Rapport sur la séance d'échanges Meilleurs Cerveaux – Intégration de la recherche en santé environnementale dans la gestion des urgences et des catastrophes chimiques

Direction des sciences, de l'application des connaissances et de l'éthique, Instituts de recherche en santé du Canada
en collaboration avec
Unité de préparation et d'intervention pour les d'urgence chimique et Direction des politiques scientifiques, Santé Canada, et
US National Institute of Environmental Health Sciences

Salle de conférence des IRSC
160, rue Elgin
Ottawa (Ontario)
Le vendredi 19 février 2016

Table des matières

  1. Sommaire
  2. Aperçu de la séance d'échanges Meilleurs cerveaux
    1. Aperçu du programme d'échanges Meilleurs cerveaux
    2. Historique
    3. Contexte stratégique
    4. Objectifs des séances d'échanges Meilleurs cerveaux
    5. Participants à la séance
    6. Déroulement de la séance d'échanges Meilleurs cerveaux
  3. Résumé de la séance d'échanges Meilleurs cerveaux
    1. Mot de bienvenue de Dre Danika Goosney, directrice générale, Direction des sciences, de l'application des connaissances et de l'éthique, IRSC, et de Tim Singer, directeur, Bureau de la science et de la recherche en santé environnementale, Santé Canada
    2. Tour de table et examen des objectifs, animés par le professeur David Russell, Head of Centre for Radiation, Chemicals and Environmental Hazards – Wales, & Head of the WHO Collaborating Centre for Chemical Incidents, Centre for Radiation, Chemicals and Environmental Hazards
    3. Exposés 
      1. Présentation du contexte – Répercussions des incidents chimiques sur la santé publique : besoins en matière de recherche et développement, professeur David Russell
      2. Exposé no 2 – Programme de recherche sur les interventions en cas de catastrophe (DR2) : amélioration de l'opportunité de la recherche en santé environnementale, Dr Aubrey Miller, capitaine, département de la Santé et des Services sociaux, Service de santé publique des États-Unis, et conseiller médical principal du directeur du National Institute of Environmental Health Sciences
      3. Exposé no 3 – Recherche sur les catastrophes chimiques, RADM Scott Deitchman, médecin hygiéniste en chef, National Center for Environmental Health et Agency for Toxic Substances and Disease Registry, Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis
      4. Exposé no 4 – Accident de Lac-Mégantic de 2013 : les interventions de santé publique avant et maintenant, Dre Mélissa Généreux, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, directrice, Direction de santé publique de l'Estrie, Chef, Département clinique de santé publique, Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, et professeure adjointe, Faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Sherbrooke
    4. Discussions
      1. Discussion entre experts – Considérations liées à l'intégration de la recherche en santé environnementale dans les interventions en cas d'urgence ou de catastrophe chimique, animée par le Dr Tom Kosatsky, directeur scientifique, Centre de collaboration nationale en santé environnementale, et directeur médical, Division des services de santé environnementale, Centre de contrôle des maladies de la Colombie Britannique, et par le Dr Ray Copes, directeur général, Santé environnementale et santé au travail, Santé publique Ontario
      2. Discussion plénière A – Intégration de la recherche en santé environnementale dans les interventions en cas d'urgence ou de catastrophe chimique, animée par le professeur David Russell et commentée par les docteurs Tom Kosatsky et Ray Copes
      3. Discussion plénière B – Prochaines étapes, animée par le professeur David Russell et Tim Singer.
    5. Mot de clôture du professeur David Russell et de Tim Singer

1. Sommaire

Le 19 février 2016, Santé Canada et les Instituts de recherche en santé du Canada ont tenu une séance d'échange Meilleurs cerveaux. Cet échange, qui regroupait des décideurs fédéraux, provinciaux et territoriaux ainsi que des chercheurs de pointe et des experts en gestion des urgences et des catastrophes chimiques et en santé environnementale, visait à examiner l'intégration de la recherche en santé environnementale dans la gestion des urgences et des catastrophes chimiques au Canada. À l'heure actuelle, le Canada doit se doter, à l'échelle aussi bien fédérale que provinciale et territoriale, de politiques spécifiquement destinées à appuyer ou à coordonner la recherche sur les effets des urgences et des catastrophes chimiques sur la santé environnementale. La séance d'échanges Meilleurs cerveaux a donné l'occasion d'échanger de l'information importante et d'entreprendre des dialogues sur cette question stratégique, ainsi que d'établir une tribune qui servira à déterminer les prochaines mesures à prendre.

Les objectifs de la séance étaient les suivants :

  1. mieux comprendre les facteurs de réussite et d'échec du Programme de recherche sur les interventions en cas de catastrophe (DR2) des Instituts américains de la santé (NIH);
  2. examiner quels éléments du programme DR2 peuvent s'appliquer au contexte fédéral, provincial et territorial du Canada;
  3. déterminer les capacités de recherche en santé environnementale durant et après une intervention faisant suite à une urgence ou catastrophe chimique au Canada, ainsi que les défis connexes;
  4. utiliser les données probantes, les leçons retenues et les pratiques exemplaires du programme DR2 pour jeter les bases d'un cadre canadien d'intégration de la recherche en santé environnementale dans les politiques, les plans et les lignes directrices concernant la gestion des urgences.

Tout au long du matin, des experts ont présenté des résumés de recherche et des expériences vécues concernant des urgences et des catastrophiques chimiques ainsi que des mesures d'intervention et de rétablissement. Les exposés comprenaient notamment un survol complet du programme DR2. L'après-midi était réservé aux discussions concernant l'élaboration d'un cadre pour orienter l'intégration de la recherche en santé dans la gestion des urgences et des catastrophes chimiques. Après avoir examiné divers aspects du programme DR2, les participants ont noté plusieurs lacunes dans les cadres de préparation, d'intervention et de rétablissement concernant les urgences et les catastrophes chimiques au Canada, notamment :

  1. préparation des collectivités;
  2. surveillance dans les collectivités;
  3. échange d'information et diffusion des connaissances dans les collectivités;
  4. ressources humaines allouées aux mesures d'intervention et de rétablissement :
    1. identification des principaux acteurs et intervenants;
    2. possibilités de formation;
  5. stratégies, lignes directrices et autres mesures fédérales, provinciales et territoriales :
    1. intégration de la santé publique dans le cadre de planification des centres d'opérations d'urgence;
    2. atténuation des risques;
    3. exposition aux produits chimiques;
    4. procédures et protocoles de recherche scientifique;
  6. intégration du financement de la recherche dans les mesures d'intervention et de rétablissement faisant suite à une urgence ou une catastrophe chimique;
  7. gestion des données :
    1. dépôt de données fiables;
    2. évaluation systématique des urgences et des catastrophes chimiques antérieures;
    3. procédures de gestion des données – utilisation de données douteuses;
    4. procédures de gestion des données – accès aux données, y compris les questions relatives à la protection de la vie privée et à la sécurité;
    5. création de répertoires des sites d'entreposage de produits chimiques, des voies de transport et des données sur les produits chimiques;
    6. moyens d'assurer l'accès rapide à l'information;
    7. examen rapide de l'éthique (modèles établis à l'avance).

