Les avantages du cerveau bilingue

Dre Ana Inés Ansaldo
Photo – avec la permission de Bonesso-Dumas.

Le bilinguisme : des avantages cognitifs manifestes la vie durant

6 juillet 2016

La professeure Ellen Bialystok, de l'Université York, et la professeure Ana Inés Ansaldo, de l'Université de Montréal, ont découvert que la maitrise de plus d'une langue, en particulier dès le jeune âge, a d'importants avantages.

Avec l'aide des IRSC, les professeures Ellen Bialystok et Ana Inés Ansaldo ont constaté que la connaissance de plus d'une langue améliorait notre capacité de concentration, et pouvait également générer une réserve cognitive (ou réserve d'intelligence) qui protège le cerveau pendant plusieurs années contre le début du déclin cognitif lié à l'âge.

Réserve cognitive – Mesure dans laquelle le cerveau peut être lésé (maladie d'Alzheimer, AVC, abus d'alcool, traumatisme crânien, etc.) sans que les capacités intellectuelles soient affectées. Il a été démontré que la personne dont le niveau de littératie, la scolarité et le quotient intellectuel sont élevés aura une réserve cognitive plus grande que la personne moyenne. On croit que la réserve cognitive peut être préservée par une activité mentale soutenue durant toute la vie et le maintien d'une bonne forme physique.
Source : Collins Dictionary of Medicine

De même, une meilleure capacité de concentration a été observée chez les adultes bilingues, laquelle contribue au bon fonctionnement de la mémoire.

Bien que le lien entre bilinguisme et capacité cérébrale accrue soit clair, l'explication reste un mystère. Une possibilité serait que le fait de parler deux langues augmente l'irrigation sanguine et l'apport en oxygène vers le cerveau, et garde les connexions saines, des facteurs qui, croit‑on, aident aussi à protéger de la démence.

Après avoir permis de démontrer que le bilinguisme stimule la capacité du cerveau tout au long de la vie en le gardant en bon état, les découvertes des Dres Bialystok et Ansaldo promettent maintenant de faire comprendre plus clairement de quelle façon le cerveau traite le langage et les autres capacités de communication, pour aider à voir plus en détail comment le bilinguisme sculpte le cerveau.

L'expérience bilingue façonne le cerveau de telle manière qu'il compose mieux avec le vieillissement et les maladies de la vieillesse. Par exemple, les personnes bilingues ont plus de matière blanche que les personnes qui ne possèdent qu'une langue. La matière blanche permet la circulation de l'information entre les différentes régions du cerveau, mais cette circulation est particulièrement entravée par la maladie d'Alzheimer. Cela peut expliquer pourquoi les personnes bilingues semblent mieux tolérer les lésions au cerveau, sans que le déclin cognitif attendu soit observé.

Dre Ellen Bialystok
Photo - avec la permission de la Dre Ellen Bialystok

La plasticité neuronale garde l'esprit souple, même quand on vieillit

Certains mécanismes dans le système nerveux qui participent à la plasticité neuronale, ou souplesse mentale, appuieraient la cognition et la pensée. Le cerveau bilingue est capable de gérer deux langues avec une relative facilité, déterminant quelle langue utiliser dans une situation donnée.

La Dre Bialystok croit que ce système de contrôle du trafic langagier aide le cerveau à s'affuter et à conserver sa capacité de concentration, tout en faisant abstraction de l'information analysée et jugée non pertinente pour la tâche à accomplir.

« Bien que les régions du cerveau soient spécialisées pour certaines fonctions, la performance cognitive dépend de réseaux d'activité cérébrale distribués dans l'ensemble de ces divisions. La plasticité neuronale est le recâblage ou la réorganisation de ces réseaux cérébraux en réponse à l'expérience ou à une détérioration quelconque du réseau habituel. Par exemple, la perte de fonction dans une région par suite d'un AVC peut conduire au recâblage de cette fonction dans d'autres régions. »

Dre Ellen Bialystok

Décisions exécutives

Ces connaissances nouvelles sur le cerveau donnent à penser que la « fonction exécutive » (expression générique pour désigner divers processus cognitifs complexes) est régulée par des réseaux dynamiques et flexibles, englobant diverses régions du cerveau, qui appuient les processus d'apprentissage et de mémoire, entre autres.  

Les fonctions exécutives influencent le contrôle général du cerveau sur des capacités plus fondamentales, comme l'attention, la mémoire et les habiletés motrices. Elles permettent au cerveau de réaffecter les ressources pour optimiser la performance, phénomène mis en évidence par l'imagerie cérébrale.

Fait intéressant, des chercheurs ont découvert que les personnes bilingues ont en général un meilleur contrôle exécutif que les personnes unilingues et sont plus rapides à appliquer les nouvelles règles.

L'apprentissage de plus d'une langue peut se révéler une activité agréable et féconde sur le plan social. Ce peut être aussi une façon de garder son cerveau sain et alerte, surtout lorsque l'on vieillit.

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