Le vieillissement en santé est tributaire du passé

La qualité de nos vieux jours est fortement influencée par nos expériences d’enfance et par la manière dont nous prenons soin de nous-mêmes au fil des ans.

Cet article a été republié avec la permission du Milken Institute Center for the Future of Aging (en anglais seulement).

La moyenne d’âge de la population mondiale atteint déjà des sommets inégalés dans toute l’histoire de l’humanité. Dans moins de 35 ans, presque 50 pays auront atteint un taux de « supervieillissement » analogue au Japon, où 30 % de la population est âgée de plus de 60 ans. Puisque nous pouvons espérer vivre quelques années de plus que les générations précédentes, il nous faut veiller à rester en santé plus longtemps. Pour y parvenir, nous devons suivre un long chemin, dont le tracé commence dès notre conception et est déterminé tout au long de notre vie. Beaucoup de chercheurs se consacrent actuellement à mieux comprendre les facteurs qui favorisent un vieillissement en santé. Si des programmes ou des campagnes de santé publique leur offraient leur appui, l’avenir serait bien plus prometteur pour le vieillissement. Examinons quelques exemples.

Vieillir en santé dès l’enfance

« Avec les politiques et les services adéquats mis en place, le vieillissement de la population peut être considéré comme une excellente nouvelle opportunité, autant pour les individus que pour les sociétés. »

Dre Margaret Chan, Directrice générale, Organisation mondiale de la santé
Préface de l’édition 2015 du Rapport mondial sur le vieillissement et la santé

Le chemin menant à un vieillissement en santé est en partie tracé par nos gènes. Par exemple, notre prédisposition à diverses maladies métaboliques influencera notre santé à long terme. On ne peut rien faire contre les gènes, mais les recherches en épigénétique, domaine en plein essor, indiquent que l’exposition en bas âge à certaines conditions peut grandement influencer la réalisation de notre potentiel génétique. L’avenir du vieillissement serait plus positif si des programmes nous informaient des conditions optimales en début de vie pour faire ressortir le meilleur de nos gènes.

Savoir tracer son chemin

La recherche offre de plus en plus de certitudes sur les évènements de vie qui nuisent à la santé en vieillissant, et sur le style de vie qui la favorise. Nous savons par exemple que les commotions cérébrales, même mineures, cumulées au fil d’une vie augmentent la prédisposition à des maladies neurodégénératives, comme l’Alzheimer. Par ailleurs, nous savons également qu’éviter les facteurs de risque liés aux maladies chroniques comme le diabète contribue de manière importante à vieillir en santé. Ici aussi, les campagnes de santé publique encourageraient la population à faire de bons choix.

Entretenir sa santé cognitive

Les troubles cognitifs qui peuvent conduire à la démence, comme l’Alzheimer, sont parmi les problèmes de santé les plus craints et les plus invalidants que nous puissions connaitre avec l’âge. Même si nous diminuons les facteurs de risque associés à ce genre de maladies, par exemple en maintenant une bonne santé vasculaire, nous pouvons tout de même être affectés.

Nous pouvons toutefois favoriser la santé de notre cerveau en augmentant ses capacités cognitives. Celles-ci ne réduisent pas la prédisposition à une maladie cérébrale, mais elles offrent au cerveau la possibilité d’en retarder la manifestation clinique, ce qui réduit la durée de la souffrance. Par exemple, il est prouvé que l’apprentissage d’une langue seconde renforce le cerveau et peut faire en sorte de repousser de deux ou trois ans les premiers signes de démence. Par conséquent, dans un pays où la population serait encouragée à apprendre une langue seconde, nous pourrions observer un déclin des cas de démence.

Renforcer les réseaux sociaux

Vieillir en santé implique forcément d’être en relation avec les autres. L’humain est, par nature, social : il a, entre autres, besoin d’interagir pour échanger et avoir du soutien. Les moyens de transport et les réseaux sociaux offrent des occasions d’être en relation avec d’autres personnes. Les décideurs devraient favoriser ce genre de réseautage dans nos vies sociales, nos liens intergénérationnels, nos carrefours sociaux urbains et nos déplacements.

En conclusion, faire en sorte que nos vieux jours soient agréables exige un effort de tous les instants.

Le vieillissement, de même que son avenir, est un cheminement. Les décideurs et les leadeurs politiques ont un rôle vital à jouer : celui d’informer la population afin que chacun puisse faire des choix éclairés.

Yves Joanette
Directeur scientifique de l’Institut du vieillissement
Instituts de recherche en santé du Canada
Professeur, Faculté de médecine, Université de Montréal

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