Petter Stoor, du Centre national de compétences lapon de Norvège. Jon Henrik est avant tout un gardien de rennes traditionnel lapon. Plus jeune, Jon a perdu son ami Daniel, lui aussi gardien de rennes, qui s’est enlevé la vie. Jon a écrit une chanson en son honneur, qu’il a chantée en 2014 à l’émission Talang Sverige (version suédoise de l’émission Du talent à revendre) devant un public profondément ému. Il a été déclaré grand gagnant du concours national. Selon Jon Petter Stoor, Jon Henrik est une source de fierté et d’inspiration pour les Lapons : il est la preuve qu’on peut réaliser ses rêves sans être assimilé.

Perspectives en matière de recherche et de politiques

Les participants au Symposium circumpolaire sur le bien-être mental se sont également penchés sur les liens étroits entre l’élaboration de recherches, de politiques et de programmes. Ils ont conclu que la recherche et l’évaluation étaient fondamentales aux programmes fondés sur des données probantes, à condition que les multiples sources et types de connaissances soient respectés. Comme le montre le graphique ci-dessous, la recherche passe par l’établissement d’un programme ou d’une question prioritaire ainsi que par l’allocation de ressources à cette question; les connaissances ainsi générées sont ensuite utilisées pour mettre en œuvre et offrir des services. Le fait de surveiller et d’évaluer les services mis en place et d’en tirer des apprentissages permet également de générer de nouvelles connaissances et des interventions plus efficaces.

Figure 3 : Produire des données pour passer à l’action

Description détaillée de la figure 3

Comme le montre le graphique ci-dessous, la recherche passe par l’établissement d’un programme ou d’une question prioritaire ainsi que par l’allocation de ressources à cette question; les connaissances ainsi générées sont ensuite utilisées pour mettre en œuvre et offrir des services. Le fait de surveiller et d’évaluer les services mis en place et d’en tirer des apprentissages permet également de générer de nouvelles connaissances et des interventions plus efficaces. Les cinq étapes sont :

  • Définir un programme
  • Attibuer des ressources
  • Trouver et approfondir de nouvelles idées
  • Mettre en œuvre et offrir des services
  • Surveiller, évaluer et apprendre

Source : Pamela Collins. Generating the Evidence for Action, Symposium circumpolaire sur le bien-être mental, 27 mars 2015. (Adapté de Moon et coll. PLoS Med, 2010.)

Des recherches qui génèrent des connaissances

Tout au long du Symposium, des experts et des membres du public ont souligné que la recherche devait répondre aux besoins des communautés, des peuples autochtones et des groupes directement touchés par une question, en plus de les faire participer à toutes les étapes de la recherche et de la diffusion des connaissances générées.

« Les universitaires non autochtones connaissent bien leur domaine et savent laisser les autres prendre la barre dans les domaines qu’ils connaissent mieux. »

Susan Chatwood, Institut de recherche en santé circumpolaire

Les deux équipes de recherche du projet sur le bien-être mental et la résilience ont abordé l’importance d’utiliser de vastes réseaux, à la fois pour cibler les sources d’information et pour analyser les résultats dans un contexte culturel donné. Elles comprenaient toutes deux des chercheurs et des organismes partenaires autochtones. Les bailleurs de fonds de la recherche en santé sont désormais nombreux à exiger qu’une telle approche soit adoptée. En outre, il est tout aussi important de veiller à ce que les nouvelles connaissances parviennent aux décideurs et aux fournisseurs de programmes. Les équipes de recherche examinent d’ailleurs cet enjeu à l’aide de divers moyens : sites Web, résumés en langage non scientifique, exposés à des congrès et articles dans des revues.

« Au lieu d’adopter une approche centrée sur un problème, les Autochtones étudient les circonstances entourant leur situation selon un modèle multifactoriel. »

Gert Mulvad, Centre de recherche en santé du Groenland, Université du Groenland

Le fait d’accorder de l’importance aux différents types de connaissances – traditionnelles, locales et fondées sur la pratique, par exemple – et d’appliquer ces dernières aux interventions axées sur le bien-être mental procure une valeur et une incidence optimales. L’encadré ci-dessous résume les types de connaissances mentionnés lors du Symposium. Toutes ces sources de connaissances permettent de mieux comprendre les problèmes, de concevoir des politiques et des programmes efficaces et de produire des résultats concrets.

Types de connaissances sur le bien-être mental et la résilience

  • Connaissances traditionnelles – Ensemble des connaissances acquises par l’intermédiaire de pratiques culturelles et d’expériences vécues, notamment des observations, des leçons et des compétences étendues et multigénérationnellesNote en bas de page 2.
  • Connaissances locales – Connaissances tirées du milieu de vie et de la compréhension des contextes, des réalités et des normes communautaires et géographiques.
  • Vécu – Connaissance personnelle d’un enjeu ou d’une situation en tant que victime, survivant, témoin ou membre de la famille ou de la communauté.
  • Connaissances fondées sur la pratique – Expertise acquise après avoir eu recours à des programmes ou à des services, ou après en avoir offert, pendant un certain temps, dans un contexte précis ou auprès d’une population spécifique.
  • Connaissances théoriques – Collecte et analyse systématiques de renseignements visant à en tirer des conclusions.

Symposium circumpolaire sur le bien-être mental, 25 au 27 mars 2015

Les participants ont également souligné que toutes ces sources pouvaient servir à évaluer efficacement un programme et qu’elles pouvaient toutes être utilisées dans différents contextes : par exemple, les bailleurs de fonds souhaitent qu’un programme soit justifié à l’aide de données de recherche scientifiques, tandis que les communautés se fondent surtout sur des connaissances locales et traditionnelles autochtones.

En ce qui concerne les connaissances tirées d’évaluations plus formelles, les participants ont discuté des indicateurs et des mesures appropriés concernant la prévention du suicide et la promotion du bien‑être mental. Les nombres de suicides, de tentatives de suicide et d’idées suicidaires ne sont pas des mesures adéquates lorsqu’ils sont utilisés seuls. D’un autre côté, les outils permettant de mesurer précisément le « bien-être » sont rares. En Norvège, des indicateurs généraux du bien-être mental ont été établis.

« Les indicateurs de santé mentale [utilisés en Norvège] sont le bien-être à l’école, les aptitudes à la lecture mesurées à l’école, l’intimidation en milieu scolaire, le décrochage scolaire, les troubles de santé mentale diagnostiqués par les fournisseurs de soins de santé de première ligne, la prescription de médicaments pour des troubles de santé mentale, l’état de santé autodéclaré, le soutien social, ainsi que de nombreux facteurs liés au milieu social. »

Solfrid Johansen, Institut de la santé publique de la Norvège

Si les participants au Symposium étaient d’accord pour dire que nous en savons suffisamment sur la promotion du bien-être mental et la prévention du suicide pour mettre en œuvre des interventions efficaces, ils ont tout de même dressé une liste des priorités sur lesquelles les recherches à venir devraient porter pour élargir notre bassin de connaissances :

  • Évaluation plus rigoureuse des interventions selon tous les types de connaissances (traditionnelles autochtones, locales, fondées sur l’expérience, fondées sur la pratique, ou théoriques) ainsi que leur acceptation et leur pertinence dans les communautés ciblées.
  • Évaluation des répercussions à long terme des interventions ainsi que des motifs expliquant pourquoi certaines régions présentent de faibles taux de suicide par rapport à d’autres.
  • Facteurs communautaires ou collectifs liés au bien-être mental (accent mis jusqu’à maintenant sur les facteurs individuels).
  • Répercussions des traumatismes vécus durant l’enfance ou à l’âge adulte.
  • Examen approfondi des initiatives fondées sur la culture.

Des politiques qui favorisent le changement

« Il nous appartient de préparer la voie vers le bien-être pour permettre aux gens d’y accéder. »

L’honorable Glen Abernethy, ministre de la Santé et des Services sociaux, gouvernement des Territoires du Nord-Ouest

Le Symposium a notamment présenté un panel sur les politiques; quatre présentateurs ont exposé différentes approches de même que les facteurs de réussite clés. Chacun d’eux a insisté sur l’utilisation d’approches intégrées pour répondre aux besoins des communautés tout en exploitant leurs forces.

Après avoir mis en œuvre une première stratégie nationale de prévention du suicide [ PDF (537 Ko) - lien externe ] (en danois seulement) en 2004, le Groenland en a établi une deuxième pour la période 2013‑2019. Selon Christina Larsen, conseillère auprès du ministère de la Santé du Groenland, l’adoption d’une stratégie nationale ne règle pas nécessairement le problème du suicide, mais elle présente une orientation claire et une approche systématique à cet égard. La stratégie actuelle consiste à doter les intervenants de compétences en prévention du suicide, à déployer des efforts en éducation et en santé (intégration du sujet à la matière enseignée), à soutenir les personnes endeuillées et à procéder à des évaluations et à des recherches (des données sont recueillies depuis 1993). Si la stratégie est considérée comme efficace, c’est en partie parce qu’elle respecte les priorités locales et qu’elle se fonde sur les données et les connaissances locales.

Dans sa présentation sur l’approche norvégienne, Solfrid Johansen, de l’Institut de la santé publique de la Norvège, a mentionné que, selon la loi sur la santé publique du pays, la santé est une responsabilité multisectorielle. Un système d’information national fournit des données au niveau des municipalités et des comtés (notamment sur les facteurs de risque et de protection), et un plan d’action national en santé fournit une orientation générale. Toutefois, les municipalités sont responsables de prendre des mesures concrètes sur les questions de santé. Il existe une collaboration officielle entre les écoles et leur service de santé; celui-ci s’emploie à prévenir les problèmes de santé mentale et à promouvoir la santé mentale auprès des enfants et des adolescents, tandis que les écoles sont responsables de favoriser la qualité des milieux d’apprentissage. En outre, il existe une banque nationale de renseignements sur les interventions fondées sur des données probantes en santé mentale chez les enfants et les adolescents.