Il a été déterminé que Santé Canada était l'organisme le mieux placé pour mettre en œuvre les prochaines étapes.

2. Aperçu de la séance d'échanges Meilleurs cerveaux

a. Aperçu du programme d'échanges Meilleurs cerveaux

Le mandat des IRSC comprend la production de nouvelles connaissances scientifiques et l'application de ces connaissances à l'amélioration de la santé, des produits et des services de santé, ainsi que du système de santé du Canada. Le programme d'échanges Meilleurs cerveaux, qui consiste en des séances à huis clos d'un jour réunissant des chercheurs et des partenaires fédéraux, provinciaux et territoriaux, est une des nombreuses plateformes que peuvent utiliser les IRSC pour réaliser leur mandat de mettre en application les résultats de recherche. Lors de ces séances, qui portent sur des questions stratégiques déterminées par le Ministère ou le portefeuille de la Santé, les chercheurs sont invités à recevoir et à échanger des données de recherche accessibles, opportunes et de grande qualité qui présentent une utilité et un intérêt immédiats pour les responsables des politiques. Le programme d'échanges Meilleurs cerveaux repose sur la méthode du dialogue délibératif, qui n'a pas pour objectif immédiat de trouver une solution à une question stratégique, mais plutôt d'établir des mesures et des recommandations destinées à faire avancer une question stratégique.

b. Historique

Normalement, les politiques et les plans concernant la gestion des urgences visent à assurer le déploiement opportun d'interventions à la suite d'une urgence ou d'une catastrophe. Au Canada, il est nécessaire d'évaluer si un incident donné doit faire l'objet d'une étude approfondie; un protocole permettant de le déterminer rapidement pourrait être utile. Le Canada doit aussi se doter d'un cadre pour organiser et intégrer rapidement les initiatives de recherche en santé environnementale durant les urgences et les catastrophes chimiques; à l'heure actuelle, très peu de données sont recueillies concernant les répercussions des urgences et des catastrophes chimiques sur la santé publique et environnementale. L'absence de données sur les urgences et les catastrophes chimiques empêche de réduire les répercussions sur la santé des incidents actuels et à venir, en plus d'entraver et de ralentir le déploiement des interventions.

c. Contexte stratégique

Selon le paragraphe 4(2) de la Loi sur le ministère de la Santé (1996) et le paragraphe 6(1) de la Loi sur la gestion des urgences (2007), le portefeuille de la Santé est responsable d'élaborer, de mettre à l'essai et de tenir à jour des plans d'intervention et de gestion des urgences relevant de son mandat pour protéger la santé et la sécurité de la population canadienne en cas de menace ou de situation de santé publique d'envergure nationale, par exemple une éclosion importante de maladie, une catastrophe naturelle ou un incident chimique, biologique, radionucléaire ou à l'explosif (CBRNE). Au sein de la Direction générale de la santé environnementale et de la sécurité des consommateurs de Santé Canada, c'est l'Unité de préparation et d'intervention pour les urgences chimique (UPIUC) qui a pour mandat d'accroître la préparation et la capacité d'intervention dans l'ensemble du portefeuille de la Santé et de coordonner les activités connexes à l'échelle aussi bien nationale qu'internationale.

Bien que le gouvernement fédéral soit généralement à l'avant-plan de la gestion des urgences au Canada, il n'existe aucune politique fédérale, provinciale, territoriale ou locale relative au soutien ou à la coordination de la recherche concernant les répercussions des urgences et des catastrophes chimiques sur la santé publique et environnementale. Aux États-Unis, le cadre du programme DR2  de l'Institut américain des sciences de la santé environnementale (NIEHS) a été établi de manière à orienter l'intégration de la recherche en santé dans la gestion des urgences et des catastrophes chimiques. L'élaboration et l'harmonisation d'un cadre semblable au Canada, en collaboration avec les États-Unis, favoriserait la coordination des interventions conjointes à la suite d'une urgence ou d'une catastrophe chimique, les échanges de données permettant d'améliorer les résultats de santé à court et à long termes, ainsi que l'assistance mutuelle.

d. Objectifs des séances d'échanges Meilleurs cerveaux

La séance d'échanges Meilleurs cerveaux a permis aux participants :

  1. de mieux comprendre les facteurs de réussite et d'échec du Programme de recherche sur les interventions en cas de catastrophe (DR2) des États-Unis;
  2. d'examiner quels éléments du programme DR2 peuvent s'appliquer au contexte fédéral, provincial et territorial du Canada;
  3. de déterminer les capacités de recherche en santé environnementale durant et après une intervention à la suite d'une urgence ou d'une catastrophe chimique au Canada, ainsi que les défis connexes;
  4. d'utiliser les données probantes, les leçons retenues et les pratiques exemplaires du programme DR2 pour jeter les bases d'un cadre canadien d'intégration de la recherche en santé environnementale dans les politiques, les plans et les lignes directrices concernant la gestion des urgences.

e. Participants à la séance

La séance d'échanges Meilleurs cerveaux, organisée par Santé Canada et les IRSC, visait à regrouper des décideurs fédéraux, provinciaux et territoriaux, des chercheurs en santé publique et en santé environnementale, des praticiens de la gestion des urgences et d'autres intervenants importants (la liste complète des participants se trouve à l'annexe C).

f. Déroulement de la séance d'échanges Meilleurs cerveaux

La séance d'échanges Meilleurs cerveaux a été organisée de manière à favoriser les interactions durant les exposés et les discussions. Durant les exposés de la première moitié de la journée, des experts ont présenté l'importance de la recherche en santé publique et en santé environnementale dans les incidents chimiques ainsi que des politiques et des interventions mises au point ailleurs dans le monde. Une attention spéciale a été accordée au programme DR2. L'après-midi était réservé à des discussions plénières sur les besoins à venir en recherche et développement et à l'établissement de recommandations sur l'intégration de la recherche en santé publique et en santé environnementale dans la gestion des urgences et des catastrophes chimiques au Canada.

