Discours du président : Atelier sur la science de la mise en œuvre

19 mai 2016

Bruxelles, Belgique

Mesdames, Messieurs, distingués invités,

Merci de m’avoir offert la possibilité de parler aujourd’hui à cet important forum.

Je suis venu vous présenter mon point de vue, non pas en qualité de président d’un organisme de financement national, mais plutôt en qualité de président de l’Alliance mondiale contre les maladies chroniques, l’AMMC.

Les gouvernements partout dans le monde ont déployé de grands efforts pour lutter contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Au Canada, le gouvernement vient tout juste, ce mois-ci, de s’engager à consacrer 785 millions de dollars de plus dans la lutte contre ces trois maladies. 

Or, même si ces efforts sont nécessaires et louables, il ne faut pas mettre de côté les maladies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires, le cancer et les affections respiratoires chroniques qui, du moins jusqu’à tout récemment, ont été plutôt marginalisées, en particulier si on les compare aux trois « géants » précédemment cités.    

Pour nombre de mes collègues et moi-même, cette réalité est préoccupante. Après tout, les maladies chroniques non transmissibles causent quatre-vingt-cinq pour cent des décès dans les pays à revenu faible et intermédiaire et environ trente-six-millions de décès chaque année dans le monde.  

En 2009, lorsque nous avons décidé de mettre nos efforts en commun pour créer l’AMMC, nous avions six membres fondateurs provenant d’organismes de financement de la recherche en santé en Australie, au Canada, en Chine, en Inde, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Il s’agissait alors de la première collaboration formée d’organisations de recherche nationales subventionnées par le secteur public visant expressément à lutter contre les maladies chroniques non transmissibles et, à ma connaissance, il s’agit toujours de la seule.

Comme pour toute nouvelle entreprise, le démarrage n’a pas été facile, et nous avons fait face à une multitude d’obstacles.
En rétrospective, je peux affirmer que nos progrès ont été admirables et que nous changeons de façon importante la vie des gens partout dans le monde. 

Depuis la récente création de l’AMMD, nous avons doublé le nombre de pays participants, nous avons fait gonfler l’enveloppe de financement de nos appels de propositions et nous nous sommes approchés du jalon des cent-soixante-millions de dollars en engagements financiers. 

Cela dit, ce qui nous distingue surtout, c’est la souplesse et la vivacité de notre organisation, qualités qui favorisent l’évolution de nos efforts collectifs. En fait, lorsque nous avons amorcé ce projet, nous portions surtout attention à l’impact que nous pouvions avoir. Nous voulions intervenir là où les changements seraient visibles, et c’est la raison pour laquelle notre premier appel de propositions portait sur l’hypertension. Or, nos intentions actuelles sont différentes : même si nous cherchons toujours à ce que notre travail ait un impact, nous nous sommes engagés à nous concentrer davantage sur les sciences de la mise en œuvre et de la prestation. Chaque équipe financée doit donc montrer dans quelle mesure sa recherche porte particulièrement sur l’étude d’interventions fructueuses en précisant pour qui elles le sont, en quelles circonstances, et si elles sont abordables et adaptables. Avoir choisi de se concentrer sur les sciences de la mise en œuvre signifie également que nous cherchons des interventions portables à grande échelle de manière viable et équitable.

Que cherchons-nous à appuyer, concrètement?

Il pourrait s’agir d’une étude dans un pays de l’Asie du Sud pour déterminer si un programme d’intervention axé sur le mode de vie, offert après l’accouchement aux femmes souffrant de diabète gestationnel, permettrait de réduire l’incidence du diabète de type 2 d’une façon abordable et acceptable.

Il pourrait aussi s’agir d’une étude péruvienne visant à estimer dans quelle mesure l’introduction sur le marché d’un succédané de sel pauvre en sodium et riche en potassium aurait un effet sur la pression artérielle des adultes. Les exemples de projets réellement novateurs de ce genre financés grâce à l’AMMD sont nombreux.

Maintenant que l’AMMD a atteint sa pleine maturité, nous entreprenons l’étape qui suit logiquement, celle de s’attarder à l’applicabilité à grande échelle de la recherche interventionnelle afin que les données probantes recueillies puissent déboucher sur des politiques et que leur impact ne se ressente plus uniquement au niveau local.

Au sein de l’AMMD, nous avons considéré la possibilité de continuer à cibler de nouvelles priorités, ou de chercher des manières d’optimiser les réseaux internationaux qui ont été créés, d’entretenir l’expertise de ces réseaux et de créer quelque chose de plus important.

Puisqu’environ quatre-vingts pour cent des organismes de recherche en santé du monde sont à notre disposition, nous avons cru important de trouver une manière de tirer parti de notre poids politique pour faciliter l’application des résultats de recherche à grande échelle et les mettre en œuvre sous forme de politiques ou de changements dans les pratiques cliniques.