« La plupart des données probantes démontrent que l’adoption d’une stratégie est, en soi, une composante essentielle de la prévention. »

Alison Crawford, Programme de sensibilisation en psychiatrie du Nord, Centre de toxicomanie et de santé mentale

Alison Crawford, du Centre de toxicomanie et de santé mentale, croit qu’il est essentiel de faire appel aux communautés, aux intervenants et aux experts au moment d’élaborer une politique. La définition d’« expert » est large et englobe toutes les personnes qui disposent de connaissances scientifiques, culturelles, cliniques ou administratives. Mme Crawford a également mentionné deux stratégies prometteuses; celles-ci reposent sur un engagement diversifié, sont fondées sur des données probantes à jour, répondent aux besoins communautaires et culturels, et font l’objet d’évaluations. L’élaboration du Plan d’action [ PDF (269 Ko) - lien externe ] et de la Stratégie de prévention du suicide [ PDF (622 Ko) - lien externe ] (en anglais seulement) du Nunavut a reposé sur des consultations communautaires ainsi que sur la participation de multiples intervenants. La Stratégie comprend huit engagements, incluant l’adoption par le gouvernement d’une approche plus ciblée, le renforcement de la gamme de services en santé mentale, une meilleure préparation des jeunes aux épreuves de la vie, et une formation offerte de manière systématique. Le Plan d’action met de l’avant des moyens précis pour la mise en œuvre de la Stratégie. L’association nationale inuite Tapiriit Kanatami élabore actuellement une stratégie nationale inuite de prévention du suicide s’inspirant des lignes directrices de l’Organisation mondiale de la Santé, du Québec et de l’Écosse, qui sont considérées comme des références.

Lynn Ryan MacKenzie, du programme Santé mentale et toxicomanies du gouvernement du Nunavut, a souligné l’importance du rôle joué par les communautés pour cibler les besoins des citoyens et y répondre. Elle a également avancé que l’influence des responsables des politiques gouvernementales était très limitée, sauf en cas de crise, comme le montre le graphique ci-après.

Figure 4 : Influence sur les résultats

Description détaillée de la figure 4

Les patients, la famille et la communauté ont beaucoup d’influence et de contrôle sur l’adoption d’un mode de vie sain et les résultats subséquents.

Les responsables des politiques ont peu d’influence ou de contrôle sur la façon de répondre aux besoins des citoyens et sur l’adoption de saines habitudes de vie jusqu’à ce qu’un problème dégénère en crise.

Source : Lynn Ryan MacKenzie, Making Policy Relevant to the Needs and Priorities of Communities, Symposium circumpolaire sur le bien-être mental, 26 mars 2015 (adapté de Gottlieb, Sylvester, Eby. Transforming Your Practice: What Matters Most. Fam Pract Manag, vol. 15, no 1, janvier 2008, p. 32‑38).

Mme MacKenzie fait valoir que :

  • les consultations menées par les gouvernements devraient être remplacées par des processus de planification et de prise de décisions dirigés par les citoyens;
  • les projets individuels et isolés devraient être délaissés au profit de stratégies intégrées et durables;
  • l’accent devrait être mis sur les forces et les atouts plutôt que sur les faiblesses et les besoins;
  • la prestation de services devrait faire place au renforcement des capacités communautaires.

Elle a toutefois insisté sur le fait que les sources de soutien externe ne doivent pas remplacer les systèmes naturels, mais bien les renforcer.

Discussions

Un thème commun est ressorti durant les discussions à propos de la recherche et des politiques sur le bien-être mental, soit la centralité des approches globales et écologiques par rapport aux recherches effectuées sans égard aux besoins des communautés de même qu’aux programmes et aux projets ponctuels qui ne sont pas systématiquement liés.

Tout au long du Symposium, les participants ont réaffirmé qu’il est important que les stratégies et les politiques soient dirigées par les Autochtones.

« Un principe de base semble être d’inviter les communautés autochtones à participer [à la prise de décision], non seulement à titre de consultants, mais bien à titre de codirigeants. »

Patricia Wiebe, Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits, Santé Canada

Natan Obed, de Nunavut Tunngavik Inc., a toutefois fait remarquer qu’il existe actuellement des déséquilibres de pouvoir qui empêchent certaines personnes d’accéder au processus d’élaboration des politiques. Il a rappelé aux participants d’aller au-delà des limites « possibles » telles que définies par le gouvernement et de repousser les barrières pour susciter des changements. D’autres participants ont réaffirmé l’importance de confier la prise du plus grand nombre possible de décisions aux communautés. Comme l’a mentionné une jeune déléguée :

« En tant qu’Inuite, je peux affirmer que les programmes identiques à ceux mis en œuvre au sud ne sont pas efficaces, car nos communautés sont différentes culturellement parlant. »

Suzy Kauki, Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik

De plus, il est tout aussi important de veiller à ce que la gamme complète d’interventions en matière de bien-être mental – de la prévention primaire au suivi, en passant par le traitement – soit en place dans les communautés et qu’elle soit offerte, dans la mesure du possible, par des fournisseurs de services autochtones. L’Assemblée des Premières Nations et Santé Canada ont récemment publié le Cadre du continuum du mieux-être mental des Premières Nations [ PDF (932 Ko) - lien externe ] (2015), dans lequel sont exposés quatre grands résultats en matière de bien-être, fondés sur les directions de la roue de la médecine (espoir, appartenance, sens et but), de même qu’un continuum des services essentiels.

Les participants au Symposium ont discuté des différences entre les programmes ciblés et les programmes universels. En général, ils étaient d’accord pour dire que les programmes universels (c.-à-d. une seule approche pour toute la population) ne répondent pas aux besoins des peuples autochtones minoritaires, et que les approches fondées sur l’équité et les interventions ciblant précisément les Autochtones sont plus appropriées et plus efficaces.

Plusieurs participants ont rappelé les répercussions négatives de l’exploitation des ressources et de la dégradation de l’environnement sur le mode de vie traditionnel et l’accès aux terres des Autochtones, exhortant par le fait même les gouvernements à adopter une approche multisectorielle en matière de recherche et de politiques sur le bien-être mental. Finalement, les participants ont réitéré lors des discussions les besoins en matière de leadership, de soutien aux décisions, de gestion des systèmes et de financement à long terme pour la recherche, les politiques et les programmes, ainsi que l’importance d’évaluer les stratégies mises en œuvre dans les communautés en fonction des connaissances et des pratiques autochtones.

Perspectives des jeunes et des communautés autochtones

« Selon un adage lapon, un deuil partagé est à moitié surmonté, une joie partagée est doublée. »

Jon Petter Stoor, Centre national Sámi sur la santé mentale et les toxicomanies

Les jeunes autochtones et de nombreux participants ont insisté lors du Symposium sur la phrase « Rien sur nous sans nous » en faisant référence à la recherche, à la prise de décisions gouvernementales et à l’élaboration des programmes. Les participants reconnaissaient également l’importance centrale des jeunes et des communautés dans la promotion du bien-être mental et la réduction des taux de suicide.

Leadership chez les jeunes

Bien que les jeunes se soient prononcés tout au long du Symposium, deux forums leur ont été consacrés, soit un rassemblement le premier soir et une discussion en groupe le troisième jour.

Un Forum des jeunes tenu en soirée a été organisé par un petit comité de jeunes d’Iqaluit avec l’appui de Nunavut Tunngavik Inc. (l’organisme inuit de revendication territoriale du Nunavut), du gouvernement du Nunavut et de l’Institut de la santé des Autochtones des IRSC. L’objectif consistait à offrir aux jeunes un environnement propice aux échanges et aux discussions sur des sujets d’intérêt, le tout pour soutenir leurs efforts continus en tant que jeunes leaders. Lors du rassemblement, les jeunes ont pu prendre part à différents petits groupes de discussion sur l’éducation postsecondaire, les connaissances traditionnelles et les voyages nationaux et internationaux. L’activité a été agrémentée de musique contemporaine et d’une séance de yoga pour un corps et un esprit sains. Des performances par des jeunes ont également été présentées. Le lendemain, lors du compte rendu de l’événement, les jeunes ont déclaré n’avoir ni requêtes ni manifeste : ils souhaitaient seulement profiter de ce moment pour établir des liens et se rassembler.

Le troisième jour du symposium, les participants à la discussion « Perspectives des jeunes sur l’engagement des communautés, les valeurs culturelles et l’importance de la conscience de soi » ont parlé de leurs parcours personnels parfois difficiles ainsi que de leurs expériences en tant que leaders et activistes au sein de communautés et d’organisations autochtones des régions circumpolaires. Les participants ont ainsi pu associer un « visage humain » aux forces des jeunes de l’Arctique ainsi qu’aux défis auxquels ils font face.

Anguti (Thomas) Johnston, président du Conseil national des jeunes Inuits du Canada, a amorcé son discours en affirmant qu’il souhaitait faire part de son histoire personnelle au public afin d’aider les chercheurs, les responsables des politiques et les membres d’organisations autochtones et communautaires à mieux comprendre le suicide. Il a d’abord admis qu’en tant qu’homme inuit, il devient parfois irrationnel lorsqu’il est contrarié, ne cherche pas forcément à obtenir de l’aide en cas de problème et n’est pas à l’aise de discuter de ses sentiments. N’étant pas proche de sa famille, il n’a pas acquis beaucoup de compétences traditionnelles lorsqu’il était jeune, ce qui le gêne aujourd’hui. Père de deux filles à 19 ans, il manque d’éducation et de « connaissances de la vie ». Il a remarqué que certaines personnes s’intègrent mal dans leur communauté, entre autres en raison de la couleur de leur peau ou encore de leur orientation sexuelle, et trouve cette situation problématique. Bien qu’il ait perdu des amis et des proches par suicide et qu’il ait lui-même vécu des périodes difficiles, il trouve encore de la force et de l’espoir autour de lui. Il a terminé sa présentation en demandant au public d’aider les Inuits et les autres jeunes autochtones à trouver des solutions au grave problème du suicide.