3. Résumé de la séance d'échanges Meilleurs cerveaux

a. Mot de bienvenue
De Danika Goosney, directrice générale, Direction des sciences, de l'application des connaissances et de l'éthique, IRSC, et de Tim Singer, directeur, Bureau de la science et de la recherche en santé environnementale, Direction des sciences de la santé environnementale et de la radioprotection, Direction générale de la santé environnementale et de la sécurité des consommateurs, Santé Canada

Mme Goosney a souhaité la bienvenue aux participants au nom des IRSC. Les participants à la séance ont reçu un aperçu du programme d'échanges Meilleurs cerveaux et de ses objectifs. Mme Goosney a rappelé qu'une séance d'échanges Meilleurs cerveaux ne vise pas à trouver une solution à une question stratégique, mais plutôt à faire avancer une question stratégique et à déterminer les prochaines mesures à prendre. Elle a ensuite présenté Tim Singer et l'a invité à dire quelques mots au nom de Santé Canada.

M. Singer a souhaité la bienvenue aux participants et les a remerciés de leur participation à la séance. Il a décrit en bref le rôle de Santé Canada dans la préparation et les interventions en cas d'urgence ou de catastrophe chimique relevant du mandat de l'UPIUC. M. Singer a aussi expliqué comment les recherches menées par Santé Canada, l'évaluation et la gestion des risques et les unités des politiques peuvent appuyer les interventions en cas d'urgence.

Une fois terminé le mot de bienvenue de M. Singer, Mme Goosney a présenté l'animateur du jour : le professeur David Russell, chef du Centre des dangers radiologiques, chimiques et environnementaux, Agence de la santé publique de l'Angleterre et chef du Centre collaborateur de l'OMS sur les incidents chimiques, Centre des dangers radiologiques, chimiques et environnementaux.

b. Tour de table et examen des objectifs
Animés par le professeur David Russell, chef du Centre des dangers radiologiques, chimiques et environnementaux, Agence de la santé publique de l'Angleterre et chef du Centre collaborateur de l'OMS sur les incidents chimiques, Centre des dangers radiologiques, chimiques et environnementaux

Après un bref tour de table où les participants devaient se présenter et décrire leur organisation respective, le professeur Russell a donné un aperçu rapide de l'ordre du jour. Le professeur Russell a mis l'accent sur les discussions qui permettraient d'atteindre les objectifs de la séance d'échanges (décrits à la section 2d. Objectifs des séances d'échanges Meilleurs cerveaux). Il a aussi rappelé aux participants qu'ils étaient libres de diffuser l'information échangée dans le cadre de la séance d'échanges en dehors de la réunion; cependant, aucun nom de personne ne doit être cité.

c. Exposés

i. Présentation du contexte – Répercussions des incidents chimiques sur la santé publique : besoins en matière de recherche et développement
Professeur David Russell

Notre société développée dépend de plus en plus des produits chimiques. D'un côté, bon nombre d'entre eux sont bénéfiques pour la santé publique; de l'autre, un grand nombre de ceux qui sont couramment utilisés sont nocifs pour l'humain et l'environnement. Cela veut dire que les gains sociétaux doivent être pesés contre les risques associés à la synthèse, à l'entreposage, au transport et à l'élimination des produits chimiques de ces produits chimiques. Bien que des cadres de réglementation aient été établis pour gérer les risques associés à de nombreux produits et mélanges chimiques, les données toxicologiques sont insuffisantes pour plusieurs autres. En raison de la grande variété des produits chimiques reconnus et des risques de dispersion et de contamination, le nombre de scénarios potentiels est quasiment infini : c'est pourquoi il faut adopter une approche souple en matière de planification, de préparation et d'intervention. La recherche contribue grandement à combler les lacunes sur le plan des connaissances et à améliorer la préparation et la protection de la santé humaine.

Le professeur Russell a décrit un grand nombre d'urgences et de catastrophes chimiques survenues un peu partout dans le monde. Les données sur ces incidents indiquent que, pour être sûre et efficace, une intervention en cas d'urgence ou de catastrophe chimique doit s'attaquer aux effets aussi bien aigus que chroniques suivant l'exposition. La catastrophe de Bhopal, par exemple, est le résultat d'une série d'erreurs humaines ayant causé la dispersion d'une grande quantité d'isocyanate de méthyle (MIC). Les survivants ont souffert d'effets aigus et de séquelles chroniques. Comme de nombreuses autres urgences et catastrophes chimiques, cet incident a mis en évidence à quel point les conséquences extrêmes et immédiates des incidents chimiques limitent le temps dont on dispose pour réaliser une intervention adéquate. Ce défi doit être pris en considération dans les activités de préparation et de gestion. Il n'existe pas de modèle d'intervention ou de rétablissement unique qui convienne à toutes les situations.

La période de latence typiquement courte entre un incident et ses conséquences nécessite une intervention rapide. Il faut donc effectuer une planification et une préparation fondées sur l'évaluation, la hiérarchisation et l'atténuation des risques avant la survenue d'un incident pour  favoriser une intervention rapide et efficace qui permettra de réduire les répercussions potentielles sur la santé publique, qu'elles soient de nature toxicologique ou psychologique. Le professeur Russell a indiqué que les exercices d'atténuation des risques pouvaient aider à orienter la préparation en cas d'incident chimique de plusieurs façons :

  • Sensibilisation et information des collectivités dans le cadre d'une stratégie de communication des risques (et non des situations de crise). Éducation des collectivités de manière qu'elles puissent évaluer elles-mêmes leur niveau de risque et leur exposition et être mieux préparées à faire face à des incidents chimiques.
  • Aménagement du territoire. Élimination des sites dangereux à proximité des collectivités.
  • Orientation et élaboration de programmes de surveillance matures et suffisamment sensibles qui permettent de prévoir les répercussions d'incidents chimiques potentiels sur la santé publique.
  • Établissement et mise à l'essai de plans d'urgence à l'échelle nationale, régionale et locale.
  • Détermination des ressources humaines appropriées pour les interventions en cas d'urgence (de loin la ressource la plus importante). Formation conjointe des experts et des intervenants visant à leur donner la capacité de composer avec un incident aigu ou de longue durée.
  • Mise sur pied de systèmes de détection et d'alerte efficaces permettant d'intervenir rapidement en cas d'incident.
  • Recherche et développement. Plus on possède d'information sur les produits chimiques libérés lors d'un incident, meilleure sera l'intervention.

