Vers un avenir sans VIH ni sida

Muluba s'adresse à la foule au déjeuner de financement Can You Do Lunch? de CANFAR le 10 mai.

Le 10 mai, devant une foule de plus de 100 personnes réunies au chic Rideau Club d'Ottawa, dont la ministre de la Santé, Muluba Habanyama, 22 ans, avait un message simple, mais percutant à livrer : « Si je suis en vie, c'est grâce à vous. »

Muluba est l'ambassadrice jeunesse nationale de la Fondation canadienne de recherche sur le sida (CANFAR). Ce jour-là, elle avait été invitée à prendre la parole à Can You Do Lunch?, activité de financement et de réseautage à guichets fermés de CANFAR.

« J'ai vécu une expérience inoubliable! Je pense qu'il me faudra deux bonnes semaines pour tout digérer », s'exclame Muluba au téléphone, de Winnipeg, où elle assiste à la conférence annuelle de l'Association canadienne de recherche sur le VIH/sida.

Lisez le profil de ces chercheurs inspirants qui s'attaquent au VIH/sida sur tous les fronts.

Muluba, qui n'avait que deux ans quand on a diagnostiqué qu'elle était séropositive, a aussi perdu ses parents par suite de complications du VIH/sida à un jeune âge. Au déjeuner de CANFAR, elle a raconté comment elle a terminé ses études secondaires à l'époque où elle est devenue orpheline pour ensuite sombrer dans la dépression, refusant la main tendue par sa sœur et son médecin, allant même jusqu'à jeter ses médicaments contre le VIH, jusqu'au jour où, ne pesant plus que 45 kg et gravement malade, elle s'est effondrée et a dû être hospitalisée un mois.

« Je ne suis plus la même personne », déclare-t-elle. Seule dans sa chambre d'hôpital, Muluba a décidé qu'elle voulait vivre, ce qui l'a poussée à reprendre en main sa santé physique et mentale, et à obtenir un diplôme collégial en journalisme. En 2015, elle a courageusement décidé de déclarer qu'elle était séropositive dans une vidéo YouTube. « Avec moi, c'est tout ou rien », explique-t-elle. À l'automne, Muluba entreprendra des études de maitrise en journalisme à l'Université Ryerson.

Comme ambassadrice jeunesse nationale de CANFAR, Muluba visite les écoles et parle aux étudiants pour les sensibiliser au VIH/sida et défendre la cause des personnes atteintes. « La stigmatisation est encore tellement grande! C'est ce qui me faisait le plus peur lorsque j'ai déclaré publiquement que j'avais le virus. Et je reçois encore des messages d'autres personnes séropositives qui sont terrifiées à l'idée de révéler leur état. »

« Muluba, qui accomplit un important travail avec notre précieux partenaire, CANFAR, est une véritable source d'inspiration », dit le Dr Marc Ouellette, directeur scientifique de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC, qui gère le programme de recherche sur le VIH/sida des IRSC. « Elle a fait preuve d'un courage incroyable en s'attaquant à la stigmatisation qui continue d'être le lot des personnes atteintes du VIH/sida. »

Bien que la stigmatisation existe toujours, l'espoir demeure : les personnes séropositives vivent plus longtemps, et le nombre de nouvelles infections déclarées est moins élevé qu'il était il y a quelques années seulement.

« Il y a tout lieu d'être optimiste », se réjouit Christopher Bunting, président et chef de la direction de CANFAR. « Nous avons tellement de compétences au pays, tellement de chercheurs et de groupes communautaires dévoués. Je crois qu'avec des forces pareilles, nous pourrons atteindre la cible de 90-90-90 si nous investissons dans l'infrastructure de recherche sur le VIH/sida et collaborons en vue d'un objectif commun », dit-il en parlant de la cible fixée par l'ONUSIDA : que d'ici 2020, 90 % des personnes séropositives connaissent leur état, que 90 % de ces personnes bénéficient d'un traitement antirétroviral et que ce traitement supprime durablement la charge virale chez 90 % des personnes traitées.

Christopher et Muluba s'entendent pour dire que les signes encourageants sont nombreux – que l'on songe aux équipes spécialisées de chercheurs financés par les IRSC et CANFAR à Montréal qui travaillent dans le cadre du Consortium canadien de recherche sur la guérison du VIH, ou encore aux avancées dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant. Ils conviennent aussi qu'il reste du travail à faire, notamment en ce qui concerne la prophylaxie préexposition, qui consiste en une paire de médicaments que les personnes très à risque peuvent prendre chaque jour pour réduire le risque d'être infectées. « En 2016, il ne devrait pas y avoir de nouvelles infections », dit Muluba.

Avec la conférence bisannuelle de la Société internationale sur le sida, AIDS 2016, le plus grand rassemblement du genre au monde, qui doit s'amorcer à Durban (Afrique du Sud) en juillet, les deux voient l'occasion de militer en faveur d'une meilleure prévention, de continuer à chercher un remède, d'autonomiser les personnes séropositives et de réclamer une plus grande compassion et plus de sensibilisation. Pour Christopher Bunting, l'heure est à l'intensification de la collaboration et à la mise à disposition de fonds : « S'il y a beaucoup de place pour l'optimisme, il n'y en a pas pour la complaisance. »

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