« Selon l’adage, le travail acharné est récompensé. Les jeunes Inuits du Canada sont prêts à redoubler d’efforts; ils ont simplement besoin d’un peu d’aide. »

Anguti (Thomas) Johnston, Conseil national des jeunes Inuits

Aili Liimakka Laue est membre du conseil d’administration du Conseil national des jeunes Inuits du Groenland. Elle est heureuse d’avoir eu la chance de grandir dans le Nord. Avec une famille multiculturelle et un père souffrant de troubles de santé mentale, Aili a eu de la difficulté à trouver sa propre identité en tant que personne et en tant qu’Inuite. C’est en voyageant qu’elle y est parvenue, car elle devait se présenter et expliquer les rapports des Inuits. Elle a fini par devenir étudiante activiste au Royaume du Danemark, où elle a défendu les droits des Autochtones, y compris les siens. Elle a toutefois dû retourner chez elle au Groenland après avoir eu des enfants, car elle avait besoin du soutien de sa famille. Pour elle, le bien-être mental est intrinsèquement lié à la place d’une personne dans sa communauté et dans sa famille. Elle travaille aujourd’hui sur la scène internationale avec le Conseil circumpolaire inuit afin de provoquer des changements. Le suicide et la violence sexuelle sont des sujets évoqués à chaque rencontre internationale à laquelle elle assiste. Elle est particulièrement fière d’avoir réussi à faire approuver une déclaration sur le suicide lors d’une conférence sur les droits des Autochtones en 2014. Aujourd’hui, elle a enfin l’impression d’avoir trouvé sa place dans le monde, même si elle est parfois angoissée de parler devant un large public international.

Kluane Ademek est originaire de la Première Nation de Kluane du Yukon. Elle est actuellement directrice des relations gouvernementales chez NorthwesTel et cofondatrice du groupe « Our Voices », qui réunit des leaders émergents des Premières Nations du Yukon. Kluane a parlé de l’organisation de l’événement Our Voices: Northern Indigenous Gathering [Nos voix : Rassemblement des Autochtones dans le Nord]. Les membres du groupe de planification se sont réunis pour créer un réseau de soutien après que plusieurs de leurs proches se soient enlevé la vie au Yukon. Résultat : à l’été 2014, des jeunes autochtones du Yukon se sont rassemblés sur les terres pendant une semaine. Les participants, dont Kluane, ont vécu une grande expérience d’apprentissage, mais sont aussi passés par toute une gamme d’émotions. Bon nombre de jeunes n’ont pas accès à du soutien en tout temps dans leur communauté. Pour Kluane, ce rassemblement était grandement lié à la culture, à l’appartenance, au fait de bien se connaître soi-même, ainsi qu’à l’importance de l’art et de la musique.

Le groupe s’est réuni de nouveau après le rassemblement estival afin de discuter stratégie, et il prévoit organiser un événement en l’honneur des jeunes. Kluane a terminé sa présentation en soulignant trois éléments qu’elle souhaite aux jeunes et aux communautés autochtones : 1) la sécurité et du soutien dans les communautés par la création d’espaces sécuritaires et de la formation en premiers soins en santé mentale; 2) la centralisation de la langue et de la culture, et du soutien permettant aux jeunes de repousser leurs limites; 3) de la formation et des outils permettant aux jeunes de faire leurs propres recherches et évaluations.

John Stuart Jr. est coordonnateur du bien-être des jeunes Inuvialuits à la Corporation régionale inuvialuit, dans les Territoires du Nord-Ouest. Il était également cocandidat autochtone dans le cadre d’un des projets de recherche sur le bien-être mental. John a entamé son allocution en disant qu’il était fier de pouvoir dire quelques mots en inuvialuktun, un dialecte qu’il est en train d’apprendre, non sans difficulté. En grandissant, John a eu à composer avec la toxicomanie et des problèmes familiaux; sa mère avait survécu aux pensionnats et souffrait de troubles de santé mentale. Jeune, il a eu des problèmes de toxicomanie : ce sont la chasse, la pêche et le sport qu’ils l’ont aidé à s’en sortir. Il est devenu un athlète et a participé aux Jeux du Canada et aux Jeux du Nord, ce qui lui a permis d’oublier ses problèmes. À l’âge de 15 ans, John a eu un fils qui, après quelques années difficiles, a changé sa vie. Il a décidé d’adopter un mode de vie plus sain pour son fils. Pour y arriver, il a commencé à faire du bénévolat, est devenu entraîneur et a trouvé un emploi dans un centre pour les jeunes. Quand ces derniers ont commencé à se confier à lui, John s’est mis à étudier pour être certain de les guider vers le droit chemin. Selon lui, l’estime de soi est une source de guérison. Il faut « savoir qui nous sommes et d’où nous venons ».

Les participants au Symposium étaient reconnaissants envers les jeunes qui leur ont fait part de leurs histoires personnelles. Tous s’entendaient pour dire que la culture et le temps passé sur les terres sont des facteurs extrêmement importants, tout comme l’identité. Plusieurs participants ont également noté qu’il est important que les jeunes aient accès à des endroits où ils se sentent à l’aise de discuter et de demander de l’aide en grandissant dans leur communauté. Toutefois, de tels endroits sont parfois difficiles à trouver dans de petites communautés où les ressources manquent et où la confidentialité n’est pas assurée. Les jeunes ont parfois peur de s’exprimer, mais ils ne devraient jamais accepter de se taire. Enfin, il faut porter une attention particulière aux jeunes hommes, qui sont souvent réticents à demander de l’aide, sans toutefois perdre de vue que, dans notre société moderne, les jeunes femmes autochtones sont doublement désavantagées.

Solutions communautaires

Tout au long de la rencontre, les membres des groupes de discussion et les participants ont fait valoir les points de vue des communautés circumpolaires. Par exemple, Per Jonas Partapuoli, de l’Association des jeunes Sámi, a décrit dans sa présentation les joies et les difficultés vécues par les gardiens de rennes dans les régions éloignées de la Suède; en effet, on estime qu’un gardien de 18 à 29 ans sur trois a déjà envisagé de se suicider.

« Le fait de me demander constamment qui sera le prochain à mourir me pèse énormément. »

Per Jonas Partapuoli, Association des jeunes Sámi

La garde des rennes est actuellement menacée par l’empiétement des exploitations minières et des parcs éoliens sur les terres traditionnelles lapones. Pour Per Jonas Partapuoli, il s’agit d’une double punition : en plus de perdre leurs terres, les Lapons reçoivent très peu d’aide pour apprendre à vivre avec les répercussions de cette perte. Les hommes ont énormément de difficulté à exprimer leurs sentiments. Pour certains d’entre eux, le suicide semble être la seule solution possible. Souvent, les personnes qui vont chercher de l’aide doivent renseigner les fournisseurs de services sur la culture et les valeurs de leur communauté. Après le décès d’un de ses membres, la communauté a mis sur pied une chorale visant l’entraide et la célébration de la vie.

Reconnaissant les besoins uniques des membres de la communauté gaie, lesbienne, bisexuelle, transgenre et allosexuelle (LGBTA), les jeunes lapons ont mis sur pied le projet de démocratie de la communauté LGBTA afin de promouvoir la tolérance au sein de la société. Ils ont publié un livre et organisé une exposition d’art, et ont récemment tenu le tout premier événement lapon pour souligner la fierté LGBTA.

Minnie Grey, de la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, a décrit les structures et les programmes axés sur le bien-être mental des Inuits en place dans ce territoire québécois. Par l’intermédiaire d’une régie de la santé et des services sociaux dirigée par des Inuits, des services sont offerts en trois volets par des équipes de soins de première ligne et de santé mentale. Celles-ci collaborent étroitement avec des spécialistes de Montréal, entre autres en pédopsychiatrie. Un comité directeur régional en santé mentale supervise l’ensemble des programmes, et un groupe de travail communautaire formule des recommandations sur la promotion de la santé mentale et la prévention des troubles mentaux. Les agents de liaison communautaires travaillent de concert avec les comités de santé communautaires. Le principal message de Mme Grey était le suivant :

« [Nous devons] veiller à la prestation des services et à leur pertinence sur le plan culturel et trouver de meilleures façons de les intégrer à notre mode de vie. »

Minnie Grey, présidente du comité sur la santé du CCI, et Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik

Dans une présentation au nom du Conseil Athabaskan de l’Arctique et d’un de ses membres, le Conseil des Premières Nations du Yukon, Bob van Dijken a précisé qu’aucun programme gouvernemental sur la santé mentale en place au Yukon ne s’adressait précisément aux Premières Nations; en effet, les résidents doivent recevoir un diagnostic médical pour avoir accès à des services de santé mentale, et les listes d’attente pour obtenir une consultation sont longues. Beaucoup de gens des Premières Nations souffrent encore des traumatismes associés aux pensionnats indiens et de leurs répercussions intergénérationnelles, telles que l’abus de drogues et d’alcool, l’oppression, l’assimilation, l’acculturation ou la perte d’identité. Comme dans le cas d’autres peuples autochtones, les programmes axés sur les terres mobilisant des jeunes et des aînés sont essentiels aux Premières Nations du Yukon. Après une suspension volontaire de la pêche au saumon quinnat à des fins de reconstitution des stocks (ce qui pourrait prendre encore 14 ans), les communautés en sont venues à miser sur le saumon surgelé pour permettre aux jeunes de continuer partiellement à traiter ce type de poisson. La continuité culturelle est également menacée par le déclin de la population de caribous.