ii. Exposé no 2 – Programme de recherche sur les interventions en cas de catastrophe (DR2) : amélioration de l'opportunité de la recherche en santé environnementale
Dr Aubrey Miller, capitaine, département de la Santé et des Services sociaux, Service de santé publique des États-Unis, et conseiller médical principal du directeur du National Institute of Environmental Health Sciences

La nature urgente des incidents chimiques complique le déploiement d'une intervention collaborative, réfléchie et stratégique. Il est difficile de limiter les conséquences de la situation et de définir et arrêter les effets indésirables tant dans l'immédiat qu'à long terme (science formatrice et stratégique).

Un grand nombre des mesures actuelles d'intervention en cas d'urgence chimique et des recherches connexes sont fondées sur des données insuffisantes ou peu fiables. Le Dr Miller a proposé de prendre des mesures avant que des incidents surviennent, de manière à assurer l'existence des ressources et des réseaux d'intervention appropriés, à définir les secteurs de recherche prioritaires et à désigner à l'avance tous les intervenants concernés au sein d'un groupe (ou réseau). Les réseaux canadiens peuvent différer quelque peu de ceux des États-Unis : ils peuvent comprendre des intervenants et des chercheurs fédéraux, provinciaux et territoriaux, ainsi que des intervenants locaux comme des responsables de la santé publique et des représentants des populations potentiellement vulnérables (en raison de leur lieu d'habitation, de leur situation socioéconomique ou d'autres facteurs).

L'établissement d'un cadre prédéterminé concernant la recherche durant un incident chimique et d'un processus d'évaluation éthique accompagnant ce cadre (p. ex. DR2; veuillez consulter les diapositives de l'exposé) peut aider à intégrer la recherche sur la santé humaine dans les interventions en cas d'urgence et les mesures de suivi à plus long terme. Si ces systèmes sont en place avant l'intervention active, les occasions de collecter des données de qualité sur les incidents chimiques pourraient être plus nombreuses. Ces données pourraient orienter la mise sur pied d'interventions efficaces, ainsi que l'évaluation de leur efficacité, et la planification d'études longitudinales. Par exemple, les NIH ont mis au point un nouveau programme DR2 offrant des outils spécialement conçus pour favoriser les collaborations entre les intervenants d'urgence et les chercheurs en santé environnementale, à savoir :

  • un dépôt d'outils de collecte de données accessibles et un protocole approuvé par les comités d'examen institutionnels, pour faciliter et accélérer le développement et la mise en œuvre de la recherche;
  • un site Web hébergeant cet ensemble d'outils, ainsi que d'autres renseignements pouvant aider les personnes participant à la collecte rapide de données à la suite d'une catastrophe;
  • de nouveaux réseaux de santé environnementale où des intervenants importants sont mis à contribution dans un large éventail de secteurs spécialisés (p. ex. évaluation de l'exposition, toxicologie, santé publique et environnement), ce qui les rend plus sensibilisés et mieux préparés aux interventions d'urgence en cas d'incident;
  • formation et éducation des chercheurs par la diffusion d'information, de matériel d'instruction et d'exercices.

Il faut également assurer la transmission d'information à l'échelle communautaire. Le grand public devrait recevoir de l'information pertinente et exacte sur les incidents chimiques; cependant, cette information devrait être présentée d'une manière adaptée aux besoins et aux circonstances du public cible, ainsi qu'aux facteurs de risque auxquels il est vulnérable. Il est important de reconnaître l'importance de soigneusement planifier et évaluer le mode de communication et le type de renseignements communiqués; on devrait aussi vérifier l'utilisation et la compréhension des données par le public pour s'assurer que l'information transmise est exacte et que les interventions en cas d'incident se traduisent par des actions et des comportements appropriés.

Une brève période de discussion a suivi chacun des exposés du professeur Russell et du Dr Miller. Plusieurs thèmes sont ressortis de ces discussions :

  • Niveau d'exposition aux produits chimiques acceptable : qu'est-ce que cela signifie dans l'éventualité d'une catastrophe? Et pour qui? Ces questions sont particulièrement difficiles à résoudre lorsqu'on manque de données toxicologiques sur le ou les produits chimiques en question; cependant, même si les données sont jugées suffisantes pour évaluer les expositions de longue durée, qui sont les scénarios généralement utilisés dans l'évaluation des risques associés aux produits chimiques, une situation urgente ou grave peut engendrer une incertitude plus grande entourant l'ampleur des expositions potentielles et les risques probables associés à ces expositions. Il est difficile de fournir ces renseignements aux collectivités, et qu'est-ce que cela signifie? Et pour qui?
  • Approbations par un comité d'éthique de la recherche ou un comité consultatif d'éthique. Non seulement faut-il établir un tel comité avant que des incidents ne surviennent, mais celui-ci doit être apte à intervenir rapidement tout au long de l'incident. Les chercheurs doivent rester en communication avec ces comités et travailler avec eux à veiller au respect de toutes les considérations d'ordre éthique pendant la durée de l'incident. Le maintien d'un dialogue aidera les chercheurs à toujours prévoir les prochaines mesures à prendre.
  • Politiques d'indemnisation des victimes d'incidents chimiques. Est-ce que l'indemnisation devrait faire partie de l'intervention en cas d'urgence ou de catastrophe et de la planification de la préparation? Il a été suggéré de créer une réserve d'indemnisation si cela s'avérait un élément nécessaire des mesures d'intervention et de rétablissement en cas d'urgence ou de catastrophe chimique. D'autres questions ont aussi été soulignées, à savoir l'établissement de critères d'admissibilité clairs pour les personnes touchées par une urgence ou une catastrophe chimique et la protection de la vie privée des demandeurs d'indemnisation ayant été exposés à des produits chimiques. La question des renvois médicaux appropriés pour les personnes présentant des problèmes de santé physique et mentale est aussi importante à régler au début du processus de planification.
  • Détermination des objets d'étude et des évènements nécessitant une évaluation des effets à court ou à long terme. Dans l'éventualité d'un incident chimique, il est essentiel que les outils soient facilement accessibles pour déterminer rapidement les modalités de la recherche. Où iront les données? Qui pourra y accéder? Quels types d'études sont nécessaires? Quels intervenants et chercheurs devraient y participer? Quelle population devrait être ciblée? Qui financera la recherche? La manière dont la recherche est organisée et gérée dépend de la ou des personnes et organisations qui peuvent intervenir le plus rapidement. La recherche évolue selon l'intervention, et dans certains cas, elle peut se détourner de l'incident et se concentrer sur l'intervention en soi. La question des renvois médicaux appropriés pour les personnes présentant des problèmes de santé physique et mentale est aussi importante à régler au début du processus de planification.