Nous avons cru bon de nous concentrer sur l’application à plus grande échelle de stratégies pour contrer l’hypertension, pour des raisons évidentes. D’abord, le fardeau et l’impact de la maladie demeurent préoccupants dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’on estime à une personne sur trois le nombre de personnes atteintes d’hypertension. Ensuite, nous savons que des interventions probantes et peu couteuses peuvent facilement être mises en application et que leur effet sera facilement mesurable, comparativement aux interventions pour d’autres problèmes de santé chroniques comme ceux liés à la santé mentale.

Pour réaliser cette deuxième étape de l’AMMD, il nous faudra travailler à l’échelle nationale dans des pays précis qui auront fait de la prévention et du contrôle des maladies une de leurs priorités stratégiques. Cela signifie également que ces pays seront engagés à investir dans la mise en œuvre de programmes consacrés au domaine choisi. 

Les ministères de la Santé joueront un rôle central dans cette approche ciblée d’application des résultats. Notre réussite dépendra directement de notre habileté à établir le dialogue avec les décideurs et les partenaires prestataires de services et à les convaincre d’adhérer à nos idées et de les mettre en œuvre. Une tâche qui sera loin d’être facile!

En somme, cette nouvelle approche sera essentiellement un système hybride de travail collaboratif entre les décideurs, les chercheurs et les fournisseurs de services, et ce, pour l’entièreté du processus, de la recherche à la prestation de services. Cette approche constitue un territoire inconnu pour l’AMMD et le défi qu’elle représente est de taille.

Comme le disait Hérodote : « Mieux vaut subir la moitié des maux auxquels on s’attend que de rester dans l’apathie par crainte de ce qui pourrait advenir. »
Devant l’ampleur de cette nouvelle direction, nous aurons besoin de beaucoup d’avis et de conseils, y compris ceux de chacun d’entre vous.

Bien que nous n’en soyons encore qu’à l’étape de la conception, nous prévoyons proposer d’appliquer à grande échelle trois ou quatre interventions dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

L’AMMD jouera un rôle de premier plan dans le choix d’une série d’interventions fondées sur des données probantes et prêtes à être portées à grande échelle. Les équipes de chercheurs collaboreront ensuite avec les instances ou les pays participants pour sélectionner les interventions appropriées et les adapter au contexte, et établir avec eux des plans pour leur application et leur évaluation. 

Les critères particuliers qui suivent serviront à déterminer si une intervention a été fructueuse :  

  • L’applicabilité de l’intervention et la pertinence du plan d’expansion;
  • La participation des gouvernements locaux et nationaux;
  • La présence d’une expertise suffisante pour les étapes d’application à grande échelle et d’évaluation;
  • Un plan d’évaluation réaliste qui comprend les indicateurs d’évaluation et la capacité de surveillance.

Puisque l’AMMD est appuyée par des organismes de recherche en santé, elle n’a pas pour mandat de financer directement les interventions et elle n’a pas non plus la capacité de le faire. C’est pourquoi ce que nous proposons dans notre nouveau modèle implique la participation essentielle de banques ou d’autres partenaires financiers, qui devront notamment financer les interventions, aider à évaluer la viabilité financière des projets, confirmer l’admissibilité des pays à recevoir de l’aide ou des prêts, aider à définir les paramètres d’évaluation et mettre à profit leur expertise en établissement de modèles économiques.

Par ailleurs, nous prévoyons que l’OMS aura elle aussi son rôle à jouer, celui d’aider à l’évaluation, de fournir des données sur un pays ou une région pour savoir s’il est souhaitable d’y appliquer une intervention, de confirmer l’admissibilité d’un pays, et de faciliter les liens entre les ministères de la Santé, les conseils de recherche du pays où aura lieu l’intervention et les équipes de chercheurs.

Vous pouvez maintenant mesurer l’ampleur des défis qui nous attendent.

Nos liens avec des organisations internationales comme l’OMS et la Banque mondiale seront déterminants pour amener le travail et la portée de l’AMMD à un niveau supérieur. 

Je suis toutefois convaincu qu’il est très pertinent d’élaborer cette stratégie et d’établir des liens entre les organisations ou les consortiums mondiaux et locaux dont les missions sont semblables ou complémentaires. Après tout, nous poursuivons tous l’objectif premier d’améliorer la santé mondiale. Cette stratégie nous aide justement à remplir cet objectif! 

Par contre, même si la vision qui motive cette stratégie est limpide, nous avons toujours de nombreuses questions en suspens. Par exemple, quelle serait la meilleure façon de déterminer les pays sur lesquels se concentrer? Comment choisir les équipes de manière optimale? Quelle serait la meilleure méthode pour l’évaluation?

Comme je le disais plus tôt, nous accueillerons avec plaisir vos avis et conseils.

Merci.

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