Parmi les thèmes récurrents du Symposium, notons la frustration des participants à l’égard du cloisonnement du financement (fonds alloués à des programmes très précis) ainsi que le manque de financement soutenu accordé à des interventions prometteuses (assez longtemps pour que l’efficacité soit démontrée) et à des programmes dont la réussite a été prouvée. Bernadette Dean, de la Kivalliq Inuit Association à Rankin Inlet, au Nunavut, a décrit un programme axé sur les terres qui a connu un vif succès et qui s’est traduit par des résultats concrets, mais qui n’est désormais plus financé. D’un autre côté, dans les Territoires du Nord-Ouest, le gouvernement territorial et le gouvernement fédéral offrent du financement non limitatif aux communautés locales pour qu’elles se penchent sur des questions liées au bien-être mental. Des coordonnateurs régionaux peuvent aider les communautés à élaborer leurs plans. Les sommes non dépensées peuvent être transférées à l’année suivante. Cette approche flexible permet aux communautés d’établir leurs propres priorités et de travailler ensemble pour favoriser le bien-être mental. Les participants au Symposium ont également mentionné la Stratégie d’innovation de l’Agence de la santé publique du Canada en tant que source de financement pluriannuel associée à un important processus d’évaluation.

Ethel Blake, du Gwich’in Council International, a pour sa part décrit les programmes axés sur les terres en place dans les communautés gwich’in. Même si les programmes ne sont pas évalués par écrit, leur « réussite » est mesurée par l’observation des participants.

« Comment savons-nous que nos programmes fonctionnent? Cela se voit dans les yeux des participants. Il n’y a aucun doute possible »

Ethel Blake, Gwich’in Council International

Les nouveaux enseignants qui arrivent dans les communautés gwich’in sont initiés aux terres afin qu’ils comprennent bien leur importance dans la culture des habitants. À Fort MacPherson, d’où vient Mme Blake, on célèbre la vie chaque été par une fin de semaine de musique et de danse, et un tournoi de pêche est organisé tous les automnes. Un programme de piégeage est également offert aux enfants pour leur permettre de développer des liens avec les aînés, d’acquérir des compétences et de développer leur estime personnelle. Mme Blake encourage les célébrations régulières en famille, même pour souligner les décès, et le gouvernement appuie l’« aide naturelle », qui s’inscrit dans la culture des Gwich’in.

En ce qui concerne les autres approches mises en œuvre par les Autochtones, une section du rapport de recherche Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilienceexpose les rôles, les perspectives et les priorités des six organismes autochtones participants permanents du Conseil de l’Arctique. En voici des extraits :

Discussions

Lors de discussions sur les perspectives des jeunes et des communautés autochtones, les participants au Symposium ont insisté sur l’importance de la participation des communautés aux solutions et à leur orientation. Voici l’opinion d’une participante à ce sujet :

« Les détenteurs de connaissances autochtones ont recours à leurs propres processus et pratiques – il faut libérer ces capacités, et non les « renforcer ».

Shirley Tagalik, Centre de bien-être communautaire d’Arviat

Toutefois, les structures pour y arriver ne sont pas universelles : Evelyn Stoor, de la Corporation régionale inuvialuit, dans les Territoires du Nord-Ouest, a indiqué qu’il existait autrefois un conseil régional de la santé qui collaborait à divers projets dans le domaine de la santé, mais que ce conseil a été dissous. Or, dans certaines communautés, des groupes d’aînés offrent des conseils et des services de soutien à des comités de justice communautaires. Cette remarque allait dans le même sens que bien d’autres : la plus grande part des responsabilités dans le domaine du bien-être mental devrait appartenir aux communautés. Cependant, comme l’ont fait remarquer des jeunes autochtones, un soutien est nécessaire.

Les participants ont également fait part de leurs préoccupations concernant le manque de continuité des services de santé mentale, les cliniciens ne faisant pas partie de la communauté et les capacités communautaires insuffisantes pour faire face aux problèmes. D’après Lisa Wexler, professeure au Département des politiques et de la promotion de la santé de l’Université du Massachusetts à Amherst et chercheuse engagée dans les communautés rurales de l’Alaska, si les services de counselling offerts dans une communauté ne sont pas adaptés aux réalités culturelles, les membres ne les utiliseront pas. Les cliniciens doivent comprendre les contextes communautaires et familiaux de leurs patients ainsi que la manière dont on exprime la détresse et la compassion dans leur culture. Des efforts sont actuellement déployés en Alaska afin de réduire l’écart entre les cliniciens, les travailleurs communautaires et les communautés.

Durant les discussions sur les perspectives des jeunes et des communautés, les participants ont également formulé des préoccupations, d’une part, sur les dangers de stéréotyper certains groupes afin de dénormaliser le suicide et, d’autre part, sur les termes utilisés pour parler de ce sujet (p. ex. ne jamais parler de suicide « réussi »).

Les points suivants ayant trait aux jeunes et communautés autochtones ont également été soulevés : l’importance accordée à la langue dans les programmes axés sur les terres, l’allocation des fonds selon les priorités des communautés et l’établissement de partenariats entre les organisations.

Les participants au Symposium préconisent les mesures suivantes dans l’élaboration d’interventions efficaces en matière de bien-être mental dans les communautés autochtones :

  • Veiller à ce que toute la gamme de services de santé mentale soit offerte aux communautés.
  • Combler les lacunes dans les services et le financement à court terme, et offrir des sources de financement flexibles.
  • Offrir de la formation aux fournisseurs de services communautaires, aux familles et aux membres des communautés.
  • Embaucher et former des fournisseurs de services locaux (ce qui peut prendre plusieurs années).

Témoignage d’Aviaq Johnston (en anglais seulement)
Gagnante d’un Prix d’histoire du Gouverneur général du Canada

Aviaq Johnston, jeune auteure inuite d’Iqaluit, au Nunavut, a reçu en 2014 le Prix d’histoire du Gouverneur général pour sa nouvelle Tarnikuluk. En inuktitut, ce mot signifie « petite âme ». « Ma nouvelle aborde les répercussions intergénérationnelles [assimilation, pensionnats, déplacements], vues à travers l’âme d’une jeune Inuite qui s’est récemment suicidée, déclare Aviaq. Dans son voyage vers l’au-delà, elle est guidée par Tulugak, un corbeau de la mythologie inuite. » Plusieurs amis d’Aviaq se sont enlevé la vie; elle a donc voulu établir un dialogue avec les jeunes sur le sujet.

Leçons et principes clés

En résumant les deux premiers jours du Symposium, Kimberly Elmslie, de l’Agence de la santé publique du Canada, a rappelé aux participants que les éléments communs entre les approches communautaires et les pratiques prometteuses doivent être mis en contexte, et que si nous sommes tous inquiets quant à la pérennité, c’est parce que bon nombre des modèles que nous utilisons actuellement constituent des solutions à court terme, faute de ressources à long terme. Nous devons essayer de modifier les systèmes pour améliorer nos méthodes de collaboration. Nous croyons aux vertus de l’intégration, mais ne savons pas toujours comment l’atteindre en nous fondant sur nos passions et nos opinions collectives. Nous avons besoin de leadership à tous les niveaux ainsi que du courage dont font preuve les Autochtones chaque fois qu’ils se lèvent pour parler du suicide.

Les leçons et principes clés suivants sont tirés des projets de recherche sur le bien-être mental et la résilience ainsi que de l’ensemble des discussions ayant eu cours lors du symposium d’échange de connaissances.

Systèmes

  1. Travailler selon un modèle équitable – Choisir des stratégies, du financement, des politiques, des programmes et des services en fonction des réalités et des besoins propres aux peuples autochtones dans le but de favoriser l’égalité entre ces derniers et les populations non autochtones.
  2. Continuum de services – Veiller à ce que les communautés puissent accéder à un éventail complet de programmes et de services visant la promotion du bien-être mental et le traitement des maladies mentales.
  3. Déterminants sociaux de la santé – Prendre en considération les différents facteurs influant sur le bien-être mental, tels que la situation économique, l’accès à l’éducation, la pauvreté, les traumatismes ou le déracinement culturel, au moment d’élaborer des solutions.
  4. Intégration – Intégrer la promotion du bien-être mental et la prévention du suicide aux structures, aux programmes et aux services existants, dans la mesure du possible.
  5. Collaboration – Acquérir des connaissances et des compétences qui favorisent la collaboration et miser sur une coopération efficace entre les secteurs, les disciplines, les gouvernements et les organisations autochtones.

Interventions

  1. Programmes axés sur les terres ou d’autres aspects culturels précis – Financer des interventions de promotion de la continuité et de la fierté culturelles, des compétences en lien avec la terre, d’un meilleur accès aux aliments récoltés, des relations intergénérationnelles et du réengagement auprès de la communauté.
  2. Accent mis sur les enfants et les jeunes – Intégrer des activités et des ressources de promotion du bien-être mental des enfants et des jeunes aux programmes éducatifs, récréatifs, communautaires, de santé et de services à la famille.
  3. Formation des Autochtones et prestation de programmes – Dans la mesure du possible, former et soutenir les Autochtones de l’endroit afin qu’ils offrent des services et des programmes axés sur le bien-être mental.
  4. Approches fondées sur les forces – Créer des interventions visant à promouvoir la responsabilisation, la maîtrise de sa propre vie et les aptitudes nécessaires pour relever les défis.
  5. Adaptation des interventions au contexte – Veiller à ce que les pratiques prometteuses soient adaptées aux différents contextes géographiques, culturels et communautaires.