iii. Exposé no 3 – Recherche sur les catastrophes chimiques
RADM Scott Deitchman, médecin hygiéniste en chef, National Center for Environmental Health et Agency for Toxic Substances and Disease Registry, Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis

La recherche sur les incidents chimiques doit être pluridisciplinaire, car tous les volets de l'intervention le sont. Le fardeau de la recherche ne peut pas incomber à une seule organisation. Toutes les parties concernées ont la responsabilité de produire des connaissances scientifiques pouvant aider à comprendre comment les incidents chimiques provoquent des décès et des maladies et comment la société interprète et organise l'information. Ces données orientent tous les aspects d'une intervention en cas d'incident chimique, y compris les considérations d'ordre éthique au début de l'étude, qui peuvent être intégrées ou non dans l'intervention.

Il faut établir des partenariats et/ou un réseau réunissant tous les intervenants dès le début de la planification des mesures d'urgence; ces partenariats permettent à tous les participants, aussi bien du secteur de la santé que d'autres secteurs, de collaborer à la conception des opérations et de la recherche. Ce partenariat, réseau ou groupe d'intervenants doit être inclusif et avoir une grande portée, de manière à maximiser le nombre de participants; ainsi, il ne sera pas perçu comme une contrainte par les groupes qui n'y participent pas. Le partage des responsabilités doit permettre aux partenaires et intervenants de se réunir rapidement dans l'éventualité d'un incident chimique et de déployer en temps opportun un programme approprié d'intervention et de recherche. Le partenariat ou réseau devrait notamment travailler à produire des questions de recherche pouvant orienter les activités de recherche et contribuer à des interventions rapides et efficaces en cas d'incident.

Les méthodes de recherche doivent être négociées à l'avance avec tous les intervenants essentiels (du secteur de la santé et d'autres secteurs), et elles doivent être applicables à l'échelle fédérale, provinciale et territoriale, ainsi que dans les champs de compétence pertinents (échelle locale et régionale). Le Dr Deitchman a indiqué qu'une méthode prédéfinie avait le potentiel d'accélérer la recherche et de produire des données pouvant favoriser des interventions efficaces.

Le Dr Deitchman a souligné la nécessité pour les principaux intervenants de s'entendre sur des seuils d'effet et des critères toxicologiques clairs. Les données collectées sont inutiles en l'absence de seuils et de critères permettant de caractériser le niveau d'exposition des populations, les tendances concernant le niveau d'exposition, le risque à venir pour les populations et les répercussions cliniques de l'exposition.

Le Dr Deitchman a aussi souligné le recours fréquent à la surveillance biologique durant les incidents chimiques. Il s'est appuyé sur un critère existant concernant la surveillance biologique pour proposer qu'elle soit incorporée dans les recherches menées durant des interventions d'urgence, et que des critères semblables soient également pris en considération dans la planification.

Il existe plusieurs lacunes dans les évaluations des méthodes de communication utilisées durant les incidents chimiques et les mesures d'intervention. Les évaluations des communications publiques devraient mesurer l'efficacité des divers modes de communication employés pour diffuser l'information, définir comment les connaissances scientifiques sont appliquées et communiquées au public, déterminer quel type d'information devrait être communiqué aux groupes communautaires ciblés et examiner comment l'intervention faisant suite de l'incident est comprise par le public – y compris les personnes ayant un faible niveau de connaissances scientifiques.

Une période de discussion a suivi l'exposé du Dr Deitchman. Les thèmes abordés ont été les suivants :

  • Détermination des questions de recherche. Quelles questions faut-il résoudre pour intégrer l'information sur les résultats de santé dans une intervention?
  • Intégration intergouvernementale d'une ou plusieurs stratégies d'intervention (y compris la recherche). À quel échelon les stratégies devraient-elles être préparées et mises en œuvre, et peuvent-elles être adaptées à différentes compétences? Il n'existe pas de modèle unique qui convienne à tous les incidents chimiques.
  • Gestion d'information. Le Canada ne compte aucune base de données accessible à toutes les parties concernées qui englobe l'ensemble des aspects et des expériences liés aux incidents chimiques.
  • Évaluation systématique des incidents chimiques antérieurs. La plupart des bases de données sur les incidents chimiques ne contiennent aucune information sur l'efficacité des interventions. Les intervenants doivent avoir accès aux données historiques afin de pouvoir examiner l'ensemble des incidents chimiques et d'en tirer des leçons, ainsi que de cerner les facteurs de réussite, les principales lacunes existantes et l'information dont ont besoin les chercheurs et les intervenants en cas d'incident chimique.
  • Mise sur pied d'un groupe de travail ou d'un réseau constitué de spécialistes des incidents chimiques, de décideurs fédéraux, provinciaux et territoriaux, d'intervenants communautaires, de chercheurs et d'autres parties intéressées, lesquels se réuniraient virtuellement ou en personne.
  • Communication et diffusion d'information (public). Les données scientifiques sur les incidents chimiques et sur les interventions à la suite de ceux-ci doivent être rendues accessibles au public et présentées dans une forme rassurante et éducative. Cette transparence devrait avoir pour avantages d'accroître la crédibilité des intervenants d'urgence et des responsables de la santé publique et d'améliorer la perception publique de l'efficacité et de l'utilité de la recherche dans les incidents chimiques.
  • Évaluation des méthodes de communication. Très peu d'études sont publiées sur l'efficacité des divers modes de communication utilisés dans les interventions en cas d'incident chimique, de même que sur le degré d'influence que les messages peuvent avoir sur les connaissances, les perceptions et les comportements du public durant une urgence ou catastrophe chimique ou une intervention d'urgence. Cette lacune sur le plan de la recherche devrait être corrigée dans les interventions à venir.
  • Diffusion d'information (intervenants). La gestion des interventions doit s'appuyer sur des renseignements exacts pour assurer la prise de décisions appropriées. À ce jour, il reste difficile d'obtenir de l'information précise sur l'origine des incidents. Pour évaluer adéquatement les produits dangereux et mettre en œuvre des interventions appropriées, des données fiables doivent être collectées et diffusées par l'entremise d'un réseau de partenaires de tous les échelons, y compris des décideurs fédéraux, provinciaux et territoriaux, des groupes d'intervention régionaux, des intervenants militaires, des ressources en santé, etc.
  • Infrastructure et financement. Les éléments opérationnels, logistiques et financiers de la recherche allant au-delà de l'intervention doivent être approfondis. Il est nécessaire de se pencher sur les aspects à long terme qui suivent l'intervention en soi : ses conséquences, les questions liées au rétablissement, etc.