Capacités communautaires

  1. Savoir traditionnel – Mettre au point des solutions visant à préserver et à mettre à profit le savoir traditionnel, les pratiques de guérison et les enseignements des aînés en lien avec le bien-être mental et la résilience.
  2. Formation – Offrir une formation sur la promotion du bien-être mental et la prévention du suicide aux fournisseurs de services, aux dirigeants communautaires, aux familles et aux membres des communautés.
  3. Outils d’intervention destinés aux personnes à risque – Acquérir des connaissances et mettre au point des outils pour améliorer l’efficacité des interventions auprès des personnes à risque.
  4. Possibilités d’échange de connaissances – Poursuivre la création de forums, tant en personne qu’en ligne, visant à favoriser l’échange de connaissances et d’opinions.
  5. Leadership chez les jeunes – Offrir aux jeunes leaders et aux organismes jeunesse du soutien pratique et une formation en leadership, ainsi que des moyens de développer leurs capacités.

Politiques

  1. Stratégies globales au lieu de politiques et de programmes individuels – Mettre au point des stratégies multidimensionnelles à long terme plutôt que des initiatives ponctuelles isolées.
  2. Compréhension du bien-être mental par les Autochtones – Fonder les politiques et les programmes sur les concepts de bien-être mental propres aux Autochtones.
  3. Inclusion complète – Veiller à ce que les peuples autochtones participent pleinement aux processus d’élaboration de politiques et de prise de décisions.
  4. Efforts durables, flexibles et à long terme – Prévoir un financement flexible et novateur sur un certain nombre d’années pour mettre en œuvre des interventions favorisant une dynamique propice et des résultats à long terme.
  5. Évaluation – Intégrer le financement, la formation et les outils pour permettre aux intervenants de mesurer les résultats de leur travail et d’en évaluer l’incidence.

Recherche

  1. Compétence culturelle et éthique de la recherche – Mettre au point des méthodes destinées à améliorer la compétence culturelle et l’adoption par les chercheurs d’une éthique de la recherche sur les Autochtones.
  2. Valeur égale accordée à différents types de connaissances – Reconnaître que les connaissances traditionnelles, les connaissances locales, le vécu, les connaissances fondées sur la pratique ainsi que les connaissances théoriques sont d’une utilité et d’une valeur égales dans différents contextes.
  3. Mesures adéquates de l’efficacité – S’entendre sur les indicateurs de succès et créer des outils qui puissent aider les communautés et les organisations à mesurer les résultats et l’incidence de leurs interventions.
  4. Données probantes – Continuer d’accroître les connaissances par la recherche et l’évaluation et d’appliquer les meilleures données probantes disponibles en fonction des besoins.

Prochaines étapes

Durant leur discussion sur les prochaines étapes, les participants ont souligné la nécessité d’un leadership continu pour fixer des objectifs et coordonner les efforts, tout en reconnaissant qu’il n’existe pas de solutions faciles.

« L’exercice auquel nous nous livrons est un marathon, et non un sprint. Au cours des prochaines étapes, nous prendrons appui sur nos connaissances existantes afin d’aller de l’avant […]. Nous voulons demeurer à la fine pointe de la science tout en nous inspirant des enseignements des communautés. »

Kimberly Elmslie, Agence de la santé publique du Canada

Le dernier jour du Symposium, Pamela Collins, du National Institute of Mental Health des États-Unis, a présenté les grandes lignes d’un projet prévu sous la présidence des États-Unis au Conseil de l’Arctique, de 2015 à 2017. Ce projet prendra appui sur un besoin ciblé au cours du Symposium : de meilleurs outils et un soutien accru pour une évaluation exhaustive des interventions en bien-être mental. Nommé Rising sun (Reducing the Incidence of Suicide in Indigenous Groups – Strengthens United through Networks) et toujours en cours d’élaboration, il consiste à passer par un processus d’établissement d’un consensus pour mettre au point des mesures et des indicateurs communs afin d’évaluer les efforts de prévention du suicide dans l’Arctique. Les autorités de la santé des États membres, les organismes participants permanents du Conseil de l’Arctique, les groupes communautaires et les praticiens en santé mentale travailleront ensemble pour évaluer les indicateurs clés et mettre au point des trousses d’outils destinées aux praticiens et aux communautés. Les participants au Symposium étaient généralement d’accord avec cette approche et ont souligné l’importance d’établir des mesures pour répondre aux besoins des divers utilisateurs des connaissances en invitant les personnes concernées aux discussions, notamment les jeunes.

Par l’intermédiaire d’une discussion ouverte et de 37 formulaires de rétroaction remis à la fin du Symposium (correspondant à environ 40 % des participants restants – un taux de réponse très élevé), les participants ont mentionné les mesures de suivi et les prochaines étapes qui, selon eux, devraient être mises en place pour poursuivre sur la lancée des recherches sur les

pratiques prometteuses et du Symposium.

Les jeunes ont demandé à ce que des programmes communautaires soient financés dans l’ensemble des régions circumpolaires et à ce que soit élaboré un document ou un plan d’action de suivi sur l’utilisation des connaissances tirées des projets de recherche et du Symposium. Ils ont également suggéré l’organisation de rencontres de suivi sur des thèmes tels que l’incidence de l’extraction de ressources et des changements climatiques sur le bien-être mental.

Comme les jeunes, les groupes de participants plus âgés souhaitent que la recherche et l’échange de connaissances soient axés sur la continuité, grâce à un programme de recherche soutenu et à la communication des méthodes de dissémination des résultats de recherche. Les participants ont insisté sur le besoin d’accorder la même importance au savoir traditionnel qu’à la recherche académique et de trouver des méthodes pour protéger et prioriser les valeurs, les cultures et les traditions autochtones.

En ce qui concerne la planification des rencontres et des congrès à venir, presque tous les participants ont indiqué que le contenu des présentations au Symposium avait été à la hauteur de leurs attentes et qu’ils avaient découvert de nouvelles initiatives et de nouveaux projets sur le bien-être mental dans les régions circumpolaires. Tous les groupes d’âge ont grandement apprécié la place accordée aux jeunes ainsi que leur contribution aux présentations et aux discussions. Certains participants ont toutefois indiqué qu’ils préféreraient qu’une approche globale plus inclusive soit adoptée lors des futures rencontres (cercles de discussion, séances en petits groupes, tables rondes). Parmi les autres suggestions des participants, notons plus de temps accordé aux discussions, plus d’experts culturels et d’aînés, plus de représentants d’organisations autochtones menant ou animant des discussions, et encore plus de temps et de soutien accordés aux jeunes autochtones et à leurs opinions.

Les participants ont également formulé des suggestions précises visant à donner suite à la rencontre :

  • Presser le Conseil de l’Arctique de faire une déclaration sur le sujet lors de la réunion ministérielle prévue à Iqaluit en avril 2015 (ce qui a été accompli avec la Déclaration d’Iqaluit de 2015).
  • Demander aux États-Unis de continuer à mobiliser les jeunes par rapport à ce sujet sous leur présidence du Conseil de l’Arctique, et doter le Conseil de l’Arctique d’une entité permanente responsable de veiller à ce que les jeunes soient représentés dans tout processus décisionnel.
  • Mettre sur pied un groupe de travail autochtone composé de membres de toutes les régions circumpolaires pour favoriser et faciliter l’échange continu de connaissances sur les approches des Autochtones à l’égard du bien-être mental.
  • Lancer un site Web grâce auquel les participants du Symposium ainsi que d’autres personnes pourraient accéder à des renseignements et discuter avec les présentateurs à la suite de la rencontre.
  • Créer une communauté virtuelle qui soutiendrait l’élaboration et la mise en œuvre des programmes.
  • Mettre au point des trousses d’outils d’évaluation à l’intention des communautés (indicateurs, résultats, modèles et guides d’instructions).
  • Organiser des rencontres internationales annuelles ou bisannuelles sur le bien-être mental.

Conclusion

Dans son discours de clôture, Jutta Wark, présidente du Groupe de travail sur le développement durable (qui a parrainé le projet du Conseil de l’Arctique sur le bien-être mental et la résilience), s’est exprimée sur le besoin de faire preuve d’honnêteté quant à la gravité et à la prévalence des problèmes de santé mentale dans les régions circumpolaires et de continuer à inviter les communautés et les jeunes à participer à la création de solutions. Les rencontres comme le Symposium permettent à des groupes qui ne se côtoient pas habituellement, comme les chercheurs, les membres des communautés, les responsables des politiques et les décideurs, de dialoguer.

Deux jeunes déléguées, Rachel Michael, d’Iqaluit, et Makenzie Zouboules, de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, ont également prononcé un discours de clôture sincère, confirmant de belle façon la valeur du Symposium pour réunir les gens et leur permettre de discuter et d’échanger. Elles ont été touchées par les témoignages poignants des Lapons et par leur « désir de ne plus avoir à dire adieu à leurs amis ». Leur discours a également reflété les remarques prononcées par d’autres participants tout au long du Symposium selon lesquelles nous avons tous une responsabilité à assumer face à ce problème.

Le Symposium circumpolaire sur le bien-être mental a assurément eu des répercussions sur les participants. Ces derniers ont ressenti l’espoir et la détresse, se sont formés de nouvelles opinions et pour certains même, voient les enjeux sous un nouvel angle. Les pratiques prometteuses tirées des projets de recherche ont à la fois fourni de nouvelles données probantes et confirmé des connaissances existantes. Grâce à ces bases solides, nous pouvons maintenant aller de l’avant.

Annexe A – Bibliographie sélective

Articles, déclarations et rapports

Sites Web et liens

Annexe B – Chronologie des activités circumpolaires sur le bien-être mental

Mars 2003
Première rencontre sur la prévention du suicide
Séminaire circumpolaire tenu à Iqaluit, au Nunavut, pour discuter des progrès en matière de prévention du suicide dans les régions arctiques.
Novembre 2009
Conférence Hope and Resilience: Suicide Prevention in the Arctic [Espoir et résilience : la prévention du suicide dans l’Arctique]
Conférence tenue à Nuuk, au Groenland, visant à déterminer des stratégies efficaces de prévention du suicide dans l’Arctique. Les délégués ont formulé de nombreuses recommandations sur les mesures à prendre, dont l’échange de connaissances et la mise en œuvre de pratiques prometteuses.
Mars 2010
Rapport de la conférence Hope and Resilience
Publication du rapport de la conférence Hope and Resilience: Suicide Prevention in the Arctic (en anglais seulement).
Février 2011
Déclaration de Nuuk (en anglais seulement) du Conseil de l’Arctique sur la santé dans l’Arctique
Prenant appui sur la conférence de Nuuk, le Conseil de l’Arctique s’engage à promouvoir l’amélioration de la santé mentale et la prévention du suicide et de l’abus de substances par l’échange d’expériences et de pratiques exemplaires, afin de favoriser la santé des populations circumpolaires.
Mai 2013
Déclaration de Kiruna (en anglais seulement) du Conseil de l’Arctique (lancement de la présidence du Canada)
La déclaration de Kiruna résume le travail qui attend le Canada durant sa présidence du Conseil de l’Arctique (2013‑2015) et encourage les États membres à redoubler d’efforts pour élaborer des stratégies de promotion du bien-être mental et améliorer les stratégies existantes.
2014-2015
Projets de recherche sur les pratiques prometteuses
Financement, sous la présidence du Canada, de deux projets d’envergure internationale visant à évaluer les données probantes sur la promotion du bien-être mental et de la résilience pour prévenir le suicide dans les communautés circumpolairesNote en bas de page 3.
Mai 2014
Atelier de recherche sur le bien-être mental
Rencontre des membres du comité directeur international et des équipes de recherche à Tromsø, en Norvège, pour lancer les projets de recherche, Institut de la santé publique de la Norvège (en anglais seulement).
Mars 2015
Symposium circumpolaire sur le bien-être mental (en anglais seulement) du Conseil de l’Arctique
Symposium tenu à Iqaluit, au Nunavut, pour discuter des conclusions des projets de recherche sur le bien-être mental et échanger des connaissances sur les pratiques prometteuses et les prochaines étapes.
Avril 2015
Rapport de recherche Sharing Hope
Approbation du rapport Sharing Hope: Circumpolar Perspectives on Promising Practices for Promoting Mental Wellness and Resilience (en anglais seulement) [Partager l’espoir : Perspectives circumpolaires sur les pratiques prometteuses en matière de promotion du bien-être mental et de la résilience] lors de la rencontre des Hauts Représentants de l’Arctique du Conseil de l’Arctique.
Avril 2015
Déclaration d’Iqaluit du Conseil de l’Arctique (lancement de la présidence des États‑Unis)
Les signataires reconnaissent « l‘importance d’améliorer la santé, le bien-être mental et la résilience au sein des communautés de l’Arctique », se réjouissent « des progrès réalisés par le Symposium circumpolaire sur le bien-être mental » et encouragent « l’adoption d’autres approches novatrices axées sur la collaboration en vue d’étudier les enjeux touchant la santé dans l’Arctique ».
Avril 2015
Présidence des États-Unis de 2015 à 2017 (en anglais seulement)
Les États-Unis s’engagent à soutenir le bien-être mental, entre autres par la prévention du suicide et la promotion de la résilience, dans le cadre de son programme visant à améliorer le contexte économique et les conditions de vie des communautés de l’Arctique.

Annexe C – Études de cas sur les pratiques prometteuses

1. Camp Makimautiksat pour le bien-être et le renforcement de l’autonomie des jeunes, Nunavut, Canada

Le Camp Makimautiksat pour le bien-être et le renforcement de l’autonomie des jeunes (en anglais seulement) a vu le jour en 2011 dans cinq communautés du Nunavut après un an et demi de consultations auprès de jeunes, de parents, d’enseignants et de membres de la communauté. Issu d’un partenariat avec le Centre de recherche en santé Qaujigiartiit d’Iqaluit, ce camp d’été destiné aux jeunes inuits de 9 à 12 ans est fondé sur des données probantes et adapté à la culture. Il vise à promouvoir le bien-être, l’identité positive, le développement de la conscience communautaire et l’amélioration des compétences. Le programme est offert en anglais et/ou en inuktitut, et chaque camp représente des coûts de fonctionnement d’environ 10 000 $. Les participants passent les sept premiers jours dans la communauté et les deux derniers (y compris les nuits), sur les terres. Parmi les activités offertes, notons des projets artistiques, des activités et des rassemblements communautaires ainsi que des discussions en groupe. Chaque jour, un aîné ou un membre de la communauté visite le camp pour raconter une histoire ou une expérience. De plus, les jeunes travaillent avec des membres de la communauté à des activités sur les terres pour apprendre à récolter de la nourriture, vivre sur les terres et tirer des leçons des aînés. Voici quelques résultats :

  • Après le camp d’été, les jeunes ont une meilleure estime personnelle, ressentent des liens plus forts avec leurs pairs et leur communauté, sont plus enclins à discuter de leurs problèmes et s’intéressent davantage aux activités traditionnelles inuites.
  • Les parents remarquent d’importants changements dans l’attitude et le comportement de leurs enfants, notamment une baisse de la colère, un engagement accru auprès des pairs et des parents, et des sentiments de joie et de bonheur exprimés à la maison.
  • Le programme est largement soutenu par les communautés hôtes.
  • Depuis la mise en œuvre du programme il y a quatre ans, aucun participant ne s’est suicidé.

Parmi les forces du programme, notons qu’il a été conçu pour répondre aux besoins des jeunes Nunavummiuts et qu’il s’appuie sur les capacités et les ressources existantes des communautés, sur un ensemble de données solide et sur des collaborations de longue date. Le programme mise sur différents aspects de la dynamique relationnelle inuite ainsi que sur l’importance des liens familiaux, amicaux et communautaires pour atteindre le bien-être. L’absence de financement garanti et durable représente toutefois un défi majeur.

2. Programme de jeunes leaders Teck John Baker, district scolaire Northwest Arctic Borough, Alaska, États-Unis

Lancé en 2008, le programme de jeunes leaders Teck John Baker (en anglais seulement) est axé sur la prévention du suicide, le bien-être et la réussite scolaire. Son objectif consiste à encourager les jeunes à prendre des responsabilités pour améliorer le climat à l’école et à favoriser le bien-être des communautés. Des jeunes leaders sont formés pour être en mesure de parler avec leurs camarades qui montrent des signes de dépression ou qui expriment des idées suicidaires et d’intervenir lorsque des élèves adoptent des comportements négatifs. Des activités récréatives sont également organisées pour les jeunes et leurs familles. Durant l’année scolaire 2013‑2014, 87 élèves de 11 écoles en milieu rural ont agi comme jeunes leaders. Voici quelques résultats :

  • Aucun n’élève de la région ne s’est suicidé depuis 2010.
  • Le rôle de jeune leader s’accompagne d’une hausse de la fréquentation scolaire chez les élèves de 9e, 10e et 11e année; de même, on a remarqué une augmentation significative des moyennes pondérées cumulatives chez les participants de 8e, 9e et 10e année.
  • Bon nombre de jeunes leaders ont indiqué que le programme les avait aidés à devenir plus positifs, à agir de façon plus responsable et à gagner la confiance des adultes.
  • Les enseignants et les directeurs apprécient le fait que les jeunes leaders communiquent avec les élèves.
  • Parmi les élèves ayant interagi avec un jeune leader, 83 % ont indiqué avoir trouvé l’intervention utile et préférer recevoir l’aide d’un pair plutôt que d’un adulte.

Voici quelques pratiques prometteuses : fournir une structure et un processus de mobilisation et de renforcement des capacités, cibler les « leaders nés » et offrir à ces derniers un soutien continu grâce à des rencontres hebdomadaires et à des vidéoconférences mensuelles. Quelques faiblesses du programme : les jeunes leaders se sentent obligés d’adopter un comportement irréprochable en tout temps, ce qu’ils ne font pas tous; leurs compétences et leur enthousiasme diminuent vers la fin de l’année; et il arrive que le personnel scolaire qui ne comprend pas bien le rôle des jeunes leaders n’ait pas suffisamment recours à eux.

3. Aullak, sangilivallianginnatuk (Partir pour grandir), Nunatsiavut, Labrador, Canada

Offert à Nain, au Nunatsiavut, Aullak, sangilivallianginnatuk (en anglais seulement) (Partir pour grandir) est un programme axé sur les terres de sensibilisation à la santé mentale chez les jeunes, dont l’objectif consiste à renforcer la capacité de résilience chez les jeunes faisant face à un grand nombre de changements sociaux, environnementaux et culturels. Offert par le Centre de recherche de Nain, le programme jumelle des personnes d’expérience et dignes de confiance exerçant des activités de récolte à des jeunes pour qu’ils découvrent les terres, à deux ou en groupe, en apprenant à chasser, à pêcher, à naviguer et à ramasser du bois de chauffage. Sont également offertes des activités sociales, des occasions de bénévolat et la construction de fumoirs et de qamutiks (des traîneaux tirés par des motoneiges). En 2012, dans le cadre du programme pilote, 10 jeunes hommes inuits présentant des facteurs de risque multiples et n’ayant pas facilement accès aux terres à partir de leur réseau familial ont été recrutés. Le programme, offert en anglais et en inuktitut, s’est déroulé pendant 18 mois dans une communauté d’environ 1 200 habitants. Les coûts de fonctionnement annuels s’élèvent à 150 000 $. Les résultats initiaux révèlent les réussites suivantes :

  • Tous les participants ainsi que le personnel du programme et les fournisseurs de soins ont remarqué des répercussions positives sur la santé mentale des jeunes.
  • Les jeunes à risque et habituellement difficiles à rejoindre participent activement au programme et sont peu nombreux à décrocher.