iv. Exposé no 4 – Accident de Lac Mégantic de 2013 : les interventions de santé publique avant et maintenant
Dre Mélissa Généreux, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, directrice, Direction de santé publique de l'Estrie, Chef, Département clinique de santé publique, Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, et professeure adjointe, Faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Sherbrooke

La restriction de l'accès à l'information a eu pour effet d'hiérarchiser les intervenants : les intervenants de santé publique se sont initialement trouvés dans une position défavorable par rapport aux autres intervenants (ex. Sûreté du Québec), qui en fonction de leur autorité prenaient les décisions relatives aux mesures d'intervention, y compris les activités telles que les avis d'évacuation et de réintégration qui auraient dû relever de la santé publique. Le principal problème survenu lors de l'accident de Lac-Mégantic a été le fait que les activités de réintégration ont été mises en route par les services d'application de la loi sans consulter le service de santé publique. Les responsables de la santé publique ont mené des évaluations des risques en utilisant les données limitées à leur disposition, et ils ont dégagé des conclusions conservatrices pour assurer la protection de la santé humaine, qui était particulièrement importante pour les populations vulnérables ayant été touchées de façon disproportionnée par cette catastrophe chimique.

Plusieurs facteurs (p. ex. nature et ampleur de l'évènement, degré d'incertitude dans l'évaluation du risque, attention médiatique) ont augmenté le risque perçu des conséquences pour la santé chez les citoyens de Lac-Mégantic. Les personnes touchées et le grand public ont manifesté une méfiance compréhensible à l'égard des institutions et mis en question leur capacité de protéger la population. Cette méfiance, qui persiste encore, se traduit par des comportements publics (p. ex. certains membres de la collectivité ne boivent pas d'eau du robinet même si les responsables de la santé publique ont déclarée qu'elle était sans danger). Ces expériences montrent que les mesures d'intervention doivent comprendre :

  • des activités de recherche pour évaluer l'efficacité des divers modes de communication et des messages destinés au public;
  • une plus grande collaboration entre tous les intervenants participant aux mesures d'intervention et de rétablissement (y compris l'échange d'information et l'application et la diffusion des connaissances).

Des études portant sur les effets à court terme ont été effectuées et une étude portant sur les effets à plus long terme est en cours sur l'accident de Lac-Mégantic. Les données issues d'une enquête épidémiologique ont montré des cas de mortalité (dans la zone de l'impact initial et de l'explosion), mais un faible nombre de cas de morbidité (comparativement à ce qui aurait été attendu dans l'éventualité d'une explosion plus large); cependant, des études à plus long terme pourraient faire ressortir un taux de morbidité plus élevé (chez les personnes ayant dû composer avec la perte d'un être cher ou répondre à des besoins plus pressants que leurs propres blessures au moment de l'accident). Cette considération, qui est particulièrement importante pour les interventions en cas d'incident chimique, illustre pourquoi la recherche doit aller au-delà de l'incident et de l'intervention en réponse à celui-ci. Des données doivent être collectées pour permettre aux médecins et aux experts en la matière de recevoir une formation adéquate sur les mesures d'intervention et de rétablissement en cas d'incident chimique.

d. Discussions

i. Discussion entre experts – Considérations liées à l'intégration de la recherche en santé environnementale dans les interventions en cas d'urgence ou de catastrophe chimique
Animée par le Dr Tom Kosatsky, directeur scientifique, Centre de collaboration nationale en santé environnementale, et directeur médical, Division des services de santé environnementale, Centre de contrôle des maladies de la Colombie Britannique, et par le Dr Ray Copes, directeur général, Santé environnementale et santé au travail, Santé publique Ontario

Les docteurs Kosatsky et Copes ont énuméré les principales considérations mentionnées dans les exposés du jour.

Le Dr Tom Kosatsky a souligné que la recherche doit faire partie des interventions en cas d'urgence ou de catastrophe chimique. Les enquêtes seraient plus efficaces si les gens croyaient à l'utilité de la recherche dans les interventions en cas d'incident chimique. La recherche peut être mise en marche rapidement si elle a l'appui de la collectivité et d'un réseau établi de partenaires spécialisés dans les interventions en cas d'incident chimique. L'appui à la recherche peut être gagné par des méthodes de communication adéquates. Les activités de recherche seraient aussi facilitées par l'établissement d'un ensemble prédéterminé de questions, de mécanismes de financement rapide et d'outils de recherche validés.

Le Dr Copes a fait remarquer que la plupart des incidents chimiques sont liés aux transports. Les évaluations des risques liés aux transports pourraient aider à prédire où et quand ces incidents sont les plus susceptibles de survenir. Des outils adéquats devraient être mis au point pour réaliser des évaluations des risques avant, pendant et après les incidents. Les évaluations sont particulièrement importantes pour la période suivant les incidents, car les données de recherche sur cette période sont relativement faibles. Ces outils permettraient de déterminer les niveaux d'exposition pour orienter l'évaluation des risques ainsi que de réduire la confusion et le degré d'incertitude dans les évaluations des risques pendant les incidents.

Il n'y a pas suffisamment d'échanges d'information dans le cadre des interventions à la suite d'un incident chimique. Une plateforme ou un dépôt de données sur les incidents chimiques, où les données pourraient être entrées et diffusées de façon systématique, permettrait aux intervenants de faire part de leurs expériences et de tirer des leçons, collectivement et systématiquement, des urgences et des catastrophes chimiques antérieures. Une des principales préoccupations soulevées durant la discussion a été le peu de données toxicologiques accessibles sur les produits chimiques en cause dans les incidents chimiques, spécialement en ce qui concerne les conséquences sur la santé à long terme des expositions aigües associées aux urgences et aux catastrophes chimiques. Le Dr Copes a proposé d'établir une politique qui obligerait les entreprises à publier l'information qu'elles ont sur les produits chimiques dont elles assurent le transport ou l'entreposage.