En ce qui a trait aux forces du programme, notons la mise en œuvre réussie d’une approche uniforme à l’égard d’enjeux communautaires complexes qui se chevauchent (p. ex. la prévention du suicide, la promotion de la santé mentale, les liens culturels et la sécurité alimentaire). Le programme s’appuie sur de solides liens au sein de la population locale et est soutenu par des personnes exerçant des activités de récolte et des organismes gouvernementaux locaux. Grâce à une sensibilisation active, le programme établit un lien avec les jeunes au fil du temps. Une des faiblesses fondamentales du programme est le manque de financement de base durable.

4. Équipe de psychiatrie pour les jeunes lapons, comté de Finnmark, Norvège

À la fin de 1987 et au début de 1988, 18 jeunes Lapons de la communauté de Karasjok et des alentours se sont enlevé la vie. Cette période tragique a déclenché la création en 1990 du programme d’équipe de psychiatrie pour les jeunes lapons par l’Unité consultative norvégienne sur la santé mentale et l’abus de substances chez les Lapons (en norvégien seulement),. Le programme se fonde sur une approche adaptée à la culture pour aborder les comportements suicidaires et les problèmes d’abus de substances dans les communautés lapones. Chaque équipe compte quatre membres (un psychologue, un travailleur social, une infirmière et un médecin) et travaille surtout auprès d’adolescents et de jeunes adultes de 15 à 30 ans. Entre 80 et 120 clients sont traités chaque année, et les services sont offerts en lapon et en norvégien. Le programme met également de l’avant d’autres possibilités de formation dans la communauté, et des programmes de sensibilisation au suicide sont offerts. On a récemment intégré la communication par messages textes afin de permettre aux jeunes de communiquer avec l’équipe pour obtenir des rendez-vous de routine ou d’urgence en cas de risque de suicide. Les membres de l’équipe sont d’avis que le simple fait de communiquer par écrit peut servir à calmer les patients. Des fonds sont consacrés à l’équipe depuis 1990 par le gouvernement norvégien, qui lui accorde actuellement 370 000 € (525 000 $CAN) par année. Voici quelques résultats :

  • Aucun client du programme ne s’est suicidé au cours des 25 dernières années.
  • Les jeunes recommandent les services de l’équipe à leurs amis et en discutent ouvertement avec leurs pairs.

Parmi les forces du programme, notons que tous les employés sont de descendance autochtone ou possèdent le lapon comme langue maternelle, ou ont reçu une formation structurée sur la culture laponne. De plus, les services sont faciles d’accès et les jeunes peuvent décider où et comment les interventions se déroulent. Parmi les faiblesses du programme, mentionnons que l’équipe n’est pas en mesure d’effectuer un suivi auprès des jeunes après leur sortie.

5. Équipe de recherche participative de la région des Tlichos

L’Équipe de recherche participative de la région des Tlichos (en anglais seulement) a été mise sur pied en 2009 afin de promouvoir la santé et de réduire au minimum les inégalités en santé chez les enfants et les jeunes de la nation tlicho, dans les Territoires du Nord-Ouest. L’équipe s’applique à traduire la recherche en mesures concrètes. Elle évalue les problèmes communautaires et aide à trouver des solutions par l’élaboration de politiques et de programmes fondés sur la recherche. Guidée par le comité consultatif Healing Wind, un groupe d’aînés et de représentants communautaires, l’équipe fonde son travail sur sa connaissance des valeurs et des croyances des Tlichos, qu’elle acquiert en consultant la communauté et en la faisant participer à toutes les étapes des processus de recherche et d’élaboration des programmes. Des fonds lui sont consacrés par le gouvernement tlicho. Une conférence pour les jeunes est organisée chaque année; elle vise à aborder des questions qui intéressent les jeunes et qui pourraient les aider à faire de meilleurs choix de vie. Environ 90 jeunes et 20 animateurs, coordonnateurs de programme et bénévoles ont pris part à l’édition 2013. L’atelier intitulé I am Beautiful Because [Je suis magnifique parce que…] vise à favoriser l’estime personnelle des jeunes et à leur fournir les outils et les ressources nécessaires pour les aider à comprendre qu’ils sont uniques et qu’ils ont beaucoup à apporter au monde. La conférence est ponctuée de jeux de rôle, de feuilles de travail, d’activités de renforcement de l’esprit d’équipe et d’exercices de réflexion. La rencontre de 2013 s’est terminée par un défilé de mode. Voici quelques résultats :

  • Conférence pour les jeunes : Dans l’ensemble, les jeunes se sont montrés plus ouverts quant à leur avenir et à leurs objectifs après la conférence.
  • Atelier sur l’estime personnelle : Après une semaine, l’estime et la confiance personnelles des participants à l’atelier – près de 40 – étaient nettement plus élevées.

Parmi les forces du programme, notons le fait que tous les membres de l’équipe proviennent de la communauté tlicho et que son modèle d’application des connaissances utilise une structure de communication réciproque fondée sur le respect mutuel, un objectif commun et la diffusion des conclusions au peuple tlicho.

6. Stratégie nationale de prévention de suicide, Groenland

Adoptée à l’automne 2004 par le Parlement du Groenland, la Stratégie nationale de prévention du suicide [ PDF (537 Ko) - lien externe ] (en danois seulement) a été renouvelée jusqu’en 2019. Prenant appui sur les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la Santé et sur la Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, la stratégie propose une nouvelle approche de prévention du suicide. Son principal objectif consiste à formuler des suggestions visant à diminuer le nombre élevé de suicides et de tentatives de suicide enregistré annuellement au Groenland. Voici les mesures prises pour y arriver :

  • S’assurer de repérer les personnes à risque de suicide.
  • Fournir aux personnes à risque et à celles appartenant à des groupes à risque connus, en particulier les jeunes hommes, des possibilités d’obtenir des conseils et de recevoir des traitements.
  • Améliorer les compétences des groupes de professionnels concernés.
  • Lutter contre la perception selon laquelle le suicide est une solution pour résoudre ses problèmes.
  • Accroître le bien-être des jeunes et des adultes de même que leur capacité à résoudre les conflits et à surmonter les défis.
  • Renforcer les capacités des communautés locales et des organismes bénévoles.
  • Générer des connaissances fondées sur la recherche.
  • Évaluer le plan d’action et les initiatives individuelles.

Cette approche repose sur des collaborations multisectorielles ainsi que sur la force collective des divers organismes et instituts qui tentent de réduire le nombre de cas de suicide au Groenland. De 2005 à 2012, la stratégie a coûté annuellement entre 2,5 et 3,5 millions de couronnes danoises (de 500 000 à 650 000 $CAN). Parmi ses forces, notons la coordination nationale autour de cette question, l’échange d’idées et de résultats entre les régions et le fait qu’elle sert de plateforme importante de discussions publiques et politiques sur le problème du suicide au Groenland. L’intégration de la stratégie au système gouvernemental et la participation de tous les secteurs posent des difficultés. Les priorités et les ressources disponibles à l’échelle locale peuvent également nuire à la qualité des efforts de prévention.

Annexe E – Liste des participants au Symposium

Nom Titre Organisation Pays
Abernethy, Glen Ministre de la Santé et des Services sociaux Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest Canada
Adamek, Kluane Agente de liaison et conseillère, Assemblée des Premières Nations Assemblée des Premières Nations Canada
Aglukkaq, Leona Ministre Ministre de l'Environnement, ministre de l'Agence canadienne de développement économique du Nord et ministre du Conseil de l'Arctique Canada
Allen, Jim Professeur de psychologie Université de Fairbanks, Alaska États-Unis, Alaska
Aningmiuq, Annie Jeune boursière Ottawa Canada
Aningmiuq, Elisapi Coordonnatrice de programme, projet Makigiarniq Centre Iqaluit Tukisigarivik Canada
Bastedo, Nimisha Jeune boursière Yellowknife Canada
Beaudet, Alain Président IRSC Canada
Bender, Matt Chef de la délégation canadienne, Groupe de travail sur le développement durable AADNC Canada
Bennett, Kathryn J. Membre associée, Département de psychiatrie et de neurosciences Université McMaster Canada
Bhargava, Jyoti Conseiller principal en matière de politiques par intérim AADNC Canada
Bjerregaard, Peter Chercheur (Équipe A)/professeur Institut national de la santé publique, Université du Sud Danemark Danemark / Groenland
Blake, Ethel Coordonnatrice Gwich'in Council International Canada / États-Unis
Blanchard, Adèle Conseillère principale, Affaires publiques et sensibilisation IRSC Canada
Borg, Charlotte Ministère de l’Éducation, gouvernement du Nunavut Canada
Bourque, Danielle Jeune boursière Edmonton Canada
Bourque, Dominique Étudiante-infirmière Université de l’Alberta, études de premier cycle Canada
Bouvier, Benoît Bureau de la gestion des événements majeurs, ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement Canada
Bradley, Louise Présidente-directrice générale Commission de la santé mentale du Canada Canada
Brisco, Margaux Chef d’équipe, Capacité en santé publique Agence de la santé publique du Canada (Iqaluit) Canada
Broomfield, Jane Jeune boursière Labrador Grenfell Health Canada
Campbell, Luke Jeune boursier Whitehorse Canada
Carpenter, Alyssa Jeune boursière Yellowknife Canada
Chachamovich, Eduardo Chercheur (NPI - Équipe B) Université McGill Canada
Charles, Billy Alaska Federation of Natives (AFN) Board / adjoint de recherche Alaska Federation of Natives États-Unis, Alaska
Chatwood, Susan Chercheuse (NPI-Équipe A) Institut de recherche en santé circumpolaire Canada
Cherwaty, Kyla Dawn Jeune boursière Yellowknife Canada
Collins, Pamela Directrice adjointe, National Institute of Mental Health (NIMH) National Institutes of Health (NIH) États-Unis
Comeau, Phillip Jeune boursier St-John's Canada
Cornish, Christopher Directeur DGSPNI, Santé Canada Canada
Crawford, Allison Directrice de programme, Programme d'extension en psychiatrie du Nord Centre de toxicomanie et de santé mentale, Université de Toronto Canada
Cullen, Sue Sous-ministre adjointe Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest Canada
Dalton, Jacques Directeur adjoint par intérim Institut de la santé des Autochtones des IRSC Canada
Davidsen, Britta Sergent de police Police du Groenland Groenland
Day, Peggy Coordonnatrice de la promotion de la santé Inuvialuit Regional Corporation and Alianait Inuit Specific Mental Wellness Advisory Committee (organisation communautaire, régionale) Canada
Deacon, Mary Présidente, Initiative en santé mentale de Bell Bell Canada Canada
Dean, Bernadette Coordonnatrice de programmes Kivalliq Inuit Association Canada
Desmartaux Houle, Audrey Bureau de la gestion des événements majeurs, ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement Canada
Doyle, Marie Directrice exécutive régionale, Région du Nord, Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits Santé Canada Canada
Eegeesiak, Okalik Présidente Conseil circumpolaire inuit Canada
Ekomiak, Ingrid Jeune boursière Edmonton Canada
Ellsworth, Leanna Agente de santé Conseil circumpolaire inuit Canada
Elmslie, Kimberly Sous-ministre adjointe Agence de la santé publique du Canada Canada
Epoo, Andrew Jeune boursier Inukjuak Canada
Etter, Meghan Gestionnaire, Services de counseling Inuvialuit Regional Corporation Canada
Evaldsen, Tina Consultante en santé Ministère de la Santé et de l’Infrastructure Groenland
Fairman, Kimberly Directrice, Santé mentale et toxicomanies, ministère de la Santé Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest Canada
Faubert, Robert Photographe IRSC Canada
Ferrazzi, Priscilla Doctorante en sciences de la réadaptation Université Queen's Canada
Flaherty, Paul Président-directeur général NorthwesTel Canada
Ford, Elizabeth Directrice, ministère de la Santé et du Développement social Inuit Tapiriit Kanatami (ITK) Canada
Frederiksen, Nadja Consultante en santé Ministère de la Santé et de l’Infrastructure
Gearheard, Jakob Directeur exécutif Ilisaqsivik Society Clyde River, Nunavut
Grey, Minnie Directrice générale Conseil régional de la santé et des services sociaux du Nunavik Canada
Hanley, Brendan Médecin-hygiéniste en chef Ministère de la Santé et des Affaires sociales, gouvernement du Yukon Canada
Harper, Susan Directrice-générale et haute représentante du Canada pour l'Arctique Affaires étrangères, Commerce et Développement / Conseil de l’Arctique Canada
Healey, Gwen Directrice générale et directrice scientifique, chercheuse (Équipe A) Centre de recherche en santé Qaujigiartiit Canada
Heillmann, Paninnguaq Représentante de la jeunesse Inuuneruna Iggoraasuk (La vie est belle) Groenland
Hughes, Carlton Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada
Ingebrigtson, Linnea Analyste Gouvernement du Nunavut Canada
Johansen, Solfrid Conseillère principale, Département de la santé publique internationale Institut norvégien de la santé publique Norvège
Johnston, Aviaq Lauréate du Prix d’histoire du gouverneur général Représentante étudiante de la jeunesse Canada
Johnston, Thomas Anguti Président National Inuit Youth Council Canada
Jong, Michael Professeur, Labrador Health Centre Université Memorial de Terre-Neuve Canada
Jorge, Jacqueline Analyste, Relations internationales Bureau du président, IRSC Canada
Kanayurak, Nicole Représentante de la jeunesse Conseil circumpolaire inuit Alaska États-Unis, Alaska
Karpik, Sarah Jeune boursière Nain, NL Canada
Keenainak, Rosemary Sous-ministre associée Ministère de la Santé, gouvernement du Nunavut Canada
Kinnon, Dianne Conseillère en santé CCI Canada
Kirmayer, Laurence J Chercheur / universitaire Hôpital général juif (Montréal) Canada
Kral, Michael Chercheur / universitaire Université de l’Illinois, Urbana-Champaign États-Unis
Landry, Michèle Gestionnaire Bureau de la gestion des événements majeurs, ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement Canada
Larsen, Christina V.L. Chercheuse Ministère de la Santé du Groenland Groenland
Lee, Shoo Directeur scientifique IDSEA des IRSC Canada
Lightfoot, Janine Analyste Nunavut Tunngavik Inc. (organisation régionale, jeunesse) Canada
Liimakka Laue, Aili Représentante de la jeunesse / militante inuite Conseil national des jeunes Inuits du Groenland Groenland
Lye, Amanda Agente de projet Bureau du président, IRSC Canada
Machel, Stephanie Gestionnaire, Affaires publiques Commission de la santé mentale du Canada
Mearns, Cephorah Coordonnatrice de la recherche, jeunesse Qaujigiartiit Health Research Centre Canada
Ménard, Andrée Bureau de la gestion des événements majeurs, ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement Canada
Mike, Jesse Coordonnateur de la mise en œuvre, Qikiqtani Truth Commission Qikitani Inuit Association Canada
Moore, Andrew Bureau du ministre, Environnement Canada Canada
Morgan, Tim Bureau de la gestion des événements majeurs, ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement Canada
Mulvad, Gert Chef du conseil scientifique, Centre de recherche en santé du Groenland Comité sur la santé du Conseil circumpolaire inuit Groenland
Nagle, Jonathan Gestionnaire, Relations internationales et Soutien à la direction Bureau du président, IRSC Canada
Niego, Yvonne Partenaire, Nunavut Suicide Prevention Strategy GRC Canada
Obed, Natan Directeur, ministère du Développement culturel et social Nunavut Tunngavik Inc. Canada
Okalik, Paul Ministre de la Santé Gouvernement du Nunavut Canada
Panika, Daisy Coordonnatrice de la jeunesse Kivalliq Inuit Association and Alianait Inuit Specific Mental Wellness Advisory Committee (organisation communautaire, régionale, jeunesse) Canada
Paradis, Véronique Santé mentale et prevention du suicide Nunavik Regional Board of Health and Social Services et Alianait Inuit Specific Mental Wellness Advisory Committee (organisation communautaire, régionale) Canada
Partapuoli, Per Jonas Président, Sáminuorra Association des jeunes Sámi Suède
Partridge, Adamina Jeune boursière London Canada
Perron, Michel Vice-président IRSC Canada
Rasmus, Stacy Chercheuse / professeure Université de Fairbanks, Alaska États-Unis -Alaska
Redfern, Jasmine Directrice adjointe Nunavut Tunngavik Inc. Canada
Redvers, Jennifer Jeune boursière Yellowknife Canada
Robinson, Gary Directeur, Centre for Child Development and Education Université Charles Darwin Australie
Ryan Mackenzie, Lynn Directrice générale, Santé mentale et toxicomanies Gouvernement du Nunavut Canada
Sarazin, Tracy Conseillère en politiques Mental Wellness, Inuit Tapiriit Kanatami et Alianait Inuit Specific Mental Wellness Advisory Committee (organisation nationale) Canada
Seeteenak, Shauna Assistante de projet Embrace Life Council Canada
Selina, Britney Jeune boursière Inuvik Canada
Sewoee, Sherilynn Jeune boursière Arviat, Nunavut Canada
Shappa, June Conseillère, Affaires circumpolaires Ministère de l’exécutif et des Affaires intergouvernementales, gouvernement du Nunavut Canada
Smith, Duane Vice-président du Groupe de travail sur le développement durable (GTDD) Conseil circumpolaire inuit – Canada Canada
Stafford, Janet Directrice, Bien-être communautaire Community Health Center of Cambridge Bay, Nunavut Canada
Steward, Alyssa Bureau du ministre, Environnement Canada Canada
Stockley, Colleen Sous-ministre de la Santé Gouvernement du Nunavut Canada
Stoor, Jon Petter Psychologue Centre national Sámi sur les compétences Norvège
Storr, Evelyn Directrice générale, Développement communautaire Inuvialuit Regional Corporation Canada
Stuart, John Coordonnateur, Bien-être de la jeunesse Inuvialuit Regional Corporation Canada
Tabish, Taha Qaujigiartiit Health Research Centre
Tagalik, Shirley Présidente Arviat Health and Wellness Committee Canada
Tierney, Jenny Directrice / chercheuse (Équipe A) Embrace Life Council Canada
Turcotte, Bernadette Spécialiste, Soutien et bien-être des étudiants Canada
Van Dijken, Bob Coordonnateur pour le Nord, IPY Council of Yukon First Nations / représentant AAC Canada / États-Unis
Van Dine, Stephen Sous-ministre adjoint AADNC Canada
Waddell, Candice Infirmière Gouvernement du Nunavut Canada
Walsh, Mary U.S. Dept. Of Health and Human Services États-Unis
Wark, Jutta Présidente, GTDD AANDC Canada
Wexler, Lisa Chercheuse (Équipe B) Université du Massachusetts États-Unis
Wiebe, Patricia Experte médicale en santé mentale
Wilche, Julie P. Secrétaire Ministère de la Santé et de l’Infrastructure Danemark
Williams, Lewis Chercheur / universitaire Université de la Saskatchewan Canada
Williamson, Karla Jensen Chercheuse / universitaire Université de la Saskatchewan Canada
Wilman, David Directeur exécutif Tukisigiarvik Society Canada
Yefimenko, Alona Conseillère technique Secrétariat, Peuples du Conseil de l’Arctique Danemark
Young, Kue Doyen et professeur, École de santé publique Université de l’Alberta Canada
Young, Stephanie Jeune boursière Yellowknife Canada
Zouboules, Makenzie Jeune boursière Victoria Canada
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