Les participants ont été invités à prendre part à une discussion ouverte pour approfondir les points soulevés par les docteurs Kosatsky et Copes et à faire part de leurs commentaires et recommandations concernant les points abordés dans les discussions plénières.

ii. Discussion plénière A – Intégration de la recherche en santé environnementale dans les interventions en cas d'urgence ou de catastrophe chimique
Animée par le professeur David Russell et commentée par les docteurs Tom Kosatsky et Ray Copes

Les docteurs Kosatsky et Copes ont lancé les thèmes de discussion suivants :

  • Est-ce que la recherche en santé environnementale devrait être intégrée dans les interventions en cas d'urgence ou de catastrophe chimique au Canada?
    • Si oui, quels seraient les éléments essentiels d'un nouveau cadre de gestion des urgences du Canada?
  • Est-ce que le Canada a la capacité (ressources et processus) de faire de la recherche en santé environnementale dans le cadre des interventions faisant suite à une urgence ou à une catastrophe chimique?
  • Quels sont les changements (p. ex. politiques, organisationnels, culturels) qui doivent être apportés au cadre actuel de gestion des urgences du Canada pour mieux intégrer la recherche en santé environnementale dans les interventions faisant suite aux urgences et aux catastrophes chimiques?

Principaux thèmes ressortis dans les discussions concernant les questions ci dessus :

  • Collectivités
    • Préparation
      • Préparation, mise en œuvre et évaluation des exercices de simulation d'urgence en étroite collaboration avec des chercheurs.
      • Sensibilisation et information accrue des collectivités en ce qui a trait à l'entreposage des produits chimiques, aux voies de transport et aux autres facteurs propres aux collectivités qui peuvent influer sur le risque d'incident chimique. Fourniture aux collectivités des moyens pour mener leurs propres évaluations des risques avant qu'un incident ne survienne et déterminer les risques pour la santé publique et environnementale, qui doivent être pesés contre le risque d'attaque terroriste.
      • Éducation des collectivités sur les mesures et les outils d'intervention d'urgence. Transmission aux collectivités les connaissances dont elles ont besoin pour évaluer leur propre risque d'exposition et pour cerner les outils à leur disposition qui leur permettront de s'attaquer aux incidences sur la santé publique et environnementale.
      • Effectuer de la recherche sur comment les collectivités se préparent, se mobilisent et interviennent en cas d'incident.
      • Mise au point d'outils de gestion des urgences et des catastrophes chimiques pouvant être exploités par plusieurs collectivités.
      • Des collaborations plus étroites sont nécessaires avec les spécialistes de la gestion des urgences pour intégrer la recherche dans le processus d'intervention (p. ex. structure de commandement des interventions, structure de gestion des incidents).
    • Surveillance
      • Identifier les systèmes de surveillance en temps opportun destinés à prévenir les menaces et la surveillance continue de la santé de la population.
      • Effectuer une analyse environnementale et une évaluation des risques dans les sites potentiels d'urgence ou de catastrophe chimique, établir des plans d'urgence et transmettre l'information au public.
      • Mise sur pied de programmes de surveillance matures et suffisamment sensibles qui permettent d'analyser les données et de prévoir les répercussions d'incidents chimiques potentiels sur la santé publique et environnementale.
      • Établissement de systèmes de détection et d'alerte efficaces permettant d'intervenir et d'aviser les collectivités rapidement en cas d'incident.
      • Une cartographie des collectivités devrait être effectuée dans les régions où des urgences ou des catastrophes chimiques peuvent survenir (p. ex. collectivités mentionnées dans les évaluations des risques) afin de faire ressortir les besoins des résidents.
    • Échange d'information et diffusion des connaissances
      • Les collectivités touchées doivent avoir accès aux données scientifiques concernant les incidents chimiques et les interventions apportées en réponse à ceux-ci, et ces données doivent être présentées dans une forme rassurante et éducative. Cette transparence devrait avoir pour avantages d'accroître la crédibilité des gestionnaires des urgences et des chercheurs et d'améliorer la perception publique de l'efficacité et de l'utilité de la recherche.
      • Très peu d'études ont été publiées au sujet de l'influence des modes de communication et des messages sur les interventions faisant suite à un incident chimique, de même que sur le degré d'influence que les messages peuvent avoir sur les connaissances, les perceptions et les comportements du public durant une urgence ou catastrophe chimique ou une intervention d'urgence. Cette lacune sur le plan de la recherche devrait être corrigée dans les interventions à venir.
  • Ressources humaines (intervention et rétablissement)
    • Établir une plateforme ou un groupe de travail où l'expertise et les compétences d'un large éventail d'intervenants importants seraient mises à contribution en vue des mesures d'intervention et de rétablissement. Un mandat clair devrait être établi, et les participants devraient se sentir inclus et être préparés à intervenir rapidement en cas d'incident, notamment par la coordination de la formation et l'éducation des chercheurs participants.
    • Offrir à ce groupe de travail une formation sur les mesures d'intervention et de rétablissement en cas d'urgence chimique et sur les besoins en matière de recherche dans ces situations (qui comprennent, sans s'y limiter, les méthodes de collecte des données, l'entreposage et l'interprétation des données, et l'application des connaissances), de manière à ce que ses membres soient en mesure d'intervenir en cas d'incident grave ou de longue durée et d'appuyer les autorités de santé locales et régionales.
  • Protocole de recherche à adopter
    • Considérations d'ordre éthique
      • Établir des lignes directrices concernant les pratiques éthiques en recherche.
      • Détermination des personnes pouvant siéger à un comité d'éthique de la recherche ou à un comité consultatif d'éthique d'envergure nationale ayant pour mandat d'évaluer la recherche sur les incidents chimiques. Ce comité devrait être reconnu et ses décisions devraient être respectées partout au Canada.
      • S'assurer que les comités d'éthique de la recherche et les comités consultatifs d'éthique travaille ensemble lors d'urgence ou de catastrophe chimique pour assurer l'exhaustivité et la rapidité du processus d'examen.
    • Questions de recherche
      • Formulation des questions de recherche basées sur  les lacunes à combler afin de pouvoir intégrer efficacement la recherche dans une intervention
    • Outils de recherche
      • Établissement d'un dépôt d'approches, de méthodes et d'outils de recherche accessibles aux fins de référence et d'utilisation durant un incident chimique (p. ex. enquêtes, questionnaires, outils et soutien de laboratoire).
      • Évaluation des manières dont les outils de recherche existants (au Canada, aux États-Unis et en Europe) peuvent être adaptés au contexte canadien.
  • Stratégies et lignes directrices fédérales, provinciales et territoriales
    • Préparer et mettre en œuvre une stratégie d'atténuation des risques d'urgence et de catastrophe chimique. Par exemple, des règlements devraient être établis concernant l'aménagement du territoire et le zonage pour empêcher le développement de sites dangereux à proximité de zones résidentielles et retirer les sites dangereux existants, dans la mesure du possible.
    • Chaque province devrait évaluer les principaux facteurs de risque d'incident chimique, déterminer les mesures à prendre pour atténuer ces risques et vérifier si elle a les ressources nécessaires. Si non, est-ce que la province peut avoir accès aux ressources des provinces voisines ou existe-t-il un cadre national d'affectation des ressources qui permettrait de combler les lacunes observées?
    • Élaborer et mettre en œuvre une ou plusieurs stratégies intersectorielles (fédérales, provinciales et territoriales) d'intervention et de rétablissement en cas d'incident chimique pouvant être adaptées et utilisées dans toutes les situations. Qui gouvernera cette stratégie?
    • Considérer la création d'un répertoire de lignes directrices relatives à l'évaluation des expositions et de valeurs limites d'exposition à divers produits chimiques, y compris des biomarqueurs et des études toxicologiques, est nécessaire les besoins en matière d'intervention. Quel niveau de risque faut-il pour justifier une étude longitudinale?
    • Établir des lignes directrices sur l'indemnisation pour les victimes d'incidents chimiques.
    • Établir des lignes directrices relatives à la recherche scientifique pour permettre aux organismes de financement (fédéraux, provinciaux et territoriaux) d'évaluer rapidement la rigueur scientifique et méthodologique des études sur les urgences et les catastrophes chimiques.
  • Financement
    • Considérer l'établissement d'une source de financement centrale réservée aux urgences et aux catastrophes chimiques qui simplifierait et accélérerait la mise en œuvre des mesures d'intervention et de rétablissement.
    • Identifier des fonds réservés aux urgences et aux catastrophes chimiques, pourrait nécessiter des changements au niveau des politiques.
  • Gestion des données
    • Relier et mettre à la disposition des données fiables auprès d'un réseau de partenaires de tous les échelons, y compris des décideurs fédéraux, provinciaux et territoriaux, des groupes d'intervention régionaux, des intervenants militaires, des ressources en santé, etc.
    • Évaluer systématiquement les incidents chimiques antérieurs. La plupart des bases de données sur les incidents chimiques ne contiennent aucun renseignement concernant l'efficacité des interventions. Des examens périodiques des incidents chimiques devraient être effectués pour déterminer les facteurs de réussite et d'échec, les principales lacunes existantes, ainsi que les besoins en matière d'information des chercheurs et des intervenants dans l'éventualité d'un incident chimique. Des études historiques aideraient à élucider le phénomène.
    • Répertorier les installations d'entreposage des produits chimiques et des voies de transport en utilisant les renseignements consignés et existants d'Environnement Canada et de Transports Canada. Mieux les produits chimiques et leurs conditions d'entreposage et de transport seront connus, meilleures seront les mesures de préparation, d'intervention et de rétablissement en cas d'incident.

iii. Discussion plénière B – Prochaines étapes
Animée par le professeur David Russell et Tim Singer, directeur, Bureau de la science de la santé environnementale et de la recherche, Santé Canada

Le professeur Russell et M. Singer ont animé le groupe de discussion sur les prochaines mesures à prendre pour établir un cadre d'intervention pour la recherche en santé environnementale au Canada.

Les discussions visaient à répondre aux questions suivantes :

  • Comment faire avancer l'élaboration des éléments d'une intervention de recherche en santé environnementale au Canada?
  • Qui devrait être imputable/responsable des aspects suivants?
    • Leadership
    • Coordination
    • Soutien

La majorité des participants ont convenu qu'un soutien du gouvernement fédéral canadien était nécessaire. À l'heure actuelle, Santé Canada est considéré comme l'organisme le mieux placé pour mettre en œuvre les prochaines étapes, peut-être dans le cadre d'un rôle de secrétariat. Les principaux intervenants de l'ensemble du Canada (qu'ils aient pris part ou non à la séance d'échanges Meilleurs cerveaux), particulièrement ceux ayant directement participé à la gestion de diverses urgences et catastrophes chimiques, devraient être identifiés en vue de la mise sur pied d'une ressource ou d'un réseau destiné à faciliter les interactions et à intégrer la recherche dans les mesures d'intervention et de rétablissement d'urgence touchant l'environnement. Une telle approche pluridisciplinaire créerait une nouvelle dynamique qui encouragerait les intervenants à travailler ensemble, à se pencher sur les possibilités de collaboration à venir et à systématiser ce qui a été fait dans le passé. Le principal objectif visé serait l'échange de connaissances.

D'autres mesures ont été suggérées en plus de la mise sur pied d'une ressource ou d'un réseau pour favoriser l'intégration des principaux intervenants, notamment la tenue d'une activité ou d'un atelier semblable au processus utilisé dans le cadre du programme DR2 pour faire participer les responsables de la gestion des urgences et promouvoir l'intégration de la recherche dans les interventions. Il a aussi été proposé d'effectuer une analyse environnementale des études pour déterminer les ressources, les possibilités et les difficultés associées à la recherche en santé environnementale et aux urgences et catastrophes chimiques.

Marc Lafontaine a été désigné comme personne-ressource pour les participants à la séance qui souhaitaient faire d'autres commentaires sur les prochaines étapes. Un questionnaire a été distribué à tous les participants à la fin de la séance d'échanges Meilleurs cerveaux.

e. Mot de clôture
Du professeur David Russell et de Tim Singer

Le professeur Russell et M. Singer ont remercié les participants à la séance pour une journée d'exposés et de discussions très productive. La séance d'échanges Meilleurs cerveaux s'est terminée à 16 h.

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